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vendredi 17 octobre 2014

« Prix nobel » d’économie : des cocoricos déplacés


Le « prix de la Banque de Suède en sciences économiques en l’honneur d’Alfred Nobel », improprement appelé prix Nobel d’économie, vient d’être attribué au français Jean Tirole. Alors qu’un déluge de commentaires élogieux en forme de « cocoricos » se propage dans les médias, Attac déplore ce choix qui s’inscrit dans la lignée des prix attribués à Hayek, Friedman et autres économistes néolibéraux en grande partie responsables de la crise actuelle.


Présenté comme « un des économistes les plus influents de notre époque » par la Banque de Suède, Jean Tirole est récompensé par « son analyse de la puissance des marchés » et ses recommandations en faveur d’une déréglementation dans les domaines de l’industrie, de la finance et du travail.

C’est ainsi que Jean Tirole, dont on peut penser que le nouveau ministre de l’économie Emmanuel Macron est un admirateur fervent, propose une réforme du marché du travail, dont l’une des mesures doit être d’alléger le code du travail et, en particulier, de supprimer les contrats à durée indéterminés (CDI).

Ce n’est pas tout : Jean Tirole est depuis longtemps un fervent partisan d’un marché mondial des permis d’émission de gaz à effet de serre. Le prix et la concurrence seraient ainsi les principaux instruments mobilisés pour limiter les émissions. Pourtant le marché européen du carbone est un échec retentissant en même temps qu’un nouveau théâtre de spéculation !

Dans le domaine de la finance, Tirole s’est illustré par une approche – fondée sur la théorie des jeux et de l’information – selon laquelle la stabilité des marchés peut être obtenue par la transparence de l’information et la concurrence sur les marchés.Ignorant le caractère fondamentalement instable des marchés, Jean Tirole a cautionné les politiques de dérégulation financière et encouragé les autorités de régulation à négliger la nécessité d’une régulation globale de la finance.

Le caractère global et systémique de la crise a montré qu’il s’agissait là d’une erreur tragique… démontrant par là le caractère inadapté et dangereux des analyses de Jean Tirole et du courant de pensée qu’il représente : un néolibéralisme dogmatique pour lequel la fonction économique essentielle de l’État est d’étendre la logique des marchés à l’ensemble des domaines de la vie sociale.


P.-S.

Jean-Luc Mélenchon à propos du prix Nobel d'économie attribué à Jean Tirole


"Ce Nobel d'économie, n'est-ce pas plutôt le prix du conformisme idéologique ? Qu'est-ce que cet homme a bien pu apporter à ses semblables par son savoir ? Des recommandations sur l'art de les faire souffrir davantage encore. C'est tout."

vendredi 13 juillet 2012

Hollande VS Sarkozy?


Sarkozy avait un mérite. Il était de droite, et il l'assumait. Par conséquent, sa politique économique était clairement une politique de l'offre, c'est à dire une politique visant à venir encore et toujours au secours des bénéfices de l'entreprise. Le moyen toujours le même. Prétexter un besoin de compétitivité des entreprises pour "alléger le coût du travail". En clair cela veut toujours dire exonérer les entreprises des cotisations sociales et transférer le "poids" de ces cotisations vers le travail, c'est à dire les salariés. Ainsi sa dernière invention avait été la TVA qui n'avait de sociale que le nom et qui avait pour principe d'abaisser significativement la contribution patronale au financement de la sécurité sociale. Le manque à gagner aurait alors été compensé par une augmentation générale des prix de 2%. En clair, les consommateurs salariés, y compris, les plus précaires, seraient devenus les principaux contributeurs du financement de notre système de protection sociale. Les entreprises, comme toujours avec un gouvernement de droite, auraient été dispensées encore un peu plus de leurs obligations de solidarité.

Durant la campagne des présidentielles les socialistes semblaient clairs. Ils repoussaient comme un seul homme incarné par François Hollande ce principe de transfert des cotisations patronales vers les salariés. Aussi refusaient-ils la TVA anti-sociale. En ce sens, ils semblaient être de gauche. Mais sans doute n'était-ce qu'une posture, une fois de plus, pour gagner les élections. Car depuis une conférence sociale est passée par là et les réelles intentions de François Hollande, ainsi que sa pensée profonde, en matière économique, éclatent aux yeux de tous.

Acte I : Louis Gallois nommé commissaire général à l'investissement


Jean Marc Ayrault annonce, le 7 juillet, la nomination de Louis Gallois comme commissaire général à l'investissement. Le Premier ministre explique, clairement, les raisons de ce choix de personne : "J'ai décidé, dans la continuité des discussions engagées aujourd'hui, de confier à Louis Gallois une mission sur la compétitivité de nos entreprises, afin de préparer la mise en oeuvre d'actions concrètes, d'ici la fin de l'année". Surtout il ajoute : "Nous devons veiller à ce que leur environnement (des entreprises) réglementaire, administratif et fiscal soit propice à leur développement et les freins qui existent encore, aujourd'hui, doivent être levés". On croirait entendre un Fillon ou pire, un Madelin, se plaignant d'un code du travail contraignant, se plaignant de toujours trop d'impôts sur les sociétés...
 De fait, le choix de Gallois est plus qu'explicite. Il est connu pour ses positions libérales en matière économique. De concert avec la pensée macro-économique de droite il estime qu'il faut encore et toujours mettre la compétitivité des entreprises au coeur de tout validant ainsi la politique de l'offre plutôt que celle de la demande. C'est ainsi qu'il déclare "je crois qu'il faut un choc de compétitivité". Et il poursuit "il faut que ce choc soit massif et qu'il porte sur les cotisations sociales... Il s'agît de transférer 30 à 50 milliards, pour avoir un effet significatif".

