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samedi 24 août 2019

Christiane Taubira pour Toni Morrison


Chère Toni Morrison, j’entends encore votre rire sublime quand vous déclarez que personne ne décrit comme vous les scènes d’amour. Et c’est vrai! C’est d’abord ce que vous nous avez offert : un tel amour pour nous-mêmes que vous nous avez rendus capables d’aimer le monde.


Christiane Taubira

mercredi 27 juillet 2016

Riposte à Nicolas Sarkozy qui a tant de mal à prendre la mesure des nécessités


Mais de quoi la Droite a-t-elle donc si peur ? Pour ne reculer devant aucune abjecte accusation ? Après 4 ans de violence verbale gratuite, elle ne parvient pas à se libérer l’esprit et à raisonner. Elle ressasse encore, les mêmes poncifs, contre la même cible. Après le Premier ministre d’un ‘Etat en faillite’, un candidat putatif à la fonction suprême, dont nous savons comment il l’a exercée, sur quel ton, sous quelle forme, avec quelles méthodes et quels discours, ne réussit pas à s’élever à la hauteur que requièrent les responsabilités auxquelles il aspire en une période de si grand danger.

‘’Désarmement pénal’’ !? Mais où étaient les députés de l’UMP durant les débats parlementaires ? Ils écumaient comme à l’accoutumée studios et plateaux de télévision, à m’agonir de calomnies, mais n’avaient pas le temps de se rendre dans l’hémicycle pour y défendre leurs idées, s’ils en eurent. A leurs heures d’affluence, ils étaient 5 ou 6. Ils ont tenté le premier jour de jouer les grands défenseurs des victimes. La ruse n’a pas tenu longtemps, à comparer d’une part leur pratique quinquennale d’instrumentalisation des victimes alors qu’ils n’ont cessé de baisser le budget de l'aide aux victimes 2008 à 2011, et d’autre part, ma politique de croissance budgétaire (de 10 à 25 millions d’euros en 3,5 ans), d’amélioration des droits (premiers articles de la réforme pénale), d’accueil (un Bureau d’aide aux victimes ouvert dans chaque TGI), d’accompagnement (prise en charge pluridisciplinaire), de soutien (suivi personnalisé, expérimenté puis généralisé dans la loi), de mesures spécifiques (généralisation du téléphone grand danger pour les femmes ; évaluation et augmentation des ressources du Fonds de garantie des victimes du terrorisme). Ils ont fui le débat, déserté le combat, plus soucieux de leur notoriété médiatique que du sujet de société. J’ai pourtant clairement exposé l’évolution du droit des peines, le sens de la peine pour les victimes, les auteurs, la société, et les conditions de son efficacité ; la part qu’ont prise dans cette évolution d'anciens sénateurs et Gardes des Sceaux y compris de la droite et du centre. Aucune répartie, aucun répondant, aucun argument. Le compte rendu des séances en fait foi. 

Mais les voilà de retour, tellement désorientés par la macabre inventivité des terroristes djihadistes, qu’ils comblent, par des provocations déplacées, des mises en cause opportunistes, des radotages malséants, ce qui ressemble à leur confusion. La réforme pénale concerne exclusivement les délits. L’échelle des peines pour les actes terroristes et les crimes n’a pas changé. Ni même pour les délits d’ailleurs. Une peine plus efficace, la contrainte pénale, s’ajoute à l’arsenal des peines et peut concerner des personnes présentant des profils justifiant un suivi d’interdictions et d’obligations ; elle est prononcée selon l’appréciation de juges indépendants. Qu’y a-t-il d’énervant à cela ? 

Que craignent-ils, que craint-il ? Qu’on se rappelle sa politique de gribouille, les bricolages multiples du code pénal et du code de procédure pénale, le triplement de la récidive, les injonctions contradictoires de la loi pénitentiaire ? Mais oui, on s’en souvient ! Les réductions d’effectifs d’enquêteurs, de magistrats et de greffiers ? Bien sûr ! La suppression de la police de proximité ? Evidemment ! Le retrait des services publics et donc de la présence d’Etat ? Assurément ! L’étranglement des associations de quartier ? Sans aucun doute ! Oui, on s’en souvient !
Avons-nous eu l’idée de l’accuser de quoi que ce soit après les horribles crimes terroristes de Toulouse et Montauban ? Non. Par respect pour la souffrance des familles. Par décence. Par sens des responsabilités. 

De ce qui nous arrive, la situation invite, exige, supplie que chacun s’élève à hauteur des nécessités de protection des citoyens et de consolidation de notre Etat de droit. Ce sont des vies que les terroristes visent et volent. C’est un mode de vie qu’ils abhorrent. C’est une éthique de liberté qu’ils récusent. Que des hommes politiques qui ont accumulé des erreurs en tirent leçon, soit. Qu’ils fassent diversion, c’est indigne du moment, de l’Histoire et du courage du peuple français. 

‘Monter, grimper, oui …mais se hisser, oh combien c’est difficile !’’ (René Char)

Christiane Taubira

samedi 16 juillet 2016

Vallée de larmes….


Nos cœurs portent leur deuil. Sous la mélancolie de ce qu’ils avaient de nous en eux et qu’ils ont emporté. Nous savions leur existence comme ils savaient la nôtre. Telle est notre commune intuition. Nous saurons un peu de leurs vies, ce qui nous sera offert, quand leurs proches commenceront à partager. Nous en saurons alors assez pour leur faire place durable dans nos mémoires. Ils continueront ainsi à être. Par-delà les cris et l’effroi, malgré ce désarroi sans cordages qui nous encorde, plus vibrants encore que cet émoi qui nous fend en dedans et nous laisse cois. Nous les tiendrons au chaud dans nos plis d’âme, bien que pour l’heure, nous soyons saisis de froid.

