dimanche 31 janvier 2010

«Haïti était mal bâtie» -René Préval


PORT-AU-PRINCE - Le président de la République d'Haïti, René Préval, affirme que la capitale Port-au-Prince était mal bâtie mais que le pays va se relever de cette horrible catastrophe.

En entrevue, le chef d'État âgé de 67 ans a d'abord présenté ses condoléances aux familles endeuillées. Il a également pris le temps de remercier le gouvernement canadien pour ses efforts avant de lancer un message d'espoir.

M. Préval, quel est votre état d'esprit actuellement?

D'abord, laissez-moi présenter aux Canadiens qui sont morts en Haïti et aux Haitiens endeuillés par le sinistre, mes sympathies et mes condoléances. J'en profite pour remercier le gouvernement du Canada et le premier ministre pour m'avoir appelé, M. Charest également. J'avais un rendez-vous téléphonique avec la gouverneure générale et je l'ai raté. Je vais faire tout mon possible pour lui parler. Il y a une solidarité internationale. Particulièrement au Canada qui a porté secours aux Haïtiens. Merci pour la mobilisation qui se fait un peu partout, au Canada et au Québec.

Les gens ont entendu dire que vous alliez dormir dehors sous une tente question de vous montrer solidaire avec le peuple, est-ce bien vrai?


J'ai passé plusieurs nuits sous une tente parce que le palais où je réside parfois s'est effondré. La maison privée où je réside aussi s'est effondrée. Dans les premiers jours, jusqu'au moment où un ami m'a accueilli, je dormais sous une tente. Maintenant, il me faudra trouver un endroit où me loger. Il y a des maisons préfabriquées qui sont offertes par la MINUSTAH et des tentes. Il paraît que d'autres tremblements de terre peuvent survenir. Il faut que le gouvernement réfléchisse à cette éventualité.

Comment allez-vous reconstruire Port-au-Prince?

Selon les estimations, 25 000 immeubles commerciaux ou industriels sont tombés, ainsi que 225 000 maisons individuelles. Ça fait beaucoup. D'autres sont fortement endommagées et devront être démolies. Il fallait d'abord porter secours aux blessés et enlever les morts qui jonchaient les rues. Maintenant, les recherches ont cessé, et 10 000 personnes ont été placées dans les fosses communes. Des gens ont été enterrés par leur famille dans leur cour. Il faut loger sous des abris provisoires plus d'un million de personnes qui sont dans la rue.

Va-t-on rebâtir Port-au-Prince telle qu'elle était?

Non. Port-au-Prince était mal bâtie. Port-au-Prince est le résultat d'une mauvaise gestion sur des dizaines d'années. Les gens y viennent et construisent des bâtiments dans des endroits inappropriés. Aujourd'hui, il faut réfléchir sur la façon de reconstruire la capitale. Comment reconfigurer le pays? Si nous ne préparons pas la saison cyclonique à venir, nous risquons de subir d'autres catastrophes. C'est une réflexion qui doit être globale. Haïti ne mourra pas. Haïti va se relever. Il faut que les Haïtiens se mettent d'accord pour que, pierre par pierre, nous puissions reconstruire le pays en assurant une stabilité.

(Le Journal de Québec)

vendredi 29 janvier 2010

Communiqué de presse



Paris, le 28 janvier 2010


Situations de crise politique dans l’espace francophone
et catastrophe en Haïti à l’ordre du jour de la réunion du
Bureau de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie

L’Assemblée parlementaire de la Francophonie réunira son Bureau, du 2 au 4 février 2010 à N’Djaména (Tchad), à l’invitation de Nassour Guelengdouksia Ouaïdou, Président de l’Assemblée nationale du Tchad. Les travaux se dérouleront sous la présidence de Yvon Vallières, Président de l’Assemblée nationale du Québec.

Des Présidents d’Assemblée, députés et sénateurs d’une vingtaine de parlements de tous les continents examineront, lors de cette réunion, plusieurs thèmes d’actualité, notamment les situations de crise et les évolutions politiques que traversent certains pays de l’espace francophone. La situation en Haïti après la catastrophe que vient de connaître le pays fera bien entendu l’objet de débats.

Des interventions feront le point sur les travaux des commissions, du Réseau des femmes parlementaires, la préparation de la XXXVIe Session de Dakar (Sénégal) de l’APF et les programmes de coopération interparlementaire. Enfin, le Bureau aura à adopter son budget pour 2010, budget qui devra tenir compte des conséquences de la programmation quadriennale 2010-2013 adoptée en décembre dernier lors de la réunion de la Conférence ministérielle de la Francophonie.

