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vendredi 11 novembre 2011

États-Unis : pas de "mariage blanc" pour les Africaines-Américaines



Pourquoi les Africaines-Américaines rechignent-elles à convoler hors de leur communauté, au risque de rester éternellement célibataires ? Explications sociologiques dans un pays toujours marqué par de fortes tensions entre Noirs et Blancs...

« À ce stade de ma vie, je pensais que je serais mariée et que j’aurais des enfants », confie Audrey, 39 ans. Cette Africaine-Américaine avenante, diplômée et sexy, vit seule à Washington et s’y résigne tristement. « Audrey fait partie du groupe de célibataires le plus nombreux aux États-Unis : les femmes noires », explique Ralph Richard Banks, professeur à la Stanford Law School (Californie) et auteur d’un livre au titre provocateur : Is Marriage for White People ?* (« Le mariage est-il réservé aux Blancs ? »)

Après une enquête à travers tout le pays, Banks – qui est lui-même noir – attribue le fort taux de célibat (près de 70 %) des Africaines-Américaines à leur rejet des mariages mixtes et à « une pénurie d’hommes noirs sur le marché ». Pénurie due, en partie, au nombre effarant des incarcérations : sur plus de 2 millions de prisonniers aux États-Unis, quelque 40 % sont des Noirs. Autre facteur aggravant : des différences socioprofessionnelles trop marquées au sein de la communauté noire. Près de 1,4 million de jeunes Africaines-Américaines font des études universitaires (niveau licence), contre 900 000 garçons, et elles sont deux fois plus nombreuses que ces derniers à obtenir leur diplôme. En 2008, elles étaient 125 000 à continuer leurs études au-delà de la licence, contre 58 000 garçons.

Pourtant, ces diplômées acceptent volontiers d’épouser des non-diplômés. Mais les couples formés d’une executive woman et d’un col-bleu, qui gagne forcément moins bien sa vie, sont voués à l’échec dans plus de la moitié des cas. Quant aux Noirs qui ont réussi, ils adoptent l’attitude inverse. Face à l’abondance de l’offre féminine, ils reconnaissent avoir l’embarras du choix entre Noires, Blanches, Hispaniques ou Asiatiques… et ne pas être pressés de s’engager !

Trahison

« Les Africaines-Américaines franchissent les barrières sociales, mais pas les barrières raciales : seule 1 femme sur 20 opte pour un mariage mixte », souligne Banks, pour qui ce refus a une raison très politique : « Elles veulent se montrer solidaires des hommes de leur communauté. Pour beaucoup d’entre elles, mariage mixte rime avec trahison. » Certaines invoquent des arguments en apparence futiles (« C’est facile de sortir avec un Noir, car il sait que je ne me lave pas les cheveux tous les jours, que je dois porter un foulard la nuit ») – preuve, selon Banks, qu’elles n’ont pas le courage de se lancer dans une kyrielle d’explications avec des néophytes. Enfin, certaines reconnaissent vouloir des bébés noirs. Comme Cecelia, qui craint, en se mariant avec un Blanc, de mettre au monde un enfant qui ne passerait pas pour le sien. « Elle aurait peur qu’on la prenne pour la nounou », suggère Banks. Parce qu’il affiche une grande complicité et élève ses deux filles à deux, le couple Obama fait d’autant plus rêver… 

Joséphine Dedet
08/11/11
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* Is Marriage for White People ? How the African American Marriage Decline Affects Everyone, de Ralph Richards Banks, Dutton Books 2011, 289 pages, 19 euros.


mercredi 28 septembre 2011

La polarisation sociale aux États-Unis s'accentue


Le Bureau du recensement américain vient de déposer son rapport 2010 sur la situation de la pauvreté aux États-Unis. Ce rapport est alarmant à plus d'un titre. Mais un constat évident ressort plus que tout autre: l'écart entre les plus nantis et les moins nantis se creuse à un rythme accéléré.