L’absence…

Une petite-fille vive, parfois rêveuse, qui ne reviendra pas à l’école. Sa meilleure amie qui n’en reviendra pas, comme ça fait mal au fond, là, dans cet endroit qui a plusieurs noms, cœur, poitrine, plexus, torse, poumon, et qui fait suffoquer, qui essouffle, épuise. 

Un petit garçon qui ne retrouvera pas la crèche. La crèche ne le retrouve pas. Il y a ces photos, prises à Noël, à l’entrée, sur le panneau en bois. Même sans image, son sourire est là, ses gestes de désir. Il grandissait si vite. 

Une adolescente délurée, déjà sûre de vouloir embrasser le monde, et qui manquera à son amoureux. Les premières amours ont cette saveur singulière et ineffable du défi mêlé de douceur. Un charme qui jamais nulle part ne sait se répéter. 

Un adolescent dont la voix commençait à se rythmer et à se frotter à la rocaille, le menton s’assombrissant de quelques poils épars et fiers, ne dissimulera plus sa timidité derrière des airs de crooner taciturne. 

Une maman qui ne rentrera plus, ces chants qui ne seront plus fredonnés, sous la douche, sur le balcon en arrosant des bégonias gourmands, en remuant la terre sous de récalcitrants asters de Tartarie, après une journée professionnelle pourtant harassante. Une femme, sentimentale et soucieuse, qui ne méditera plus en contemplant les stries des reines d’argent côtoyant de pulpeux aloès, les reflets des aeonium dont les pétales oblongs, offerts comme un soleil, font perler l’eau avant de la laisser rouler dans une chorégraphie de lenteur. Une femme aux reins usés par le labeur, qui n’avait rien perdu de sa joyeuse humeur, ne pestera plus contre sa fille aînée pour la mettre en garde : c’est toujours la trajectoire de la fille qui s’interrompt quand on veut se glisser trop tôt dans les lacets affriolants de la vie, souvent scélérate envers les pauvres. Une femme d’ardeur, qui a déjà dit son fait à la vie pour ses croche-pieds et ses chausse-trappe, et qui, tandis que le jour baisse pavillon, ne rira plus ne lira plus dans une berceuse pour se laver la tête des petitesses du boulot, du brouhaha des transports. 

Un père, un amant, un homme qui sifflotait entre les lèvres ou dans la gorge rêvant de brillants chemins de vie pour ses fils, tout en réfléchissant à cette épargne qui préserve l’avenir, ne sonnera plus parce qu’il a oublié ses clés. 
Ils ont des prénoms qui résonnent de toutes les contrées du monde, ramenant des senteurs, des sons, des clichés et des clichés, et engendrant un même chagrin, une même désolation qui rappellent que, par-delà terres et mers, les larmes sont sœurs. 

Ainsi les pensons-nous, pour leur redonner vie, en attendant que ceux qui les connaissent nous les racontent. Try a little tenderness, la voix d’Aretha Franklin nous obsède. 

L’aveuglement qui frappe avec une froideur de robot d’acier n’a jamais eu ni de raison ni raison. Quelles fêlures faut-il à l’esprit pour faire éclore cette démence démentielle, chez l’homo sapiens sapiens, homme qui pourtant sait qu’il sait. De quelles fureurs anciennes et nouvelles, familières ou inédites, matées ou rétives, gronde ce monde où l’hystérie nourrit l’hystérie! 

Même de loin, mais si près de la souffrance, nous savons que notre seule offrande, celle qui nous sauve ensemble des étendues et profondeurs de la désespérance, ne peut venir que des signes de la vie qui vainc.

I’ve got dreams to remember (Otis Redding). 

Pendant qu’un semeur de mort et d’affliction, exilé en méta-humanité, brisait tant de promesses et de sagesses, le dernier mot n’était pas dit. 

Des enfants sont nés cette nuit-là. Je n’ai pas vérifié mais je sais. Car ainsi va la vie qui vainc. Ces bonheurs n’ont pas la vertu de verser une goutte de fraîcheur sur les cœurs en malheur. 

Mais ils signent la défaite des semeurs de mort, qui qu’ils soient.

Christiane Taubira

mercredi 30 mars 2016

Certaines causes portent en elles l’épreuve de vérité sur ce que valent les valeurs qui nous relient


 Il est des annonces qui, plus que les couleurs et saveurs printanières, promettent, pardon, permettent de retrouver l'urgence des combats qui vaillent. Maintenant que se ferme la parenthèse d'un douloureux égarement, que la Constitution va demeurer la résidence de nos valeurs, des principes qui régissent la République, des symboles qui nous font tenir ensemble, de nos droits et de nos libertés imprescriptibles, des règles qui s’imposent à chacun d’entre nous pour rendre possible la vie commune, bref maintenant que la Loi fondamentale redevient le cadre de notre appartenance, nous revoilà libres ensemble. Libres de renouer avec la Politique d'abord, cette obligation et cette ardeur à penser la manière de partager un destin. Renouer avec la Gauche ensuite, autour de cette idée extraordinairement moderne de l'égalité, de l'exigence d'une citoyenneté accomplie, d'où découlent nos libertés, nos droits, nos obligations. Renouer aussi avec ce qui fait la force de la France, par ses terroirs qui attestent un génie millénaire dans la vie matérielle comme dans la créativité immatérielle à travers ses langues, ses musiques, chants et danses,  ses spécialités et sa gastronomie, ses architectures, ses arts, ses artisanats... Avec cette force aussi qu'elle tient de celles et ceux qui lui offrent sa présence dans le monde, sa présence au monde. Les désordres et chaos, que nous devons prendre très au sérieux dans leurs effets et dans leurs causes, ne doivent pas nous rendre impotents, incapables de parler au peuple, qui attend d'entendre non ce que dictent ceux qui piaffent de nous anéantir, mais ce que nous avons à dire de l'avenir tel que nous le désirons puissamment, et tel que nous sommes en mesure de l'inventer. 