L'agriculture d´Haïti nécessite 700 millions de dollars

Programme officiel pour la production alimentaire, l'aide aux personnes déplacées et la prévention


Rome/Port-au- Prince, 29 janvier 2010 - La FAO vient de lancer un appel aux bailleurs de fonds pour soutenir un programme d'investissement officiel haïtien de 700 millions de dollars en faveur du secteur agricole. Il s'agit de réparer les infrastructures endommagées par le tremblement de terre, stimuler la production agricole nationale et créer des emplois pour les personnes fuyant Port-au-Prince.

Ce programme, élaboré par le ministère de l'agriculture, des ressources naturelles et du développement rural, propose des lignes directrices à l'aide internationale au secteur agricole pour les dix-huit prochains mois. Il constitue une des pierres angulaires de la stratégie du gouvernement pour la reconstruction du pays après le séisme du 12 janvier dernier.

La FAO et l'Institut interaméricain de coopération pour l'agriculture ont passé un accord avec le ministère pour soutenir ce programme goouvernemental.

La FAO est le pivot du groupe de coordination Nations Unies-ONG en matière d'agriculture. A ce propos, une réunion de travail sur Haïti s'était tenue le 27 janvier dernier en République dominicaine en présence de M. Joanas Gué, ministre de l'agriculture haïtien, et de son homologue de la République dominicaine, M. Salvador Jiménez, ainsi que de représentants d'organisations d'aide internationales.

"La situation alimentaire en Haïti était déjà très fragile avant le séisme et le pays était fortement dépendant des importations alimentaires" , indique M. Alexander Jones, fonctionnaire de la FAO qui gère l'urgence en Haïti.

"Alors que les populations fuient vers les zones rurales, la croissance du secteur agricole d'Haïti est désormais une priorité urgente et le plan du gouvernement haïtien, en fixant les priorités immédiates, vient à point nommé."

Sur le fil du rasoir

Près de 60 pour cent des Haïtiens vivaient en milieu rural avant le tremblement de terre. Dans les zones rurales où la pauvreté est reine, 80 pour cent de la population vivent sur le fil du rasoir avec moins de deux dollars par jour.

Selon les estimations du gouvernement haïtien consignées dans le programme sus-mentionné , quelque 32 millions de dollars sont requis dans l'immédiat pour l'achat de semences, d'engrais et d'outils agricoles afin que les agriculteurs puissent commencer à planter en mars pour la saison des semailles de printemps. Celles-ci représentent habituellement 60 pour cent de la production agricole.

Autres mesures à court terme envisagées par le programme gouvernemental: la réparation de la raffinerie de sucre de Darbonne près de Léogane, la protection des bassins versants, le reboisement, la reconstruction et le renforcement des berges des rivières et des canaux d'irrigation et la réhabilitation de 600 kilomètres de routes de desserte.

Le gouvernement recommande l'achat de milliers de tonnes de semences de céréales et de légumineuses produites localement et à l'étranger ainsi que d'outils et d'engrais. Il recommande également de soutenir la filière de l'élevage au cours des prochains dix-huit mois.

Autres priorités

Les autres priorités officielles sont la relance d'un programme pour encourager la plantation de pommes de terre douces dans les dix départements administratifs d'Haïti et la construction de silos pour y stocker grains et autres denrées alimentaires en prévision des dégâts que ne manqueront pas de provoquer les ouragans attendus dans la région au cours des prochains mois.

La FAO s'apprête à lancer plusieurs projets tenant compte des priorités gouvernementales. A cet égard, elle puisera sur ses fonds propres et sur les fonds déjà reçus de l'Espagne, de la Belgique, du Brésil et du Canada.

En septembre 2008, le secteur agricole haïtien avait déjà subi de lourdes pertes du fait d'une succession de tempêtes tropicales et d'ouragans ayant dévasté des pans entiers du pays. Les régions dévastées n'avaient pas encore récupéré au moment où le séisme du 12 janvier dernier replongeait le pays dans l'épreuve cruelle qu'il subit depuis lors.

Ma place parmi les vivants.


