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mercredi 16 septembre 2015

RAPHAEL CONFIANT : "LES SYRIENS SONT LES BIENVENUS EN MARTINIQUE"


"Je suis horrifié par ce qui se passe en Syrie et dans le monde arabe en général. Je constate que l'Occident a militairement détruit des régimes laïques, certes autocratiques (Irak, Lybie, Syrie) ou corrompus (Tunisie), favorisant ainsi la montée de l'islamisme radical. On peut dire ce qu'on veut de Saddam Hussein, mais les chrétiens n'étaient pas persécutés sous son règne et son premier ministre, Tarek Aziz, était un chrétien. Bachar El-Assad ne persécute pas non plus les chrétiens qui sont d'ailleurs de fervents supporters de son régime. Je me demande s'il n'y a pas un plan occidental visant à faire imploser le monde arabe pour le transformer en principautés d'opérettes afin de contrôler le pétrole. Ce sont les peuples arabes - et donc le peuple syrien - qui paient cash la facture de ce complot. L'Occident n'a donc que la monnaie de sa pièce avec ces débarquements incessants de migrants sur ses côtes. En tout cas, les migrants syriens sont les bienvenus en Martinique !"

-Raphaël Confiant

mercredi 9 janvier 2013

LA POLEMIQUE NICOLAS BEDOS OU L’ART DE FAIRE DIVERSION


S’il y a une discipline, hélas non répertoriée aux Jeux Olympiques, dans laquelle nous autres Créoles (Antillais, Guyanais, Réunionnais etc.), sommes sûrs et certains de toujours finir en N° 1 sur le podium, c’est bien celui de la diversion. Nous avons même élevé cette dernière en un art que nous pratiquons à la moindre occasion, cela avec l’élégance de l’autruche qui enfonce sa tête dans le sable.

Ainsi, ces jours-ci, il n’est bruit sur les réseaux sociaux et dans nos diverses associations de toutes obédiences que de l’outrage qu’aurait commis envers nous l’humoriste français Nicolas Bedos dans sa chronique hebdomadaire de « Marianne », chronique dans laquelle il relatait un récent voyage en Guadeloupe. Le fait de l’avoir terminé par « Enculé de nègre ! » a mis en émoi tous ceux qu’indiffère :

- le fait que 65% de nos jeunes de 18 à 29 ans soient au chômage

- le fait que 1.000 hectares de terres agricoles sont bitumés ou bétonisés chaque année, ce qui est un crime contre les générations futures étant donné l’exiguïté de nos pays

- le fait que le chlordécone a pollué nos terres, nos nappes phréatiques, nos rivières et nos rivages pour les 150 années à venir, provoquant une augmentation sidérante du taux de cancers, des maladies d’Alzheimer et de Parkinson ainsi que des malformations congénitales chez le nouveau-né

- le fait que la drogue circule librement ou quasi-librement et que le nombre de « djonmpi » ou zombies urbains ne cesse de croître

- le fait que le nombre de femmes battues (ou tués) atteint des proportions inacceptables

- le fait que la moitié de nos populations vit des minimas sociaux alors que certains figurent dans la liste des 200 plus grosses fortunes françaises

- le fait qu’une bonne partie de l’émigration antillo-guyanaise et réunionnaise en France est en déshérence et que sa jeunesse n’a d’autre avenir que le sport ou la musique

Etc…etc…

Bref, tout ça n’émeut nullement nos bonnes âmes ! Aucune de ces associations, qui se sont vertueusement élevées contre les propos de Bedos ou qui ont porté plainte en justice contre lui, ne semblent s’émouvoir de cette interminable liste de problèmes qui affectent nos sociétés créoles. A leurs yeux, Bedos est plus important que le chlordécone ! Que le secteur de la pêche soit menacé de disparition à cause de ce poison qu’est ce pesticide et que les empoisonneurs ne soient nullement inquiétés, n’empêche pas nos antiracistes auto-proclamés de dormir sur leurs deux oreilles.

Ce comportement a un nom. Un seul : la Diversion.