Christiane Taubira

mercredi 27 janvier 2016

Je quitte le gouvernement


''... . Je quitte le gouvernement pour désaccord politique majeur... Je resterai fidèle à Nous, tel que je Nous comprends.. Et pour citer Aimé Césaire, -Nous ne livrerons pas le monde aux assassins de l'ombre-.''

vendredi 25 décembre 2015

Convaincre les esprits, reconquérir les cœurs



Non, il n’y eut pas d’éclipse et ce dimanche ne signe pas le crépuscule annoncé d’une Gauche en déshérence. Les satisfactions sont sobres mais elles ne sont pas factices. Nos présidents sortants, qui ont beaucoup et bien travaillé, ont pu faire valoir leurs solides bilans et exposer leurs projets sérieux. Ils ont bien résisté. Ils étaient audibles et crédibles. Ils ont conservé la confiance des électeurs. La conduite de l’Etat par le Président de la République, son autorité en ces moments tragiques, sa part décisive dans le succès de la conférence Paris-climat sont reconnues et saluées. Il est établi que l’action du Gouvernement n’est pas vaine. La Gauche de 2015 n’est certes pas la Droite de 2010.

Nous voulons demeurer lucides, cependant. Désormais, le risque de sombrer dans les abysses de la fragmentation sociale, des vaines rivalités et de l’affrontement, est palpable. Il s’en est fallu de peu. Que d’énergies déployées, d’appels impérieux, de mises en garde pressantes, de sacrifices requis, tous fondés, pour que la République l’emporte. Car chaque scrutin est un gong, un coup de tocsin sonnant la colère triomphante dans les campagnes, les quartiers populaires, les périphéries, au bout des lignes de transport, au cœur de territoires désertés et dévastés. Des citoyens rongés par le sentiment d’abandon sont prêts à d’autres étreintes que celles qu’offre la République.

Un mal profond ronge le pays. La Gauche n’est plus perçue comme le repère, le refuge, le rempart des plus humbles, et sans doute n’est-elle plus, pour les plus modestes de nos concitoyens, la raison de cultiver l’espoir. Pourtant, la Gauche s’est créée pour refuser la misère et l’injustice sociales, pour exiger des conditions décentes de travail, pour donner sens à la vie commune. La Gauche est née sur l’humanisme qui voit en chacun la promesse de ce qu’il peut devenir. La Gauche a fait vivre l’ambition d’égalité chaque fois qu’elle accéda aux responsabilités. Mais sans doute, subrepticement, avons-nous accumulé des infidélités à nous-mêmes. Le monde est devenu complexe, nos anciens schémas sont éculés, notre langage obsolète …ou emprunté. Du précédent quinquennat, aux dégâts multiples, nous avons hérité une situation économique et budgétaire extrêmement abîmée : des comptes publics dégradés, un chômage en explosion, des emplois industriels massivement détruits, des services publics bradés, des territoires abandonnés au désespoir ou aux gangs, une politique fiscale ouvertement inégalitaire, une balance commerciale fortement déficitaire. Et par-dessus, des paroles de division, d’humiliation, d’exclusion. Il nous fallait cent fers au feu ! Pour rétablir les comptes, la confiance et la liberté souveraine. Pour réparer les effets des vexations et rejets. Pour recoudre. Retisser. Re-lier. Relier.

La pauvreté recule, pas assez, pas assez vite. La solidarité s’étend, pas assez manifestement. Les impôts baissent et consolident le pouvoir d’achat, pas assez sensiblement. Les services publics se réimplantent, pas assez amplement. Les accidents de la vie professionnelle sont beaucoup mieux amortis, pas assez visiblement. Les vies simples et fragiles n’occupent plus l’espace public, elles ne sont plus au cœur des débats. Les milliards ne disent rien des quelques euros qui manquent dès la moitié du mois. Ceux pour qui le déclassement est devenu une réalité cruelle du quotidien, se perdent dans la rancœur et l’amertume et en veulent à tous ne sachant à qui en vouloir.

Les égoïsmes ont continué de prospérer. Les arrogances de s’afficher. Rémunérations hallucinantes, indemnités ahurissantes, passe-droits effarants. Des mondes qui s’ignorent. Des inégalités qui se creusent de manière intolérable, désagrégeant le lien social.

Les attentats de janvier et de novembre, par leur violence, leur aveuglement, ce cynisme en actes, sont venus accroître le sentiment de vulnérabilité collective et de désarroi individuel dans notre société déjà gravement fragilisée.
C’est pourtant dans le même pays que quatorze millions de bénévoles s’éreintent à aider les autres, persistent à mettre du liant partout par la présence, la parole, l’action. C’est le même pays qui fourmille d’initiatives, de projets, d’idées, d’innovations, et remporte de prestigieuses récompenses internationales.