Acte II : l'entrée en scène d'un Hollande plus libéral que social


Loin de rappeler à son commissaire ses obligations de réserve suite à ses déclarations, François Hollande valide en tous points l'approche libérale de la politique de l'offre. C'est ainsi qu'il déclare lors de son discours d'ouverture de la conférence sociale : "le second défi auquel nous faisons face est la détérioration de notre compétitivité". Et de conclure ses propos par une circonvolution habituelle chez lui : "voilà pourquoi je considère nécessaire une réforme du mode de financement de la protection sociale". De quelle réforme parle-t-il vraiment ? De faire contribuer significativement les revenus du capital comme il s'y était engagé au Bourget le 17 janvier en déclarant la guerre à la finance ? Non, définitivement, non ! Il entend, le président "socialiste" accroitre le montant de la CSG. Or il faut savoir que sur les 89 milliards d'euros de recette de cette contribution, 62 milliards proviennent du travail et 10 milliards seulement du capital, donc à peine plus de 10% du montant total de l'assiète de la CSG. C'est donc bien le travail et les salariés qui paieront demain l'essentiel de la facture de la diminution des cotisations sociales des entreprises. La TVA s'est donc transformée en CSG au grand bonheur de Laurence Parisot, la patronne des patronnes qui s'est félicitée de voir le gouvernement tant à l'écoute de la compétitivité des entreprises.

Acte III : le SMIC, comme outil de la compétitivité


Le SMIC, à l'image des cotisations sociales d'entreprises, est, sans conteste, l'autre cible à abattre du patronat français. Aussi, lorsque Jean-Marc Ayrault annonce le souhait du gouvernement de réformer les modalités d'indexation du salaire minimum interprofessionnel de croissance afin de le corréler à la croissance du PIB il répond à un vieux souhait des libéraux. Car avec ce type d'indexation que se passe-t-il en cas de faible croissance ou de croissance quasi nulle comme aujourd'hui ? En théorie, le SMIC n'augmentera pas alors que c'est dans ces périodes de crises que les salariés les plus en situation de précarité ont besoin d'un "coup de pouce". Surtout le SMIC ne jouera plus son rôle de "voiture-balai de toutes les inégalités générées par le capitalisme français" comme l'écrit aujourd'hui même Laurent Mauduit dans Médiapart. De fait, les intérêts du patronat français l'emporte finalement sur l'autel de la désormais célèbre notion de compétitivité que l'on nous sert depuis 30 ans. Aussi, le coup de pouce du SMIC de seulement 0,6% accordé au mois de juin prend-il tout son sens.

Epilogue : Hollande, dans les pas de Sarkozy


Finalement, cette conférence sociale a eu le mérite de nous indiquer ce que sera la politique économique et salariale de François Hollande durant les 5 années à venir. Une politique certes sociale dans la forme qui permet un retour au dialogue entre les partenaires sociaux qui avait disparu sous Sarkozy. Mais une politique définitivement libérale sera à l'oeuvre en faveur des entreprises et de leur éternelle revendication d'allègements des charges et des contraintes. Aussi, c'est bien la politique économique de l'offre et non celle de la demande que François Hollande met en mouvement. Ainsi, un gouvernement socialiste parle même aujourd'hui de rendre le marché du travail plus flexible derrière l'artifice du concept de flexisécurité. Les salariés, quant à eux, paieront toutes les factures. Celle de la CSG tout d'abord. Puis celle de la réforme du SMIC qu'ils ont déjà expérimenté pas plus tard que le mois dernier. Enfin, ils découvriront bientôt ce que la flexibilité du marché du travail veut dire réellement derrière les beaux écrans de fumée de la "flexisécurité" : le droit d'être licencié plus rapidement avec moins de protections ! Enfin, ils s'appercevront que la fameuse justice fiscale tant promise durant la campagne ne verra jamais le jour, puisqu'en accroissant le rôle de la CSG dans le financement de la protection sociale Hollande enterre le projet de fusion de l'impôt sur le revenu et de cette CSG.

Finalement, avec Hollande, le rééquilibrage entre revenu du travail et revenu du capital n'aura pas lieu.

Finalement, avec Hollande, la fiscalité sera, d'abord, élaborée, pour l'entreprise.

Finalement, avec Hollande, le droit du travail se délitera, au grand bonheur du MEDEF.

Finalement, avec Hollande, le SMIC ne sera jamais un outil de relance qui viendrait soulager les salariés les plus en difficulté.

Finalement, avec Hollande, nous n'aurons pas une politique de la demande.

