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jeudi 5 décembre 2013

L'hommage de Ségolène Royal à Nelson Mandela


Je partage la grande peine du peuple sud-africain et au-delà de tous ceux qui, dans leur souffrance, auraient besoin du courage de Nelson Mandela. D'ailleurs, d'une certaine façon, Nelson Mandela ne mourra jamais car il reste un "passeur de courage", qui transmet l'énergie à tous ceux qui doutent de la nécessité de tenir bon face aux causes qu'il faut défendre. Sa leçon de vie est universelle dans le temps et dans l'espace.

Il a tenu vingt-sept années en captivité par fidélité à son combat pour ses frères de couleur, il a eu le courage d'oser l'espoir de la réconciliation pour un pays déchiré.

"Etre libre, disait-il, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes mais vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres".

Il a donné au monde entier un exemple exceptionnel de volonté et de lucidité politiques, de hauteur morale et d'humanité.


Ségolène Royal


Extraits de "Cette belle idée du courage", chapitre sur Nelson Mandela

« Etre libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. »

Le 27 août 2012, à Johannesburg, à l’occasion d’un congrès sur les injustices dans la mondialisation, j’ai rencontré longuement Graça Machel, qui a reçu le prix des Nations Unies pour son travail humanitaire concernant l’impact des guerres sur les enfants. Une femme de convictions et une militante aguerrie qui m’a parlé avec flamme de Nelson Mandela, son mari, qui s’est retiré, fatigué, dans son village natal de Kunu. Nous parlons crises internationales, place de l’Afrique dans le monde, fléau du Sida en Afrique du Sud. 

Avant de la rencontrer, la visite de la prison de Robben Island s’imposait, ainsi que celle de la maison natale de Nelson Mandela. J’en ai pris des photos qui dégagent des années après, une force mêlée d’intense émotion.

Robben Island : Mandela est resté si longtemps prisonnier dans des conditions d’une extrême dureté. Repensons au courage qu’il lui a fallu pour repousser l’infâme marché que le gouvernement de l’apartheid lui avait proposé en 1976 : reddition contre libération.

Essayons de nous représenter la cruauté de ce piège qui lui fut tendu. Aurait-on eu ce courage inimaginable ? Pensons-y pour y puiser des raisons d’avancer lorsque les épreuves nous agressent. Ne serait-ce qu’en les comparant avec celles qu’il a vécues, on relativise la dureté de ce que nous avons à affronter au quotidien.

C’est ainsi que je m’adresse à vous, Nelson Mandela, passeur de courage :
En 1976, vous venez, Nelson Mandela, de passer quatorze ans en prison et vous ne savez pas que vous allez y passer quinze ans de plus.

Quatorze ans, c’est à peu près l’âge de votre dernière fille, qui est née lorsque les menottes froides mordaient déjà vos poignets.

Sur ces quatorze années, vous venez d’en passer douze dans un bagne atroce.
Chaque jour, depuis douze ans, vous accomplissez une série de travaux forcés, abrutissants et humiliants.

Une carrière de chaux est le lieu de ce calvaire, où vous brûlez vos yeux et perdez votre vigueur.

Ou bien alors vous cassez des cailloux, comme ça, sans but, pour expier les fautes dont les autres vous accusent.

Vous êtes retenu dans un lieu de détention sinistre, une larme de terre échappée à l’Afrique, perdue, entre le continent et le pôle lointain.
Vous n’avez pas pu enterrer votre fils quand il est mort.
Vous ne voyez pas votre femme.

Vous recevez, comme seul contact d’avec la vie continuée, une seule lettre, tous les six mois, quand vos geôliers se montrent cléments.

C’est l’eau salée de l’Atlantique, dont vous devez vous servir, pour laver votre grand corps brisé.

Votre cellule est si petite que deux pas en avalent la superficie dérisoire. Votre cellule est triste.

Vous n’avez pas de lit. Vous dormez par terre.

Vous ne demandez aucun traitement de faveur, et jeûnez, par révolte, quand les grèves de la faim éclatent.

Parmi cette cohorte de damnés, vous êtes de la pire extraction : catégorie des Noirs, espèce des condamnés politiques.