C’est dans le même pays que des femmes et des hommes affrontent des difficultés matérielles mais gardent le sens de l’intérêt général et restent attachés aux valeurs républicaines, refusant de céder aux démagogues qui transforment d’autres en foule, furieuse, envieuse, séditieuse. Ce faisant, ces femmes et ces hommes nous inspirent respect et gratitude, fierté et courage. Elles et ils sont le peuple, fidèle à cette nation civique, menant l’offensive culturelle et politique chaque fois que l’identité collective républicaine est menacée d’ébranlement. Ce peuple reste philosophiquement, rationnellement, sensuellement attaché à l’idée prodigieusement moderne d’égalité, des personnes et des territoires, de dignité de chacun. C’est à lui qu’il faut donner de la force, car c’est lui qui ramènera ceux qui se laissent duper par des exutoires chimériques à leur exaspération et leurs angoisses.

Et cette jeunesse ? S’égare-t-elle ? Nombreuse à ne pas prendre part à l’exercice du choix démocratique. Et lorsqu’elle y participe, elle va d’abord verser ses espoirs chez ceux qui ne veulent la France que repliée sur elle-même, donc sans avenir pour la jeunesse. Par quoi se laisse-t-elle abuser ? Par la facilité, le leurre du simplisme. Elle dit son désir d’enthousiasme. Elle veut être fascinée, d’une façon ou d’une autre. Alors, ceux qui lui font croire qu’il suffit de… fermer les frontières, quitter l’euro, haïr pour se sentir bien et fort, ceux qui n’ont aucun scrupule à concilier l’inconciliable, fermeture et prospérité, autarcie et plein emploi, la subjuguent. A nous de réapprendre à satisfaire ce réconfortant désir d’enthousiasme.

Notre responsabilité est éminemment politique. Nos idéaux demeurent. Notre génie doit consister à construire de nouvelles réponses mieux adaptées au rythme des choses, aux défis européens, aux bouleversements du monde, nouer à l’intérieur cette nécessaire alliance populaire et citoyenne qui seule peut irriguer l’espoir, tisser à l’extérieur des coopérations pour unir nos capacités à faire pièce aux inégalités aussi envahissantes que révoltantes. Donner corps à la fraternité, au-dedans et en-dehors.

Le peuple français a toujours su se redresser. Même lorsqu’il fait mine de s’être assoupi, il veille sur lui-même, sur son image, sur l’idée qu’il se fait de lui-même, sur la science qu’il a de lui-même, sur l’art de cultiver sa nature profondément empreinte de culture et d’ouverture, sur l’image qu’il projette au monde, sur l’espérance qu’il met dans le cœur de celles et ceux qui luttent pour leurs libertés, sous toutes les latitudes.

Il nous donne à savourer le sursaut, il nous invite cependant à ne pas ignorer la semonce.

Christiane Taubira

mardi 20 mai 2014

Tribune: L'Europe n'est pas un terrain neutre. Et son patrimoine est irremplaçable


« Bien sûr nous eûmes des orages… »*

On ne tombe pas amoureux d’une courbe de croissance. Certes, certes ! Et pourtan-ant, pourtant… Bon, sans cesser d’agir, cessons d’en parler puisque ça ne parle à personne. 

D’où vient l’Europe ? Pas la divinité convoitée… celle d’aujourd’hui. Celle qui agace tant, exaspère parfois, désespère même, mais sert aussi de cible facile à ceux qui devraient agir en son sein mais préfèrent l’inaction vindicative à la patiente et rude besogne pour l’intérêt général. Ce sont ses ennemis intimes : camelots de l’amertume, doctrinaires de l’impuissance, radoteurs du ‘courage, fuyons !’, ces supplétifs qui, à leur insu ou non, prêtent main forte aux putschistes et aux prédateurs, à ceux qui en vrai arrachent une part du pouvoir, le pouvoir technocratique et le pouvoir financier. D’où vient-elle donc ? De loin, de ses anciennes fureurs puis d’une intuition et d’une ambition, de quelques audaces et de sourds renoncements. D’une improbable mais impressionnante résilience. 

Qu’a-t-elle réussi ? Convenons-en, pas mal de choses ! L’éducation, la mobilité des jeunes, l’accès aux cultures. Pas pour tous encore mais pour beaucoup, et pour ceux-là, quelle différence ! Des fleurons industriels, Ariane, Airbus, des prouesses scientifiques saluées par des prix Nobel, des innovations techniques, des chefs d’œuvre d’arts. Obstinément, elle a imposé dans les textes l’égalité pour les femmes, tiré vers le haut les libertés individuelles, en les défendant parfois contre les Etats. Elle a élevé les standards de santé et d’environnement ; elle a financé le désenclavement des territoires et la solidarité envers les quartiers et les zones rurales ; elle se prépare à faire face au vieillissement de sa population. Elle s’est enfin résolue à contrôler les banques et les contraindre à se garantir plutôt qu’à s’abriter sous les Etats. Elle est en train de muscler son Droit et d’étoffer son arsenal de lutte contre la criminalité organisée, le terrorisme, les corruptions, les fraudes et trafics divers.

