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lundi 25 janvier 2016

TOUS LES CŒURS DES GENS



Sans intérêt sécuritaire avéré, l’instauration de la déchéance de nationalité se présente aux dires mêmes de ses initiateurs comme une mesure essentiellement « symbolique ». Inscrivant de fait, dans les textes, une distinction fondamentale entre français de naissance à raison de leurs origines, de très nombreux binationaux, de fait ou de droit, ont ressenti cette mesure comme une atteinte à leur dignité et à leur légitimité. Historiquement proposée par la droite ou l’extrême droite, cette mesure est perçue comme la réminiscence d’une inspiration essentialiste de l’identité nationale française dont la République n’a jamais réussi à se défaire totalement. Or ce modèle dépassé semble méconnaître le pluralisme fondamental du corps social dont la négation ne peut avoir que des effets destructeurs, aussi bien pour la cohésion nationale que pour la sécurité collective.

Ce pluralisme est une réalité contemporaine à laquelle nous autres antillais demeurons très sensibles. Les sociétés caribéennes sont en effet de multi-appartenances. Multiplicité des origines. Multiplicité des langues. Multiplicité des ancêtres partagés. Multiplicité des phénotypes. Multiplicités des dynamiques identitaires et culturelles. Notre unité s’articule sur la multiplicité d’un archipel et de ses solidarités continentales. Cela fait de chacun de nous autant le fils d’une île que l’enfant de toutes les autres. Lequel d’entre nous ne possède pas une part de son cœur en Haïti, en Dominique, à Cuba ou à Sainte Lucie ? Beaucoup de nos pêcheurs se partagent entre deux ou trois îles qu’ils fréquentent. Les plus caribéens d’entre nous y disposent souvent d’un pays d’adoption, d’une deuxième patrie. Les Haïtiens pratiquent cet éclatement au monde. Nombreux sont ceux qui disposent de plusieurs passeports, entre lesquels ils ne choisissent pas, qu’ils additionnent plutôt. C’est cette addition qui est la plus à même de les définir. 

Que l’on pense à cette affection qu’éprouvait Césaire pour l’Afrique, sa seconde terre, largement symbolique il est vrai, mais que sa poétique associait à la Martinique et à la Caraïbe pour constituer son vrai « pays natal ». Que l’on pense à Fanon qui se reconnut non seulement dans le combat algérien, mais dans l’Algérie elle-même. Ce pays devint sa seconde terre natale. Dans beaucoup de ses articles, il utilisait les termes de « nous autres algériens ». Les algériens ont bien compris cette complexité : ils en ont fait un frère, un fils du pays conservé dans sa terre. Que l’on pense enfin aux enfants des couples de nationalités différentes, qui se retrouvent à exister dans l’addition de plusieurs langues, plusieurs terres, plusieurs appartenances. Leurs solidarités seront transversales et multiples. Leur enlever cette richesse serait les amputer. Les menacer à cause de ce trésor serait une honte.
Une bonne part de nos débats identitaires provenait du fait qu’il était difficile de nous définir sans mobiliser un faisceau de sources, d’ancêtres et d’origines. L’Afrique, l’Europe, l’Asie, les Amériques, la Caraïbe, se retrouvent en nous à des intensités qui se différencient au gré des expériences individuelles. Les citoyennetés et les nationalités sont aujourd’hui sublimées par l’interaction des cultures, des peuples et des individus. Les trajectoires personnelles construisent pour chacun d’entre nous une sorte de géographie intériorisée. Cette dernière n’a le plus souvent aucune logique culturelle, religieuse ou raciale, aucune continuité territoriale : elle participe seulement de la sensibilité de celui qui la vit.

Une nation qui aujourd’hui instituerait une inégalité entre ses ressortissants, qui stigmatiserait certains d’entre eux dans des appartenances conditionnelles et des statuts de seconde zone ; qui ressusciterait dans les textes l'idée d’une « souche » non sans rappeler les dispositifs caractéristique de l’Etat colonial notamment, tournerait inévitablement le dos aux fondements même du pacte républicain. Cette nation s’abandonnerait au mythe de la pureté identitaire dont rêve la droite extrême, ce mythe qui refuse l’idée même du métissage, qui nie l’évidence des interpénétrations millénaires entre les civilisations, les cultures et les individus, tout autant que l'ajustement permanent des identités sociales et nationales en raison mêmes de ces interpénétrations. On ne saurait l’accepter pour aucune nation. On ne peut encore moins l’envisager pour ce pays qui se revendique de la « patrie des Droits de l’Homme ». On sait qu’une telle mesure ne sera efficace que dans le piétinement du vivre-ensemble et qu'elle constitue en cela l'antithèse même de la réponse à donner aux défis sécuritaires. Car on sait qu’elle ne peut constituer qu’un signal délétère à des zones ténébreuses. A celles qui font du « choc des civilisations » une prophétie auto-réalisatrice. À celles qui veulent que les frontières deviennent des murs et non des occasions d’échanges et de saveurs. A celles qui glorifient des identités carcérales, des solitudes au monde qui accumulent des cadavres sur leurs seuils comme cela se passe jour après jour en méditerranée.