C'était ça, Turgeau? Une plaisanterie!
L'ancienne maison a vacillé, puis est tombée de toutes
ses colonnes et de son grand balcon, comme quelqu'un
ayant l'air de demander pardon au temps. C'est ce
qui s'appelle un séisme, un vrai! Il a parcouru la
ville et une bonne part du pays. Il a mangé plein de gens.
Mangé! Littéralement! C'est-à-dire: Moulu! Avalé!
Ceux qu'il a laissés dehors, les autres morts, sont
alignés sur les trottoirs, certains à découvert, d’autres
enveloppés dans des draps ou du plastic blanc.

Les églises aussi sont agenouillées: La Cathédrale,
Saint-Anne, Saint-Louis-Roi-De-France, Saint Joseph.
Quelques fidèles prient haut et fort. Une prière en
colère, d'autres le font à voix basse, dans leur
coeur. Le Christ, qu'on croyait en équilibre précaire,
est resté perché sur son socle au fond de l'église du
Sacré-coeur, impassible solitaire au milieu des ruines.

Rue Thoby, dans la zone de Frères, on a recueilli le corps de
deux de mes tantes paternelles sous des décombres.
L'une d'elles qui était aussi ma marraine s'apprêtait à fêter son centenaire.
“ Il ne me reste qu'une dent, disait-elle. En mars, si Dieu me
prête vie, je vous la montrerai dans un large sourire”
Adieu ma belle!

Il fait lourd.
Difficile de marcher.
On a la tête encombrée de morts.
Chaque jour, le nombre augmente.
Et les secousses n'arrêtent pas. On est sur le qui-vive. Elles peuvent
s'étendre jusqu'à trois mois, six mois, un an. Qui sait?

Ma mère et ses deux sœurs ont été sauvées de justesse par
l'un des mes fils et un neveu qui ont dû les forcer à
sortir, car elles ont eu peine à croire que la maison s'écroulait. Elles sont aujourd'hui à l'abri
chez l'un de mes frères, à l'abri, mais perdues,
sans repères, ne parlant jour et nuit que de retourner chez elles.

Un proche a vu mourir cinq cents de ses employés sous
l'effondrement de sa manufacture.
Un bébé de vingt- deux jours a été repêché vivant au bout
d'une semaine sous des décombres.

Et puis, il y a l'immense majorité avec ses morts, ses
sans-abri, et d'autres morts qui s'ajoutent à la
liste des morts du séisme: Ceux qui sont morts, la veille
ou après, et ne trouvent pas leur place de mort à part,
avec cette singularité qui leur est due: Pompe-funèbre,
convoi, messe, chant et oraison. Toutes
les morgues sont engorgées, les cimetières dévastés. Il
faut créer des fosses communes.

Il y a aussi les rats, qui sont des gens, s'échappent des
prisons, s'attaquent à la population. Le chef de la
police a promis de les traquer. Et la ministre de la culture
et de la communication leur aurait, semble t'il,
demandé, dans un appel radiophonique de regagner
gentiment leur cellule.

Quelqu'un m'a appelé hier pour me demander
si je suis mort. Absolument, ai-je dû
répondre.

Une amie m'a suggéré d'écrire, comme pour reprendre
ma place parmi les vivants.

Syto Cavé

Port-au-prince 23 janvier 2010

Haïti: la reconstruction à l'ordre du jour après un sauvetage miraculeux




PORT-AU-PRINCE - L'attention se tournait de plus en plus jeudi vers la reconstruction à long terme d'Haïti, au lendemain du sauvetage miraculeux d'une adolescente de Port-au-Prince, sans doute l'un des derniers, 15 jours après le séisme.


Darlene Etienne, 16 ans, a été dégagée mercredi soir des décombres dans un état de déshydratation extrême, mais "son état est stabilisé", a assuré le médecin colonel Michel Orcel, de l'équipe de la sécurité civile française qui a évacué la jeune fille vers une unité médicale.

Elle a été en partie dégagée par des voisins du quartier de Carrefour-Feuilles à Port-au-Prince qui ont entendu une voix et ont appelé les secouristes français.

Environ 135 personnes ont été retrouvées vivantes sous les décombres depuis le séisme du 12 janvier, qui a déjà fait "près de 170.000" victimes, selon le président haïtien René Préval.

Seize jours après le séisme, la recherche d'éventuels rescapés continue à mettre les nerfs des Haïtiens à rude épreuve. En fouillant les décombres pour récupérer ce qui peut l'être, certains croient entendre des bruits, des voix, et alertent la vingtaine de secouristes encore présents à Port-au-Prince, pour qui il n'est pas toujours facile de démêler les faits de la rumeur.