Finalement, avec Hollande, nous aurons la même politique de l'offre, si cher à Nicolas Sarkozy.


jeudi 17 novembre 2011

L'économie de la polarisation


Les Américains sont-ils devenus irrationnels? La politique n'a jamais été aussi polarisée depuis les années trente dans un empan qui va du mouvement Tea Party à l'occupation de Wall Street. Pour quelle raison la droite objecte-t-elle avec une telle véhémence aux dépenses gouvernementales? Pourquoi la gauche attaque-t-elle le capital privé d'une passion égale? La raison ne réside pas dans la psyché américaine mais bien dans les statistiques. L' Amérique est engagée dans une guerre de classe mais pas de celle qu'on peut lire dans la grande presse. L'indigent véritable, un jeune homme afro-américain, par exemple, qui sont actuellement, pour la plupart sans emploi, ont peu de choses à voir avec cette guerre, Les grandes corporations commerciales et industrielles ne sont aussi que des spectateurs, elles feront la paix avec leur vainqueur. Il s'agit d'une guerre de survie entre la classe moyenne productive d'une part et les tributaires de l'état de l'autre. Le système Palin et son aversion pour les dépenses gouvernementales est la pure expression rationnelle de l'intérêt personnel comme nous le savons de l'histoire américaine. Comme tout ce qui est neuf, cela attire plus que son lot, un public hétérodoxe ou fantaisiste. C'est un mouvement de la classe moyenne, plus vieille, plus riche et mieux éduquée que l'ensemble, mais ce n'est pas le parti du très riche, qui est toujours absent de l'activisme politique. Ils savent, par expérience, que les taxations détruisent la classe moyenne américaine, Ils approchent, et la masse de leur richesse s'incarne dans la maison de famille, comme la grande majorité des Américains. Le poids de la perception des taxes s'est déplacé drastiquement du gouvernement central vers les états et les localités. Les taxes de propriété porte une part sans cesse croissante de l'ensemble. C'est ce qui tue le marché de la propriété résidentielle. Le revenu des taxes fédérales reste 10% en dessous de son pic avant la crise, mais les taxes des états et les taxes locales ne cessent d'augmenter, en partie parce que les déficits budgétaires sont interdits, contrairement au gouvernement fédéral et ils doivent ajouter des taxes pour couvrir leurs dépenses même quand ils réduisent les dépenses. Les emplois locaux et régionaux ont fondu d'un demi-million depuis 1998 et çà continue. Une partie importante des dépenses locale est liée aux programmes gouvernementaux, spécialement dans la santé publique. Les états reçoivent leur dotation en bloc du gouvernement fédéral et prennent, en retour, la responsabilité de financer la santé publique et d'autres programmes. Les mandats sans financement pousse encore un peu plus loin les difficultés fiscales des états. Comme les revenus et les ventes régressent, il ne reste plus à compter que sur les taxes de propriété. Les perceptions de taxes de propriété continue d'augmenter alors que la valeurs des maisons s'est effondrée. L'appréciation des valeurs immobilières restaient en dessous de leurs valeurs réelles pendant les années fastes, mais ne sont tout de même pas tombée au point de réfléchir un déclin de 40% du prix des maisons. Les taxes de propriété sont devenues tellement importantes qu'un acheteur paye actuellement autant en taxes publiques qu'en intérêts de l'emprunt. Ce n'est pas une petite nouveauté et l'événement est étonnant, dans le passé la charge de l'emprunt valait couramment de deux à trois fois la facture des taxes de propriété. Interprété autrement, les cout combinée de l'intérêt de l'emprunt et des taxes de propriété s'élève à autour d'un trillion de dollars par an maintenant, chiffre a peu près semblable à celui du sommet de la bulle immobilière. L'augmentation des taux de taxation on presque tout a fait ratiboiser l'impact des faibles taux d'intérêt et les prix plus bas des maisons individuelles. Les données sur les taxes de propriété comprends aussi bien les taxes résidentielles que commerciales mais plus des deux tiers des revenus fiscaux de la propriété viennent des foyers. Raison pour laquelle la classe moyenne compare sa révolte à celle des révolutionnaires américains qui jetèrent le thé de la Compagnie des Indes dans l'eau du port de Boston. La modeste richesse contenue dans les titres de propriété et la perspective de la retraite sont en situation de risque. Les activistes de La Tea Party sont des nouveaux venus en politique; Beaucoup ont vécu leur vie sans heurts avant que la crise ne s'installe sur leur paillasson. Beaucoup des causes différents peuvent mobiliser cette partie du spectre politique, mais les taxes les firent