Qu’a-t-elle raté ? Avouons-le, elle a calé face au dumping fiscal et capitulé un temps, trop longtemps, devant les écueils de l’harmonisation sociale ; elle s’est ressaisie en interdisant la sournoise concurrence salariale de la directive Détachement et en encourageant l’instauration d’un salaire minimal. Elle a réduit les écarts de richesse entre pays, mais n’a pas été bien regardante quand les injustices et les inégalités continuaient de se creuser à l’intérieur des nations. Ce n’était pas en son pouvoir, mais parce qu’elle se mêle de bonne santé financière et de solidité bancaire, on attend qu’elle s’émeuve des exclusions, des pauvretés et des misères. 

Elle s’est rattrapée en rétablissant l’aide aux plus démunis.

Il nous faut pousser l’avantage. Car l’Europe n’est pas un terrain neutre. Ses orientations et ses priorités sont dictées par la vision politique de ceux qui la dirigent. Les projets politiques ne s’équivalent pas, entre ceux qui professent la dérégulation, les compétitions, les rivalités, et ceux qui exigent l’économie au service des hommes, veulent que la solidarité cimente le destin commun, que les services publics irriguent la cohésion sociale et territoriale. Tel est le défi devant nous. Ce n’est ni au nom de son seul passé ni pour ses exploits qu’il faut choisir des Députés pour renforcer l’Europe, mais pour peser sur l’avenir, du fait de l’état du monde ; car c’est de l’état du monde que nous dépérissons. Contre la mondialisation dévorante qui broie plus qu’elle n’accueille ni ne rassure, œuvrons à la mondialité d’Edouard Glissant pour transformer les cadres institutionnels en espaces de relation, de dialogue, de coopération, de protection contre les vrais périls, non contre les moulins à vent. Pour la première fois, le Parlement élira le président de la Commission. Enfin ! Cet Exécutif ne sera plus issu d’arrangements entre Etats, il émanera du résultat du suffrage universel, sur la base de programmes présentés et défendus durant la campagne. Martin Schulz a parcouru les territoires, conscient de la diversité et de la richesse des paysages, des langues, des cultures, des imaginaires, des modes de vie et de pensée, des gastronomies, des traditions et usages, des techniques, des savoirs, des savoir-faire. Un patrimoine irremplaçable. 

Il n’y a rien de bien nouveau à entendre les cassandres prédire avec délectation la dilution de la Nation. Elles s’inscrivent simplement dans la longue lignée des oracles millénaristes qui voient la fin du monde à leur porte. Quant aux gorgones qui figent et gèlent tout ce dont elles s’emparent, rien de nouveau non plus à les voir pétrifier la vitalité du peuple, la frigorifier dans des rancœurs sans issue. Pendant ce temps, une génération s’interroge. A-t-elle encore droit à un idéal ? Peut-elle encore espérer un avenir ? Que devons-nous à cette jeunesse ardente? Retrouver ‘le goût de la conquête’* ! Avec l’arme du vote.

Christiane Taubira
*Jacques Brel

mercredi 12 mars 2014

"Le courage n'est pas le fort des faibles"


Le commentaire peu amène d'un autre grand-reporter à propos d'un tweet d'un de ces confrères :"Même chez les journalistes, il y a des gros c..., comme Frédéric Lewino, responsable de la rubrique sciences et environnement à l’hebdomadaire "Le Point". Il a publié aujourd’hui ce tweet raciste sur Christiane Taubira, texte et dessin de son cru. Un gros c..., je vous dis !! Et je pèse mes mots…"

Les journalistes n'étant pas en dehors du monde, il est certain qu'on en trouve de tout : des menteurs, des tricheurs, des voleurs, des falsificateurs, des connards, des imbéciles, des racistes, des rentiers et des fils à papa.  


Quoi qu'il en soit, pendant que l'on parle de Taubira, on ne parle pas des turpitudes et des "égarements" de Nicolas Sarkozy, qui apparaît pour d'aucuns comme un parrain, un chef de clan, ces déboires avec la justice pendant ce temps sont oubliés.

Et enfin, avec tout le courage que l'on connait chez ces  gens, le tweet a été retiré mais trop tard pour ce nostalgique du bon temps de la colonisation.

Evariste Zephyrin

jeudi 6 septembre 2012

CE QUE NOUS DIT LA CABALE CONTRE CHRISTIANE TAUBIRA


Ce serait faire preuve de malhonnêteté intellectuelle que d’affirmer qu’il y autant de blancs que de noirs qui sont victimes de racisme. Voilà où réside la faiblesse du discours des adversaires de Christiane Taubira.

(Mise à jour du 1er septembre 2012): La ministre de la Justice Christiane Taubira a été victime vendredi 31 août d'un "coup de fatigue" lors de sa visite à Bordeaux, selon les termes de sa conseillère Muriel Barthélémi. Hospitalisée à la suite du malaise, Christiane Taubira devrait sortir de l'hôpital ce samedi.

***

Depuis sa nomination au poste de ministre de la justice du gouvernement français, Christiane Taubira fait l’objet d’attaques aussi rageuses que malveillantes. Outre des critiques sur son engagement politique à gauche, des rumeurs et des fausses informations circulent sur internet l’accusant d’avoir, entre autre, jugé peu répréhensible le fait de brûler un drapeau français.

Elus de l’UMP, militants de droite, internautes proches de la «réacosphère» voire de la «fachosphère», reprennent à leur compte - sans précaution ni vérification - cette mise en cause contre la nouvelle garde des Sceaux. Et ils se gardent bien de dire que plusieurs médias ont prouvé que l’accusation est fausse.