Vous avez eu une vie riche, intense : jeunesse heureuse, carrière fulgurante, l’honneur éclatant de s’être révolté.

A présent l’existence est d’une monotonie grisâtre…

A cinquante-huit ans, il vous reste peut-être quinze ans à vivre. Quinze ans où vous pourriez voir grandir vos enfants, et vous reposer un peu de vos efforts.

Quinze ans au soleil du Transval, à aimer ceux qui vous sont chers.
Quinze ans, c’est prodigieux et c’est énorme, quand on est dans votre cellule inlassablement sillonnée, depuis douze ans.
La prison, pour quinze ans encore.

En ce jour de 1976, pourtant, un Ministre du gouvernement de l’Afrique du Sud, un de ces Afrikaners qui ont mis en place l’apartheid, ce système de ségrégation contre lequel vous tendez chacun de vos efforts depuis bientôt trente ans, un Ministre, donc, vient vous voir et vous dit : Nelson Mandela vous êtes libre.

Alors, vous revoyez tout : les mines de chaux, la couche infâme où vos os se brisent. Vous revoyez tout : Winnie, votre femme, et ces enfants, vos enfants, dont vous êtes réduit à imaginer, inventer le visage.
Libre, vraiment ?

En réalité, c’est un marché de dupes : c’est votre silence, que l’on vient acheter. C’est votre combat, qu’on veut étouffer.
C’est votre courage, que l’on veut monnayer.
Mais quinze ans à vivre, n’est-ce pas suffisant, pour vous renier ?
Contre un seul moment de faiblesse, dix mille autres de bonheur ?
Et pourtant, vous, Nelson Mandela, vous dîtes non.

Vous dites non au Ministre, en 1976, après quinze ans de prison, comme vous direz non, encore, dix ans plus tard, quand votre fille lira au monde entier vos discours de refus.

Comment Mandela a-t-il trouvé la force de dire non ? 
Il aurait pu accepter, sans pour autant être parjure, mais simplement homme, père, mari, faillible. 
Mais Mandela dit non.
Mandela ne cède pas.
Mandela choisit, une fois encore, d’accepter la nécessité de fer que l’histoire lui impose et ce choix est en fait un acte de liberté.

Ce n’est plus le geôlier qui dicte ses conditions, c’est le prisonnier s’arroge la liberté de les repousser.

La victoire, morale et politique, c’est Mandela qui la remporte.
Il sait que le prix en est lourd, effrayant même, mais qu’il préserve ainsi l’avenir d’un combat auquel il a tout sacrifié.

C’est à ces minutes, en 1976, face au ministre venu lui faire signer le pacte du diable, dans sa minuscule cellule de Robben Island où douze années de souffrance se sont déjà évaporées au soleil de l’Atlantique, c’est à ces minutes terribles que j’ai songé, lorsque j’ai visité la prison de celui qui deviendra le plus ancien prisonnier du monde et un leader capable de se hausser au dessus de ce qu’il avait subi.

Car pour ces presque trente ans de cachots, de solitude, et de mines de chaux, de claustration et de malheurs, Mandela a décidé de bannir l’esprit de vengeance.

Quand, le moment enfin venu d’en finir avec l’apartheid, il faut rebâtir le pays sur d’autres bases, empêcher que la peur des uns et la colère accumulée des autres ne le dévastent, Mandela fait preuve d’un courage pas moins grand que celui de ses années de détention, qui a forcé l’admiration du monde.

Il sait que l’Afrique du sud va devoir panser ses plaies et regarder devant elle.
Il sait que le ressentiment, si légitime soit-il, n’est pas un guide pour l’action et encore moins un chemin vers l’avenir.

Vérité, justice et réconciliation : Mandela libéré en sera le garant.
Il ose la nation arc-en-ciel. Il endosse le maillot jaune et vert des joueurs des springboks.

Il ose l’espoir d’un pays fraternel.
Il y engage tout son prestige moral et tout son poids politique.
Tout son pouvoir de conviction.

Mandela sait combien la barbarie ensauvage ses auteurs.
Parfois aussi ses victimes.