mercredi 15 février 2012

LE DISCOURS QU’IL FAUT TENIR A L’EUROPE ET A L’OCCIDENT


La polémique Guéant-Letchimy a eu au moins ceci de bien qu’elle a contraint maints intellectuels de nos pays à prendre leur plume et à sortir de la réserve ou la tour d’ivoire dans lesquelles trop d’entre eux sont enfermés. Toutefois, je ne suis pas du tout d’accord avec les démonstrations humanistes et universalistes qu’on a pu lire ici et là. Je trouve qu’il s’agit là d’une manière de fuir le débat, d’éviter la vraie question. Tel cet extrait d’une affligeante « Déclaration de membres de la société civile », circulant ces temps-ci en Martinique, qui écrit, toute honte bue :
« Parce que pour nous, Antillais, la République française à laquelle nous sommes attachés estcelle qui se fonde sur des principes généreux comme ceux de droits de l’Homme et autres idéaux universalisables définis au XVIIe siècle, cette république qui, à deux reprises, a aboli l’esclavage dans nos pays et que nos ancêtres, comme nous aujourd’hui, ont vénérée. »
Affligeant, oui…
Car quelle est-elle cette vraie question ? En réalité, il ne s’agit pas tant d’une question que d’une injonction qu’il faut lancer à l’Europe et à sa fille, l’Amérique du Nord. Une injonction d’une simplicité extrême, loin du bla-bla « Tout-monde il est beau, Tout-monde il est gentil ». La voici :
« Arrêtez d’universaliser vos crimes et de singulariser vos avancées ! »
C’est la condition sine qua non d’une vraie réconciliation car il ne s’agit pas du tout de diaboliser l’Europe, mais de lui dire son fait. De l’amener à modifier radicalement son discours lequel est, dans le fond, exactement le même d’un bord à l’autre de l’échiquier politique euro-américain. La Gauche occidentale, qu’elle soit modérée ou radicale, n’est, en effet, pas du tout claire sur cette question pourtant fondamentale et a tendance à noyer le poisson dès qu’on l’aborde, traitant ceux qui l’évoquent de tiers-mondistes enragés, de nationalistes ou de fondamentalistes exacerbés et d’antisémites.
Puisque cette Gauche fait semblant de ne pas comprendre, faisons-lui une explication de texte ! Décortiquons les deux parties de l’injonction évoquée plus haut qu’il est bon de marteler :
« Arrêtez d’universaliser vos crimes et de singulariser vos avancées ! »
Que signifie donc « Arrêtez d’universaliser vos crimes ! » ? Pas difficile à comprendre : quand l’Europe ou les Etats-Unis commettent un massacre ou un génocide quelque part dans le monde, aussitôt ils s’empressent de le qualifier de « crime contre l’humanité ». Sans nommer l’auteur du crime ni l’humanité victime dudit crime !!! Grâce à ce tour de passe-passe, le génocide des Amérindiens, l’esclavage des Noirs, le massacre des Aborigènes ou la destruction des Juifs d’Europe se retrouvent universalisés, c’est-à-dire qu’il n’y a plus de coupable identifié. Mieux, tout le monde devient coupable de ces abominations ! Les Chinois de l’esclavage des Noirs, les Arabes du génocide des Amérindiens et les Indiens de la destruction des Juifs d’Europe. La notion de crime contre l’humanité est suffisamment vague pour dédouaner l’Europe et ses excroissances (Etats-Unis, Australie, Afrique du Sud de l’Apartheid etc.) de toute faute en la faisant partager aux autres peuples du monde qui pourtant n’y sont pour rien. Le pire c’est que cette culpabilité incongrue est cultivée par nombre d’intellectuels africains, arabes ou asiatiques en thuriféraires stipendiés de l’Occident qu’ils sont. Ils vont nous sortir alors de grandes théories sur l’humanisme, l’universalisme, la Relation, la mondialité et que sais-je encore par peur d’appeler un chat un chat. Par peur de dire qu’il s’agit là de crimes euro-américains et que les universaliser est une pure mystification.
Venons-en à la deuxième partie de l’injonction : « Arrêtez de singulariser vos avancées ! ». Là non plus, pas besoin d’être titulaire d’un doctorat pour en comprendre la signification : tout ce qu’il y a eu de bien et de beau en Occident, toutes ses formidables avancées économiques et scientifiques, sont déclarées issues de son seul génie. Si depuis cinq siècles, il est à la proue du progrès, c’est uniquement, exclusivement, grâce à ses propres ressources, ses propres capacités, son propre esprit d’invention. Le reste du monde, lui, n’a rien inventé ! N’a rien apporté qui mérite considération. Certes, ici et là, au détour d’une phrase ou dans une minuscule note de bas de page, seront parfois signalés, par exemple, que l’invention de la boussole et de la pâte à papier sont dus au Chinois ou que le zéro est une invention de l’Inde ou du monde arabe, ou encore que la conquête des Amériques et l’esclavage des Noirs sont à la base même du développement économique européen, mais cela restera toujours de l’ordre du discret, du furtif. C’est qu’il faut à tout prix éviter d’écorner le mythe de l’Europe qui a tout inventé. Or, tous les historiens sérieux l’écrivent : jusqu’au XVe siècle, le continent européen n’était pas plus avancé économiquement ou scientifiquement que l’Inde, la Chine ou le monde arabe. On peut, pour prouver cela, prendre un exemple très banal : il suffit de comparer les caravelles de Christophe Colomb et les bateaux de l’amiral chinois Zeng-He qui, au cours du même siècle (le XVe), abordèrent les côtes de l’actuel Kenya : les embarcations de l’amiral européen avait la taille de petits catamarans alors que celles de son alter ego chinois ressemblaient aux petits paquebots actuels ! Soyons précis : un vaisseau de Zeng-He (en 1414) avait 138 mètres de long et 55 mètres de large (et 9 mâts !) tandis que la fameuse « Santa Maria » de Christophe Colomb (en 1492) avait 30 mètres de long et 8 mètres de large. Sans compter que si Colomb traversa 7.000kms d’Atlantique, Zeng-He, lui, en parcourut 12.000 depuis la Chine pour atteindre les côtes orientales de l’Afrique. En matière de construction navale, l’Europe était donc très en retard sur l’Empire du milieu. On pourrait prendre ainsi des tas d’autres exemples.
Tous démontrent de manière irréfutable que sans le formidable appel d’air apporté par la conquête des Amériques, jamais l’Europe n’aurait connu le fulgurant développement économique et scientifique qui fut le sien à partir du XVIe siècle. Cette conquête a d’abord réduit la pression démographique ; elle a ensuite réduit de manière considérable la pression sur les ressources naturelles européennes, en particulier sur les forêts (le bois étant le principal combustible jusqu’à l’apparition de la machine à vapeur au XIXe) ; elle a permis de drainer vers l’Europe une quantité phénoménale de richesses de toutes sortes qui ont assis sa puissance et permis au capitalisme de prendre son essor (ce qu’a magistralement expliqué le Trinidadien Eric Williams dans son ouvrage « Capitalism and Slavery ») ; cet enrichissement de l’Europe a permis qu’une fraction de plus en plus grande de gens ne soient plus astreints aux activités productives et qu’ils se consacrent donc aux activités de l’esprit (philosophie, littérature, sciences naturelles, sciences exactes etc.).
Sans donc cette appropriation du Nouveau Monde d’une part et la mise en esclavage des Amérindiens et surtout des Noirs d’Afrique, de l’autre, mise en esclavage qui a permis d’extraire toutes ces richesses évoquées plus haut, il est peu probable que l’Europe eut dépassé de manière aussi extraordinaire les autres grandes civilisations. La meilleure preuve nous est donnée par l’éminent historien et économiste Kenneth Pomeranz qui, dans son ouvrage « Une Grande divergence. La Chine, l’Europe et la construction de l’économie mondiale » (2010), écrit ceci :
. « Il est avéré que la Chine du milieu du XVIIIe siècle consommait plus de sucre que l’Europe et que vers 1750, les habitants de la région du Bas-Yangzi produisaient plus de tissu par tête que les Britanniques vers 1800. » . « Ce n’est que dans la colonisation outre-mer et le commerce armé que les institutions financières de l’Europe _nourries par un système d’Etats en concurrence, financés par la dette montrèrent un avantage décisif sur le reste du monde. »