Ce que nous avons à combattre, ce n’est pas ce principe d’une terre que l’on partage. L’ennemi c’est tout ce qui réduit l’homme, qui lui limite l’esprit, lui réduit son espace, l’abandonne dans ces misères où se nourrissent les fanatismes et les désespérances. La loi ne vaut que lorsqu’elle conforte ce que nous avons de meilleur, de plus ouvert, de plus admirable et de plus vaste.

Nous autres antillais, comme l’aurait dit Fanon, savons cette énergie du monde dont l’histoire a aussi dotée la France. Nous sommes de plusieurs histoires, de plusieurs terres, de plusieurs langues et le collectif que nous formons suppose de ne jeter aucune opprobre sur cette multiplicité. Il faut plusieurs îles et plusieurs continents pour mesurer la ligne de notre seul horizon. Nos solidarités sont innombrables et ce sont elles qui donnent du sens à notre terre, tout comme pour Mahmoud Darwich qui, refusant d’être assigné à la seule Palestine, rappelait souvent à qui voulait l’entendre : "Tous les cœurs des gens sont ma nationalité".

Serge LETCHIMY
Député de la Martinique.

mardi 14 mai 2013

Suite au propos de Jean-Sébastien Vialatte




A la suite des regrettables événements autour du Paris Saint-Germain, un député UMP a cru bon établir un scandaleux amalgame entre la mémoire de l'esclavage, la demande de réparation et les violences commises par quelques jeunes frappés de désarroi dans un contexte économique et social extrêmement difficile. Qu'un représentant de la Nation parvienne à de telles extrémités ne peut que nous inquiéter sur les dérives qu'entraine l'absence de dignité dans une opposition systématique, dérisoire, et tous comptes faits, violente.

La violence est un écosystème qui se nourrit de lui-même, et s'envenime de son propre poison. Les mots de ce député sont des monstres, de violence identique à celle de la rue : ils saccagent de manière similaire presque toutes les valeurs et principes de cette République.

Ce député nourrit donc ce qu'il feint de dénoncer, il en fait partie, et s'inscrit de lui-même dans la négation de l'avenir et l'infini du méprisable.

Serge LETCHIMY
Député de la Martinique.

mardi 14 février 2012

Merci !


Merci à vous, madame, monsieur, pour ces marques d’amitié, de sympathie et de soutien, que vous avez tenu à me témoigner. Merci surtout d’avoir accordé à cette controverse l’attention qu’elle mérite. Qu’un tel débat puisse avoir lieu dans le cadre d’une démocratie est essentiel, surtout à l’orée d’une de ces périodes de difficultés économiques et sociales qui sont généralement propices à bien des régressions. J’ai été sensible à votre bienveillance, et aux idées que vous avez formulées.

Merci aussi à ceux qui ont pris leurs distances avec ce que j’ai pu énoncer dans l’hémicycle, je dirais que je respecte leur position, mais que je suis surtout heureux de leur participation au débat. Que l’on se parle, que l’on échange, que l’on s’oppose, mais que l’on écoute l’autre, que l’on entende l’autre : ce simple fait est déjà de nature à condamner ce qui nous menace insidieusement
Maintenant, pour la suite, restez, je vous en prie, comme on dit en créole : véyatifs o fandan… (restons vigilants)

Serge LETCHIMY
Député de la Martinique

Serge Letchimy n'a pas été sanctionné

Le député apparenté PS de la Martinique Serge Letchimy n'a pas été sanctionné par les 22 membres du bureau de l'Assemblée Nationale, devant lesquels il était convoqué ce jour, pour ses propos tenus à l'encontre du ministre de l'Intérieur Claude Guéant au sujet que toutes :"les civilisations ne se valent pas."

dimanche 12 février 2012

LETCHIMY, EN « JOUET SOMBRE » AU CARNAVAL DES SOCIALISTES


En intervenant comme il l’a fait à l’Assemblée Nationale française, Serge Letchimy a sans doute voulu adopter une posture césairienne. Mais, il n’est pas donné à n’importe qui d’habiter le prestige intellectuel et le charisme de Césaire.
Les socialistes français, en direction desquels le président de la région Martinique avait lancé une puissante offensive de charme pour tenter de faire oublier son partenariat privilégié avec Sarkozy, le savent mieux que quiconque.

