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dimanche 22 mai 2011

Qui est Daniel Gérard Rouzier ?


L'homme est un quasi inconnu. Le grand public l'a découvert le jour de l'investiture de Michel Martelly. Au Te Deum, c'est lui le lecteur énigmatique du premier Evangile. Actuellement en voyage, c'est en son absence que son nom a été transmis aux présidents des deux Chambres. Il est le Premier ministre désigné de la République. Son nom: Daniel Gérard Rouzier. Portrait rapide.



Frère du musicien très connu Fabrice Rouzier et du chroniqueur sportif Pilou Rouzier, Daniel Rouzier, que le président Michel Joseph Martelly vient de désigner officiellement Premier ministre, va sortir de l'ombre médiatique pour entrer sous la lumière des projecteurs de la politique active. Âgé de 51 ans, homme d'affaires à succès qui a réussi la prouesse de faire sortir de terre la première usine au mazout de production électrique, propriété de la société E-Power (l'un des plus gros investissements privés de ces dernières années en Haïti), Rouzier n'avait pas jusqu'à date le profil de l'homme politique haïtien type.

Après avoir achevé ses études en comptabilité et en gestion aux Etats-Unis d'Amérique en fréquentant les universités de Dartmouth et de Georgetown, Daniel Rouzier travaille un temps aux côtés de Leslie Delatour, ministre de l'Economie et des Finances en 1986. Très vite, il rejoint les entreprises où sa famille a des intérêts et métamorphose le métier de concessionnaire de voiture en Haïti avec la firme Sun Auto.


Profondément croyant, religieux même, intéressé par l'action sociale, Rouzier, président du conseil d'administration de Food For the Poor, une ONG chrétienne qui a pour mission de venir en aide aux familles déshéritées, est l'auteur d'un ouvrage de réflexion spirituelle, "Croire, Aimer et Espérer" (2006), et anime périodiquement des séances de prières. Avec même des membres de la classe politique.


Concerné par la vie dans la cité, Rouzier est connu comme celui qui, le premier, a donné une sépulture chrétienne à des victimes du tremblement de terre enterrées dans des fosses communes à St Christophe à la sortie Nord de Port-au-Prince.

Intellectuel intéressé par les problèmes économiques et sociaux, Rouzier prononce à l'occasion des conférences. Il est aussi l'auteur de deux autres ouvrages "Vision ou illusion" et "Le pouvoir des idées"(2002) dans lesquels il distille ses idées sur la société haïtienne. 

Fils de Gérard Raoul Rouzier, secrétaire d'Etats aux Sports et à la Jeunesse de Jean-Claude Duvalier, Daniel est issu d'une famille qui a toujours fait de la politique. 


Rouzier paraissait en retrait jusqu'à ce que Martelly, dont il est le parent éloigné, fasse appel à lui depuis plusieurs semaines pour être son premier chef de gouvernement.

Dans un entretien accordé à l'époque au Nouvelliste, Daniel Rouzier avait convenu d'avoir accepté de répondre oui à la demande de celui qui venait d'être déclaré vainqueur d'une élection remplie de rebondissements.

« J'ai dit oui au président Martelly qui m'a demandé d'être son Premier ministre. Je vais de ce pas remettre ma démission comme président de E-Power et de Sun Auto. Je vais aussi renoncer à ma résidence américaine et à la charge de consul de la Jamaïque en Haïti », avait déclaré le Premier ministre désigné au Nouvelliste.

Réputé à droite, progressiste, Daniel Rouzier est un mélange d'homme d'affaires, d'homme de réflexion et d'acteur de la solidarité sociale. « Il est efficace, rationnel et tenace dans la conduite de ses projets », a confié au Nouvelliste un de ses pairs.

Avec sa nomination officielle comme Premier ministre désigné, Rouzier, marié depuis des années, père de 3 enfants, entre dans l'arène de la politique haïtienne et se prépare, avec son équipe et le support du président Martelly, à affronter l'épreuve des Chambres avant de se colleter aux problèmes du pays si tout se passe bien.