« Beaucoup de villes de diverses parties d’Asie (et probablement une ou deux dans l’Amérique précoloniale) dépassaient en taille n’importe quelle ville européenne, avant le Londres du XVIIIe siècle, et certaines mêmes étaient plus grandes que Londres. » etc…etc…
Ces citations sont très éclairantes : elles montrent qu’alors même que la Chine, pour ne prendre que cet exemple, ne disposait d’aucune colonie à exploiter et à piller, alors même qu’elle ne possédait pas de « Nouveau Monde » où elle pouvait s’étendre et donc soulager la pression sur ses ressources naturelles, elle rivalisait et même dépassait l’Europe. Qu’est-ce que ça aurait été si l’amiral Zheng-He, lorsqu’il aborda les côtes de l’actuel Kenya au XVe siècle, avait décidé d’établir des colonies dans la Corne de l’Afrique au lieu de rebrousser chemin ! Après donc l’explication de texte, voici venu le moment de poser les termes de la réconciliation entre l’Europe (et l’Occident en général) et le reste du monde : si l’Occident reconnaît que sa puissance actuelle, ses avancées scientifiques et technologiques, sa pensée philosophique etc…n’émanent pas de son seul génie mais que tout cela doit beaucoup soit à des éléments qu’elle a empruntées ailleurs soit au travail forcé qu’elle a imposé à des populations non européennes, eh bien là, oui, nous sommes d’accord, nous le reste du monde, pour partager la responsabilité des crimes qu’elle a commis ici et là. Nous sommes d’accord pour assumer avec elle la responsabilité morale de tous les massacres, génocides et autres exterminations qui entachent son histoire. Là, la notion de « crime contre l’humanité » devient crédible, cesse d’être un masque, un tour de passe-passe lui permettant de s’en dédouaner.
Alors, d’aucuns me diront que certains penseurs européens et nord-américains ont déjà plaidé dans ce sens-là. A ceci je réponds que cela est tout à fait exact, mais que lesdits penseurs sont toujours demeurés marginaux, aux frontières de la doxa occidentale. Ce que je veux, moi, c’est que le citoyen moyen occidental en soit, lui, convaincu et là, il n’y a pas trente-six solutions. Il n’y en a qu’une seule : l’école et l’université. Il faut que dans ces institutions, on enseigne, dès leur plus jeune âge, aux chères têtes blondes que, par exemple, si le château de Versailles est une merveille, s’il témoigne bien du génie architectural français, il n’aurait jamais pu avoir été construit sans, d’une part, certains emprunts techniques au Moyen-Orient et à l’Asie et sans, d’autre part, les formidables richesses ramenées du Nouveau Monde grâce au travail des esclaves noirs. Il faut que ce genre de choses soit écrit noir sur blanc dans les manuels d’histoire qu’utilisent les écoliers et étudiants français, allemands, anglais, étasuniens, canadiens ou australiens. Or, force est de constater, hélas, que ce n’est absolument pas le cas. Le citoyen moyen occidental est formaté pour croire que la puissance de l’Occident est due à lui seul et à personne d’autre ! Un étudiant français en histoire peut obtenir son Master, son agrégation ou son doctorat sans jamais une seule fois avoir étudié le rôle de St-Domingue, pourtant la plus riche colonie du monde au XVIIIe siècle, dans la montée en puissance économique de la France. Et bien sûr sans jamais non plus avoir entendu parler de la défaite des vingt mille soldats envoyés par Napoléon pour rétablir l’esclavage dans cette île, au terme d’une guerre de douze ans qui devait aboutir à l’indépendance de la colonie qui reprendra son ancien nom amérindien, Haïti.
En conclusion, ce n’est que du jour où l’Occident se décidera enfin à cesser d’universaliser ses crimes et de singulariser ses avancées que, nous, le reste du monde, seront disposés à entamer le processus (forcément long) de réconciliation définitive avec lui.
Toute personne sensée ne peut qu’avoir hâte qu’un tel jour arrive