La question se pose , désormais, de savoir s’il n’a pas épuisé le maigre crédit dont il pouvait encore jouir auprès de l’équipe Hollande qui lui préfère la constance fidèle d’un Lurel ou le charisme extraordinaire d’une Taubira.

En effet, chacun aura observé que le candidat du Parti Socialiste a pris soin de maintenir à bonne distance de son staff un Serge Letchimy jugé trop imprévisible et trop marqué par ses relations avec Sarkozy qui n’a pas manqué de le favoriser dans son affrontement avec Claude Lise et Alfred Marie-Jeanne.

L’incident de l’Assemblée Nationale, quoique l’on puisse en penser « Outre-Mer » est très peu apprécié dans l’opinion publique française que les socialistes scrutent à la loupe pour éviter toute contrariété à ces français qui n’aiment pas qu’on leur parle de cette période honteuse pour nombre d’entre eux. Il a renforcé la prise de distance du Parti Socialiste et de l’équipe de campagne de Hollande qui n’ont manifesté qu’un soutien bien mou à celui qu’ils considèrent comme un trublion.

En réalité, les socialistes analysent l’intervention de Letchimy comme un dérapage, comme une erreur qui permet à une droite, jusqu’alors acculé, de reprendre l’initiative politique et de pousser la gauche sur une position défensive. Hollande n’a pas du tout apprécié. D’où son appel à sortir de la « polémique » et à passer à autre chose.

Ainsi, sans affirmer ouvertement se démarquer du « trublion », les socialistes, suivant une consigne de communication que chacun des porte-parole a scrupuleusement respectée, ont choisi de traiter le discours de Letchimy par la condescendance.

Les propos de celui qui se dit l’héritier du chantre de la Négritude seraient ceux d’un « homme blessé ». Sa parole qui se voulait politique, humaniste se voit donc expulsée du champ de la rationalité vers le ça de l’émotion, de l’expression irrationnelle de la blessure. Bref ! Un colonisé en souffrance à qui il faut savoir pardonner ses excès de langage !

C’est la manifestation de la résurgence permanente du paternalisme et du mépris d’une certaine classe politique française, de droite comme de gauche, vis-à-vis des élus des dernières colonies qui se bercent de l’illusion d’être regardés à hauteur d’homme par leurs colonisateurs.

Cela, Serge Letchimy ne l’a pas compris et ne le comprendra sans doute jamais , enfermé qu’il est dans une vision manichéenne et simpliste d’une France de « l’ombre » et d’une France « des lumières ». Il reste incapable de développer une pensée de la liberté et de la personnalité martiniquaise. La tonalité globale de la pensée de Letchimy, comme de Chamoiseau son mentor, reste celle de l’affranchi amoureux d’une vision idyllique d’une France des « Lumières » pervertie par on ne sait quelle noire magie de « l’ombre ». Cette pensée reste une pensée infantile.

Malgré la gifle des socialistes, « l’héritier » continuera à les soutenir, par intérêts personnels et par absence d’une véritable vision de la rupture conceptuelle avec l’idéologie coloniale. Et, c’est peut-être cela la plus grande tragédie des évènements que nous sommes en train de vivre.


Léon Barthélémy
Enseignant à la retraite

Diamant
10 février 2012

samedi 11 février 2012

Si tu partages les propos de Letchimy à l'encontre de Guéant signe la pétition

Je vous invite à signer la pétition que vous trouverez ici http://www.petitionpublique.fr/?pi=P2012N20529
Je vous invite à le faire et à la divulguer auprès de vos amis, car je crois que la france de Monsieur Guéant, avec sa hiérarchie des civilisation, n’est pas la nôtre.
Notre France, c’est malgré le Code noir, la Colonisation et la Collaboration nazie, est celle de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

C’est celle qui, sans cesse, lutte et luttera contre son côté obscur.

mardi 7 février 2012

Propos antirépublicain du Recteur

Monsieur André SIGANOS
Recteur de l’académie de Martinique
Les Hauts de Terreville
97233 Schœlcher

Objet : demande de clarification

Monsieur le Recteur,

J’ai été maintes fois sollicité par la communauté éducative au sujet d’attitudes et de propos anti-républicains que vous auriez tenus. Ces propos, dénigrant la société martiniquaise et sa langue créole, remettraient en cause le respect et la réserve qu’un fonctionnaire de votre rang devrait observer dans sa mission de service public.

Les déclarations qui m’ont été rapportées, mais aussi évoquées par plusieurs médias, me semblent suffisamment graves pour exiger de votre part une clarification.