Confrontés à la faim, la soif, l'absence de toit, les Haïtiens doivent aussi subir de nouvelles formes de violence. "A la faveur du black-out qui sévit sur la capitale (...) des bandits en profitent pour harceler et violer femmes et jeunes filles réfugiées sous les tentes", a dénoncé jeudi Mario Andrésol, directeur de la police haïtienne, soulignant que "7.000 bandits" se sont échappés de la prison de Port-au-Prince le soir du séisme. Or les forces de police, décimées, sont insuffisantes.

Il faut désormais "se concentrer sur les principaux problèmes qui vont se poser à l'avenir: le redémarrage immédiat et la reconstruction", a déclaré mercredi soir Mauricio Bustamante, qui dirige l'équipe du CICR chargée d'Haïti, insistant sur la nécessité de "protéger les communautés contre de futures catastrophes naturelles comme les cyclones".

L'envoyé spécial adjoint de l'ONU pour Haïti, Paul Farmer, a affirmé jeudi devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain que 75% de Port-au-Prince devait être reconstruit. La reconstruction du port, endommagé par les répliques, pourrait nécessiter huit à 10 semaines, selon le ministère américain de la Défense.

"La meilleure chance pour Haïti, par rapport aux problèmes des 25 dernières années, est de profiter de ce moment pour créer une reconstruction en commun, un effort international pour quelque chose de viable", a estimé de son côté le sénateur John Kerry, qui préside cette commission.

Les dons, promis ou déjà collectés, atteignaient jeudi 2,02 milliards de dollars (1,45 milliard d'euros), selon un décompte des Nations unies.

Sur cette somme, 1,189 milliard de dollars ont été collectés par les agences et organisations d'aide humanitaire, tandis que 830 millions de dollars sont encore à l'état de promesses.

Ces dons proviennent de centaines d'Etats, organisations non gouvernementales, fondations, entreprises ou particuliers. Ainsi, 15.000 dollars versés par le président américain Barack Obama et son épouse Michelle à la fondation de ses prédécesseurs, George W. Bush et Bill Clinton, qu'il a lui-même chargés de collecter des fonds.

Devant le forum économique mondial (WEF) organisé comme chaque année à Davos, en Suisse, M. Clinton, l'envoyé spécial de l'ONU pour Haïti, a appelé les chefs d'entreprises à investir dans le pays.

L'investissement en Haïti doit être vu comme "une occasion de faire des affaires" plus que comme une forme d'assistance, a-t-il dit, faisant l'éloge du dynamisme et des efforts des Haïtiens.

Le chef de la diplomatie brésilienne, Celso Amorim, a estimé au cours du même débat qu'un programme massif devait être mis en oeuvre pour replanter des arbres à Haïti, et lutter ainsi contre les glissements de terrain.

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Des associations dénoncent des viols en Haïti


Deux semaines après le séisme, la police haïtienne rapporte des faits liés à de nouvelles formes de criminalité.

Plus de deux semaines après le séisme qui a dévasté la région de Port-au-Prince en Haïti, faisant près de 170.000 morts, la police locale se fait l'écho de l'alerte lancée par des associations de femmes qui rapportent des cas de viols.

"A la faveur du black-out qui sévit sur la capitale d'Haïti, des bandits en profitent pour harceler et violer femmes et jeunes filles réfugiées sous les tentes", a indiqué Mario Andrésol, directeur de la police haïtienne (PNH).

Ce dernier rappelle que plus de 7.000 détenus se sont échappés de la prison centrale de Port-au-Prince le soir du séisme, et craint l'émergence de nouvelles formes de criminalité, d'autant plus difficiles a endiguer que les forces de sécurité haïtiennes ont payé un lourd tribut à la catastrophe du 12 janvier dernier.

"Nous avons perdu 70 policiers et près de 500 sont toujours disparus alors que 400 ont été blessés", a précisé Mario Andrésol. Sur un peu plus de 6.000 policiers déployés dans la région de la capitale haïtienne, seulement 3.433 ont répondu à l'appel.

Rendu très vulnérables, les enfants, pour nombre d'entre eux séparés de leur famille, peuvent être la proie de trafic. A ce titre, Le département d'Etat américain a indiqué vouloir apporter son aide aux autorités locales pour les aider à protéger la population, en particulier les plus jeunes.