Son pari, qui est un grand acte de courage, c’est que la fraternité réussisse à humaniser nombre de ceux qui incarnèrent sa négation.
Son pari, c’est que puissent désormais vivre ensemble toutes les composantes d’une nation à peine rescapée de l’apartheid.

Déjà, durant ses longues années de prison, sa dignité impressionnait ses gardiens au point que certains en sont venus à éprouver respect et sympathie pour lui.

Mandela sait le poids des souffrances endurées mais il sait aussi que la fraternité est le seul ciment qui vaille.

Lui qui n’a jamais dissocié son sort personnel de celui de son peuple aime à citer ce proverbe zoulou : « un individu est individu à cause des autres individus ».
Mais le courage de Nelson Mandela, c’est aussi de mettre les Sud -Africains en garde contre l’illusion que le but est atteint alors que la fin de l’apartheid doit être un nouveau commencement.

Il le dit dans son autobiographie : « La vérité c’est que nous ne sommes pas encore libres ; nous avons seulement atteint la liberté d’être libre, le droit de ne pas être opprimés (…).Car être libres, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres ».

Courage de la résistance, puis courage de la fraternité, mais aussi courage de la lucidité, tels sont, pour moi, les trois courages majeurs de Mandela.

D’abord, le courage de tout sacrifier, trente années de sa vie, pour une cause qu’il a su incarner de manière exemplaire.

Ensuite, le courage de l’humanisme, cette sagesse surplombant les déchirures des hommes entre eux, pour retrouver ensuite la perspective depuis laquelle ils sont tous frères. 

Enfin, le courage de regarder en face les nouveaux défis que l’Afrique du Sud va devoir relever pour consolider sa liberté si durement conquise et sa démocratie toute neuve.

L’apartheid racial a été mis hors-la-loi.
Mais le risque d’apartheid social, fléau mondial galopant, peut saper les bases de la nation arc- en-ciel.
Nelson Mandela a incarné la lutte de son peuple.
Il a piloté une transition infiniment périlleuse.
Il a énoncé les valeurs dont la nouvelle Afrique du Sud a besoin.
Il a jeté les bases d’autres possibles.

Il a eu le courage de lutter, de résister, emprisonnés pendant vingt-sept ans pour sa lutte contre l’apartheid, il est libéré en 1990, reçoit le prix Nobel de la paix en 1993 et devient en 1994 Président de l’Afrique du Sud jusqu’en 1999.
C’est, pour le monde entier, un exemple exceptionnel, un géant de l’Histoire, qui écrivait en 1981 depuis la prison : « C’est une vertu précieuse que de rendre les autres heureux et de leur faire oublier leurs soucis. » Et ce conseil à retenir : « Prenez sur vous, où que vous viviez, de donner de la joie et de l’espoir autour de vous. »
Ségolène Royal

vendredi 23 août 2013

Intervention de Ségolène Royal Présidente de la Région Poitou-Charentes pour l'ouverture de l'Université d'été du Parti socialiste à La Rochelle, le Vendredi 23 août 2013



DEPLOYONS NOS FORCES ET ENTRAINONS LA CONFIANCE 

Chers Amis, Chers Camarades, 

Je suis heureuse de vous accueillir en Poitou-Charentes.
Nous voilà rassemblés fraternellement à La Rochelle.

Bienvenue une nouvelle fois dans cette belle région qui je dois vous dire a été classée par le guide Lonely Planet dans les dix plus belles destinations du monde.
• Une région aux quatorze vallées,
• Vallée de la Charente - qu'aimait François Mitterrand qui avait trouvé là sa notion du temps : il faut donner du temps au temps comme le cognac charentais qui passe deux fois dans l'alambic – il faut donner du temps au temps.
• jusqu'au Littoral Marennes Oléron et Rochefortais - qui aujourd'hui reconstruit l'Hermione, la frégate de La Fayette rejoignant les insurgés américains.
• en passant par le Marais Poitevin, pays de Terre et d'Eau forgé à mains d'hommes pour lutter contre la misère, aujourd'hui classé Grand Site National.
• Une Région au patrimoine roman exceptionnel, avec ses 800 édifices,
dont plusieurs sublimes classés au patrimoine de l'UNESCO,
dans lesquels nous avons créé les Nuits Romanes, spectacles vivants et gratuits pour démocratiser l'accès à la culture
• et que vous pouvez découvrir, non loin d'ici, dans lle village de Soudan samedi soir à 21 heures.
• Une région agricole de qualité qui se bat pour garder ses élevages, 
• Mais une région aux industries de pointe : Alstom, Mia Electric (que vous pouvez essayer gratuitement sur le stand de la Région pour soutenir les ouvriers de cette usine), l’aéronautique qui embauche, 
• l’Économie Sociale et Solidaire qui représente 1 emploi sur 7 en Poitou-Charentes,
• une Région d’Excellence environnementale et de croissance verte engagée il y a 10 ans, dès 2004 et dont nous recueillons aujourd'hui les fruits.