sortir de chez eux. A l'opposé, nous avons ceux qui dépendent de l'état. Tous ne sont pas pauvres. On montre que le gouvernement paie de très hauts salaires pour les travailleurs de la construction des projets fondés sur les crédits de relance que ceux qui prévalent sur le marché de l'emploi. La loi a édicté un salaire minimum inspiré par les syndicats et l'administration Obama paient de 30 à 60% plus que le prix du marché, en guise faveur à ses alliés syndicaux. La houle des budgets a créé un nouveau genre de pseudo classe moyenne, celle des ouvriers qui gagnent plus 100.000$ par an avec quelques heures supplémentaires. La générosité des pension d'état est devenue un scandale. En Californie, Plus de 6.000 retraités de la fonction publique reçoivent une pension supérieure à 100.000$ par an, la moitié sont des policiers, des pompiers et des gardiens de prison. Il a été calculé que les obligations légales de la nation en matière de pensions se montent à 2,8 trillions de dollars, au taux actuel du revenu sur investissement. Les syndicats de la fonction publique ont chevauché la bulle immobilière avec les propriétaires de maisons et les gouvernement locaux leur ont offert des concessions intenables sous formes de salaires, de pensions et de soins de santé. Leur pouvoir politique amalgamé à celui du pouvoir d'achat des états et des localités. Aujourd'hui, les syndicats de la fonction publique sont la colonne vertébrale du parti démocrate, ils en dirigent la propagande, équipent les bureaux de vote en personnel,en matériel et, le jour du vote, ils amènent les âmes voter à la ficelle. La perspective du défaut de solvabilité des états fédérés s'est élargie du fait du cout de l'argent. L'Europe a la Grèce, l'Irlande et le Portugal, Les États-Unis a 11 états dont le déficit dépasse les 16% du budget total. Les titres détenus par les états américains et les villes, n'ont jamais, dans l'histoire, jusqu'ici porter un tel risque, leur revenu n'est pas taxé par le gouvernement américain, ainsi le revenu taxé et indexé est de 28% inférieure à celui de valeurs trésuraires comparables. Après ajustement fiscal, le titre municipal à 20 ans payait tout juste 0,35% au dessus du bon du trésor, aujourd'hui, il en paie 2,3 de plus. A l'apex de la crise de la dette, début 2009, la distribution taxatoire ajoutée tournait autour des 4%. Les états américains doivent réduire leur déficit ou le marché refusera de les financer. Les gouvernements locaux et fédérés, tout en ayant épuisé leur base taxatoire ajoutée à l'augmentation continue des taxes de propriété malgré l'effondrement des prix de l'immobilier a gardé son marché plus déprimé que les conditions économiques ne l'indiquent. Plus de contributions portera moins de revenus, En fait, le gouvernement aurait à procéder à la taxation du capital privé en l'expropriant de facto ou de jure, Par exemple, en nationalisant les banques pour leur ordonner de prêter à des projets favorisés politiquement, comme c'était la mode dans les républiques bananières d'Amérique du sud. L'alternative est de renégocier les pensions et les assurances de santé déjà promises au secteur publiques. Dans les deux cas, les familles qui se voyaient en classe moyenne confortable et pensaient à une retraite confortable et sure, se retrouvent sur le bord du précipice. Pendant les années bulle de 1997 à 2007, quand l'Amérique importait six trillions de dollars, la conduite était facile. A l'époque, quand le monde entier débarquait en Amérique avec ses économies, des gens aux talents médiocres et aux habitudes de travail routinières, pouvaient s'offrir de grandes maisons, des vacances chères, et, (aux dépends du contribuable) des pensions généreuses. Les américains espéraient-ils vivre bien indéfiniment sur la largesse des investisseurs étrangers, c'est une question à poser à un psychiatre pas à un économiste. Cette classe moyenne exaspérée par la crise s'est transformée en mouvement politique, nommément, la Tea Party. Ce qui a effacé l'image des syndicats de la fonction publique en tant que défenseurs des causes progressistes tout en exposant les classes moyennes à une «aristocratie du travail» (incise marxienne) qui parasite le revenu publique. Les prémisses inhérents favorisent les républicains et pour beaucoup de démocrates, la dette est le petit nom de la rage taxatoire. C'est devenu le bouton rouge de nombreux démocrates. Cette élection se déroulera de façon plus mauvaise et désespérée, qu'aucune au cours du siècle passé. C'est un combat existentiel, une guerre de survie pour la classe moyenne américaine. Si les syndicats de le fonction publique viennent pour se battre, le parti démocrate de Barack Obama cessera d'exister sous sa forme présente.