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Dieu a-t-il abandonné Haïti ?

La tragédie qui a frappé Port-au-Prince a fait resurgir des « pourquoi » sur le mystère du silence de Dieu et des origines du mal. Des Haïtiens, d’ici ou de là-bas, confient à « La Croix » ces interrogations universelles


Une femme en prière au cours d'un service religieux à Port-au-Prince, dimanche 24 janvier (AP/Abd).

«Comment croire en un Dieu infiniment puissant et bon qui observe, goguenard, ses “enfants” crever sous les débris des immeubles de Port-au-Prince ? Si on est créateur de l’univers, on est en mesure d’empêcher de telles catastrophes ! Et si, le pouvant, on ne le fait pas, on ne peut se proclamer Dieu d’amour. Tout le reste est littérature. »

Tel Voltaire en son siècle après le séisme de Lisbonne, l’auteur de ces lignes est l’un des nombreux internautes à avoir exprimé sur un blog de La Croix sa colère et son incompréhension. Comment comprendre ce nouveau malheur venu s’ajouter aux 32 coups d’État et aux centaines de cyclones qui sont passés sur l’île depuis deux cents ans… Le séisme du 12 janvier a fait resurgir de manière abrupte des « pourquoi » qui touchent au scandale de la souffrance des innocents, à l’énigme insoutenable du mal, au mystère du silence de Dieu.

« Notre foi est mise à rude épreuve par ce désastre horrible », reconnaissait, quelques jours après le drame, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, dans son homélie lue en hommage aux victimes. « Toute personne qui croit en Dieu et qui essaye de vivre de cette foi ne peut pas ne pas être touchée au cœur par le malheur qui détruit et par la malédiction qui touche votre pays. Tous s’interrogent : “Où es-tu Seigneur ? Que fais-tu Seigneur ?” »

Chacun, au milieu du chaos, interroge le ciel
« Comment Dieu peut-il laisser faire cela ? » reprend une jeune catholique haïtienne, Stéphane Rebu, 25 ans, rencontrée dans un camp de sinistrés à Port-au-Prince. Lorsque la terre a tremblé, cette enseignante d’éducation physique était dans la cour avec ses élèves. « Mon école est au bord d’une falaise, et le mur de l’enceinte est tombé au pied de cette falaise… C’était effrayant ! Je suis rentrée chez moi en marchant, et à chaque coin de rue, j’entendais des gens prier. Je me demande encore comment j’en suis sortie vivante ! »

Domini, étudiant de 22 ans, a perdu sa sœur. « Nous avons beaucoup prié pour qu’on la retrouve vivante. Mais son corps a été dégagé des décombres… C’est terrible pour toute la famille, mais nous devons l’accepter. On se demande pourquoi c’est arrivé, pourquoi nous… »

Comme Stéphane ou Domini, chacun, au milieu du chaos, interroge le ciel, tente de comprendre l’inexplicable. Certains y voient une punition divine. « Je ne sais pas contre quoi, ni contre qui, ni ce que cela veut dire précisément. Mais la preuve, c’est que dans la même rue, certaines maisons sont tombées, alors que celles d’à côté ont tenu le coup, sans explication », affirme Francisco, 16 ans.

«Des innocents sont morts, mais ce ne peut être la volonté de Dieu»
Clainise, 23 ans, a perdu son oncle et sa cousine : « Je ne veux pas dire que les personnes qui sont mortes ont été visées par Dieu, modère-t-elle. Mais c’est un châtiment contre le pays tout entier, contre les hommes qui sont trop égoïstes. »

« Je suis catholique et je pense que ce tremblement de terre n’a rien à voir avec Dieu, rétorque Jean-Pierre Johnson, 22 ans, photographe, qui a pu s’échapper de son studio dès les premières secousses. C’est un phénomène naturel. Les victimes sont mortes à cause des mauvaises infrastructures de notre pays. » Pourtant, lorsqu’on lui parle des rescapés, Jean-Pierre avance : « Je crois quand même que certaines personnes ont reçu une faveur, notamment celles qui sont sorties indemnes des décombres. C’est tellement incroyable. Dieu doit se dire qu’il a un plan pour elles, ou bien qu’elles ne méritent pas de mourir. Dieu fait des choix. »

