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mardi 20 novembre 2012

Brésil : la Journée de la Conscience noire




Le Brésil célèbre aujourd’hui, à travers 850 de ses villes et diverses manifestations culturelles, la "Journée de la Conscience noire" pour tenter de mettre fin au préjugé racial dans ce pays où les afro-descendants sont la majorité mais se trouvent toujours en bas de l'échelle sociale. "Combien de collègues noirs avez-vous au bureau, combien en voyez-vous dans la queue du restaurant ou du cinéma que vous fréquentez ? Maintenant demandez-vous combien vous en connaissez qui sont employés aux tâches domestiques ?", demande la ministre de la Culture, Marta Suplicy, dans un article publié dans le quotidien Folha de Sao Paulo où elle défend les actions affirmatives. Cent vingt-quatre ans après l'abolition de l'esclavage (1888), le Brésil commémore la mémoire de "Zumbi dos Palmares", le dernier chef d'une république d'esclaves fugitifs. Tué le 20 novembre 1695 par des grands propriétaires terriens, il est devenu le symbole de la résistance contre l'esclavage. Au Brésil, 194 millions d'habitants, 52% de la population est noire ou métisse et parmi les 10% de Brésiliens les plus pauvres, 74% sont noirs ou métis. Les mouvements afro-brésiliens reconnaissent "quelques progrès en 500 ans" comme la loi des quotas pour les noirs et indiens dans les universités publiques, promulguée fin août (après 13 ans de débats) par la présidente Dilma Rousseff, mais affirment qu'il reste beaucoup à faire.

"Malheureusement, il y a encore 91% de la population noire qui n'a pas réussi à entrer à l'université et à peine 5,3% d'afro-descendants occupent des postes de direction dans les 500 plus grandes entreprises du pays. C'est un scandale", a déclaré David Raimundo Santos, un religieux franciscain qui dirige l'ONG Educafro. Celle-ci lutte pour faciliter l'accès des noirs et des indiens au marché du travail. Il se félicite néanmoins que dans tout le Brésil "3.000 événements sont organisés dans le pays mardi à la mémoire de Zumbi et plus de 10.000 en novembre, un record". "Cela prouve que le pays change, et qu'on va vers une nouvelle conscience d'être brésilien", a-t-il ajouté. En octobre, Joaquim Barbosa, 58 ans, est devenu le premier président noir de la de la Cour suprême. Ce fait historique "confirme une tendance au changement", selon les analystes.

mercredi 7 septembre 2011

«Shell doit quitter notre territoire»


Des Indiens guarani du centre-ouest du Brésil réclament le départ des Shell de leur territoire. Le groupe pétrolier exploite ces terres pour produire de l'éthanol à base de canne à sucre.


«Shell doit quitter notre territoire. Les compagnies doivent cesser d'exploiter les terres indigènes», a déclaré Ambrosio Vilhalva, un Guarani de la commune de Caarapo, dans l'Etat du Mato Grosso do sul, à l'organisation de défense des Indiens Survival International.

Shell s'est allié avec le géant brésilien du sucre-alcool Cosan, pour créer une nouvelle entreprise de production d'éthanol, «Raizen». Une partie de sa production provient de la canne à sucre cultivée sur la terre ancestrale des Guarani, à Caarapo.

«Depuis l'inauguration de l'usine (en 2010), la santé des enfants, des adultes et des animaux s'est détériorée», très probablement en raison des produits chimiques utilisés dans les plantations de canne à sucre, dénoncent les Indiens dans une lettre adressée aux compagnies.

Le service de presse de Raizen a déclaré mardi «rechercher un consensus dans la zone en litige à Caarapo». «Cette zone appartient à un producteur local qui la loue pour un fournisseur de canne de Raizen (...) Raizen maintient le dialogue avec toutes les parties, en visant le développement durable des activités de la compagnie», souligne par ailleurs un communiqué.

Conditions épouvantables

La lenteur du gouvernement brésilien à délimiter et protéger les terres indigènes a favorisé leur exploitation par les planteurs de canne, souligne Survival, qui rappelle que de nombreux Guaranis «vivent dans des conditions épouvantables». Des dizaines d'entre eux ont été assassinés parce qu'ils tentaient de réoccuper leur terre ancestrale. D'autres subissent continuellement des violences.