Pour mémoire, à la réunion de rentrée avec les chefs d’établissement, au mois d’Aout 2011 au lycée Joseph Gaillard, excédé par un micro qui fonctionnait mal, vous auriez déclaré qu’il s’agissait “d’un micro martiniquais” et présenté, quelques minutes après, de vagues excuses à l’assemblée tout en soulignant la “susceptibilité” des personnels présents.

Le second fait est dans la même veine. Il m’a été affirmé qu’à l’occasion de réunions techniques, notamment à Paris lors du dialogue de gestion du mois de novembre 2011, vous auriez souligné la mauvaise qualité du travail fourni par les chefs de division du Rectorat et par les personnels de direction. Ces propos ont été d’ailleurs dénoncés par le syndicat des chefs d’établissement « indépendance et direction » dans un courrier du 28 novembre 2011 qui souligne que pareils comportements et propos portent gravement atteinte à l’intégrité professionnelle et morale des personnels injustement visés.

Le troisième fait qui m’a été signalé est que vous auriez tenu à Saint Domingue des propos fustigeant le manque d’ardeur au travail du Martiniquais, l’oisiveté des femmes, et condamné l’usage de la langue créole pour son inutilité.

Enfin, à l’adresse d’un député de Martinique, vous auriez au cours d’un vol sur la compagnie Air France fustigé les annonces faites en langue créole et l’enseignement du créole en indiquant que votre rôle consistait « à renforcer l’enseignement du français en territoire français pour favoriser au mieux l’émergence des jeunes martiniquais ».

Je sais que vous avez, par voie de presse, nié ces propos et que publiquement, vous auriez minimisé leur portée en les versant au dossier de l’humour.
Vous en conviendrez peut être, que la multiplication des témoignages convergents nourrit le doute dans un champ où un fonctionnaire de votre rang n’y devrait laisser aucune poche de respiration.

Il me semble néanmoins que la ligne balisée par les valeurs humaines et les valeurs républicaines est fragile, voire étroite, et qu’autour d’elle ne s’ouvre que d’insondables abîmes. Dès lors, s’éloigner avec tant de constance de la mesure ou de l’éthique, dans un commerce bien trouble avec le mépris, ou le racisme, ne relève d’aucun domaine qui puisse être praticable, et encore moins acceptable.

Le malaise persistant dans la communauté éducative, l’atteinte supposée à la dignité de tout un peuple, nécessitent que le doute soit levé sur la nature de vos déclarations.

C’est en ce sens que je vous saurais gré de me faire savoir par retour de courrier tout élément d’information permettant de préserver les rapports qui existent entre la collectivité régionale et l’académie de Martinique.

Je vous prie de croire, Monsieur le Recteur, à mon attentive considération.

Serge Letchimy

mercredi 16 novembre 2011

Après Patrick Chamoiseau, Serge Letchimy répond à Contact-Entreprise


Monsieur le président de Contact-Entreprises,

J’ai pris connaissance de votre lettre ouverte et de votre interprétation des chiffres publiés par l’IDEDOM et l’INSEE. Je vous sais gré de cette initiative, car, dès ma prise de fonction j’ai rappelé l’importance que j’accorde au monde de l’entreprise : véritable partenaire des orientations politiques générales. Cette perspective demande que les avis soient donnés, que des initiatives soient prises de part et d’autre, et que tout soit fait pour que nos mondes, faces convergentes d’un même pays et d’une même ambition, puissent s’écouter, se comprendre et instaurer une synergie positive entre différentes logiques.
J’ai perçu votre inquiétude. Elle rejoint celle qui est la mienne depuis le début de cette mandature où j’ai immédiatement pris des mesures pour enrayer l’extraordinaire ralentissement de notre économie, et ses effets désastreux sur le chômage hors-norme qui structurellement malmène notre pays. Le Plan de relance 1 (PR1) nous a permis de générer globalement plus de 2000 emplois. Nous poursuivons, cet effort par la mise en place d’un nouveau plan (PR2) qui devrait lui aussi porter ses fruits et instaurer une dynamique précieuse dans notre espace économique.

Comme vous le savez, nous avons créé deux zones d’attractivité régionale majeure, qui s’inscrivent dans le long terme, et qui devraient, par leur multi dimensionnalité, leur niveau d’investissement et d’ambition, amorcer un épanouissement durable du grand Nord et du Sud.