Berthony, journaliste et peintre de 40 ans, mormon, a lui aussi l’impression d’être un miraculé : « Ma maison s’est effondrée. À ce moment-là, j’assistais aux funérailles de mon beau-frère et ma sœur, enceinte, était chez sa mère. Sans cet enterrement, je pense que nous serions tous restés à la maison et nous aurions été ensevelis. Je pense que Dieu est bon. Des innocents sont morts, mais ce ne peut être par sa volonté. »

«Pas l’ombre d’une révolte, mais une foi profonde»
« Parfois, j’interroge Dieu : pourquoi lui ? Il était un père pour nous, confie, à Paris, Gemelite Lazare, 53 ans, cousine de Mgr Joseph Serge Miot, archevêque de Port-au-Prince, tué lors du séisme. Mais je sais que Dieu ne l’a pas voulu. Je dis : que votre volonté soit faite. »

Une de ses amies, Marie-Rose Pascal, 42 ans, témoigne de la même confiance en la Providence : « Il ne nous a pas lâchés. Il nous aime tellement. Hier, ils ont trouvé des vivants sous les décombres, après huit jours sans boire ni manger. C’est le signe que Dieu est là, c’est lui qui les soutient. Les gens posent la question à l’envers : ils ne voient pas que tout cela, ce sont des miracles. »

« Pas l’ombre d’une révolte, mais une foi profonde : on retrouve là, à mon sens, l’âme haïtienne. Pour un Haïtien, Papa Bon Dye est foncièrement bon », observe le P. Bernard Collignon, prêtre des Frères des Écoles chrétiennes, en Haïti depuis des années.

«Dieu ne veut pas la souffrance. Il est là avec nous»
« Mis à part quelques prophètes de malheur qui profitent de la situation pour accuser le peuple haïtien de tous les péchés du monde, la propension générale est plutôt à la bénédiction et à la louange pour les vies sauvées, confirme le P. Maurice Piquard, montfortain, dont la congrégation a perdu dix séminaristes. Dieu est loué comme le maître de la vie. Le présent et l’avenir lui appartiennent. Les Haïtiens savent d’instinct que Dieu est Amour infini, qu’il accueille les défunts avec lesquels ils continueront à vivre une relation très forte. »

Mais si les Haïtiens se refusent à intenter un procès à Dieu, que dire alors de l’énigme violente du mal, broyant aveuglément la vie de plus de 150 000 personnes ? « Nous aimerions savoir pourquoi ce mal se produit, mais une tragédie de cette envergure est au-delà de toute explication : ce serait justifier le mal que de l’expliquer, souligne Mgr Pierre Dumas, évêque de l’Anse-à-Veau et de Miragoâne. Dieu se trouve sous les tentes, avec ces gens qui ont tout perdu, plaide-t-il. Aujourd’hui, le visage de Dieu, c’est le visage souffrant du Christ dans les traits des personnes sinistrées, qui, la nuit, ont faim et froid. Dieu ne veut pas la souffrance de ses enfants, il l’a portée dans son propre corps, il l’a traversée. Il est là avec nous. »

«C’est dans l’action au service des autres que notre intelligence reçoit la réponse»
Pour le président de Caritas Haïti, qui sillonne sans cesse les camps de sinistrés pour consoler les familles endeuillées et organiser les secours, la réponse n’est pas dans la spéculation, mais dans la manière dont chacun répond à la tragédie : « La qualité humaine qu’on va mettre, la charité qui va découler de nos cœurs, cette capacité de développer une plus grande solidarité, détaille Mgr Dumas, c’est tout cela qui va faire la différence et permettre aux gens de pouvoir se relever. »

« C’est dans l’action au service des autres que notre intelligence reçoit la réponse aux questions posées, renchérit le P. Manuel Rivero, vicaire provincial des dominicains, qui organise le ravitaillement dans la capitale haïtienne. Encore ces jours-ci à Port-au-Prince, j’ai pu expérimenter l’innovation qui jaillit dans le combat commun contre le malheur. Il arrivait que des jeunes ou de moins jeunes me saluent, autrefois, dans la rue ou dans un bidonville : “Bonsoir, Blanc.” Mais personne ne m’a appelé “Blanc” ces jours-ci quand, avec des Haïtiens, je portais un cadavre dans une rue jonchée de morts. À l’occasion du malheur, les cœurs peuvent s’ouvrir. Le meilleur de l’homme émerge alors des profondeurs de l’être avec des richesses jadis laissées en friche. »


Gilles BIASSETTE (à Port-au-Prince) et Céline HOYEAU


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