Chers amis,

Les Français se demandent si nous sommes rassemblés : nous le sommes !

Les Français se demandent 
si nous sommes déterminés à sortir de la crise : nous le sommes !

Les Français se demandent : 
si nous sommes armés pour faire réussir la France et améliorer la vie de tous les jours : nous le sommes !

Nous le sommes ! 
Nous devons le montrer et le prouver.
Nous en avons la volonté et la FORCE.

L'action conduite par le Président, le Gouvernement et le Parlement a permis 
de rectifier les dérives,
de construire le socle du redressement
pour engager aujourd'hui l'accélération et la montée en puissance
d'une action efficace.

Pour être efficace cette action doit rassembler toute les énergies des territoires, des créateurs, des innovateurs et plus largement de tous les Français qui imaginent et construisent le monde d'aujourd'hui et de demain que nous voyons tous les jours à l’œuvre. 

Pendant ce temps-là, la droite baisse le rideau pour cause d'inventaire.

C'est leur affaire et ce sont leurs querelles.

Loin, très loin des préoccupations actuelles des Français
qui ont fait,
en mai 2012,
leur propre inventaire de ces années gâchées, de ces années gaspillées.

Les Français ont conclu que le passif était massif
et que le pays avait besoin d'autres objectifs et d'autres méthodes.

A nous d'être à la hauteur de l'espérance dont fut tissée notre victoire.

A nous d'unir et de mobiliser toutes nos FORCES pour faire réussir la France,
ici et maintenant.

Courage, créativité, rassemblement : tel est notre devoir
pour que chaque citoyen,
même les plus inquiets,
même ceux qui n'y croient plus,
même ceux qui ont le sentiment que l'avenir est bouché,
puisse se mettre en mouvement 
car dans toutes les souffrances et dans toutes les colères existe toujours un espoir qui ne demande qu'à s'épanouir.

Nous avons été élus, pour mettre fin à un système d’obéissance aux oligarchies financières
qui veulent dicter leur loi à la puissance publique et prendre les peuples en otage
en leur faisant payer la note de leurs turpitudes.

Nous avons été élus,
pour mettre fin aux scandales financiers comme celui de DEXIA, la banque des collectivités locales
qui a coûte six milliards et demi d'euros aux contribuables français, peut-être bien davantage.

Nous avons été élus, 
pour bousculer un système 
où, de nos jours encore, 
les produits dérivés représentent 12 fois le PIB mondial, 

sans aucun rapport avec l'économie réelle si ce n'est la destruction massive des actifs et des emplois.

Nous avons été élus, pour surmonter les freins à la mutation écologique,
freins par lesquels des intérêts particuliers opposent à l'intérêt national.

La droite, disait François Mitterrand, 
a des intérêts, peu d'idées 
et les idées de ses intérêts.

C'est dire l'ampleur de la tâche de reconstruction à accomplir.

Nous voici à un moment stratégique.
Sur les 20 mois qui viennent, en moins de deux ans,

tous les échelons de l'action politique seront renouvelés :

les Municipales, Européennes, Sénatoriales.

Puis, les élections Départementales et Régionales.

Autrement dit, tous les grands rendez-vous démocratiques nous attendent.

On sait que ces rendez-vous d'étape
sont toujours plus difficiles pour les partis au pouvoir.
Raison de plus pour rassembler nos énergies
et nos FORCES

car c'est en ayant d'abord confiance en nous que nous donnerons confiance à notre pays.