Nous avons inauguré récemment la première des 15 zones d’activités que nous prévoyons de faire, afin de permettre de faciliter l’accès à l’immobilier d’entreprise, mais surtout engranger une dynamique de production locale en relation avec le monde agricole, l’ébénisterie, et d’autres activités qui permettraient de baser notre développement sur la production locale.
En ce moment, en concertation avec les socioprofessionnels, nous préparons un Plan d’Action pour le Développement de la Martinique (P.A.D.M) dans lequel nous définirons les voies et moyens pour de nouveaux possibles, quitter les spirales négatives de l’importation consommation, et du surcoût opaque du mécanisme, donner de nouvelles bases au port maritime. Nous travaillons (comme nous le faisons pour le tourisme, avec le contrat d’excellence qui sera bientôt signé avec l’Etat) sur les questions tellement essentielles, de la fiscalité, de la rénovation des hôtels, du financement bancaire, des énergies nouvelles, de la géothermie, du logement social, des nouvelles techniques de l’information et des communications (T.I.C), de la restauration des filières agricoles et celles de la pêche, toutes susceptibles de nous rapprocher d’une autosuffisance alimentaire et de conforter les plus indispensables de nos capacités productives. En tout et pour tout c’est plus de 60 millions d’euros investis en un an dans les hôtels, plus de 300 millions de relance dans le BTP. Plus de 20 millions d’euros d’augmentation de la contrepartie régionale sur les projets structurants du Contrat Etat Région Département alors même que les autres contreparties diminuent de façon significative. Le budget d’investissement de la collectivité régionale a augmenté en un an de plus de 100 millions d’euros. Alors oui, aucune piste n’est abandonnée et la collectivité régionale se bat sur tous les fronts à vos côtés.

Malheureusement, nous ne pouvons effacer d’un tour de main les stigmates d’une politique de guichet qui aura duré 12 ans. Cela demande du temps et de la concertation. Je dirais surtout : une mobilisation de nos intelligences et de nos capacités à innover dans une conjoncture pour le moins défavorable. Néanmoins, cette dernière ne saurait faire perdre, au-delà de notre vigilance créatrice, de notre culture projets, confiance en notre capacité collective à surmonter les plus graves difficultés. Le travail doit continuer à se faire au niveau de l’Europe comme le montre la dernière conférence des Présidents des RUP qui s’est tenue chez nous. Il doit continuer à se faire au niveau de l’Etat dans une coordination des élus de nos régions, et en concertation avec l’ensemble des partis qui composent le paysage politique de la France. Nous ne négligeons rien.
Reste maintenant le travail des martiniquais par des martiniquais. Nous devons le faire ensemble, en pleine marche confiante vers la responsabilité. Nous avons à parer aux urgences, traiter l’indispensable, veiller à l’essentiel, trouver des solutions nouvelles pour que des horizons encore insoupçonnés se dégagent en face de nos jeunes et de tous nos enfants.
C’est, paradoxalement, là où se trouvent la misère, la paupérisation, le désarroi des jeunes, les préoccupations des entreprises, la qualité de vie de nos aînés, que se trouvent en réalité les bases déterminantes de n’importe quel pays ; et pour la Martinique c’est à ces endroitslà que je me trouve.
J’ai confiance en nous.

Je poursuivrai donc les initiatives qui m’incombent pour que nous ne cédions ni aux lamentations, ni au défaitisme, mais que nous trouvions ensemble, en nous-mêmes, et pour nous mêmes, les voies neuves vers des élans décisifs et adaptés aux mutations du monde. Soyez assuré, monsieur le Président, de mon attentive et parfaite considération.

Serge Letchimy, Président du Conseil Régional de Martinique

vendredi 26 mars 2010

DISCOURS D’INVESTITURE DU PRESIDENT DU CONSEIL REGIONAL DE LA MARTINIQUE


Chers élus et chers compatriotes,

Ce n’est pas seulement avec confiance et détermination que j’accède à cette présidence aujourd’hui. Je le fais surtout avec une grande, et sincère, et très profonde humilité.

Conscient du poids de la responsabilité que notre équipe porte désormais, je suis totalement persuadé que l’humilité, et le respect de l’autre, sont des valeurs essentielles que nous devons réintroduire dans notre vie politique. Mais, si un tel sentiment m’habite en ce moment, avec autant de force, c’est pour de nombreuses raisons. Des raisons qui relèvent autant de ma vie personnelle que de l’histoire de notre pays et du développement de ses institutions.

La première raison de cette humilité, c’est que mes pensées m’inclinent vers deux grands Martiniquais qui m’ont précédé à ce poste. Aimé Césaire n’a pas été seulement le premier président du premier Conseil Régional, il y a 27 ans. Il a été, au sens propre du terme l’inventeur de cette institution. Dans une France gangrenée par cette maladie, si française, que l’on a appelée un peu vite le jacobinisme, il a été a été le premier responsable politique à évoquer en 1958, une décennie avant Michel Rocard et un d’un quart de siècle avant le vote de la loi de décentralisation de 1982, sous le gouvernement de Pierre Mauroy, à évoquer la nécessité d’ en finir avec l’ultra-centralisme qui minait la République.