Dans la note de son bureau de communication, le Chef de l'Etat s'est dit convaincu que Monsieur Rouzier a les capacités et la volonté pour l'accompagner dans sa quête d'un lendemain meilleur pour tous les Haïtiens et souhaite que son choix soit supporté par tous les secteurs de la population.

« Mon choix est basé sur le fait que Daniel Rouzier est un homme de famille, intègre, entier et pieux qui a réussi dans les affaires et qui sait transformer les rêves en réalité. De plus, il partage ma vision et est prêt à m'épauler afin que nous puissions ensemble bâtir une meilleure Haïti » a déclaré le Président Martelly cité par la note de presse.

Daniel Gérard Rouzier est le troisième homme d'affaires choisi pour être Premier ministre. Jean Bertrand Aristide avait eu Robert Malval, un imprimeur, et Smarck Michel, un importateur, comme chefs de gouvernement. Dans les deux premiers cas l'aventure avait vite tourné court.
 Frantz Duval

vendredi 26 mars 2010

Jeux d’influences et d’alliances dans le processus de reconstruction Le point, une semaine avant le sommet des bailleurs de fonds de Ne


P-au-P., 25 mars 2010 [AlterPresse] --- A une semaine du sommet des bailleurs de fonds autour de la reconstruction d’Haïti, au siège de l’Organisation des Nations Unies (Onu) à New York le 31 mars, de nombreuses rencontres se déroulent dans plusieurs pays, y compris en Haïti, sur la situation post-séisme du 12 janvier 2010.

La République Dominicaine, les Etats-Unis d’Amérique, l’Union européenne (Ue), le Japon, la France… , et les institutions multilatérales (Banque mondiale, Fonds monétaire international) se positionnent.

Tout se passe comme si les intérêts stratégiques en jeu semblent motiver de nombreux acteurs internationaux, par influence et alliance interposées, vers la conquête de parts de marché dans les travaux de reconstruction d’une bonne partie du territoire d’Haïti, vivement secouée par le tremblement de terre.

En dehors de la massive aide (alimentaire, médicale, ressources humaines, croix rouge, réseau d’organisations sociales), apportée dès les premiers jours post-séisme, la République Dominicaine a accueilli divers forums sur la situation et a tiré profit sur de multiples points. Son territoire a servi de point de passage pour l’acheminement de l’aide humanitaire.

Aujourd’hui, le constat : des véhicules à plaque minéralogique dominicaine, poursuivant les opérations d’aide, sont davantage remarquables qu’auparavant, en divers endroits du pays, pas seulement dans la capitale.

Journalistes, coopérantes et coopérants, nationaux laissant ou regagnant Haïti, commerçantes et commerçants ont transité et continuent de passer par le territoire voisin pour diverses raisons. Cela se traduit concrètement par un niveau important de transactions financières, de montants non encore rendus publics, profitables à l’économie du pays le plus proche d’Haïti.

Dès le 13 janvier 2010, les Etats-Unis d’Amérique ont manifesté leur présence par l’envoi de troupes armées qui, au-delà de l’objectif déclaré “d’assurer la sécurité des convois humanitaires”, ont pris possession de l’aéroport international de Port-au-Prince qu’elles ont rendu fonctionnel rapidement et 24h/24.

A signaler que l’aéroport international de la capitale a été sévèrement touché et de nombreuses fissures sont encore visibles sur l’édifice. De nouveaux espaces sont en service pour pouvoir accueillir provisoirement des passagers, dans des conditions extrêmement précaires.