Insultes, caricatures grotesques, attaques personnelles: ce déchaînement de haine et de bêtise n’a rien d’étonnant. Les adversaires de la ministre ont beau jeu d’affirmer qu’il s’agit de critiquer ses propositions et intentions en matière de réformes de la justice mais il faudrait être naïf pour les croire. De fait, le vrai enjeu dans cette affaire ne relève pas de la simple joute politique entre une gauche revenue au pouvoir et une droite qui n’a pas digéré sa défaite à l’élection présidentielle.

En réalité, ce qui est central ici, c’est que madame Taubira est noire de peau et qu’elle n’a pas sa langue dans la poche. C’est bien cela qui déplaît aux racistes en tous genres mais aussi à celles et ceux qui ne lui ont jamais pardonné à la fois son passé de militante autonomiste de la Guyane et la loi de 2001 - elle porte son nom - qualifiant la traite négrière de crime contre l’humanité.

CHRISTIANE TAUBIRA N'EST PAS UN "ONCLE TOM"

Contrairement à nombre de personnalités issues de l’immigration ou des départements et territoires français d’Outre-mer, Christiane Taubira n’est pas un «oncle Tom» ou quelqu’un qui, dos voûté et yeux baissés, s’excuserait en permanence d’exister.

Il est clair qu’elle ne cherche pas à plaire et à séduire en modérant son discours et ses revendications. Toujours déterminée, elle n’essaie pas non plus à donner des gages d’intégration à la bonne société française ou, plus exactement, aux biens pensants qui s’irritent et s’impatientent dès lors que sont remis sur la table des dossiers aussi dérangeants que l’esclavagisme ou le racisme sans oublier, bien sûr, le colonialisme.

Si l’on était aux États-Unis, Christiane Taubira se ferait certainement traiter de «femme noire en colère». Cette expression a d’ailleurs longtemps concerné Michelle Obama et nombreux sont les conseillers de son mari qui ont craint que cela ne lui coûte la Maison-Blanche. En matière de lutte contre les discriminations et de défense de la condition des noirs d’Amérique, on sait que la First Lady américaine est bien plus radicale que son époux lequel, déjà en butte à des problèmes d’identité (il s’est longtemps fait appeler Barry car n’assumant pas ses origines), a très tôt compris que son intérêt politique lui commandait de ne surtout pas apparaître comme un «homme noir en colère».

L’HOMME NOIRE EN COLÈRE FAIT PEUR

Aux États-Unis, comme en France, l’homme ou la femme noire en colère - tout comme d’ailleurs l’Arabe en colère —fait peur et agace. On lui reproche d’envenimer les choses, d’attiser la haine des racistes mais aussi d’indisposer une majorité plutôt neutre et bienveillante en ressassant des problèmes que cette même majorité (blanche) estime réglés. Or, on ne dira jamais assez la différence de perception qui peut exister sur des sujets comme le racisme.

Aux États-Unis, selon un récent sondage du Pew Center, 60% des Noirs estiment que cela demeure un problème important qui mine la société alors que seuls 20% des Blancs pensent la même chose. Cette divergence, qui existe aussi en Europe et en France, est à l’origine de nombre de malentendus et de rancœurs. «On parle trop de ces sujets en leur donnant plus d’importance qu’ils n’en méritent» m’a dit un jour un confrère parisien, d’origine picarde, à propos de la question du délit de faciès à l’encontre des noirs et des Maghrébins. Pour lui, la dénonciation répétée de ce genre de pratique ne pouvait que conduire à un ras-le-bol de l’opinion publique et donc à aboutir à l’effet inverse. En clair, c’est moins on en parle, mieux ça vaut pour le vivre-ensemble…

Les États-Unis connaissent bien cette question qui s’est de nouveau révélée dans toute son acuité après la mort de Trayvon Martin, un jeune noir de dix-sept ans abattu en février dernier par un homme blanc en patrouille armée dans son quartier. Pour mémoire, Martin ne portait pas d’arme et rentrait tranquillement chez lui après avoir acheté des sucreries quand il a été tué par le vigile autoproclamé George Zimmerman.

L’ AMÉRIQUE EST PRATIQUEMENT UNIE DANS L’ ÉMOTION

Au lendemain de ce qui a été qualifié par la justice de meurtre sans préméditation, l’Amérique était pratiquement unie dans l’émotion et la condamnation de cet acte. Mais les choses ont changé après que Barack Obama eut déclaré que s’il avait eu un fils, il aurait ressemblé à Trayvon Martin. Des propos condamnés avec virulence par la droite américaine qui a accusé le président de jeter de l’huile sur le feu et d’exploiter la corde raciale à des fins électoralistes.

Aurait-il fallu qu’Obama se taise ? Faut-il aussi que les noirs de France se taisent eux, qui de toutes les minorités dites visibles (ou discernables), sont ceux qui doivent certainement subir le plus de discriminations? En réalité, celles et ceux qui sont concernés pensent qu’on ne parle jamais assez de ces manquements à la dignité de la personne humaine. Ils estiment qu’on n’évoque pas suffisamment ce qu’ils endurent et ce qu’ont endurés leurs parents ou ancêtres. Comment leur en vouloir?

Certes, il faut être honnête en reconnaissant qu’il existe bien quelques opportunistes qui tirent avantage de ce que subissent leurs pairs. Mais prétendre que les discriminés en font trop sur le registre de la revendication, c’est faire fausse route ou, plus grave encore, c’est les heurter de manière délibérée. Pour celui qui souffre, se voir dire que sa douleur n’existe pas ou se voir signifier qu’il faut la nuancer, la relativiser ou encore la taire, est insupportable.