Raphaël Confiant

vendredi 10 février 2012

UNE CERTAINE LACHETE INTELLECTUELLE


Le raffut provoqué par les propos tenus à l’Assemblée nationale française par Serge Letchimy, suite à l’affirmation scandaleuse du ministre Guéant selon laquelle « toutes les civilisations ne se valent pas », est dû au seul fait qu’il a osé évoquer le nazisme et ses abominations. Letchimy aurait plutôt évoqué le génocide des Amérindiens ou des Arméniens, l’Apartheid ou l’extermination des Aborigènes que son discours serait passé comme une lettre à la poste. 

Comment comprendre cela ? 

Simple comme bonjour : il y a un tabou européen sur la destruction des Juifs d’Europe. Un tabou, mais aussi et surtout une manipulation visant à faire le reste de l’humanité supporter la honte et le fardeau de s’être livré à pareille barbarie. D’où l’expression douteuse de « crime contre l’humanité ». Car, en effet, « l’humanité », c’est vague, c’est tout le monde, c’est vous et moi, c’est les Nègres, les Arabes, les Chinois, les Indiens, les Polynésiens tout comme les Européens.

Or, désolé, mes ancêtres n’ont pas construit de chambres à gaz. Ni ceux des Chinois, des Arabes ou des Indiens, me semble-t-il. Ces machines infernales sont sorties tout droit du génie européen et de lui seul. Si donc, je condamne avec la dernière énergie le nazisme, si je considère qu’il s’agit d’une abomination égale au génocide des Amérindiens, à l’esclavage des Noirs ou à l’extermination des Aborigènes, je refuse par contre d’en porter la responsabilité. Je refuse de partager la mauvaise conscience des Européens à l’endroit de ceux qu’ils ont transportés à Auschwitz et à Dachau. C’est comme si on obligeait les Chinois à éprouver de la culpabilité à cause de l’esclavage des Noirs ! Ou les Français à cause du génocide arménien (Tiens, au fait, comme c’est curieux, dès qu’il s’agit d’un génocide qu’ils n’ont pas commis, les Européens savent très bien désigner le coupable ! En l’occurrence les Turcs…)

C’est ce que j’avais voulu expliquer il y a quatre ans dans un article qui m’a valu d’être lynché non seulement par la presse française (« Libération », « Le Nouvel Observateur », « Le Monde » etc.) et internationale (« Le Soir » de Belgique, The Los Angeles Times etc.), mais aussi par nombre d’intellectuels antillais et de lumpen-intellectuels comme ce médiocre historien à moitié guadeloupéen au patronyme d’insecticide qui, avec trois comparses universitaires antillais, tout aussi médiocres, a tenté de me faire passer devant le conseil de discipline de l’Université des Antilles et de la Guyane alors que mon article n’avait strictement aucun rapport avec cette dernière ni avec les cours que j’y dispense. A entendre tous ces gens, j’étais le pire des antisémites et à ce titre je devais être cloué au pilori ! Je n’ai guère trouvé, au cours de ce lynchage généralisé, que le quotidien algérien « El Watan » pour prendre ma défense. 

Or, l’affaire Guéant/Letchimy vient me donner raison. On n’a pas le droit d’évoquer la destruction des Juifs d’Europe ! Sinon, on se fait dézinguer. Que ne m’avait-on pas dit à l’époque ? Ta carrière littéraire est foutue ! Plus aucun éditeur n’acceptera de publier tes livres ! Fini les prix littéraires ! Finies les invitations à l’étranger ou dans des colloques ! Le Mossad va te descendre ! etc…etc…Nos courageux intellectuels antillais me voyaient déjà mort et enterré. Or, depuis j’ai publié 7 livres, reçu les Prix de l’AFD (Agence Française de Développement) et du Salon du Livre Insulaire d’Ouessant ainsi qu’une trentaine d’invitations de partout (Etats-Unis, Colombie, Trinidad, Tahiti, Angleterre, Japon etc.) que je n’ai pu malheureusement toutes honorer. 

Ce refus de dire son fait à l’Europe, cette incommensurable lâcheté, n’est pas propre aux intellectuels antillais, elle sévit chez nombre d’intellectuels du Sud, notamment ceux qui sont planqués dans des universités euro-américaines, des maisons d’édition ou des journaux du Nord. Pour se faire bien voir de leur maîtres et continuer à recevoir émoluments, honneurs et autres, ces lâches avalisent la mystification opérée par l’Occident au sujet de cette abomination européenne que fut le nazisme. 

Mystifications à plusieurs niveaux. 

Mystification d’abord au niveau de la dénomination même de l’abomination : « Shoah ». Son « inventeur », Claude Lanzman, a déclaré qu’il ne parlait pas l’hébreu !!! Nous non plus. Le reste du monde non plus. Alors pourquoi masquer derrière un mot hébreu mystérieux et incompréhensible, une chose qu’il est si simple de nommer : la destruction des Juifs d’Europe. Là c’est clair ! Là tout le monde comprend ! Là, je sais qui a été la victime et qui a été le bourreau, tandis qu’avec Shoah, tout devient subitement opaque. 