Le directeur de Survival International, Stephen Corry, a déclaré mardi qu»il était «tristement ironique de constater que des gens utilisent l'éthanol de Shell comme une alternative 'éthique' à l'énergie fossile. Il n'y a certainement rien d'éthique dans le traitement effroyable que cette compagnie inflige aux Guaranis».

Le Brésil est le second producteur d'éthanol du monde derrière les Etats-Unis et le premier exportateur mondial de ce biocarburant.


(ats)

jeudi 23 juin 2011

Au Brésil, pire que le crack : l'oxidado


Oxi ? Ces trois lettres désignent le nouveau fléau du Brésil. Une drogue pire que toutes les autres, beaucoup plus destructrice encore que le crack. Un stupéfiant si vénéneux qu'il rend ses victimes dépendantes dès la première fois qu'ils en usent, et qu'il en tue trois sur dix dès la première année d'accoutumance.

Oxi est le diminutif d'oxidado : "rouillé", en portugais. Comme le crack, l'oxi est un dérivé de la cocaïne base, mais en contient deux fois plus ; comme lui, il a l'apparence d'un petit caillou jaunâtre et se "fume" dans une pipe à air, l'usager inhalant ses vapeurs.

Seule la consommation de ces deux drogues cousines et de même apparence permet de les distinguer : la fumée du crack est blanche, celle de l'oxi, plus grise ; l'un laisse des cendres, l'autre une substance huileuse.
Le crack, c'est de la coke dissoute dans du bicarbonate de soude, de l'éther ou de l'ammoniaque. L'oxi, c'est de la coke oxydée avec de la chaux vierge, et un dérivé du pétrole : kérosène, essence ou diesel.
L'oxi a été décelée pour la première fois en 2003 dans l'Etat d'Acre, frontalier de la Bolivie. Elle avait alors la faveur des plus pauvres - notamment des jeunes chômeurs - et des adeptes mystiques de l'ayahuasca, un breuvage hallucinogène amazonien.
Depuis, l'oxi s'est répandue dans le nord du Brésil avant de faire, cette année, son apparition dans les grandes villes du sud, en particulier Sao Paulo. La police en saisit, chaque semaine ou presque. Elle est maintenant consommée dans tous les milieux sociaux.


L'"atout" de l'oxi, c'est qu'elle est très bon marché : cinq fois moins chère en moyenne (2 réis, soit 0,90 centime d'euro le caillou) que le crack. A Cracolândia, le quartier des drogués - en majorité des sans-abri - de Sao Paulo, on l'appelle tout simplement "la pierre à 2 réis".
Les solvants utilisés dans la fabrication du crack sont en vente surveillée. Concocter ce stupéfiant exige une manipulation dans un petit labo improvisé, fût-ce une cuisine. Rien de tel pour l'oxi, qu'on peut préparer dans une simple poêle, au fond de la moindre arrière-cour.
L'apparence quasi identique des deux stupéfiants a longtemps abusé la police. En mars, à Sao Paulo, après avoir saisi 60 kg de "cailloux", elle découvre par hasard qu'il s'agit d'oxi, et non de crack, en faisant brûler quelques pierres lors d'une démonstration devant de jeunes recrues. Les drogués se méprennent, eux aussi, achetant sans le savoir de l'oxi dans les points de vente traditionnels du crack.
Une fois leur pipe allumée, le doute n'est plus permis. Dès la première bouffée, qui agit sur le cerveau en quelques secondes, l'"effet oxi" est foudroyant, et l'addiction souvent immédiate. "J'ai cru avaler un poison, j'ai eu peur de mourir", confiait Pedro, 27 ans, à l'hebdomadaire Epoca.
Les dégâts physiques et mentaux surgissent rapidement : maux de tête, vomissements, diarrhées ; abattement, angoisses, paranoïa. "J'entendais des voix, comme si le diable me parlait", raconte André, un malade en cure de désintoxication. Les dentistes ont été les premiers à donner l'alerte, en découvrant avec effroi les nécroses qui envahissaient les bouches de leurs jeunes patients.
Plus encore qu'avec les autres drogues, les victimes de l'oxi sont prêtes à tout pour s'en procurer. André a vendu jusqu'au dernier bien avant d'accepter de se soigner. La rue Helvetia, au coeur de Cracolândia, est un lieu de troc permanent pour une centaine de drogués, qui négocient un peu de tout, en échange de "cailloux à 2 réis" : vieilles chaussures, vêtements usagés, matériel électroménager, ou simples tickets de bus.
Après trois jours au maximum en état de manque, l'"oxicomane" devient très agressif. Augusto, 25 ans, Irivan, 25 ans, Jonas, 40 ans - qui tous se soignent aujourd'hui - racontent l'inéluctable naufrage de la dépendance : disputes familiales, pertes d'emploi, vols, agressions. Et au pire : assassinats, suicides. "Huit homicides sur dix sont liés aux stupéfiants", constate Wilson Martins, gouverneur de l'Etat du Piaui, au nord du Brésil. Ce n'est pas pour rien qu'on appelle l'oxi "la drogue de la mort".