L'introduction de baisses d'impôt en 1981 par l'administration Reagan, qui ont été ensuite accélérées par l'administration de George W. Bush en 2001, a eu des conséquences dévastatrices sur la fabrique sociale des États-Unis. Entre 1932 et 1980, les États-Unis avaient, dans la foulée des programmes du New Deal de Roosevelt, du Fair Deal de Truman et de la Grande Société de Johnson, établi un consensus social sur la répartition équitable de la richesse au sein de la société américaine.
Les politiques fiscales des différentes administrations entre 1932 et 1980 eurent comme effet de réduire le pourcentage des revenus accaparés par le 1% le plus riche de la société américaine: de 17% du PIB en 1929 à 8% en 1980. Cela avait été réalisé essentiellement par la mise en place d'un taux d'imposition de 75% sur les revenus supérieurs à 100 000 $.
Or, depuis 1980, on assiste à un renversement de cette tendance. Les taux d'imposition des plus riches ont été successivement abaissés au niveau des autres catégories de la société, soit à 35%. Mais compte tenu de différents échappatoires fiscaux dont les plus riches bénéficient, un Warren Buffet qui a déclaré 4,6 milliards $ en revenus en 2010 n'a payé que 17% d'impôt, soit un pourcentage inférieur à celui de ses secrétaires.
Entre 1980 et 2010, l'économie américaine en dollars constants a connu une croissance per capita de 61%. Si les 20% des Américains les plus pauvres n'ont pas bénéficié de cette croissance, la classe moyenne a bénéficié d'une maigre augmentation de 11% de ses revenus. Par contre, ce fut de 476% pour le 1% les plus riches et ces derniers sont ceux qui paient le moins d'impôts en termes relatifs.
La présente crise économique frappe de plein fouet la société américaine. Mais ce n'est pas tout le monde qui est touché de la même façon. Si 60% des ménages ont subi une baisse de revenus, la tendance est inverse pour les ménages dont le revenu est supérieur à 100 000 $. Par contre, la situation est devenu critique pour les plus démunis et ceux qui ont perdu leur emploi.
En 2007, il y avait 37,3 millions de personnes sous le seuil de pauvreté aux États-Unis. Ce nombre est passé à 46,2 millions en 2010, soit 15,1% des Américains. Ce taux est le plus élevé depuis 1993. Lorsque nous tenons compte du facteur racial ou ethnique, la répartition des pauvres ne suit pas la même trajectoire. Ainsi, le taux de pauvreté se situe à 27,4% pour les Afro-Américains, à 26,6% pour les personnes d'origine hispanique, à 12,1% pour les personnes d'origine asiatique et seulement à 9,9% pour la population blanche non hispanique.
Le portrait de la pauvreté aux États-Unis serait encore plus négatif, si ce n'était des programmes d'aide fédéraux. Les données du Bureau du recensement montrent que sans l'aide du gouvernement fédéral, il y aurait des millions de personnes de plus sous le seuil de pauvreté. Le nombre de personnes recevant l'aide du gouvernement fédéral est presqu'au niveau de celui de la Grande Récession. Avec le taux de chômage qui stagne au-dessus de 9%, le nombre d'Américains en difficulté économique ne cesse de s'accroître.
Actuellement, il y a environ un Américain sur six qui bénéficie de l'aide gouvernementale. Medicaid et les bons d'alimentation représentent les principaux programmes. Entre-temps, l'assurance chômage maintient 3,2 millions d'Américains au-dessus du seuil de pauvreté. Mais 3,9 millions d'Américains ont déjà épuisé leurs prestations. Ce nombre va aller en grandissant, compte tenu que de nouvelles règles vont réduire la période d'admissibilité de 73 à 26 semaines.
Par ailleurs, il y a 5,4 millions d'Américains qui travaillent au salaire minimum de 7,25 $ de l'heure. Leur revenu se situe à 69% du seuil de pauvreté. Ils ne sont pas considérés comme pauvres, parce qu'ils ont droit à un crédit fédéral comme travailleurs.
Les membres du Tea Party et de la droite républicaine tirent à boulet rouge sur l'administration Obama et le gouvernement fédéral pour ses politiques sociales. Au lieu de relever les taux d'imposition pour les plus nantis, comme le président Obama le propose, de nombreux républicains et les membres du Tea Party préconisent plutôt une coupure dramatique dans les programmes sociaux, dont Medicaid et les bons d'alimentation.
Rick Perry, le candidat républicain qui mène présentement dans les sondages, a même osé s'attaquer à un des plus vieux programmes sociaux américains dont bénéficient les personnes âgées. Il a décrit le régime de sécurité sociale de «chaîne Ponzi» (système pyramidal frauduleux) et a indiqué son intention, s'il est élu, de le faire déclarer inconstitutionnel.
Pour toute personne le moindrement attentive aux débats qui ont présentement cours aux États-Unis sur le chômage, la dette publique ou la redéfinition du rôle du gouvernement, ces données sont éclairantes.
La société américaine est à la croisée des chemins. L'élection de 2012 ne consistera pas simplement à choisir entre le président Obama et son adversaire républicain. Cette élection risque de porter sur un choix de société: les Américains désirent-ils, oui ou non, retourner aux politiques libérales qui prévalaient avant 1930, alors que les plus démunis dépendaient de la charité publique?
à l'École de politique appliquée  de l'Université de Sherbrooke.
Gilles Vandal est professeur titulaire

