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jeudi 30 juin 2011

Ce n’est pas un sauvetage, c’est une escroquerie!

  
« Ce n’est pas une crise, c’est une escroquerie », disent les indignés espagnols. Ce mercredi, le Parlement grec vient d’adopter un nouveau plan d’austérité, symbole de l’invraisemblable escroquerie qui a cours actuellement en Europe.
Malgré l’injustice profonde des mesures de rigueur, qui visent à faire payer le peuple grec sans remettre en cause les politiques fiscales calamiteuses menées par les précédents gouvernements, les déséquilibres inhérents au fonctionnement de la zone Euro, ou encore les bénéfices grassement réalisés par les banques et autres spéculateurs sur le dos des finances publiques grecques;
Malgré la résistance du peuple grec, qui s’est levé dignement et occupe depuis près de trois semaines la principale place d’Athènes – où se situe le Parlement – pour contester, de manière pacifique et démocratique, ces choix imposés en dépit du bon sens ;
Malgré l’inefficacité avérée des mesures d’austérité pour améliorer la situation des finances publiques, les députés grecs ont accepté de se soumettre au chantage de l’Union européenne, du FMI et de la Banque Centrale Européenne.
En échange de ce plan d’austérité, avec à la clé des réductions de salaires et une réforme fiscale qui va frapper de plein fouet les classes moyennes et populaires, la «Troïka» accordera une « aide » d’une centaine de milliards d’euros à la Grèce - sans laquelle le gouvernement se retrouverait incapable de financer son fonctionnement (y compris les services publics, hopitaux, etc.).
Ce prétendu « sauvetage » s’adresse pourtant davantage aux banques françaises et allemandes qu’à la Grèce : « Le CAC 40 accentue ses gains, confiant sur la Grèce » peut-on lire sur le site du Point.fr. Il représente en réalité une vaste opération de socialisation des pertes : une étude des Échos montre que « grâce » à ces plans, « la part de dette hellénique aux mains des contribuables étrangers passera de 26 % à 64 % en 2014. Cela veut dire que l'exposition de chaque foyer de la zone euro va passer de 535 euros aujourd'hui à 1.450 euros ». Or tous les économistes s’accordent pour dire que la Grèce ne pourra pas rembourser l’intégralité de ses dettes.
En s’opposant de manière farouche à toute restructuration, Sarkozy et Trichet jouent ainsi la montre au plus grand bénéfice des banques françaises ; Lorsque la Grèce fera défaut, ce seront les finances publiques des autres pays européens seront en première ligne… Et les peuples européens paieront l’addition via de nouvelles mesures d’austérité.
« Privatiser les profits, socialiser les pertes », cette logique semble plus que jamais d’actualité : avec la nouvelle gouvernance économique, promue par les gouvernements européens et la Commission et votée par le Parlement européen, les finances publiques seront mises sous tutelle, et à l’image de la Grèce, l’austérité permanente pour les peuples garantira les bénéfices des banques.
Il est essentiel que les peuples européens se mobilisent pour mettre en échec cette « stratégie du choc » à l’échelle européenne. A l’image du peuple grec, il faut non seulement s’« indigner », mais se montrer « déterminés » à mettre un terme au diktat des banques et des marchés financiers, en commençant par imposer un audit démocratique des dettes publiques. En France notamment, les mobilisations doivent redoubler d’intensité : ce qui se joue en Grèce aujourd'hui, c'est la capacité des peuples en Europe à sortir du piège dans lequel nous place la finance qui est en jeu.
Jeudi 30 juin, au lendemain de la mobilisation sans précédent du peuple grec, et alors que les mouvements sociaux et syndicats britanniques organisent une grève générale contre les coupes massives dans les budgets publics, Attac appelle à se réunir à 18h devant l’ambassade de Grèce pour un soutien aux mobilisations qui se déroulent en Europe, en Grèce, au Royaume-Uni, en Espagne, pour affirmer que leurs combats sont plus que jamais les nôtres.
Attac France,
Paris, le 29 juin 2011

vendredi 10 juin 2011

Lettre ouverte de Aurélie Trouvé à Christine Lagarde, pour la présidence du FMI


Madame la Ministre Christine Lagarde,
Ministre de l'Économie,
des Finances et de l'Industrie139, rue de Bercy75572 Paris cedex 12
Paris, le 9 juin 2011
Madame la Ministre,
Je tiens à vous informer personnellement que j'ai fait acte de candidature à la direction générale du FMI.
Cette institution importante joue aujourd'hui à mon sens un rôle négatif pour la stabilité économique et financière mondiale, contrairement à sa vocation initiale et à ses statuts. Après avoir sans relâche prôné la dérégulation et la libéralisation des marchés de capitaux, après avoir soumis de nombreux pays du Sud à des cures d'austérité inefficaces et injustes destinées avant tout à préserver les intérêts des créanciers, le FMI exerce aujourd'hui son magistère néfaste en Europe, aux dépens de la Hongrie, de l'Ukraine, de la Lettonie, de la Grèce, de l'Islande, de l'Irlande, du Portugal et bientôt de nombreux autres pays.
Ma candidature, présentée initialement par l'association Attac, que je co-préside, vise à mettre le FMI au service non plus de l'industrie financière et des créanciers, mais de l'économie réelle et des besoins sociaux. Elle vise surtout à stimuler le débat social autour des missions et de l'action du FMI, débat que comme moi vous jugez, je n'en doute pas, de plus en plus indispensable alors que cette institution joue un rôle grandissant en Europe.
Attac a initié un comité de soutien pour recueillir l'appui des citoyens, et des milliers de signatures affluent de nombreux pays. Mais je ne peux pas mobiliser les ressources de l'Etat français pour faire le tour du monde en défense de ma candidature. Je ne sollicite de votre part qu'une seule démarche : celle de présenter ma candidature, sans nécessairement la soutenir, au conseil d'administration du FMI. Ses statuts prévoient en effet, comme vous le savez, que tout candidat à la direction générale doit être présenté par au moins un gouverneur du Fonds.
Par ce geste, vous montrerez l'importance que vous attachez au débat démocratique autour de l'institution que vous aussi aspirez à diriger. Nous aurons alors l'occasion de confronter nos points de vue - le mien s'inspirant de la réflexion collective approfondie menée de longue date par la société civile internationale.
Confiante dans votre attachement au pluralisme et au débat d'idées, je vous prie d'agréer, Madame la Ministre, mes salutations altermondialistes.
Aurélie Trouvé, coprésidente d'Attac