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jeudi 5 février 2015

Le 4 février 1794

Le 4 février commémorait la première abolition de l'esclavage pris sous la Convention en le 4 février 1794, Toussaint Louverture fut l'un des combattants pour l'émancipation des Noirs, l'un des libérateurs de Haïti.

Il fut nommé capitaine général par Bonaparte, avant que celui-ci outré par les idées progressiste de Toussaint Louverture ne décida d'envoyer ses troupes commandé par le général Leclerc, l'arrêter et le déporter en juin 1802 en France.

Il fut dans le Doubs au fort de Joux ou il y mourut le 7 avril 1803, après un hiver particulièrement rude dans le Jura.

Rodolf Etienne nous offre une traduction créole de Monsieur Toussaint, d'Edouard Glissant au édition Mémoire d'encrier.

mardi 22 mai 2012

Regard sur la commémoration de l’esclavage en Martinique



Le 22 mai 1848, quelques  60 000 esclaves de la Martinique se sont défaits de leurs chaînes, et de la servitude, donc le 23 mai 1848 ces êtres vécurent leur première journée d'hommes et de femmes libres.


 22 mai 2006, entre ces deux dates, 158 ans se sont écoulés.


En souvenir ce jour, le 22 mai  est devenu à la Martinique le jour de  la commémoration de l'abolition de l'esclavage.

Cette date  commémorative  est fériée en Martinique,  suite à la promulgation de la « loi commémorant l'abolition de l'esclavage dans les DOM " du 24 novembre 1983. »

Toutefois, l'obtention de cette date commémorative a été l'aboutissement d'une lutte politique ayant débuté dès les années 60, notamment avec la publication du manifeste : « La révolution anti-esclavagiste de mai 1848 » écrit par Armand Nicolas, professeur d’histoire et aussi membre du parti communiste martiniquais ( PCM ).

Cette parution avait eu pour effet de réintroduire dans la mémoire collective des Martiniquais, cette date et ainsi que tout un pan de leur histoire occulté par les autorités, qui entreprirent pour des raisons politiques de ne mettre en avant que le 27 avril, date à laquelle fut concédée  aux Nègres l’abolition de l’esclavage ; décret devant être appliqué que deux mois plus tard aux colonies.  Ce choix ne fut pas anodin, car il s’agissait de vanter  ou de louer la bonté et l’humanisme de la république française, avec comme image phare l’abolitionniste Victor Schœlcher, qui désormais incarnait dans la Mémoire le libérateur des Nègres et le fossoyeur de l’esclavage, passant sous silence la révolte des esclaves, ayant contraint les autorités de l'île, à abolir l'esclavage le 22 mai 1848.

Dès lors, pour les partis politiques de la gauche martiniquaise, entre autres, le PCM (parti communiste martiniquais) d'Armand Nicolas,  le PPM  (parti progressiste martiniquais) d'Aimé Césaire, un mouvement revendicatif s'est amorcé pour instaurer cette date comme jour de la commémoration solennelle de l’abolition de l’esclavage.

Dans les années 70, ont  rejoint ce combat pour la reconnaissance du 22 mai, les organisations  syndicales comme la CSTM et des partis indépendantistes, telle  La Parole au Peuple » (devenu le MIM, mouvement indépendantiste martiniquais depuis), le GRS (Groupe Révolutionnaire Socialiste) et le Parti du  Combat Ouvrier.

En 1978, les maires des communes de gauche (Fort de France, le François, Rivière-pilote, Lamentin, Morne-Rouge,  Macouba et Trinité) ont fait jouer leurs prérogatives municipales en utilisant la Journée du Maire [1] pour commémorer cette date dans leur commune respective.

En 1981, les commerçants de l'île ont pris l’initiative de baisser leurs rideaux et de fermer leurs portes et depuis 1984 le 22 mai est officiellement célébré en Martinique.

En 2006, soit 24 ans après on peut s'interroger sur la façon dont les Martiniquais s’approprient le 22 mai.  Cette année, il y a  eu des manifestations à foison, des expositions un peu partout dans l’île, un festival de bélè  au Lamentin, un autre rendez-vous bélè à Schoelcher, une pièce de théâtre fut jouée à Case-Pilote, un déjeuner fut offert par l’association La Fraternité Africaine, d’où s’ensuivit un dépôt de gerbe à la place de Gorée à Sainte-Anne, pour honorer la mémoire des Nègres africains déportés, pour devenir esclave en Martinique.

Par ailleurs, des retraites aux flambeaux, des concerts et aussi des marches furent organisées, dont celle qui se déroula  entre la commune du Prêcheur et celle de  Grand-Rivière, qui accueillit  la fin du 6ème « konvwa pou réparation ».
Ce «konvwa pou réparation» est une marche  initiée par Le Mouvement International pour les Réparations, présidé par Garcin Malsa (maire de Sainte-Anne), qui associa à cette manifestation, une demande en réparation du préjudice engendré, comme  ce qui a été reconnu par la République Française, comme étant un crime contre l'humanité : l’esclavage et la traite négrière.