(*) un trillion est égal à 10 exposant 12, 1 et 13 zéros, voilà déjà une bonne base de délire comptable

mardi 15 novembre 2011

Maurice Allais, Lettre ouverte aux Français...




Contre les tabous indiscutés
Rédigé par PAR MAURICE ALLAIS, PRIX NOBEL D'ÉCONOMIE le Samedi 5 Décembre 2009 Marianne

" Le point de vue que j’exprime est celui d’un théoricien à la fois libéral et socialiste. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m’apparaît fausse, artificielle. L’idéal socialiste consiste à s’intéresser à l’équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l’efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d’une même doctrine. Et c’est précisément à ce titre de libéral que je m’autorise à critiquer les positions répétées des grandes instances internationales en faveur d’un libre-échangisme appliqué aveuglément.


Le fondement de la crise : l’organisation du commerce mondial
La récente réunion du G20 a de nouveau proclamé sa dénonciation du « protectionnisme » , dénonciation absurde à chaque fois qu’elle se voit exprimée sans nuance, comme cela vient d’être le cas. Nous sommes confrontés à ce que j’ai par le passé nommé “des tabous indiscutés dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années » (1). Car tout libéraliser, on vient de le vérifier, amène les pires désordres. Inversement, parmi les multiples vérités qui ne sont pas abordées se trouve le fondement réel de l’actuelle crise : l’organisation du commerce mondial, qu’il faut réformer profondément, et prioritairement à l’autre grande réforme également indispensable que sera celle du système bancaire.

Les grands dirigeants de la planète montrent une nouvelle fois leur ignorance de l’économie qui les conduit à confondre deux sortes de protectionnismes : il en existe certains de néfastes, tandis que d’autres sont entièrement justifiés. Dans la première catégorie se trouve le protectionnisme entre pays à salaires comparables, qui n’est pas souhaitable en général. Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C’est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d’avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c’est aussi vrai avec des pays plus proches, y compris au sein même de l’Europe. Il suffit au lecteur de s’interroger sur la manière éventuelle de lutter contre des coûts de fabrication cinq ou dix fois moindres – si ce n’est des écarts plus importants encore – pour constater que la concurrence n’est pas viable dans la grande majorité des cas. Particulièrement face à des concurrents indiens ou surtout chinois qui, outre leur très faible prix de main-d’œuvre, sont extrêmement compétents et entreprenants.


Il faut délocaliser Pascal Lamy !
Mon analyse étant que le chômage actuel est dû à cette libéralisation totale du commerce, la voie prise par le G20 m’apparaît par conséquent nuisible. Elle va se révéler un facteur d’aggravation de la situation sociale. À ce titre, elle constitue une sottise majeure, à partir d’un contresens incroyable. Tout comme le fait d’attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique. Sa véritable origine se trouvait déjà dans le développement inconsidéré du crédit durant les années qui l’ont précédée. Au contraire, les mesures protectionnistes qui ont été prises, mais après l’arrivée de la crise, ont certainement pu contribuer à mieux la contrôler. Comme je l’ai précédemment indiqué, nous faisons face à une ignorance criminelle. Que le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, ait déclaré : « Aujourd’hui, les leaders du G20 ont clairement indiqué ce qu’ils attendent du cycle de Doha : une conclusion en 2010 » et qu’il ait demandé une accélération de ce processus de libéralisation m’apparaît une méprise monumentale, je la qualifierais même de monstrueuse. Les échanges, contrairement à ce que pense Pascal Lamy, ne doivent pas être considérés comme un objectif en soi, ils ne sont qu’un moyen. Cet homme, qui était en poste à Bruxelles auparavant, commissaire européen au Commerce, ne comprend rien, rien, hélas ! Face à de tels entêtements suicidaires, ma proposition est la suivante : il faut de toute urgence délocaliser Pascal Lamy, un des facteurs majeurs de chômage !

Plus concrètement, les règles à dégager sont d’une simplicité folle : du chômage résultent des délocalisations elles-mêmes dues aux trop grandes différences de salaires… À partir de ce constat, ce qu’il faut entreprendre en devient tellement évident ! Il est indispensable de rétablir une légitime protection. Depuis plus de dix ans, j’ai proposé de recréer des ensembles régionaux plus homogènes, unissant plusieurs pays lorsque ceux-ci présentent de mêmes conditions de revenus, et de mêmes conditions sociales. Chacune de ces « organisations régionales » serait autorisée à se protéger de manière raisonnable contre les écarts de coûts de production assurant des avantages indus a certains pays concurrents, tout en maintenant simultanément en interne, au sein de sa zone, les conditions d’une saine et réelle concurrence entre ses membres associés.


Un protectionnisme raisonné et raisonnable
Ma position et le système que je préconise ne constitueraient pas une atteinte aux pays en développement. Actuellement, les grandes entreprises les utilisent pour leurs bas coûts, mais elles partiraient si les salaires y augmentaient trop. Ces pays ont intérêt à adopter mon principe et à s’unir à leurs voisins dotés de niveaux de vie semblables, pour développer à leur tour ensemble un marché interne suffisamment vaste pour soutenir leur production, mais suffisamment équilibré aussi pour que la concurrence interne ne repose pas uniquement sur le maintien de salaires bas. Cela pourrait concerner par exemple plusieurs pays de l’est de l’Union européenne, qui ont été intégrés sans réflexion ni délais préalables suffisants, mais aussi ceux d’Afrique ou d’Amérique latine.

L’absence d’une telle protection apportera la destruction de toute l’activité de chaque pays ayant des revenus plus élevés, c’est-à-dire de toutes les industries de l’Europe de l’Ouest et celles des pays développés. Car il est évident qu’avec le point de vue doctrinaire du G20, toute l’industrie française finira par partir à l’extérieur. Il m’apparaît scandaleux que des entreprises ferment des sites rentables en France ou licencient, tandis qu’elles en ouvrent dans les zones à moindres coûts, comme cela a été le cas dans le secteur des pneumatiques pour automobiles, avec les annonces faites depuis le printemps par Continental et par Michelin. Si aucune limite n’est posée, ce qui va arriver peut d’ores et déjà être annoncé aux Français : une augmentation de la destruction d’emplois, une croissance dramatique du chômage non seulement dans l’industrie, mais tout autant dans l’agriculture et les services.