1) la confiance : c'est le premier objectif à atteindre

Cette confiance est mise à mal,
notamment,
par la crainte que les plus riches,
les plus habiles,
profitent de toute évolution au détriment du reste de la société et que seuls quelques uns puissent seuls s'imaginer un avenir tandis que le plus grand nombre serait condamné à vivre au jour le jour, 
avec des fins de mois toujours plus incertaines
pour soi et pour ses enfants.

J'en suis sûre, 
la France à la capacité de se projeter dans l'avenir,
pour sortir de la récession
et pour partager une perspective de développement, comme elle l'a fait avec le courage des Français, chaque fois qu'elle a eu à traverser des moments difficiles dans son histoire. 
2ème objectif : accélerer la mutation énergétique et construire la social – écologie, vite et fort
La mutation écologique est une formidable chance pour changer le système, avec les citoyens, et au plus près des Territoires.
La question démocratique est ici essentielle.
Les plaies de la crise écologique sont connues :
− la concentration massive de gaz à effet de serre qui provoque canicules, tempêtes, inondations, sécheresse et des migrations massives de populations à l'échelle planétaire, fuyant l'avancée des déserts, les plus pauvres étant les plus touchés.
− une exploitation intensive agricole qui se retourne contre les agriculteurs avec la baisse de la fertilité des terres épuisées par l'utilisation massive des engrais chimiques et des pesticides ;
− une pénurie d'eau qui s'aggrave ;
− des ressources halieutiques qui s'épuisent ;
− une déforestation dramatique qui progresse ;
− la biodiversité qui recule ;
− des produits toxiques de plus en plus disséminés.

Et face à ces plaies, nous connaissons les clefs d'une société durable :
− les circuits agricoles courts, du champ à l'assiette ou, comme on dit ici en Poitou-Charentes, de la fourche à la fourchette ;
− c'est la sécurité alimentaire devant laquelle il y a tant d'inégalités à corriger ;
− la sécurité énergétique avec la révolution des énergies renouvelables ;
− les transports soutenables ;
− la ville à repenser ;
− consommer moins tout en améliorant le bien-être et en mettant la qualité à porté de tous, une façon nouvelle de repenser le pouvoir d'achat pour que la consommation ne soit pas seulement une façon matérielle de remplir un vide.
En un mot, il y a dans cette formidable mutation une extraordinaire opportunité : produire mieux pour détruire moins.
Cela suppose de la création, de l'innovation, de la mobilisation des PME, de l'adhésion des citoyens.

C'est l'utopie réaliste d'un nouveau plein-emploi.
Ici, nous y croyons depuis notre élection.
Permettez-moi d'en citer quelques exemples concrets :
− Plan énergie solaire cofinancé par la Banque Européenne d'Investissement ;
− Plan méthanisation pour produire de l'énergie à partir des déchets agricoles ;
− objectif Zéro pesticide avec l'opération Terre saine ;
− le plan massif d'isolation des logements qui fait gagner du pouvoir d'achat aux habitants et le conditionnement des aides de la Région à l'obligation de construire avec des éco-matériaux des bâtiments à énergie positive ;
− les circuits-courts en agriculture et comment ne pas citer la première parcelle de soixante hectares de soja sans OGM que j'ai inaugurée cette semaine.

3) Pour réaliser l'objectif d'une croissance forte en emplois, nous avons des forces et des atouts :

− des domaines d'excellence reconnus au plan mondial comme :
− l'aéronautique et l'espace, comme en témoigne le dynamisme des commandes pour nos champions français et européens ;
− l'agroalimentaire, malgré les crises que traverse actuellement l'agriculture ;
− les biotechnologies et les industries de santé ;
− les industries culturelles, touristiques et l'artisanat d'art au sens large ;

− un fort tissu de PME et un esprit d'entreprise de tous ceux qui y contribuent, entreprises et salariés ;