Parallèlement, des équipes médicales, en provenance des Etats-Unis, sont encore sur place, comme dans l’aire de l’aéroport international dans la capitale, en vue de fournir des soins gratuits. Parmi le personnel de ces structures médicales, se retrouvent beaucoup de compatriotes expatriés (médecins, infirmières) qui, à l’occasion, reviennent prêter leurs services par rotation-horaire pendant quelques semaines. Il arrive que ces personnes ne trouvent même pas le temps pour visiter leurs familles et autres parents, tant la mission d’urgence, à laquelle elles sont affectées, est très serrée.

L’opinion publique n’est pas renseignée sur les dessous de la politique américano-haïtienne dans le contexte actuel. De jeunes militaires américains montent la garde devant l’entrée de plusieurs bâtiments, dont l’ancien hôtel Montana effondré le 12 janvier.

Toujours est-il que le président étasunien Barack Obama vient de demander, le 24 mars au Congrès, l’approbation formelle de 2,8 milliards de dollars américains au titre de l’engagement envers Haïti. En début de semaine, les anciens présidents William Jefferson (Bill) Clinton et George Walker Bush ont visité le pays comme émissaires d’Obama.

L’Ue, qui a organisé une session sur Haïti cette semaine, pourrait s’engager pour un montant d’un milliard d’euros (1 euro = 65.00 gourdes ; US $ 1.00 = 42.00 gourdes aujourd’hui).

En plus d’un apport de 70 millions de dollars américains, le Japon compte mobiliser les ministres des affaires étrangères du G8 (qui se réunissent en cette fin du mois de mars 2010), tout en invitant la communauté internationale à soutenir une stabilisation, à court terme, de la vie de la population nationale.

De passage à Port-au-Prince, le samedi 20 mars, le ministre japonais des affaires étrangères a promis l’examen, par son gouvernement, de la possibilité d’envois de techniciens du pays du soleil levant pour échanger sur les expériences du Japon en matière de séisme.

Après la visite du président Nicolas Sarkozy (la première d’un chef d’Etat français depuis 200 ans) et les promesses d’élimination de la dette d’Haïti, la France insiste sur la coopération décentralisée, c-est-à-dire la “contribution des collectivités territoriales au plan de développement voulu par les autorités haïtiennes”, avec l’organisation, à Fort de France (Martinique) le 23 mars, d’une conférence internationale des villes et régions du monde pour la reconstruction d’Haïti, à laquelle ont participé plus de 150 participants de divers pays et d’une trentaine de représentants des collectivités territoriales haïtiennes.

Ayant débloqué dans l’urgence 150,000 euros en faveur de Port-au-Prince, la mairie de Paris projette de mettre 500,000 euros par an à disposition de Port-au-Prince sur les 3 prochaines années, suivant des précisions fournies à AlterPresse.

Le Fonds monétaire international encourage l’octroi à Haïti des fonds sollicités en guise d’appui budgétaire pour l’exercice fiscal 2009-2010.

Les dégâts provoqués par le tremblement de terre du 12 janvier ont permis de collecter, en janvier et février 2010, seulement 20 % et 35 % des recettes fiscales prévues.

De son côté, la Banque interaméricaine de développement (Bid) a annoncé, le 22 mars, l’effacement de 479 millions de dollars de dettes d’Haïti et une aide de 2 milliards de dollars destinée à la reconstruction du pays.

L’Organisation des États Américains (Oea) envisage d’accueillir, annuellement, une réunion de la diaspora haïtienne dans le cadre de la contribution, à court terme et à long terme, des Haïtiennes et Haïtiens de l’extérieur au relèvement et à la reconstruction d’Haïti.

Sur le terrain, la question de logements durables reste une préoccupation pour les dizaines de milliers de sans abris et personnes déplacées.

Mettant en avant l’absence de consultations formelles avec des secteurs-clés, tels les paysans, les femmes et les habitants des camps de sans abris et personnes déplacées, plusieurs organisations sociales rejettent le plan de reconstruction que compte présenter le gouvernement du premier ministre Joseph Jean Max Bellerive à la rencontre des bailleurs de fonds le 31 mars. [r