Je veux aussi parler de Camille Darsières qui restera dans nos mémoires comme un président visionnaire et bâtisseur de la Région Martinique. C’est l’occasion pour moi de les rétablir post mortem dans leur dignité.

Je pense aussi à mes prédécesseurs directs -- au président Émile Capgras, au président Alfred Marie-Jeanne -- qui ont su animer la Région Martinique de leurs convictions et du désir incontestable de faire avancer notre pays sur la voie de l’épanouissement et du progrès. Le Président Marie-Jeanne, qui m’a adressé ses vœux de réussite, a choisi de ne pas siéger au sein de cette assemblée.

C’est un choix que je regrette mais que je respecte.

Je lui adresse en retour tous mes remerciements et toute ma gratitude pour ces douze années de dévouement au service de notre pays et de son devenir.

Je pense aussi à notre regrettée collègue, Christiane D’Orléans, femme de travail, femme d’intelligence, femme de courage, dont l’action quotidienne au cœur de cette assemblée aura laissé ce manque considérable que nous percevons encore et qui, je le pense sincèrement, nous accompagnera longtemps.

Un tel exemple me fait penser à ces milliers de Martiniquais et de Martiniquaises, toujours anonymes, trop souvent oubliées, qui, ouvriers, pêcheurs, agriculteurs, intellectuels, ou militants politiques, nous habitent et qui de tous temps ont été les moteurs de notre histoire.

Je pense enfin à ces 78193 électeurs qui m’ont honoré de leur confiance et qui dans le même temps m’ont confié la lourde responsabilité de leurs espérances et de leur désir ardent d’une Martinique nouvelle.

A ceux-là, je dis que j’assumerai cette tâche avec toute la vigueur dont je serai capable. Mais je leur dis aussi que je ne serai pas seul dans cette tâche. Je serai avec tous les élus et tout le personnel de cette assemblée, avec tous les maires et tous les conseillers généraux, avec toutes les forces productives, toutes les intelligences de la société civile, toute la créativité de nos artistes, toute l’implication des acteurs économiques et sociaux, les entreprises, les partenaires sociaux, tout le dynamisme de nos jeunes et toute l’expérience de nos Grandes personnes. La Martinique nouvelle naîtra de la mobilisation et de la participation de tous, et je serai résolument au service de cette dynamique !

J’ai de même une pensée pour tous mes adversaires, et pour ces milliers de Martiniquais dont les suffrages se sont portés sur les listes qu’ils dirigeaient. A ceux-là, je dis que la période électorale est terminée. Ce que nous devons en garder ce sont toutes ces idées, ces différences, ces divergences qui se sont exprimées, et qui ne témoignaient que de deux choses : d’un amour partagé du pays et du souci de son devenir !

La Martinique nouvelle naîtra de l’expression de sa diversité mise au service d’une intention commune, et je serai résolument attentif à ce qui ouvre contre ce qui clôture, à ce qui rassemble contre ce qui divise !

2 - La crise et le plan de relance.

Au moment où je parle, des centaines de Martiniquais vivent dans des difficultés immenses. Des centaines d’hommes et de femmes, jeunes et vieux, qui ne savent plus comment payer leur loyer, comment faire face à leurs dettes, comment se loger, comment se former, comment trouver de quoi s’acheter le minimum vital pour eux-mêmes et pour leurs enfants ! Des retraités qui ont tant travaillé au service du pays, et qui voient de jour en jour leurs ressources diminuer tandis que se profile en face d’eux le spectre du manque et de la pauvreté ! Des mères de famille qui vivent le tourment de l’avenir de leurs enfants, sans emploi, sans formation, sans perspectives, et sans espoirs ! Des jeunes qui ne comprennent plus cette vie, et qui ne comprennent plus leur vie, et qui ne se lèvent le matin que pour se perdre dans le désœuvrement ! A la fin de ce mois, des entreprises auront fermé leurs portes, ou auront licencié, et de nouveaux Martiniquais, de tous âges, entreront dans cette angoisse de la perte d’un emploi et de la difficulté quasi insurmontable de se remettre en selle !...

Il y a tout cela derrière les mots de “crise” et de “récession” ! Il y a tout cela derrière ma décision de me présenter à ces élections régionales ! Partout où je dirige mon regard, je ne vois l’ampleur infernale des problèmes et des difficultés. Mais cela ne fait que me conforter dans la conviction qu’il faut à la fois, et sans attendre, traiter toutes ces urgences, apaiser les souffrances , mais ne rien négliger de l’impérieuse obligation d’aller à l’essentiel, et de transformer en profondeur ce système social, économique et culturel dans lequel nous sommes depuis trop longtemps naufragés !

