mercredi 24 août 2016

Le culte du corps à Rio, le goût du sport


Rio c’est aussi le culte du corps qui s’exprime au travers des activités corporelles. Les promenades le long des plages est un embouteillage entre les joggers et les cyclistes auxquels il faut faire attention. 

Quand vous regardez la mer, vous êtes surpris des étendues des plages. Rio est une succession de plages de plus de 4 km qui porte des noms connus : Flemengo, Copacabana, Ipanema autant de plages de rêves. 

Des plages marquées par des postes de sécurité/sauvetage de 1 à 12 (je crois). Ces postes de véritables repères sont codifiés sociologiquement. Chaque groupe à son lieu avec des sociabilités distinctes, ici les surfeurs, là les footballeurs, les "Kite surf" , la jet-set, les gay, les populations des favelas, les jongleurs qui font des prouesses avec un ballon de football. Le football et le beach volley sont les sports roi du sable blanc. 

De lieux de sport occupés à tout moment de la journée. J’ai vu des terrains de football allumés à plus de minuit avec des matches. 

En allant au stade olympique ou au Maracana vous voyez des gens s’adonner à leurs pompes ou des tractions, tranquillement rien ne les dérange. On comprend aussi à quel point ses moyens d’inculcation d’un habitus sport donne du gout au sport. 

C'est de là que vient cette ferveur au football, car tout le monde joue, femme, enfant, gros, petit... Les corps sont beau et s’exhibent. Les hommes marchent, courent torse nu. Les femmes en short court sans excès de vulgarité, sont légèrement vêtus même si on est en Hiver à cette époque, les températures se rafraîchissent vite avec le vent. 

J’ai vu peu de gens se baigner la mer était mauvaise. On sent une certaine aisance dans les corps. J’ai ressenti beaucoup de douceurs dans les gestes du quotidien, des gestes que l’occidental qualifie d’indolence mais qui fait partie de la culture locale qui sans aucun doute atténue toutes les tensions. Rio est en ce sens est particulièrement douce pour moi….


Harry Méphon






lundi 22 août 2016

Le Rio Hors Jeux


Le touriste quand il arrive à Rio a en tête les images exotiques idéalisées par les médias, les agences de voyages. Les scènes de la vie ordinaire sont très riches. La rue est spectacle. Elle vous montre de grandes distances sociales et des images d'une grande violence symbolique. Le sociologue à Rio est aux anges. 

Les constats sont autres quand on se balade dans les rues de Rio qui restent dangereuses. J’ai vu une arrestation de bandes de jeunes.

J’ai pris un taxi qui me faisait part de la récupération d’un passeport allemand qu’il avait retrouvé dans sa voiture. Il m’a été fortement recommandé de  me promener sans papier et sans mon appareil photo à la main en dépit de mon apparence brésilienne, le touriste reste une proie. La prudence est conseillée. Souvent dans la rue on me parlait brésilien me sollicitant des renseignements sur la ville (adresse, services…).

Bien vite la réalité vous rattrape dans les rues peuplées de manutentionnaires, des gens (des hommes frêles d’apparence pour la plupart poussant, tirant de lourds chariots). Des marchands ambulants, dans les rues, les voies rapides, même dans les métros bondés de monde. Le travail de force est dans le quotidien, marcher à pied, faire du vélo font partie des tâches majeures des classes populaires. Beaucoup de gens jouent aux dominos le jour, la nuit les trottoirs se transforment en chambre à coucher des miséreux. Le Brésil montre la dureté de ses inégalités qu’elle ne peut pas cacher. Les inégalités dans l’habitat révèlent de cette dureté.


En allant vers le stade Olympique
Des beaux quartiers, fortement sécurisés avec tous des portiers qui travaillent 24h sur 24, veillent sur les demeures des classes moyennes et cossues. Je n’ai pas été faire du voyeurisme dans les favelas. Je n’ai pas pu (faute d’organisation avec mes connaissances brésiliennes) avoir le bon format pour comprendre ces habitations. Ce qu’il en ressort c’est qu’elles restent des zones sensibles, jugées menaçantes qui s’agglutinent aux pieds des Monts de Rio. Bien que surveillées activement. Elles sont restées calmes aux dires de certains Cariocas, la criminalité aurait baissée et les gangs se sont pris aux Jeux en supportant leur équipe nationale.

La victoire de Rafaela Silva, en judo, enfant de la favela pas attendue à ce stade de la compétition, humiliée voire déconsidérée a été un symbole fort de cette revanche sur le social de ces populations déshéritées majoritairement noires. Logé à proximité d’une favela, le soir surtout le week-end, la nuit était rythmée de musiques frénétiques avec beaucoup de tambours jusqu’au petit matin. Dans les rues l’expression de l’opposition au gouvernement en place était bien présente dans les slogans. Une grande partie de la population de Rio a été hors Jeux.


Harry Méphon


















Les surfeurs de Copacabana de la Favela









Les marchands sur les plages d'Ipanema

Arrestation en plein jour d'une bande de jeunes près de Copacabana


dimanche 21 août 2016

Cool Runnings à Rio


Les Jeux s’achèvent et les lots des constats s’affichent entre les satisfactions, les déceptions, les nouveautés, les surprises, autrement dit des sentiments qui méritent d’être analysés afin d’en tirer les enseignements.