Mystification ensuite au niveau de la responsabilité de cette abomination : seuls les peuples européens en sont responsables. Et pas seulement les Allemands, même s’ils furent les plus scélérats. Les Français le sont aussi avec la Rafle du Vel d’Hiv’, les Italiens avec Mussolini, les Polonais, les Tchèques, les Hongrois, les soviétiques etc… Aucun peuple du Sud ne porte la moindre responsabilité dans la construction des chambres à gaz ! 

Mystification enfin au niveau de l’importance de cette abomination : pour l’Europe et Claude Guéant l’a encore répété la destruction des Juifs d’Europe est « le pire crime contre l’humanité ». Dire pareille chose est une insulte envers les dizaines de millions d’Amérindiens, d’Africains, d’Aborigènes et autres qui, eux aussi, ont eu à subir la rage destructrice du colonialisme européen. Un intellectuel honnête devrait dire : la destruction des Juifs d’Europe est aussi pire que celle des Amérindiens, des Nègres, des Aborigènes etc. Pas plus pire ! Pas moins pire ! Aussi pire. 

Or, nos chers intellectuels du Sud avalisent sans sourciller ces mystifications européennes, se permettant même de traiter d’antisémite et de vouer aux gémonies ceux, qui, comme je l’ai fait, osent mettre à nu lesdites mystifications. Et il est comique de voir qu’aujourd’hui, les mêmes qui m’avaient cloué au pilori, voler au secours de Letchimy et se fendre de grands discours indignés dans les médias. Bande de farceurs, va ! De lâches aussi. C’est ainsi que vous ne les verrez aucunement dénoncer l’entreprise de Recolonisation du monde qu’entreprend l’Occident depuis une dizaine d’années, depuis l’invasion de l’Irak en fait, cela au motif d’y détruire des armes de destruction massive (qui n’y ont jamais été trouvées). Recolonisation qui s’est manifestée ensuite en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, en Libye et dans le soutien apporté par les Euro-étasuniens aux régimes islamo-obscurantistes au détriment des régimes laïcs. Aujourd’hui, en Tunisie, à l’Université de la Manouba, des étudiantes essaient d’imposer le port du niqab ; en Irak, les chrétiens fuient le pays en masse ; en Libye, les Noirs sont pourchassés ; en Egypte, les homosexuels sont menacés de mort etc…Les Occidentaux appellent ça « le printemps arabe » ! 

Pire : loin de dénoncer cette recolonisation, nos intellectuels du Sud essaient de nous vendre l’idéologie du « Tout-monde il est beau, Tout-monde, il est gentil » et de l’échange des imaginaires. Au nom d’un humanisme new-look et globalisé, ils ne font qu’endormir les consciences en redorant le blason de la civilisation occidentale grimée sous les oripeaux du « United Colors of Benetton ». 

Je persiste donc et signe : oui, la destruction des Juifs d’Europe est une abomination. Oui, il faut la condamner avec la dernière énergie. Oui, le saccage de cimetières juifs et l’apposition de croix gammées sur les synagogues, comme c’est régulièrement le cas en France, doivent être fermement dénoncés. Oui, voir partout la main d’un « lobby juif » est une sottise (sinon il y a longtemps que ma carrière littéraire aurait été brisée). Oui, oui et oui ! Non, en tant que descendant d’esclave, je ne porte pas la responsabilité de la barbarie nazie. Non, je ne m’en sens pas coupable. Non, je n’ai pas de mauvaise conscience envers les Fils de Sion et je suis scandalisé, horrifié même, qu’après avoir traversé une telle tragédie, ils crucifient aujourd’hui le peuple palestinien. Non, non et non ! Aucun intellectuel du Sud n’a eu jusqu’à présent le courage de dire clairement cela ! Eh bien, je le dis et redis, comme il y a quatre ans, et cela quelles qu’en soient les conséquences. 