− une capacité de créativité et d'innovation forte,
− avec notre recherche publique (qui reçoit les plus hautes distinctions mondiales), 
− avec une maîtrise des technologies qui s'illustre dans les logiciels, les nouveaux matériaux, la génomique,
− avec aussi un système de formation des ingénieurs français recherchés dans le monde. Ce sont par exemple deux ingénieurs français qui conduisent le projet américain de la voiture électrique TESLA, qui vient d'être valorisé à plus de 13 milliards de dollars, plus que la société FIAT ;

− une démographie dynamique enviée par tous les pays européens qui se demandent comme la France peut concilier le taux le plus élevé d'activité féminine et de natalité ;

− des infrastructures et des équipements de qualité, à la fois dans les transports et dans nos services publics ;
Mais aussi, bien sûr, les réformes réalisées depuis 1 an et dont nous accélérons l’application sur le terrain.
− la création de la Banque publique d'investissement qui a été réalisée en six mois, qui a déjà accompagné et financé plus de 50 000 entreprises en 2013 ;
− les mesures de corrections des inégalités : renforcement des moyens de l'éducation nationale, encadrement des loyers, ...;
− la loi de sécurisation de l'emploi et les nouvelles actions pour emploi (emplois d'avenir : le millième signé dans la Région et contrats de génération) ;
− la maîtrise des finances publiques, renégociée avec la Commission européenne début 2013, pour desserrer la contrainte et ne pas étouffer la croissance.
− le maintien des moyens de la politique agricole commune que nous avons obtenue, alors qu'elle était menacée de baisse, avec désormais une contribution à la transition écologique ;
− un effort de transparence qui tranche avec les dérives des années passées ; 

− le nouvel agenda européen qu'il va falloir écrire à partir de juin prochain. Car, malgré toutes ses difficultés, l'Union européenne peut et doit constituer un atout. Nous devons nous en saisir, avancer pour améliorer sa gouvernance et lancer de nouveaux grands chantiers comme la Communauté européenne de l'Energie, car c'est bien dans un cadre européen que les actions de la transition écologique et énergétique devront être décidées et soutenues, pour se déployer sur nos territoires. 


4) Saisissons nous aussi en quatrième lieu d'une nouvelle force que nous avons depuis un an: agir ensemble à tous les échelons de la puissance publique
En effet, avant la fin de l’année nous allons devoir redéfinir les contrats qui engagent l’avenir de tous nos territoires et de nos terroirs, et donc l’avenir du pays tout entier, comme je l'ai expliqué mercredi devant le séminaire de travail des élus de la FNSER.

- les contrats de Plan Etat-Région : Nous serons réunis, tous les Présidents de Région, très prochainement à Matignon ; 

- les contrats concernant les Fonds Européens : à partir du 1er janvier, les Régions vont devenir autorité de gestion pour un certain nombre de fonds européens ; 

- les contrats de territoire entre les Régions et les autres collectivités notamment les communes, les Pays, les Communautés de Communes et les Agglomérations : en Région Poitou-Charentes, ce sont 160 millions d’euros que nous utilisons comme effet levier pour déployer nos priorités. 

C’est un travail considérable dans lequel nous sommes engagés depuis plusieurs mois sur l’ensemble de notre territoire pour mener à bien ces trois chantiers. Trois chantiers majeurs qui, avec la victoire de 2012 il y a un an, nous permettent de nous mettre en synergie avec l’Etat. Et cette synergie, nous la sentons dans bien des domaines. Donc, c’est à nous d’accélérer grâce, à cette dynamique de contrats, la reprise de la croissance économique et la relance de l’emploi. 

En travaillant sur ces contrats de territoires, j’y vois tous les jours une formidable opportunité pour obtenir des résultats dans trois directions : clarifier, déclencher et accélérer.

- Clarifier nos objectifs et nos priorités et donc donner de la visibilité à nos actions et à nos résultats au cours des prochaines campagnes électorales ; 

- Déclencher des synergies d’investissements efficaces, créatrices d’emplois, puisque nous avons à la fois l’Etat, le Gouvernement, l’Assemblée Nationale, le Sénat, la quasi totalité des Régions, la majorité des Départements, une majorité d’Agglomérations et aussi une majorité de Communautés de Communes. Nous avons donc une opportunité extraordinaire pour accompagner et accélérer les mutations. 