De ce point de vue, il est vrai que je ne fais pas partie des économistes qui emploient le mot « bulle ». Qu’il y ait des mouvements qui se généralisent, j’en suis d’accord, mais ce terme de « bulle » me semble inapproprié pour décrire le chômage qui résulte des délocalisations. En effet, sa progression revêt un caractère permanent et régulier, depuis maintenant plus de trente ans. L’essentiel du chômage que nous subissons —tout au moins du chômage tel qu’il s’est présenté jusqu’en 2008 — résulte précisément de cette libération inconsidérée du commerce à l’échelle mondiale sans se préoccuper des niveaux de vie. Ce qui se produit est donc autre chose qu’une bulle, mais un phénomène de fond, tout comme l’est la libéralisation des échanges, et la position de Pascal Lamy constitue bien une position sur le fond.


Crise et mondialisation sont liées
Les grands dirigeants mondiaux préfèrent, quant à eux, tout ramener à la monnaie, or elle ne représente qu’une partie des causes du problème. Crise et mondialisation : les deux sont liées. Régler seulement le problème monétaire ne suffirait pas, ne réglerait pas le point essentiel qu’est la libéralisation nocive des échanges internationaux, Le gouvernement attribue les conséquences sociales des délocalisations à des causes monétaires, c’est une erreur folle.

Pour ma part, j’ai combattu les délocalisations dans mes dernières publications (2). On connaît donc un peu mon message. Alors que les fondateurs du marché commun européen à six avaient prévu des délais de plusieurs années avant de libéraliser les échanges avec les nouveaux membres accueillis en 1986, nous avons ensuite, ouvert l’Europe sans aucune précaution et sans laisser de protection extérieure face à la concurrence de pays dotés de coûts salariaux si faibles que s’en défendre devenait illusoire. Certains de nos dirigeants, après cela, viennent s’étonner des conséquences !

Si le lecteur voulait bien reprendre mes analyses du chômage, telles que je les ai publiées dans les deux dernières décennies, il constaterait que les événements que nous vivons y ont été non seulement annoncés mais décrits en détail. Pourtant, ils n’ont bénéficié que d’un écho de plus en plus limité dans la grande presse. Ce silence conduit à s’interroger.


Un prix Nobel… téléspectateur
Les commentateurs économiques que je vois s’exprimer régulièrement à la télévision pour analyser les causes de l’actuelle crise sont fréquemment les mêmes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne conjoncture avec une parfaite sérénité. Ils n’avaient pas annoncé l’arrivée de la crise, et ils ne proposent pour la plupart d’entre eux rien de sérieux pour en sortir. Mais on les invite encore. Pour ma part, je n’étais pas convié sur les plateaux de télévision quand j’annonçais, et j’écrivais, il y a plus de dix ans, qu’une crise majeure accompagnée d’un chômage incontrôlé allait bientôt se produire, je fais partie de ceux qui n’ont pas été admis à expliquer aux Français ce que sont les origines réelles de la crise alors qu’ils ont été dépossédés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au profit des banquiers. Par le passé, j’ai fait transmettre à certaines émissions économiques auxquelles j’assistais en téléspectateur le message que j’étais disposé à venir parler de ce que sont progressivement devenues les banques actuelles, le rôle véritablement dangereux des traders, et pourquoi certaines vérités ne sont pas dites à leur sujet. Aucune réponse, même négative, n’est venue d’aucune chaîne de télévision et ce durant des années.

Cette attitude répétée soulève un problème concernant les grands médias en France : certains experts y sont autorisés et d’autres, interdits. Bien que je sois un expert internationalement reconnu sur les crises économiques, notamment celles de 1929 ou de 1987, ma situation présente peut donc se résumer de la manière suivante : je suis un téléspectateur. Un prix Nobel… téléspectateur. Je me retrouve face à ce qu’affirment les spécialistes régulièrement invités, quant à eux, sur les plateaux de télévision, tels que certains universitaires ou des analystes financiers qui garantissent bien comprendre ce qui se passe et savoir ce qu’il faut faire. Alors qu’en réalité ils ne comprennent rien. Leur situation rejoint celle que j’avais constatée lorsque je m’étais rendu en 1933 aux États-Unis, avec l’objectif d’étudier la crise qui y sévissait, son chômage et ses sans-abri : il y régnait une incompréhension intellectuelle totale. Aujourd’hui également, ces experts se trompent dans leurs explications. Certains se trompent doublement en ignorant leur ignorance, mais d’autres, qui la connaissent et pourtant la dissimulent, trompent ainsi les Français.

Cette ignorance et surtout la volonté de la cacher grâce à certains médias dénotent un pourrissement du débat et de l’intelligence, par le fait d’intérêts particuliers souvent liés à l’argent. Des intérêts qui souhaitent que l’ordre économique actuel, qui fonctionne à leur avantage, perdure tel qu’il est. Parmi eux se trouvent en particulier les multinationales qui sont les principales bénéficiaires, avec les milieux boursiers et bancaires, d’un mécanisme économique qui les enrichit, tandis qu’il appauvrit la majorité de la population française mais aussi mondiale.