L’affaire Trayvon Martin a mis en exergue un autre aspect des différences de perception à propos du racisme et des discriminations. «Est-ce que le président aurait dit la même chose si la victime avait été blanche?» s’est faussement interrogé l’ultraconservateur Newt Gingrich à propos de la déclaration d’Obama. Cette sortie n’est pas anodine.

C’est une attitude, désormais systématique, qui agite l’existence d’un racisme anti-blanc à la figure de celles et ceux qui dénoncent les discriminations et violences subies par les minorités. En France, pour nombre de ses contempteurs, Christiane Taubira serait tout simplement coupable d’occulter le racisme anti-blanc. Il n’est pas question ici de dire que ce dernier n’existe pas.

Discours communautariste, insultes et stéréotypes négatifs à l’encontre du « céfran », du « blanc-blanc-navet », du « babtou » ou du « gawri » existent bel et bien et doivent être condamnés sans aucune hésitation. Mais ce serait faire preuve de malhonnêteté intellectuelle que d’affirmer qu’il y autant de blancs que de noirs qui sont victimes de racisme. Voilà où réside la faiblesse, pour ne pas dire autre chose, du discours des adversaires de Christiane Taubira. Qu’on le veuille ou non, le racisme anti-blancs reste ultra-minoritaire, non-structurel et son existence ne doit pas justifier l’inaction et le silence face à ce que noirs, Arabes, Maghrébins et autres minorités visibles de France subissent de manière récurrente.

Akram Belkaïd (Le quotidien d'Oran)


samedi 2 juin 2012

UNE AVANCÉE POUR LA JUSTICE DES MINEURS



L’annonce par Taubira de la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs est une bonne nouvelle pour l’ensemble de la profession. Il faut aller plus loin en réduisant le nombre de centres fermés.
Les professionnels de la justice des mineurs ont accueilli avec soulagement l’annonce par la nouvelle ministre de la Justice, Christiane Taubira, de la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs et des peines plancher. Évidemment, la droite est tout de suite montée au créneau, dénonçant ce projet. Les propos très violents tenus à l’encontre de Christiane Taubira ont des relents sexistes et racistes.
On aurait aimé un soutien plus rapide et plus ferme du gouvernement Ayrault.

Abrogation de la loi Mercier
Symboliquement Christiane Taubira a donné le ton sur la justice des mineurs en annonçant l’abrogation des mesures de la loi Mercier du 10 août 2011. Elle s’est rendue dès le 20 mai à la permanence éducative du tribunal pour enfants de Paris où l’avocat de permanence pour les mineurs déferrés était Pierre Joxe ! Dans un livre récent, écrit à partir de son expérience d’avocat à l’antenne des mineurs du tribunal de Paris, il dénonçait de façon assez virulente l’abandon des réponses éducatives pour les mineurs auteurs de délits.

Les mineurs délinquants étaient dans le collimateur de Sarkozy qui n’a eu de cesse pendant son quinquennat de casser la justice spécifique des mineurs.
Création d’établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM), création de centres éducatifs fermés (CEF), et suppression des centres d’insertion et des foyers éducatifs ont précédé la création de tribunaux correctionnels pour mineurs.
Ceux-ci, composés de trois juges dont un juge des enfants, peut juger des mineurs de plus de 16 ans en état de récidive et risquant une peine d’emprisonnement d’au moins trois ans. Ils peuvent juger aussi des majeurs. 

Approche éducative
L’objectif était de diminuer le poids du magistrat spécialisé, le juge des enfants, qui a une approche plus éducative qu’un magistrat non spécialisé. Le résultat escompté était que les mineurs soient condamnés comme des majeurs.

Le tribunal pour enfant est lui présidé par un juge des enfants, entouré de deux accesseurs choisis au sein de la société civile pour leur connaissance de l’enfance ou de l’adolescence.
La mise en place de ce nouveau tribunal correctionnel a varié selon les juridictions : soit le choix a été de mettre deux juges des enfants et un juge correctionnel pour contrecarrer l’esprit de cette loi, soit il n’y avait qu’un seul juge des enfants.
Le SNPES-PJJ/FSU, syndicat majoritaire, avait appelé à la grève le 6 avril contre cette loi et le tout-répressif appliqué à la justice des mineurs. L’Association des magistrats de la jeunesse, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France et Pierre Joxe s’étaient joints à la conférence de presse qui avait permis de médiatiser le rejet commun de ce nouveau tribunal correctionnel.
Par ailleurs, de nombreuses lois sécuritaires (lois Perben, Sarkozy) créant de nouveaux délits et durcissant les peines ont touché les mineurs, notamment en accélérant les procédures de comparution (création notamment du jugement à bref délai, qui juge entre quinze jours et un mois après le délit) ne laissant plus de place « au temps éducatif ». Supprimer ce temps éducatif qui permet de mieux appréhender la problématique des adolescents, c’est nier la possibilité à l’adolescent d’évoluer et c’est ne plus le considérer comme un être en devenir.
Déjà au tribunal pour enfants, les mineurs sont de plus en plus condamnés à des peines de prison assorties de sursis et de mesures de probation, parfois dès le premier délit, par des juges pour enfants, sous pression permanente du parquet. Dans cette logique de pression du parquet, on peut imaginer qu’à long terme, les tribunaux correctionnels pour mineurs se seraient rapprochés des chambres correctionnelles de comparution immédiate. Dans cette juridiction expéditive, pour un délit équivalent, les peines prononcées sont en moyenne supérieures d’un tiers à celles rendues dans un tribunal correctionnel classique. 