En ce qui concerna la capitale de Fort-de-France, un rassemblement au tambour c’est tenu au Rond-Point du Vietnam Héroïque. Il y eut des marches aux flambeaux à Tivoli, Volga-Plage, une marche nocturne entre la Jambette et la Place de l'abbé Grégoire, des animations musicales à Dillon, un jogging matinal à Didier suivi d'un petit-déjeuner :  « ti-nain lan mori [2]».

Les principales festivités ont été proposées par la Région Martinique dans le cadre du «Gloryé 22 mé ». Dès le samedi 20,   s'est tenue à l'Eco-Musée de Riviere-Pilote une série de concerts: « Les chants d'esclaves, chants de liberté ».

Le dimanche 21 et le lundi 22,  les manifestations  « Vini gloriyé 22 mé laréjion » ce sont déroulées à Cluny  dans les  jardins du Conseil Régional. En outre des spectacles musicaux, étaient proposés des expositions retraçant l'histoire de l'abolition de l'esclavage, des ateliers de démonstration sur la fabrication du manioc, de poterie, de vannerie et de tambour. Il y avait aussi un marché de produits locaux et des lieux de dégustations.

Les enfants ne furent pas oubliés, puisqu'un espace «ti manmaÿ» leur fut attribué, avec des jeux traditionnels « chouval-bwa », manège de poneys, qui ont permis aux plus jeunes de participer eux aussi à la commémoration.

Pour ce qui concerne les célébrations officielles,  cette année fut marquée par deux nouveautés :
-     la première est l'adhésion pour la première fois de la droite martiniquaise aujourd'hui l'UMP aux manifestations du 22 mai, qui jusque-là  s’était farouchement opposé.
 -       La seconde et non des moindres est la présence de békés comme celle de Louis de Lucy de Fossarieu et Roger de Jaham tant à Fort de France qu’au Diamant et qui s'opposent à toute idée de réparations et pour cause...

L’évolution de cette commémoration tend à transformer le 22 mai comme un jour à caractère festif et dansant. Des voix s’élèvent pour dénoncer cette dérive qui est jugée comme très éloignée d’un acte commémoratif, c'est-à-dire à la mémoire de nos ancêtres esclaves.

Par ailleurs, la participation des békés, héritiers des colons, arrière-petits-fils d’esclavagistes ont ébranlé plus d'uns. Pour certains, cette présence a été considérée comme normale, car les békés sont aussi des Martiniquais, mais pour d'autres, cela a été perçu comme incongrue et inopportune voire choquante.

Les Martiniquais ont massivement participé à cette commémoration, nul doute que les prochaines  seront du même acabit, voire avec plus de manifestations.

Le 22 mai  sera amené à prendre une dimension internationale avec la participation d’organisations émanant des pays africains et de la Caraïbe qui témoigneront de leur solidarité en raison d’une proximité historique, humaine ou géographique avec cette tragédie. 

Emmanuelle Bramban 


[1] Jour chômé et payé accordé aux personnels municipaux et aux écoles.
[2]Plat composé de banane verte et de morue salée.

jeudi 13 mai 2010

Allocution prononcée le 10 mai 2010 à Paris, place du général-Catroux, pour l’abolition de l’esclavage.

Chaînes brisées
Pour la cinquième année consécutive, après un long silence, la France commémore l’abolition de l’esclavage qu’elle avait institué dans ses anciennes colonies, ainsi que l’abolition de la traite humaine qui alimentait ce système.

D’aucuns ne comprennent pas ou feignent de pas comprendre le sens de cette commémoration.

Comme si elle ne concernait qu’une partie de la population : celles et ceux qui, Français ou non, ont un nombre d’ancêtres assez significatif pour que l’esclavage laisse encore dans leur vie d’aujourd’hui des traces économiques, sociales, culturelles, morales.

C’est vrai que ceux là, qui sont tout de même plusieurs millions en France, dix millions en Haïti, ce qui n’est pas négligeable, sont les premiers concernés.

Les Haïtiens, par leur révolution, ont su dès 1802, créer une identité nouvelle et n’ignorent rien de leur histoire. Pour les autres, les Français, dont les ancêtres ont subi le rétablissement de l’esclavage, après une première abolition, la commémoration d’aujourd’hui contribue à réinventer une identité que l’histoire leur a volée.

Car, après l’abolition de 1848, l’esclavage a été nié. Comme si tout avait été définitivement réglé et qu’on pouvait tourner la page. Mais comment construire son avenir, sans savoir qui l’on est ni d’où l’on vient ?

Si une partie des Français porte encore aujourd’hui les stigmates de l’esclavage, les autres aussi sont concernés. Non pas que les Français qui ne sont pas descendants d’esclaves doivent se repentir de l’esclavage qu’ont subi les ancêtres de certains de leurs compatriotes. Mais simplement parce que l’esclavage a laissé une trace profonde qui concerne la nation tout entière.