Question clé : quelle est la liberté véritable des grands médias ? Je parle de leur liberté par rapport au monde de la finance tout autant qu’aux sphères de la politique.

Deuxième question : qui détient de la sorte le pouvoir de décider qu’un expert est ou non autorisé à exprimer un libre commentaire dans la presse ?
Dernière question : pourquoi les causes de la crise telles qu’elles sont présentées aux Français par ces personnalités invitées sont-elles souvent le signe d’une profonde incompréhension de la réalité économique ? S’agit-il seulement de leur part d’ignorance ? C’est possible pour un certain nombre d’entre eux, mais pas pour tous. Ceux qui détiennent ce pouvoir de décision nous laissent le choix entre écouter des ignorants ou des trompeurs."

Maurice Allais.

Pendant ce temps, dans l'émission C politique sur France 5, le gentil Xavier Bertrand prône l'harmonisation des taxes entre Allemagne et France, serait-il meilleur économiste que Maurice Allais ?

Pendant ce temps, notre "intouchable" gouvernement, avec l'Assemblée nationale et le Sénat, propulse la retraite à 62 et 67 ans en oubliant que la réduction efficace du chômage peut être une meilleure solution !

Pendant ce temps, l'élégante Christine Lagarde se pose des questions sur la libido des femmes et hommes politiques...

dimanche 2 octobre 2011

Le monde financier sur la sellette à New York et Boston




L’Amérique est depuis quelque temps le théâtre d’une agitation sociale que le monde est plus habitué à voir en Europe. Ainsi, par exemple, le mouvement Occupy Wall Street, lancé le 17 septembre dernier dénonce notamment le renflouement des banques en 2008, les saisies immobilières et le taux de chômage culminant actuellement à 9%.


Depuis plusieurs semaines, des milliers de personnes manifestent chaque jour dans le quartier des affaires de New York, occupant la Liberty Plazza qui est devenue leur « place Tahrir ». Ils ne réclament pas la démocratie, mais une plus grande justice sociale. Dans leur viseur, le monde financier dont ils critiquent l’arrogance et la cupidité.


Sur leurs banderoles, on peut lire des slogans tels que  « Les banquiers, tous des Nazis ». Un manifestant s’est bâillonné avec un billet d’un dollar pour protester contre les salaires excessifs des barons de Wall Street.

Leur mouvement vient de recevoir le soutien de l’important syndicat des métallurgistes qui se dit solidaire de leurs revendications en faveur d’un système où l’homme passe avant le profit.


A Boston, c’est la plus grande banque américaine, Bank of America, qui s’est vue assiégée par 3 000 personnes protestant contre les saisies immobilières effectuées dans certains cas dans l’opacité la plus totale. La police a arrêté 24 manifestants qui avaient organisé un sit-in à l’intérieur de la banque. L’institution financière qui est en train de se restructurer, n’avait pas besoin de ce genre de publicité. 

En effet, la banque vient d’annoncer une mesure des plus impopulaires: ses clients vont devoir payer cinq dollars par mois pour pouvoir, avec leur carte bancaire, retirer de l’argent des distributeurs automatiques de billets.


Jean-Louis Pourtet

mardi 28 juin 2011

LA DEMONDIALISATION, UNE IDEOLOGIE POUJADISTE …



Ces derniers temps, il n’est bruit, dans le microcosme politique français, que d’un nouveau concept, un néologisme : la démondialisation. A traduire par démonisation ou diabolisation de la mondialisation. On remarquera tout d’abord que la démondialisation est brandie tout à la fois par le Front National et par…le Parti socialiste. De quoi s’agit-il exactement ?