dimanche 28 août 2011

États-Unis : les chercheurs noirs sous-représentés


Une étude menée aux États-Unis montre que les chercheurs noirs ont presque moitié moins de chances que leurs collègues blancs de se voir attribuer une allocation de recherche dans le domaine biomédical.


Une étude commanditée par les Instituts nationaux de la santé (NIH) –l’énorme agence publique de financement de la recherche biomédicale aux États-Unis- montre que les scientifiques noirs ont moins de chance de se voir attribuer une allocation de recherche que les Blancs, les Hispaniques ou les Asiatiques.

Sur la période étudiée par l’équipe de Donna Ginther et Raynard Kington, de 2000 à 2006, 185 allocations sur les 23.400 attribuées à des projets de recherche l’ont été à des Noirs (le terme de «black» est utilisé en anglais dans l’étude pour désigner à la fois des citoyens américains (Afro-Américains) et des étrangers). les Noirs ne représentaient que 1,4% de tous les demandeurs d’allocations de recherche contre 3,2% pour les Hispaniques et 16% pour les Asiatiques, alors que les seuls Afro-Américains comptent pour 13% de la population des États-Unis. Ces résultats sont publiés aujourd’hui dans la revue Science.

Les données brutes analysées par Ginther et ses collègues montrent que les chances d’un scientifique de couleur noire d’obtenir un financement pour son projet de recherches sont de 16% contre 29% pour un collègue de couleur blanche et 25% pour un Asiatique. En tenant compte de la nationalité des candidats, de leur parcours universitaire, de leurs publications ou des prix qu’ils ont pu obtenir, l’écart demeure de 10 points entre Blancs et Noirs. En revanche il disparait entre Blancs et Asiatiques lorsqu’on exclut les Asiatiques qui ne sont pas citoyens américains et qui ont donc plus de difficultés pour rédiger leur dossier en anglais.

Même s’ils ne sont pas totalement surprenants, ces résultats sont choquants, expliquent Francis Collins et Lawrence Tabak, qui dirigent les NIH, dans une tribune publiée par la revueScience. Les chercheurs qui étudient les projets de recherche ne sont pas informés de l’origine ethnique des candidats. Cependant des informations –comme les universités fréquentées ou le nom- peuvent donner des indications qui influencent, même involontairement, les jurys. Collins et Tabak annoncent des études pilotes pour mieux comprendre l’impact de ces biais insidieux.

Autres explications avancées : un avantage cumulé pour les chercheurs blancs depuis le début de leur scolarité ; un meilleur encadrement qui leur permet de mieux rédiger leurs projets de recherche ; ou encore un effet ‘boule de neige’ en faveur des chercheurs déjà distingués qui renforce l’élite existante au détriment des minorités montantes. Les responsables du NIH souhaitent des actions rapides pour combler l’écart entre les scientifiques de couleur différente.

Cécile Dumas
Sciences et Avenir.fr
19/08/11

Etats-Unis : un candidat noir, contre l’immigration et la discrimination positive