Mobilisation
Si les professionnels de l’enfance en danger se réjouissent des propos de la ministre de la Justice qui dit vouloir revenir à l’esprit éducatif de l’ordonnance de 1945, et attendent rapidement l’abrogation de la loi Mercier, ils sont opposés à la multiplication des centres fermés contenus dans le projet du Parti socialiste.

Les récents propos de Manuels Valls sur le rapprochement police/justice concernant la justice des mineurs montrent qu’il faudra se mobiliser pour que l’éducatif, mis en avant aujourd’hui par Christiane Taubira, l’emporte.
Anne Leclerc

vendredi 25 mai 2012

"Taubira est une cible parfaite. On va bien se marrer.



L’UMP s’en donne à cœur joie et attaque la nouvelle garde des Sceaux. Christiane Taubira cristallise sur elle les rancœurs de la défaite et les débordements de l’extrême-droitisation d’une partie de l’UMP avant les législatives. Les attaques se succèdent ad nauseam. 
À peine était-elle nommée ministre, le 16 mai, que le député Jean-Paul Garraud, membre de la Droite populaire, déclarait que la composition du gouvernement lui donnait "mal à la France", en ciblant l'élue guyanaise. Se défendant de toute attaque "par rapport à la couleur de peau", il avait dénoncé sa position sur "l'esclavagisme", l'accusant de "faire à chaque fois le procès de la France" et d'avoir une "vision très communautariste de l'Histoire de France".
Le patron de l’UMP a validé le lynchage mardi en faisant une pirouette réthorique qui a fait rire jusqu’aux élus FN : "Je dis aux Français qui ont envie de voter Front national qu'en votant Front national, on a la gauche qui passe. Donc, quand on vote Front national, on a Taubira et l'annulation des tribunaux correctionnels pour mineurs." Des députés UMP ont, du coup, repris à leur compte des rumeurs glanées sur Internet, sans rien vérifier. Ce que résume un élu de droite à l’AFP : "C'est comme Eva Joly, qui était un punching-ball idéal pour la droite. Taubira est une cible parfaite. On va bien se marrer..."
Après les juges pour enfants, c’est le syndicat de la Magistrature qui soutient Taubira
La ministre reçoit néanmoins quelques soutiens. Ce mercredi, c’est le Syndicat de la magistrature qui déplore la violence de ces attaques, et notamment les "sous-entendus racistes et sexistes", lancées contre la ministre de la Justice depuis qu'elle a confirmé son intention de supprimer les tribunaux correctionnels pour mineurs. 
L'offensive en dit long sur le niveau d'automatisme affligeant atteint par les maîtres autoproclamés du "réalisme", qui crient au "retour de l'angélisme", au "laxisme", à l'"irresponsabilité". Et le Syndicat de la magistrature décerne une "palme" à l'ancienne garde des Sceaux Rachida Dati et rappelle quelle "ministre catastrophique elle fut".


samedi 19 mai 2012

Gouvernement: l'Outre-mer à l'honneur



Trois personnalités ont été nommées à des postes de ministres. Une première.
C'est un fait sans précédent dans l'histoire de la Vème République. Mercredi, trois personnalités ultra-marines ont fait leur entrée au gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Christiane Taubira à la Justice, Victorin Lurel à l'Outre-mer et George Pau-Langevin à la Réussite éducative.

"Un symbole fort"

Jusque-là, les gouvernements se contentaient en général de présenter une figure de l'outre-mer, voire aucune. "C'est un symbole fort dans la mesure où ça ne s'est jamais produit", confirme à Europe1.fr William Kromwel, le chef du service politique de la chaîne de télévision France Ô.
"Il faut remonter à 1986 pour trouver deux personnalités de l'outre-mer – Gaston Flosse et Lucette Michaux-Chevry- réunies dans un même gouvernement", rappelle le journaliste.
Sans compter qu'à l'époque, les deux sont secrétaires d'Etat et non ministres, à la différence de leurs titres d'aujourd'hui. Ce n'est d'ailleurs qu'en 2009, avec Marie-Luce Penchard, que l'Outre-mer a son ministre délégué et plus seulement un secrétaire d'Etat.

Des nominations "surprise"

Du côté des spécialistes, on ne s'attendait pas à de telles nominations. Les crises sociales qui agitent les territoires d'outre-mer n'y sans doute pas étrangères, de même que le vote massif des habitants en faveur du candidat Hollande.
"Les noms de Taubira et de Lurel circulaient depuis Sarkozy comme ministrables potentiels", rappelle aussi William Kromwel. Femme, membre du PRG, issue de la diversité… la députée de Guyane cumulait en particulier les atouts pour entrer dans le nouveau gouvernement socialiste. Sa nomination à un ministère régalien est toutefois une surprise.

"Dépasser leur condition d'ultra-marins"

Celle de George Pau-Langevin en est une plus grande encore. Nul ne pariait sur l'arrivée au gouvernement de cette députée du XXème arrondissement de Paris.
Quant à Victorin Lurel, réputé proche de François Hollande, sa nomination était plus prévisible. Mais le fait qu'il devienne ministre de plein exercice est un signe fort. "Ce sont tous les trois des politiques qui, au-delà de leur seule condition d'ultra-marins, peuvent se lancer dans des dossiers qui dépassent l'Outre-mer", résume William Kromwel.

Solène Cordier