Eh bien, on nous explique qu’il faut revenir d’urgence aux anciennes frontières et au protectionnisme économique sous peine de voir l’Europe s’enfoncer inexorablement dans la décadence. Les pays du Sud, notamment les pays émergents (Chine, Brésil, Inde etc.), seraient en train de manger de la laine sur les pays du Nord, en affichant un taux de croissance insolent (même en Afrique noire où malgré les conflits armés il avoisine les 5%) alors que la Grèce, l’Irlande, l’Islande, l’Espagne, le Portugal sont quasiment en faillite et que le tour de l’Italie ne semble pas très loin. Bref, le centre du monde est en train de se déplacer, même si Obama, lors de son dernier voyage en Angleterre, a déclaré sans rire que « la montée des pays du Sud ne doit pas menacer le leadership du monde occidental ».
On notera tout d’abord que cette charge contre la mondialisation provient de ceux-là même qui sont à l’origine de la…mondialisation. Car celle que nous vivons présentement n’en est que la deuxième, la première étant celle qu’a inauguré Christophe Colomb il y a bientôt cinq siècles. Au XVe siècle, l’Europe n’était pas plus développée que la Chine ou l’Inde. Les bateaux de l’amiral chinois Zang-He qui, à l’époque, accostèrent à l’actuel Kenya étaient quatre fois plus gros que les caravelles du navigateur génois. Pourtant, les Chinois n’entreprirent de coloniser ni l’Asie du Sud-Est ni la Corne de l’Afrique. L’Europe fut donc la seule à bénéficier de la chance inouïe d’avoir de nouveaux territoires à exploiter. En général, on insiste, comme l’on fait Frantz Fanon (« Les Damnés de la terre) ou Walter Rodney (« Comment l’Europe a sous-développé l’Afrique ») sur le seul aspect économique de la colonisation, cet immense transfert de richesses (or, argent etc…) des Amériques, puis de l’Afrique et de l’Asie vers le prétendu « Vieux Continent » (En quoi l’Europe serait-elle plus « vieille » que la Chine, l’Inde ou le monde maya, on se le demande bien ?). On oublie un autre élément capital : ce que l’économiste étasunien Kenneth Pomeranz a appelé, dans son ouvrage « Une Grande divergence. La Chine, l’Europe et la construction de l’économie mondiale », la prime écologique.
PRIME ECOLOGIQUE
De quoi s’agit-il ? « De l’énorme soulagement écologique procuré à l’Europe hors de ses frontières, tant par le gain de richesses que par l’exportation de colons », écrit l’auteur qui souligne « la dimension exceptionnelle de l’aubaine représentée par le Nouveau Monde ». En clair, la colonisation a permis à l’Europe de soulager sa pression démographique et surtout d’éviter de surexploiter ses propres richesses (forêts, mines etc.), cela grâce à l’apport continu de biens en provenances de ses différentes colonies à travers le monde. On mesure aujourd’hui les effets de ladite prime écologique : 42% du territoire de la Communauté Européenne, soit 177 millions d’hectares, est couvert…de forêts, une bonne partie du reste étant des terres agricoles. En clair, l’Europe a pu protéger son environnement grâce à la colonisation, à des époques où cette question n’était pas à l’ordre du jour certes, mais le résultat est là. La conquête coloniale, elle, a dévasté écologiquement de vastes portions des colonies, notamment en Afrique noire, en Asie et dans les Caraïbes.
EGOISME
Pour en revenir à la fameuse démondialisation, à notre sens, elle ne fait que refléter l’égoïsme fondamental de l’Europe et de cette extrême-Europe que sont les Etats-Unis. On se souvient de la réplique cinglante d’un ministre brésilien de l’environnement face à des étudiants étasuniens venus exiger que le Brésil cesse d’exploiter l’Amazonie : « Nous n’avons pas vocation à être un parc d’attractions pour touristes fortunés ! ». Car, effectivement, le vent tourne : c’est autour des BRICS ou pays émergents de profiter de la mondialisation. Et les Occidentaux sont mal placés pour s’indigner de l’absence d’états d’âme des dirigeants du Sud, eux qui en ont profité insolemment durant 5 siècles ! Sans compter que le capitalisme et le libre-échange sont des créations occidentales et que leur logique implacable n’avait jamais été remise en cause tant que cela ne dérangeait pas le bien-être européen et étasunien. Maintenant que les délocalisations massives désindustrialisent l’Occident au profit des pays du Sud, voilà que celui-ci pousse des cris d’orfraie et envisage de rétablir des frontières douanières. « Protectionnisme » disent en cœur Marine Le Pen, Mélenchon, le Parti Socialiste et même une fraction de l’extrême-gauche. Même discours chez Obama !
Certains écologistes occidentaux ne sont pas en reste qui invoquent les pollutions massives et autres atteintes à l’environnement provoquées par les grands travaux (barrages etc.) dans des pays comme la Chine ou le Brésil. Faut-il leur rappeler que, par exemple, 80% du dioxide de carbone qui empoisonne notre atmosphère provient de la Révolution industrielle européenne, puis étasunienne des XIXè et première moitié du XXe ? S’il y a quelqu’un qui est responsable du trou dans la couche d’ozone, ce n’est certainement pas l’éleveur de bétail malien ou le paysan vietnamien ! L’empreinte-carbone d’un Occidental jusqu’à ce jour est cent fois supérieure à celle d’un Indien ou d’un Sud-américain.
POUJADISME
La démondialisation est une idéologie poujadiste. Le refus d’admettre que l’Occident ne peut pas rester éternellement le centre du monde. Qu’il n’a pas vocation à diriger ni exploiter indéfiniment le reste de la planète. Que ce reste de la planète travaille à se développer lui aussi, à élever le niveau d’éducation de sa population, à construire des routes, des écoles, des hôpitaux, des barrages etc. Et même, quelle horreur !, à investir en Occident, à racheter des entreprises occidentales comme l’ont fait l’Indien Mittal pour les aciéries ou le Quatar pour le club de foot Paris-Saint-Germain. Eh bien, oui, le vent tourne !
Mittal et le Quatar sont cent fois plus dangereux pour l’Occident qu’Al-Quaida. Au lieu donc de s’épuiser à traquer, à coups de millions de dollars, des « terroristes », qu’il a souvent lui-même fabriqués, l’Occident ferait mieux de consacrer ces sommes à la refonte de son économie et de son système social au lieu de songer à se replier frileusement derrière le néo-protectionnisme.

RAPHAEL CONFIANT