- Accélérer le retour de la croissance et consolider, en les amplifiant, les premiers signes de reprise.

Nous sommes, nous, les collectivités territoriales (Régions, Départements, Communes et Communautés d’agglomeration), avec 215 Milliards d’Euros d’engagements, les premiers investisseurs publics français. 

C'est dire à quel point nous devons saisir puissamment la chance de la nouvelle cohérence avec l’Etat pour créer des activités et des emplois. 

L’Éducation est à mettre aussi au cœur de nos efforts et je tiens à le rappeler les efforts considérables faits par les collectivités territoriales (les Régions pour les Lycées, les Départements pour les Collèges et les communes pour les Écoles primaires) auxquels s’ajoute l’immense enjeu de la Formation Professionnelle qui est aussi un levier majeur de la croissance économique.
Et enfin la Culture par laquelle s’engagent toutes les collectivités, et notamment les élus de Gauche, qui accomplissent des prouesses pour préserver ce secteur saigné à blanc par la Droite pendant 10 ans. Et dans ce secteur comme dans d’autres, comme celui des services publics, si les collectivités locales socialistes et républicaines n'avaient pas été là, on aurait eu un délitement encore plus grave que celui qu’on a subi. 
Lors des prochaines échéances électorales, il faudra mettre en valeur la façon dont les territoires ont protégé les Français contre le démantèlement d’acquis sociaux fondamentaux.

l’Économie sociale et solidaire :
qui n’existerait pas sans les investissements locaux et qui devient aujourd’hui partie prenante intégrale des politiques gouvernementales. Dans cette région, qui est une région de tradition coopérative, nous avons permis à des ouvrières de reprendre leur usine de confection avec l’aide de la Région. Et je voudrais ici rendre hommage aux ouvrières de Bocage Avenir Couture qui est partie avec 40 salariées et compte aujourd’hui une centaine de salariées, cherche à recruter des ouvrières qualifiées, exporte vers les Pays asiatiques et a été invitée à la Biennale de Venise. Vous voyez qu’à partir des nouvelles formes d’économie sociale et solidaire, il y a aussi des nouvelles raisons d'espérer et d'entreprendre.

Bien d’autres domaines concrets pourraient illustrer ce que la politique a de plus enthousiasmant lorsqu’elle améliore concrètement la vie quotidienne tout en nourrissant des valeurs communes et l’espoir d’un avenir meilleur !

Alors vous le voyez, mes chers amis, nous avons tout pour réussir le changement voulu par les Français en 2012.

Nous avons tout sur nos territoires pour soutenir un Gouvernement et sa volonté d’inverser la courbe du chômage.

Et quand on voit les uns et les autres dans l’exercice quotidien de nos responsabilités d’élus, à la fois les difficultés et les souffrances, mais aussi les énergies, les créativités, les solidarités, l´envie d'avancer, l’esprit d’entreprise et d’innovation, quand on mesure le courage des Français, alors soyons certains qu'en mettant en commun nos intelligences, notre volonté d’action, nos imaginations et en généralisant aussi tout ce qui marche ici ou là pour donner à tous et à chacun une vie meilleure,
en écoutant ceux qui travaillent et ceux qui se battent,
nous avons les moyens de redonner à la politique ses lettres de noblesse tellement mises à mal par les scandales et les corruptions à répétition qui nous écœurent. 
Oui redonner à la politique ses lettres de noblesse, c'est faire reculer le chômage, les injustices et reconstruire des repères et des valeurs morales.
Quand on entend la Droite dénigrer cet objectif, que nous recherchons tous et que les Français attendent,
d’inversion de la courbe du chômage, on se souvient de cette belle leçon : 
Seuls sont perdus d’avance les combats qu’on ne mène
pas.

Comme l'a dit François Gabart, vainqueur du Vendée Globe, né en Charente, en parlant de sa victoire :
« J’en rêvais. Je l’ai fait. Je ne pensais pas que j’avais cette énergie là. J’ai découvert qu’en fait on utilise que 20 % de son potentiel ».
Laissez moi vous dire que ce qui est vrai pour un grand champion sportif est vrai aussi pour un pays. Allons chercher toutes ces énergies inemployées ou entravées pour faire réussir la France.