Les Etats-Unis en Amérique du Sud écrasent le monde. Leur domination à stade de la compétition est sans égal et l’exhibe. Avec 105 médailles dont 38 en or elle semble impitoyable avec ses adversaires. Un beau cadeau des sportifs à leur Président Obama pour son dernier mandat. Dans cette course hégémonique la Grande Bretagne avec 61 médailles dont 25 en or et la Chine 65 médailles dont 25 en or tentent de s’accrocher. La France reste dans sa feuille de route avec 38 médailles dont 9 en or elle risque de tenir le pari escompté. On peut voir ici, loin des querelles nationalistes particulièrement exacerbées lors de cette olympiades à travers ces classements le statut donné au sport dans ces sociétés respectives, la cohérence et l’efficience des projets de développement de différents systèmes politiques, car dans cette réussite sportive nous sommes dans une haute question politique, le statut politique du sport.

Le dernier round de nos ressortissants va solder dans les finales de Hand-ball où les équipes de France font un carton plein, les deux équipes sont en finale. On voit ainsi la cohérence d’une politique nationale qui prouve son efficacité avec un fort lien entre l’école et le civil. La Boxe reprend des couleurs emmenée par Estelle Mossely qui devient la première française championne olympique de boxe dans une activité fortement masculine. Cette victoire n’est pas sans remettre en cause la distribution des hiérarchies du travail et du statut de la femme, celle qui combat, d’autant plus que son origine sociale ne lui pas d’autres choix.
Le stade Engenho, traduisez le stade olympique, confirme plus que jamais nos analyses précédentes. Le renouvellement de l’athlétisme dans un sport qui ne fait pas recette. Pas plus qu’au Brésil qu’ailleurs les stades sont vides. La politique du verre à moitié vide ou à moitié plein n’y feront rien. La fédération internationale, malgré ses propositions de faire un spectacle attrayant, présentation des athlètes, show lumineux ; à noter la présence des tambours de carnaval pour la présentation des athlètes. Quel retour et revirement de sens dans la symbolique ! Pierre de Coubertin - peu favorable à la présence du sport dans les colonies au détriment de l’amusement (c.f. son discours sur sport et colonisation). Cet instrument objet culturel de transmissions vit en permanence sur le stade et à travers les parades quotidiennes de Carnaval proposées lors du festival olympique. Les records olympiques tombent. 

La Kenyane Cheruiyot au 5000m empêche à L’Ethiopie de s’imposer sur les longues distance. Cette nation marque le pas empêtrée dans des affaires de dopage. Les américaines sonnent leur révolte dans le sprint US qui peine, voire trébuche. Les relayeurs du 4x 100m pourtant arrivés 3ème a été disqualifié bien qu’ayant fait le tour d’honneur. Certains disent que les américains se savent pas faire de relais. Beaucoup oublient l’essentiel que les relais chez eux est une culture, une grande tradition qui crée parmi les plus vielles compétition d’athlétisme au monde les Pen Relays et Drake Relays. Ensuite le système américain hyper-élitiste laisse peu de temps aux sélectionnés olympiques de s’entrainer ensemble contrairement au notre qui repose sur l’arbitraire , un groupe formé a priori sensé être le relais au détriment de la vitesse et compétitivité des athlètes retenus et choyés dans des stages. Le résultat est bien là c’est le zéro pointé en relais qui atteste d’absence de densité au profit d’une faible élite. Kevin Mayer (médaille d’argent au décathlon), Christophe Lemaitre (le bronze au 200m ) Michon (médaille d’argent au disque) sont les exemples de cette élite françaises performante. Christophe Lemaitre qu’on attendait pas, a su après avoir maintenu son accélération ravageuse dont il a le secret conserver une troisième place devant le britannique Gemili pour un millième d’éternité. Voilà aussi un bel exemple d’opiniâtré ; un athlète faisant confiance aux méthodes de son coach de toujours (âgé il n’a pas fait le déplacement) son club, son environnement sans être attiré vers des sirènes. Un exemple à méditer pour nos ressortissants. Quelque peu mis à l’écart souvent associé et récupéré à des polémiques malsaines, il sa su résister. Une résistance quelque peu vaine face à un Bolt dominateur et jeune Canadien De grasse qui régulièrement affiche ses prétentions au leadership mondial du sprint. Bolt nous a donné des signes visibles de l’immortalité. Au 200m en ne laissant aucune chance à ses poursuivants et relais bien qu’avoir reçu son bâton après le surprenant relais nippon. C’est du Japon, le futur organisateur des Jeux de 2020 qu’arrive en vent venu avec son denier relayeur Aska Cambrige, un afro-japonais, un jeune team qui risque d’inquiété les autres nations. Bolt s’en va. Le public brésilien, conscient lui a rendu un hommage en scandant : « Usain BOLT….Usain BOLT » Bolt avait du mal à qui la piste olympique qui sans doute il ne foulera plus. C’est en se prosternant sur la piste comme un hommage symbolique qui nous a montrer ses adieux à une piste qui lui a tant donné mais aussi tant donné à son sport et surtout son île la Jamaïque.

Harry Méphon