Raphaël Confiant

jeudi 1 décembre 2011

ETRANGE « PRINTEMPS ARABE »…




Des islamistes sont désormais au pouvoir en Tunisie et en Libye. Aux prochaines élections en Egypte, les Frères musulmans ne manqueront sans doute pas de rafler la mise. Tout cela avec la bénédiction de l’Occident, ses avions de combat, ses drones et ses missiles.
Or, une première constatation s’impose : la révolte arabe a fait chuter, ou est sur le point de faire chuter, des régimes républicains et parfois laïques. Dans le même temps, cette même révolte, dans les monarchies rétrogrades n’a eut aucun écho dans les médias occidentaux et le roi du Maroc est toujours en place malgré des manifestations journalières. L’émir de Bahreïn a maté dans le sang avec l’aide militaire de l’Arabie Saoudite les velléités de soulèvement de sa population et le sultan d’Oman en a fait de même en toute tranquillité !!! Quant à la Jordanie, qui a entendu parler des manifestations de masse qui s’y sont déroulées ?
Le tableau est net et clair :
. régimes républicains renversés : Tunisie, Libye, Egypte et bientôt Yémen et Syrie.
. régimes monarchiques consolidés : Jordanie, Maroc, Bahreïn, Oman, Arabie Saoudite.
Certes, Ben Ali, Kadhafi ou Moubarak n’étaient pas des démocrates au sens occidental du terme et Bachar El-Assad ne l’est pas non plus. Oui, ils s’en sont mis plein les poches en s’appuyant sur un système clientéliste et brutal qui empêchait l’expression de toute forme d’opposition et d’abord de l’opposition islamiste. Mais tout de même : à qui fera-t-on croire que la femme tunisienne sous Ben Ali était moins libre qu’en Arabie saoudite où elle n’a même pas le droit de conduire une voiture ? A qui fera-t-on croire que les prisonniers de droit commun sous Kadhafi étaient plus maltraités que dans les monarchies du golfe où l’on coupe la main des voleurs en place publique ? A qui fera-t-on croire que les chrétiens étaient davantage ostracisés en Syrie qu’en Arabie saoudite où il est tout simplement interdit de pratiquer la religion du Christ sous peine de mort ?
Grâce (ou à cause) de l’impérialisme occidental, on assiste donc, dans le monde arabe, à une inversion des lois historiques, à une remise en cause même des Sciences politiques. En effet, partout à travers le monde, l’évolution naturelle, normale, des régimes politiques est d’aller de la monarchie vers la république. Jamais l’inverse ! Les monarchies, quand elles subsistent, comme en Espagne, en Angleterre ou au Japon, ne sont plus que des décorums, des attractions pour touristes, le roi ou la reine n’ayant strictement aucun pouvoir. La seule fois où quelqu’un a essayé de rétablir la royauté, ou plutôt l’empire, ce fut en République Centrafricaine, avec Bokassa, et l’on sait comment cela s’est terminé. Les Arabes sont-ils désormais condamnés à marcher à rebours de l’histoire ?
Ou plutôt, la malédiction du pétrole ne les y condamnent-ils pas ? L’Occident n’a-t-il pas intérêt à soutenir militairement des régimes monarchiques rétrogrades et obscurantistes qui lui garantissent son approvisionnement pétrolier en lieu et place de trublions républicains du genre Kadhafi qui ne cessaient de lui chercher des poux dans la tête ? Quitte à prendre le risque d’installer des régimes islamistes et donc proches de facto d’Al Quaida lequel s’est d’ailleurs bruyamment félicité de la chute des « tyrans » Kadhafi, Ben Ali et autres ! Régimes islamistes qui commencent à voiler les femmes en Libye, qui trouvent que l’usage du français est trop répandu en Tunisie, qui brûlent des églises chrétiennes en Egypte et qui feront voler en éclats le fragile équilibre confessionnel qui règne en Syrie.
Comprenne qui pourra !
En tout cas, ce qu’a fait l’Occident dans cette affaire porte un nom : jouer avec le feu. Car partout dans le monde, les islamistes se sont sentis revigorés, regonflés même. Et d’abord en Afghanistan et en Irak où ce même Occident est pourtant censé les combattre !!! Islamistes qui, dans ce même Irak, sont en train de faire disparaître la communauté chrétienne qui fuit par milliers le pays alors que sous Saddam Hussein, celle-ci n’avait aucun problème. Tarez Aziz, le numéro 2 du régime de Saddam, n’était-il pas un chrétien ?
L’Occident et le trio infernal Obama-Sarkozy-Cameron paieront très cher dans les années qui viennent leur sordide manipulation du « Printemps arabe », pourtant expression d’un vrai désir de liberté. Ils le paieront cash !
Raphaël Confiant

jeudi 24 novembre 2011

Jeff Joseph, la voix créole dominiquaise...