Tant que cette trace n’est pas complètement effacée, tant que l’esclavage, qui en est la cause, est encore occulté, il faut que l’esclavage soit commémoré parce qu’il produit encore ses effets. Et tant qu’il produit encore ses effets, il n’est pas complètement aboli.

Quelle est cette trace ? Il n’est pas bien difficile de l’apercevoir au quotidien. Rien de moins que la discrimination qui frappe encore celles et ceux dont la couleur de peau rappelle les esclaves de jadis. Pas seulement les descendants d’esclaves, les Antillais, les Guyanais, les Réunionnais, mais tous les Africains aussi.

La trace de l’esclavage, encore évidente au XXIe siècle, s’appelle le racisme. Il ne s’agit pas d’une fatalité qui serait propre à la nature de l’homme, comme les racistes, qui ne croient pas à la perfectibilté de cette nature, le soutiennent volontiers.

Le racisme c’est une conséquence logique de la pratique dont nous commémorons aujourd’hui l’abolition.

Pour justifier cette pratique, l’Europe avait en effet déclaré que les victimes de l’esclavage étaient prédéterminées à l’esclavage par la couleur même de leur peau. Ainsi, tout Africain était un esclave potentiel. Pour beaucoup de nos contemporains, cette idée absurde a survécu. Elle transparaît dans le langage, où le « nègre » est un esclave et rien de plus.

Pour les Français de l’outre mer ou originaires d’Afrique, cela veut dire : discriminations au logement, à l’emploi, à l’éducation, à la participation à la vie politique, pour les autres, discrimination pour entrer et demeurer sur le territoire français, pour accéder à la nationalité française,

Et c’est l’esclavage, oui, c’est l’esclavage, pourtant aboli depuis cent soixante deux ans qui est responsable de tout cela.

Comment, dans ces conditions, pourrions-nous refuser d’en parler ? Le déni n’est-il pas une manifestation du racisme, donc encore un effet de l’esclavage ? Ce n’est pas la crainte d’une prétendue repentance qui explique le silence et l’occultation, c’est la croyance que l’esclavage concernerait principalement des hommes et des femmes qui sont méprisés par une certaine élite : politique, économique, culturelle. Leur histoire n’intéresse pas cette élite.

Pourtant le racisme est un fléau dont tout le monde peut-être victime.

L’esclavage a produit le racisme. Le racisme était d’abord la justification de l’esclavage. Il est devenu ensuite le principe de la colonisation et ce sont toutes les populations colonisées, et plus seulement les Africains subsahariens, qui en ont été victimes.

Il s’est enfin appliqué à d’autres populations qui n’avaient jamais été mises en esclavage, qui n’avaient pas été colonisées, mais qui étaient traditionnellement à l’écart, méprisées, persécutées. On a fait de ces populations des « races ». La suite est connue.

Oui, tout le monde a été ou peut être un jour victime du racisme. On le voit : si la liberté générale a bien été proclamée d’une manière définitive en 1848, l’égalité et la fraternité sont encore des buts à atteindre plus que le reflet de la réalité quotidienne.

Une nation sans égalité, sans fraternité est-elle une nation prospère, une nation heureuse, une nation capable de faire l’admiration des autres nations, capable de solidarité vis-à-vis de nations moins favorisées, surtout quand ces nations sont d’anciennes victimes, comme Haïti, comme les pays d’Afrique dont on célèbre l’anniversaire de l’indépendance ? Certainement pas !

La commémoration de l’abolition de l’esclavage est une manière de parvenir à une autre abolition, bien nécessaire, celle du racisme, et de satisfaire ainsi à l’exigence de liberté et d’égalité inscrite parmi les principes fondateurs, donc fondamentaux de la nation française.

Pour commémorer l’abolition de l’esclavage et lutter ainsi contre le racisme, nous avons choisi d’honorer un héros de l’histoire de France, le général Alexandre Dumas.

L’occultation de son existence, y compris dans la personne de son fils, le fait qu’il soit privé de récompenses symboliques depuis plus de deux cents ans, montre que le racisme ne frappe pas que les humbles. C’est le signe qu’il est vivace et dangereux.

Nous avons besoin, nos enfants ont besoin, la France a besoin, de pareils héros, qui ont triomphé non seulement des ennemis de la République, mais aussi de l’esclavage et qui, par notre combat, triompheront un jour du racisme.

Le monument au général Dumas érigé ici, place du général-Catroux, outre qu’il est le seul mémorial parisien à la fois significatif et accessible, puisqu’il est sur la voie publique, nous permet désormais, à travers le général Dumas, de rendre hommage à tous les esclaves, à toutes les victimes du racisme, à toutes celles et à tous ceux qui luttent, chacun à leur manière, pour son abolition, c'est-à-dire, à la majorité des Français.

Cette cérémonie est donc juste et nécessaire, comme est juste et nécessaire le combat que nous menons pour la défense de la liberté, l’avènement de l’égalité et de la fraternité entre Français et, d’une manière générale, entre tous les êtres humains.

Claude Ribbe