La crise de février 2009 est née de ces difficultés insupportables, tout comme elle est née d’un malaise plus profond qui porte sur le sens même que nous donnons à notre vie. Elle nous a forcés à nous interroger sur la finalité de la croissance économique, mais aussi, sur les valeurs que nous devons véhiculer dans notre vie quotidienne tout comme dans notre vie institutionnelle et politique. J’ai l’intention de mener une véritable réflexion sur toutes ces notions qui à mon avis ne peuvent que constituer la base même de tout projet global, de toute vision véritablement politique, et de toute construction institutionnelle.

Mais ce souci de l’essentiel et du fondamental ne nous empêchera pas d’agir. Dès ce mois-ci, sitôt après la mise en place des commissions, je prendrai toutes les initiatives nécessaires afin de mettre en œuvre un plan de relance de l’activité et de l’emploi. Pour cela, j’utiliserai la dynamique centrale que peuvent constituer la commande publique, le BTP, mais aussi les grands travaux structurants dans le domaine des équipements publics, du logement, de l’habitat, (et là je pense aux sinistrés du cyclone Dean qui vivent depuis déjà trois ans dans une situation intolérable !). Grands travaux structurants dans les transports, dans la prévention des séismes, dans les énergies renouvelables, dans le tourisme, dans la revitalisation de l’agriculture et de la pêche…

Tout sera fait pour multiplier le nombre de jeunes, de femmes et de chômeurs, qui avec l’aide de notre institution pourront avoir accès à des formations qui ne soient pas des lieux de garages, mais qui, avec des soutiens spécifiques aux entreprises, s’inscriront dans une stratégie globale, coordonnée et innovante, de formation continuée tout au long de la vie. Des formations à la fois mieux adaptées à nos réalités économiques et culturelles, tout comme à la vision que nous allons dégager des besoins d’une Martinique nouvelle !

Tout sera fait pour permettre, dans le cadre de ce plan de relance, une mise en activité du plus grand nombre, face à ce drame qu’est le chômage.

Notre relance s’inscrira d’emblée dans la perspective d’une Martinique plus propre, plus verte, plus bleue, et mieux inscrite dans un respect dynamique, valorisant et productif, de son environnement, de sa faune, de sa flore et de sa biodiversité !

Mais notre relance se situera aussi tout autant, dans le souci de l’efficacité d’une politique d’investissement public que dans celui d’une rigueur budgétaire exemplaire. C’est donc au nom cette exigence que sera crée une commission ad ‘hoc de contrôle, d’évaluation et de prospective de nos politiques publiques.

Toutes ces mesures, et beaucoup d’autres encore, ont été largement détaillées dans notre programme pour une Martinique nouvelle, et je ne m’y attarderai pas ; mais je veillerai à ce que toutes nos propositions soient affinées par la concertation la plus large possible ; par l’implication accrue des socioprofessionnels dans tous les lieux d’élaboration ; mais aussi par l’implication des femmes, des jeunes, et des aînés dont l’expérience et l’expertise sont pour nous des ressources irremplaçables. L’exigence de cette relance et son urgence peuvent nous rassembler tous, sans exclusive, autour d’un pacte économique social et culturel qui servirait de socle à la dynamisation des espaces géographiques que nous avons définis sur toute la Martinique.

La Martinique est à la fois une et diverse, Atlantique et Caraïbe, elle a un centre et des extrêmes, elle connaît l’eau abondante et la sécheresse lancinante, elle a des lieux de prolifération urbaine, des zones rurales, des campagnes et des zones plus contraintes, d’enclavement et de paupérisation. Chacune de ces facettes du pays devra trouver sa dynamique particulière qui entrera en synergie avec les autres. Une synergie qui apportera sa diversité à notre projet d’ensemble ! Car il ne peut exister de suprématie du monde urbain sur le monde rural, comme il n’y aura pas de privilège pour la ville de Fort de France, comme pour n’importe quel quartier, bourg ou commune, au détriment des autres. Je m’engage à un traitement juste et équitable pour chacune des parcelles de vie de ce pays !

Je prendrai des initiatives pour qu’une nouvelle gouvernance naisse : quelque soit leur couleur politique, j’irai moi-même à la rencontre des maires, des élus, des présidents de communautés, des acteurs économiques, sociaux et culturels, pour créer les conditions les plus larges et les plus favorables au redémarrage de la Martinique. Des les prochaines semaines, je me rendrai dans des communes du Nord atlantique, et du grand Sud, pour dialoguer, échanger, mieux comprendre et partager notre vision du renouveau.