photo : Benny René Charles 



Il y a des êtres que l’on ne fait que croiser et qui pourtant imprègnent votre existence de manière d’abord imperceptible jusqu’à, au fil du temps, l’investir de manière durable. Le chanteur, l’immense chanteur dominiquais Jeff Joseph, faisait pour moi partie de ceux-ci.
Nous ne nous sommes jamais rencontrés que dans des salles d’attente d’aéroport. Dix fois, vingt fois. Un peu partout : en Martinique, bien sûr, mais aussi à Barbade ou encore à Miami. Chaque fois, il venait vers moi, très chaleureux, me parlant dans son créole dominiquais moins rude que le nôtre. Nous n’échangions que des mots de tous les jours, des paroles banales pourrait-on dire, mais cela avec une chaleur et une sincérité qui ne cessaient de m’étonner.
Si je savais très bien qui il était et ce qu’il représentait, moi, l’analphabète en matière musicale, je me demandais toujours ce qu’il savait vraiment de moi et pourquoi il faisait preuve de tant d’amitié à mon endroit.
La première fois que j’ai entendu les Grammacks, j’étais encore étudiant à Aix-en-Provence et quoique relativement insensible à la chose musicale, sa voix un peu rauque, son créole profond, m’avaient transporté. Je m’imaginais à l’époque le créole de la Dominique déjà mort de sa belle mort comme celui de Grenade ou de Trinidad. Il n’en était rien et Jeff en était la preuve vivante.
Outre, que Jeff et les autres grands musiciens dominiquais (je pense à Gordon Henderson) ont quasiment inventé la musique créole moderne en la mixant, je suppose, avec les rythmes noirs américains, ils ont imprimé un balan extraordinaire à la langue créole, balan que Kassav et d’autres groupes, tout aussi extraordinaires, ont amplifié par la suite. Mieux, Jeff et les siens ont transporté le créole dans des pays où il n’avait jamais été entendu. Ainsi, lors d’une de nos rencontres aéroportuaires, je lui ai appris que son fameux tube « Woy-Woy-Woy mi déba ! » était joué sans arrêt à…Georgetown, capitale du Guyana, pays dont je revenais. Pays anglophone où l’on sait peu de choses de la Dominique, pratiquement rien de la Martinique ou de la Guadeloupe, et où la plupart des gens n’ont jamais entendu du créole. Jeff a éclaté de rire, ce rire sonore et communicatif qui vous mettait tout de suit à l’aise et m’a répondu : « Gason, fout sa bon ! »
Grâce à l’impulsion donnée par lui, la Dominique a instauré chaque 28 octobre la « Journée Internationale du Créole » et a mis sur pied le « Festival Mondial de Musique Créole » qui, chaque année, attire des dizaines de milliers de visiteurs, prouvant s’il en était besoin que le développement touristique de nos îles doit s’appuyer sur notre culture et non sur les seules plages ou la forêt préservée comme en Dominique. On n’a nul besoin d’organiser des transats dispendieuses pour cela !
Jeff a donc tiré sa révérence. Frappé, paraît-il, par ce mal__l’attaque cardio-vasculaire__qui devient si fréquent dans nos pays qu’on en vient à se poser des questions sur notre mode de vie et surtout notre alimentation. Et forcément à les remettre en cause. Encore que dans le cas de Jeff, il y ait aussi la vie de ces artistes internationalement reconnus qui passent la moitié de leur vie dans les avions.
Jeff est parti, mais sa voix demeure. Elle continuera longtemps à nous enchanter. Comme celle de Paulo Rosine ou de Patrick Saint-Eloi. Ces voix sont des dissipatrices de ténèbres. Des enchanteurs de vie. Des adoucisseurs de soucis.
Désormais, dans chaque aéroport, je guetterai sa démarche féline et ses locks discrets qui égayaient son visage un peu sévère…