L'Etat d'Acre, en Amazonie, fut le premier affecté par l'oxi. Dans les vieux quartiers du centre de Rio Branco, sa capitale, les gamines droguées se prostituent dès l'âge de 8 ans, rapporte un chercheur local, Alvaro Augusto Andrade Mendes. Faute de drogue, les enfants se préparent un "thé" avec le liquide des piles alcalines. En forêt, les villages indiens ne sont pas épargnés par l'oxi et la merla, autre dérivé de la coke.
La police craint qu'à terme l'oxi prenne la place du crack. L'organisation du trafic en serait modifiée, compliquant ainsi la répression. Produite de façon artisanale, commercialisée en petites quantités, la nouvelle drogue circule en dehors des réseaux de vente traditionnels.
A Rio Branco, des petits trafiquants vont chercher la cocaïne base à la frontière et fabriquent l'oxi dans des maisons abandonnées ou dans la forêt. Pour être efficace, la police devra se montrer beaucoup plus présente sur le terrain. Faute de quoi, les volutes grises de l'oxi propageront de plus en plus la servitude et la mort.
Jean-Pierre Langellier

jeudi 16 juin 2011

Décès d’Abdias do Nascimento, Grand Défenseur des droits des Noirs au Brésil


Le leader des droits civiques des noirs Brésiliens, l'écrivain, peintre, homme politique et érudit Abdias do Nascimento, connu pour son franc parler, est décédé à Rio de Janeiro. Il est mort a  97 ans.


Les sources divergent sur la date du décès, disant que c'était soit le 23 mai ou 24. La cause serait due à des complications diabètique, selon Anani Dzidzienyo, un ami qui en tant que professeur d'études brésiliennes à l'Université Brown a écrit sur M. Nascimento.

Pendant des décennies, M. Nascimento a représenté une voix dissidente dans une société brésilienne, qui pendant la plus grande partie du 20ème  siècle était identifié par son gouvernement et perçue par une grande partie de sa population comme une démocratie raciale. M. Nascimento a soutenu, à la fois dans son art et dans sa rhétorique politique, qu’en fait, le Brésil était demeuré une société raciste.