« Herman Cain se définit comme un « Noir Américain » et non comme un afro-américain. … Herman Cain se targue donc d’être un Américain dont les origines peuvent être retracées au sein de la nation. Il s’oppose en cela à Barack Obama, qu’il définit comme étant quant à lui quelqu’un «d’international», dont les valeurs américaines n’ont été transmises que du côté maternel (puisque son père est Kenyan). Parfaitement cohérent avec ses idées, Herman Cain est contre l’ “Affirmative Action” (discrimination positive). Il est tout simplement contre toute forme de barrière à l’encontre de certaines personnes (le «plafond de verre»). Mais il est résolument contre toute politique de quotas, qu’il juge même contre-productive. Il considère que pour aider les minorités, il faut tout simplement les encourager à travailler dur, et ne pas les discriminer.
Herman Cain est plutôt bien apprécié dans les Tea Parties, aussi bien dans les mouvements locaux qu’au parti national. Cain n’est pas populaire du fait de ses prises de positions sur l’Affirmative Action, mais pour celles contre les impôts et les dépenses publiques (cheval de bataille des Tea Parties), pour son opposition à Barack Obama, et ses valeurs conservatrices en général. …
Sans en faire un point clé de sa campagne, Herman Cain ne cache pas son islamophobie. Cain se méfie des musulmans américains, dont certains pourraient «potentiellement être des terroristes». Il faut dire qu’aux Etats-Unis aussi, les revendications religieuses de la part de cette communauté se multiplient : volonté de construire une mosquée à Ground Zero, tentatives d’introduction de la charia dans la loi américaine pour les musulmans, etc. …
La polémique sur l’immigration aux États-Unis ressemble à celle que nous trouvons en France. Ainsi Cain déclare ne pas accepter «l’ânerie» consistant à dire que la frontière entre l’Amérique et le Mexique ne pourrait être sécurisée : «nous avons bien réussi à envoyer un homme sur la Lune !». … Herman Cain dénonce une immigration illégale qui entraine des activités illégales (trafics de drogues et d’êtres humains), et exerce une pression énorme sur le système de santé américain. Car les illégaux sont tout de même soignés en Amérique, et plusieurs hôpitaux se sont déclarés en faillite à cause du coût des soins. …
Sa nomination montrerait aussi au monde que l’on peut être issu d’une minorité et être parfaitement assimilé, patriote, résolument contre l’immigration illégale, et vouloir lutter contre l’islamisation de sa société. Bref, de quoi donner une belle leçon aux gauches européennes ! Au delà de la symbolique, Herman Cain a le grand mérite de poser certains problèmes sérieux sur la table, et d’anticiper les solutions. Combien de politiciens aujourd’hui peuvent se targuer d’être en accord avec la maxime «gouverner, c’est prévoir» ? »

samedi 7 mai 2011

Les Afro-Américains durement frappés par le chômage


Le chômage frappe de manière très inégale aux États-Unis, et les hommes, les jeunes, les Noirs, et les sans-diplômes en sont proportionnellement les premières victimes, selon le rapport officiel sur l'emploi publié vendredi à Washington.
Alors que le taux de chômage moyen du pays était de 9,0% en avril, le taux de chômage des jeunes (seize à dix-neuf ans) était de 24,9%.
Parmi les plus de vingt ans, le taux de chômage était de 8,8% chez les hommes, contre 7,9% chez les femmes.
Le chômage était de 16,1% au sein de la communauté afro-américaine et de 11,8% pour la communauté latino, contre 8,0% chez les Blancs, et 6,4% chez les Asiatiques, la communauté la plus diplômée du pays.
Le taux de chômage de la frange la moins diplômée de la population de plus de vingt-cinq ans (n'ayant pas l'équivalent du baccalauréat) était de 14,6%.
Des études de la banque centrale (Fed) ont montré que la récession avait frappé bien plus les hommes, et en particulier les ouvriers de l'industrie, secteur en déclin depuis plusieurs décennies, que les femmes.
Néanmoins, en un an, le taux de chômage a baissé trois fois plus vite chez les hommes que chez les femmes.
Le président de la Fed, Ben Bernanke, s'était ému il y a une semaine que le chômage reste «particulièrement» élevé «au sein de minorités, des jeunes et des gens les moins instruits».
Autre motif d'inquiétude pour la Fed: la proportion extrêmement élevée des chômeurs de longue durée, qui était de 43,4% en avril, contre 26% au maximum pendant la grande crise de 1982-83, de sinistre mémoire aux États-Unis.
Après près de deux ans de reprise économique, la persistance d'un chômage très fort a des conséquences sociales dramatiques, malgré les différents programmes de prolongation des allocations de chômage.
Le nombre de personnes, en particulier d'enfants, dépendant de l'aide alimentaire de l'État ne cesse de progresser.
Selon une étude publiée lundi par l'Université du New Hampshire, la récession a entraîné une hausse de 48% du nombre de ménages devant faire appel aux programmes d'aide publics pour assurer leurs besoins énergétiques.
Comme l'a reconnu M. Bernanke le 29 avril, les inégalités, qui s'étaient fortement creusées sous le mandat du président George Bush fils (2001-2009), continuent de s'amplifier avec cette crise de l'emploi qui n'en finit pas.
AFP