Raphaël CONFIANT

lundi 29 août 2011

LA CRISE MONDIALE ET NOUS…



Obama dans la tourmente.
Barack Obama serait, nous dit la presse étasunienne, au plus bas dans les sondages. A un an de l’élection présidentielle, c’est inquiétant, très inquiétant, pour lui. Et pour les Noirs américains…Car, je persiste et signe : les seules personnes au monde pour lesquelles son arrivée à la Maison Blanche a été bénéfique sont les Noirs américains. J’aurais été un Noir américain que j’aurais voté (et bientôt revoté) les yeux fermés pour Obama. Sinon, pour nous autres, pauvres mortels qui ne sommes pas citoyens de la première puissance mondiale, qu’est-ce que son élection nous a apportés ? Rien. Absolument rien ! La politique étrangère d’Obama a été en tous points similaires à celle de tous les présidents yankees, démocrates ou républicains, qui l’ont précédé : maintenir l’hégémonie des USA sur le reste du monde. Point à la ligne.
Souvenez-vous en ! Moins de deux moins après son élection, il envoie 30.000 soldats supplémentaires en Afghanistan ; il ne fait rien contre le renversement par une bande de nervis d’extrême-droite, de Manuel Zelaya, président démocratiquement élu du Honduras ; il s’emploie à fragiliser ou à décrédibiliser l’ALBA de Hugo Chavez ; il laisse Netanyahou, le premier ministre israélien, faire la pluie et le beau temps en Palestine occupée où jour après jour la colonisation s’étend ; il laisse massacrer les Tamouls du Sri-Lanka ; il proteste du bout des lèvres lorsque la Chine réprime férocement au Tibet et au Xin-Kiang ; il fait l’armée étasunienne occuper l’aéroport de Port-au-Prince au lendemain du tremblement de terre en Haïti, se posant en reconstructeur du pays, mais 700.000 personnes croupissent toujours sous des tentes ; il participe avec Sarkozy au renversement de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire etc…etc…
Ceci dit, au fond de lui-même, au plus profond de lui, quand il n’est plus obligé de jouer la comédie du gentil Noir bien élevé, cravaté-costumé et parlant l’anglais avec l’accent de la Nouvelle-Angleterre, je suis sûr qu’Obama doit se dire une chose. Au moins une chose : « Si les Etats-Unis avaient eu un président blanc, jamais l’agence de notation Standard and Poor’s n’aurait abaissé la note des Etats-Unis. ».
Triple a.
Car enfin, soyons sérieux ! La dette des Etats-Unis, ou plus exactement l’énorme déficit étasunien, ne date pas de l’arrivée d’Obama à la Maison Blanche. Cela fait au bas mot 30 ans que la première puissance mondiale vit à crédit sur le dos du reste du monde, en particulier de la Chine. Fort de son dollar qui est, malgré l’euro, la monnaie de référence au niveau international, elle a fait marcher sa planche à billets sans que personne n’ait jamais osé protester à ce jour. Quant à ses entreprises, elles n’ont cessé de piller le reste du monde et d’en exploiter la main d’œuvre. Prenons un seul exemple : celui des délocalisations. Allez à la frontière mexicano-étasunienne du côté mexicain, vous y verrez des milliers d’usines étasuniennes alignées sur une centaine de kilomètres. Ce sont les fameuses « maquiladoras » qui emploient une main d’œuvre mexicaine payée au lance-pierre. Le patronat yankee n’a pas hésité une seule seconde à fermer ses usines aux Etats-Unis pour les délocaliser au Mexique, se fichant complètement du chômage qui en découlait à Los Angeles, Detroit ou Chicago.
Or de quand datent ces délocalisations ? De l’élection d’Obama ? Absolument pas évidemment. Elles se sont étalées sur les 30 dernières années, depuis Ronald Reagan en fait. Donc, le chômage, le déficit budgétaire, la désindustrialisation etc…qui frappent les Etats-Unis ne sauraient être imputées au premier président noir de ce pays. Conclusion : quand l’agence de notation Standard an Poor’s supprime le « Triple A » des Etats-Unis aujourd’hui plutôt qu’il y a cinq ans, dix ans ou vingt ans en arrière, c’est parce que le pays est dirigé par un Noir.
Jamais elle n’aurait osé le faire s’il avait été dirigé par un Blanc.
(Je m’apprêtais à supprimer tout le paragraphe précédent, me disant que j’exagérais un peu, lorsque feuilletant par hasard l’hebdomadaire français « MARIANNE », je tombe sur le gros titre suivant d’un article signé par l’excellent journaliste Guy Stibon : « Comment Standard and Poor’s a voulu abattre Obama ». Si on est deux à le penser, c’est que cette analyse n’est pas forcément parano…).
Port en eau profonde.
Ca y est la guèguerre des moustiques a repris entre la Martinique et la Guadeloupe ! Cette fois ce n’est pas pour une question d’eau minérale (Chanflor et Didier furent un temps mis à l’index en Guadeloupe) ou de sucre (le sucre guadeloupéen a subi le même sort en Martinique à une époque), mais pour une histoire de port en eau profonde. L’île qui l’obtiendra__et il semble bien que ce sera la Guadeloupe laquelle bénéficie d’une secrétaire d’état au gouvernement français__verra doubler sa capacité de stockage de containers. Celle-ci passera de 200.000 containers environ actuellement à 400, voire 500.000. Or, qui dit containers dit forcément importations et dans le cas du port en eau profonde, d’importations massives. Donc du renforcement de notre dépendance envers l’extérieur. Est-ce cela la vision qu’ont nos politiques, martiniquais et guadeloupéens, du développement économique ? Alors que partout à travers le monde, à commencer par les pays riches, on commence sérieusement à réfléchir à la décroissance, d’autant que le capitalisme financier est en train d’imploser aux quatre coins du globe, chez nous, aux Antilles, nos responsables continuent à véhiculer et à revendiquer de vieux schémas qui ont échoué partout ailleurs.
Décroissance.
Car il n’y qu’une alternative à la crise qui secoue actuellement le monde : la décroissance ou la mort. Dans le pays le plus puissant d’Europe, l’Allemagne, le Land (région) le plus riche est dirigé par les…Verts. C’est comme si en France, l’Ile-de-France l’était par Cohn-Bendit, Jouanno ou Eva Joly !!!! Ce qui se passe outre-Rhin n’est pas du tout anecdotique : l’Allemagne vient de décider de renoncer définitivement à l’énergie nucléaire. C’est quelque chose d’énorme, c’est un changement de direction stupéfiant. Et ce qui vaut pour le nucléaire s’étendra forcément à d’autres secteurs. A notre modeste niveau antillais, la décroissance nous concerne au premier chef, quoique de toute autre façon que dans les pays développés. Notre « économie-prétexte » (E. Glissant) ou notre « mode d’improduction » (F. Affergan) donnent l’illusion d’une croissance laquelle est entièrement alimentée par le robinet financier franco-européen et non par une quelconque production locale. Qu’il se ferme brutalement et on se retrouvera pire qu’an tan Wobè ! Si le patronat subventionné et les fonctionnaires quarante-pour-centisés ferment les yeux sur cette possible fermeture un jour ou l’autre, on ne peut pas dire que du côté de la « classe ouvrière » et de ses syndicats, l’analyse soit plus brillante. Quand on voit, par exemple, ces derniers faire du prix de l’essence l’un de leurs principaux chevaux de bataille, il y a de quoi rester perplexe. Car enfin, seul le jour où le litre d’essence atteindra les 20 euros, verra-t-on, enfin, les gens laisser leur voiture au garage et prendre les transports en commun. Dans un pays de 80kms sur 30, il est grotesque d’avoir autant de voitures individuelles.
La navette gratuite reliant Dillon au centre de Fort-de-France est toujours vide ! Elle était censée permettre aux automobilistes du Nord-Atlantique et du Sud de garer à Dillon et de se rendre en ville dans un grand bus climatisé et surtout sans débourser un sou. Pourtant, la Martinique n’étant pas extensible, nous serons bien obligés un jour d’interdire l’entrée des voitures individuelles dans le centre-ville ou de leur imposer une lourde taxe comme c’est le cas à Londres. L’augmentation du prix de l’essence ou l’établissement de ladite taxe ne pourront qu’avoir un effet bénéfique : faire décroître le nombre de voitures importées dans notre minuscule pays.
Raphaël Confiant