Alors, menons les combats à venir par notre travail acharné au quotidien sur les territoires où nous avons le bonheur d’être élus, menons-les pour le bien-être des Français, c’est pour eux que nous devons les gagner.

jeudi 24 février 2011

Royal à la rencontre de "la France qui souffre" aux Antille


LA TRINITE — Jeunes en insertion, marins-pêcheurs, Ségolène Royal, candidate aux primaires socialistes, au troisième jour de sa visite en Martinique, a privilégié mercredi "la France qui souffre".
La Trinité, commune du littoral de 14.000 habitants, à 28 km au nord-est de Fort-de-France, est "socialiste sans désemparer depuis 1945", a rappelé Louis-Joseph Manscour, en accueillant Mme Royal dans sa mairie.
Le député-maire PS s'est plu à rappeler qu'en 2007, lors de sa campagne présidentielle, l'ex-candidate à l'Elysée avait lancé cette phrase "mwen Famm doubout" (moi femme debout) qui a fait "le tour du monde".
Devant les militants mardi soir à Fort-de-France, Mme Royal a dit faire "un tour de France", de la "France qui espère" et de "la France qui souffre".
Au programme, mercredi matin, table ronde sur le chômage des jeunes, réunissant élus, formateurs, et brochette de jeunes, certains en insertion et d'autres en train de créer leur entreprise.
Séverine Joséphine raconte comment sa grand mère lui "a transmis l'amour de la pharmacopée". Cette jeune ingénieure chimiste, ayant travaillé en Belgique, a décidé de rentrer au pays où elle se bat pour créer une entreprise cosmétiques à base de produits locaux, sucre de canne, aloé, ou hibiscus.
Mme Royal la félicite, interroge: "Combien de jeunes en situation d'inactivité sur la commune?". "6.900", répond-on. "C'est très dur, le chômage des jeunes, c'est 62% en Martinique. Beaucoup d'entreprises ne veulent plus jouer l'insertion", explique Jean-Michel Loutoby, directeur de mission locale.
Pour la présidente de Poitou-Charentes, "toutes les entreprises qui reçoivent une aide, on leur dit, +en échange, vous prenez des jeunes en alternance+. C'est un sujet explosif. Un jour, ça va se retourner contre elles. C'est un état d'esprit qu'il faut changer".
"Si on tient publiquement un discours de valorisation des entreprises (qui engagent des jeunes), un cercle vertueux se met en place", soutient celle pour qui le chômage des jeunes est un "défi colossal à relever".
Après la réunion, Mme Royal se rend non loin, en bordure de mer, au quartier La crique, où l'on reconstruit le marché aux poissons. Là, elle rencontre des pêcheurs. Ils lui disent la raréfaction du poisson, les problèmes avec La Dominique, la pollution chimique due au chloredecone et les charges de carburant.
"Tout augmente, on n'en peut plus", confie l'un d'eux. Un autre lui parle d'un problème de machine à glace qui fonctionne avec du gaz interdit. "Pourquoi pas une machine à glace avec l'énergie solaire? On a bien un climatiseur solaire. On va faire une coopération avec l'université de La Rochelle. Allez on regarde cela.. Laissez vos coordonnées", répond la présidente de Poitou-Charentes.
Plus de grand-messe médiatique, Mme Royal privilégie "proximité", "dialogue", "observation et travail de fond", "consolidation des fondations" avant la vraie campagne qui démarrera au soir du dépôt de candidatures le 13 juillet.
Discrètement, elle a rencontré à son domicile le docteur Pierre Aliker, ami d'Aimé Césaire, 104 ans, figure très respectée. "Vous êtes au courant de la politique nationale?" lui a demandé Mme Royal. "Martine Aubry - Ségolène Royal, c'est un match que nous avons suivi et que nous suivrons", lui a répondu le sage.
Autre moment, Mme Royal a voulu, avant de quitter la Martinique pour la Guadeloupe, se recueillir sur la tombe d'Aimé Césaire disparu en avril 2008

 Christine POUGET (AFP)