Un nombre beaucoup plus important de noirs Africains furent envoyés au Brésil comparé aux États-Unis dans le cadre du commerce des esclaves, et le Brésil n'a pas aboli l'esclavage avant 1888. Ce n'est qu’au cours de la dernière décennie, alors que des programmes d'action affirmative ont pris racine dans de nombreuses universités brésiliennes et dans certains organismes gouvernementaux, que le racisme a été reconnu publiquement comme un problème au Brésil.
"C’était une légende" a déclaré Edward E. Telles, professeur de sociologie à Princeton et auteur de “Race in Another America: The Significance of Skin Color in Brazil,” en parlant M. Nascimento dans un entretien téléphonique. "Des années  1930 jusque vers les années 1990, le Brésil était considéré comme une démocratie raciale, mais personne ne parlait de race, et il existait une hiérarchie raciale claire. Les pauvres étaient noirs en majorité, et les élites étaient presque toutes blanches. Il n'avait pas peur de dire aux gens que la démocratie raciale était un mythe. Et il l'a dit pendant 60 ans. "
 En 1944, M. Nascimento a fondé le Théâtre Expérimental Noir à Rio de Janeiro, une troupe qui célébrait la culture d’influence africaine. Il a formé des citoyens noirs au métier d’acteurs, défiant ainsi la coutume du casting des acteurs blancs portant une face noircie.
En tant qu'acteur, il a joué dans "Orfeu da Conceição", la pièce de Vinicius de Moraes qui est devenue la base du film de 1959 "Black Orpheus", réalisé par Marcel Camus. La troupe a également parrainé des événements pour les droits civiques, parmi lesquels le Premier Congrès des Noirs du Brésil organisé à Rio de Janeiro en 1950.
En 1945, M. Nascimento a aidé à fonder le Comité Démocratique Afrobrésilien  pour lutter pour la libération des prisonniers politiques. Après un coup d'État militaire en 1964, il a vécu un exil auto-imposé aux États-Unis et au Nigeria jusqu'au début des années 1980. Alors en exil, il a commencé à peindre des œuvres aux couleurs frappantes présentant des images humaines et naturelles en juxtaposition avec des formes géométriques, évoquant des thématiques culturelles et religieuses afrobrésiliennes. Son travail a été exposé aux États-Unis, au Brésil et ailleurs.
À la fin des années 1970, alors que l'armée détenait toujours le pouvoir (jusqu'en 1985), M. Nascimento, toujours en exil, aida à fonder le Parti Travailliste Démocratique du Brésil, veillant à ce que la question de la discrimination raciale fasse partie de sa plate-forme. Il a servi dans la législature du Brésil en tant que député et sénateur. Il a également aidé à fonder les études afrobrésiliennes et l'Institut de recherche connu sous le nom Ipeafro à Rio de Janeiro.
"Il n'y avait pas de brésilien plus important que Nascimento depuis l'abolition de l'esclavage en 1888", selon Ollie A. Johnson, professeur d'études africaines à l'Université Wayne State à Detroit et l'auteur de “Brazilian Party Politics and the Coup of 1964.”  "Aucun autre brésilien n’a combattu aussi fortement et plus longtemps contre la suprématie blanche et le racisme au Brésil dans l'ère post-esclavage. Pour que les Américains comprennent et mesurent sa contribution,  il faudrait dire qu'il était un peu de Marcus Garvey, un peu de WEB DuBois, un peu de Langston Hughes et un peu d'Adam Clayton Powell. "
 M. Nascimento est né en Mars 1914 à Franca, dans l'État brésilien de São Paulo. Son père était  cordonnier, sa mère faisait des bonbons et les vendait dans la rue. Ses grands-parents avaient été esclaves.

"Il a grandi entouré de gens qui ont expérimenté les derniers jours de l'esclavage," dit M. Dzidzienyo, en ajoutant que le fait de garder cette expérience vivante à travers le 20ème   siècle "fut l'une de ses contributions les plus importantes."
M. Nascimento a étudié la comptabilité et a obtenu une licence en économie de l'Université de Rio de Janeiro. Encore adolescent, il a rejoint le mouvement des droits civiques Brésilien,  connu sous le nom Front Noir Brésilien.
Durant son exil, il a enseigné à la State University of New York à Buffalo, où il a fondé la chaire des cultures africaines dans le programme d’étude de l'université de Porto Rico. Il a également enseigné à Yale et à Wesleyan.
Ceux qui lui survivent comprennent sa troisième épouse Elisa Larkin Nascimento, qui est l'actuelle directrice de Ipeafro; trois fils, Henrique Christophe, Bida et Osiris, et une fille, Yemanja.
Activiste pratiquement jusqu'à la fin de ses jours, M. Nascimento a donné sa dernière interview à l'universitaire américain Henry Louis Gates Jr. pour une série documentaire sur PBS, “Black in Latin America,”, qui a été diffusé ce printemps.
"Le Brésil a-t-il jamais vraiment eu une démocratie raciale?" lui avait demandé M. Gates.
"Le peuple noir ressent dans sa chair le mensonge qu’est la démocratie raciale dans ce pays", a répondu M. Nascimento. "Vous avez juste à regarder une famille noire. Où vivent-ils? Les enfants noirs, comment sont-ils formés? Vous verrez que tout cela est un mensonge. Vous devez comprendre que je dis cela avec une profonde haine, une profonde amertume de la manière dont les Noirs sont traités au Brésil. "
M. Gates lui a alors demandé si toutefois il y avait matière à optimisme.
"Si je n'étais pas un optimiste, je me serais pendu", a répondu M. Nascimento

Traduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga 
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Ó Exu

ao bruxoleio das velas
vejo-te comer a própria mãe
vertendo o sangue negro
que a teu sangue branco
enegrece
ao sangue vermelho
aquece
nas veias humanas
no corrimento menstrual
à encruzilhada dos
teus três sangues
deposito este ebó
preparado para ti

Tu me ofereces?
não recuso provar do teu mel
cheirando meia-noite de
marafo forte
sangue branco espumante
das delgadas palmeiras
bebo em teu alguidar de prata
onde ainda frescos bóiam
o sêmen a saliva a seiva
sobre o negro sangue que circula
no âmago do ferro
e explode em ilu azul

Ó Exu-Yangui
príncipe do universo e
último a nascer
receba estas aves e
os bichos de patas que
trouxe para satisfazer
tua voracidade ritual
fume destes charutos
vindos da africana Bahia
esta flauta de Pixinguinha
é para que possas chorar
chorinhos aos nossos ancestrais
espero que estas oferendas
agradem teu coração e
alegrem teu paladar
um coração alegre é
um estômago satisfeito e
no contentamento de ambos
está a melhor predisposição
para o cumprimento das
leis da retribuição
asseguradoras da
harmonia cósmica

Invocando estas leis
imploro-te Exu
plantares na minha boca
o teu axé verbal
restituindo-me a língua
que era minha
e ma roubaram
sopre Exu teu hálito
no fundo da minha garganta
lá onde brota o
botão da voz para
que o botão desabroche
se abrindo na flor do
meu falar antigo
por tua força devolvido
monta-me no axé das palavras
prenhas do teu fundamento dinâmico
e cavalgarei o infinito
sobrenatural do orum
percorrerei as distâncias
do nosso aiyê feito de
terra incerta e perigosa

Fecha o meu corpo aos perigos
transporta-me nas asas da
tua mobilidade expansiva
cresça-me à tua linhagem
de ironia preventiva
à minha indomável paixão
amadureça-me à tua
desabusada linguagem
escandalizemos os puritanos
desmascaremos os hipócritas
filhos da puta
assim à catarse das
impurezas culturais
exorcizaremos a domesticação
do gesto e outras
impostas a nosso povo negro

Teu punho sou
Exu-Pelintra
quando desdenhando a polícia
defendes os indefesos
vítimas dos crimes do
esquadrão da morte
punhal traiçoeiro da
mão branca
somos assassinados
porque nos julgam órfãos
desrespeitam nossa humanidade
ignorando que somos
os homens negros
as mulheres negras
orgulhosos filhos e filhas do
Senhor do Orum

Olorum
Pai nosso e teu
Exu
de quem és o fruto alado
da comunicação e da mensagem

Ó Exu
uno e onipresente
em todos nós
na tua carne retalhada
espalhada por este mundo e o outro
faça chegar ao Pai a
notícia da nossa devoção
o retrato de nossas mãos calosas
vazias da justa retribuição
transbordantes de lágrimas
diga ao Pai que nunca
no trabalho descansamos
esse contínuo fazer
de proibido lazer
encheu o cofre dos exploradores
à mais valia do nosso suor
recebemos nossa
menos valia humana
na sociedade deles
nossos estômagos roncam de
fome e revolta nas cozinhas alheias
nas prisões
nos prostíbulos
exiba ao Pai
nossos corações
feridos de angústia
nossas costas chicoteadas
ontem
no pelourinho da escravidão
hoje
no pelourinho da discriminação

Exu
tu que és o senhor dos
caminhos da libertação do teu povo
sabes daqueles que empunharam
teus ferros em brasa
contra a injustiça e a opressão
Zumbi Luiza Mahin Luiz Gama
Cosme Isidoro João Cândido
sabes que em cada coração de negro
há um quilombo pulsando
em cada barraco
outro palmares crepita
os fogos de Xangô iluminando nossa luta
atual e passada

Ofereço-te Exu
o ebó das minhas palavras
neste padê que te consagra
não eu
porém os meus e teus
irmãos e irmãs em
Olorum
nosso Pai
que está
no Orum

Laroiê!

Abdias do Nascimento - PADÊ DE EXU LIBERTADOR