Une collectivité dont la responsabilité instituante est indéniable

Mais aucun plan de relance ne pourra fonctionner si deux éléments ne sont pas réunis : l’implication participative de tous, et la nécessité de croire en nous-mêmes !

Le peuple martiniquais à traversé les épreuves les plus effroyables, depuis l’esclavage jusqu’aux formes de dominations et d’exploitations les plus achevées. Et toujours, il a su forger des générations dynamiques qui ont fait avancer notre Histoire, et qui nous ont guidés sur les chemins de plus de conscience et plus de liberté. Nous avons cette force en nous, il nous faut simplement la mettre en œuvre ! Rien n’est impossible à un peuple qui retrouve la confiance en son génie pour inventer des voies nouvelles et réussir ! Donc, rien ne nous est impossible !

Face à la perspective de la collectivité unique (appelé de nos vœux depuis 27 ans obtenue en 1982 et victime d’un recours devant le conseil constitutionnel) ; je disais face à la fusion de nos deux collectivités, régionale et départementale, nous serons tenus d’exercer nos missions dans un contexte de cohabitation. Je souhaite qu’elle soit la plus constructive et la plus respectueuse et je prendrai toutes les initiatives de nature à la faciliter.

Je considère que les contraintes particulières d’une telle fusion (dans le respect des droits des salariés, dans la complexité des enjeux financiers et fiscaux, de l’inventaire du patrimoine et des valeurs afférentes, de l’organisation et de la gestion des ressources humaines, dans le domaine de la qualité du travail et de la stabilité économique), nous imposent de mettre en place avec le Conseil général, le plus tôt possible, un groupe de travail pour préparer ce dossier central pour l’avenir de la Martinique.

Le peuple s’est prononcé le 10 et le 24 janvier. Nous nous devons de respecter son vote et de nous atteler, au cours de ce mandat de transition, à mettre en place cette institution nouvelle, qui s’inscrit, qu’on le veuille ou non, dans une dynamique de responsabilité !

A la préparation de la loi ordinaire qui définira les modalités de mise en œuvre de cette nouvelle collectivité, s’ajoutera celle de la réforme de la loi organique de février 2007, visant à l’allongement des délais d’habilitations qui devront permettre à notre pays de légiférer sur des questions aussi transversales et fondamentales que celles qu’implique toute volonté de développement durable ! Nous devrons y travailler sans attendre avec toute l’audace et toute l’imagination possible ! Et nous devrons nous battre pour convaincre et faire advenir ce que nous aurons collectivement décidé !

Un profond changement sur le plan du développement

économique et social.

La durée de ce mandat qui s’ouvre est limitée dans le temps.

2 ou 4 ans selon les différents vœux qui ont été formulés.

Quel qu’il sera, nous devrons mettre à profit chaque heure, chaque jour, chaque semaine, pour élaborer un projet audacieux, un projet ambitieux qui ouvrira de nouvelles perspectives économiques, sociales, écologiques et culturelles !

Des outils nouveaux doivent être créés en concertation avec les institutions en place : établissement public foncier ( pour relancer le logement et le tourisme) ;l’amélioration de l’efficacité des outils d’aide et de soutien aux entreprises ;la réforme du comité martiniquais du tourisme, tant dans sa gouvernance que dans le champs de ses interventions ; la réforme de l’ARPEL ; (l’aide aux commune) ; la révision du SAR et l’activation du SDAT ; la recherche d’efficacité et de cohérence dans la gestion des fonds Européen pour mieux optimiser leur mobilisation à partir d’une ligne directrice et des outils clairement et politiquement identifiés ; la mises en place des outils de prospective et de planification dans le domaine de la formation professionnelle et de l’éducation et de la culture. (Je souhaite faire de la Formation professionnelle un levier de développement : en contribuant par le biais de partenariat à la professionnalisation des salariés et des chefs d’entreprises par une meilleure compétitivité des entreprises

En favorisant l’insertion professionnelle des jeunes avec une attention particulière pour les personnes à mobilité réduite, les femmes , grâce à une offre de formation plus adéquate avec le monde économique, (les partenariats seront vivement sollicités), des outils de planification et de stratégie en matière d’énergie renouvelable, je veux parler du plan énergie, climat, territoire… ; la meilleure utilisation d’outils financiers modernes tel que le partenariat public privé ; le recours plus volontaire aux concessions de service public, des sociétés d’aménagement et de HLM, pour démultiplier l’efficacité des politiques publiques...

Une énumération complète de toutes ces urgences serait interminable. Il faut simplement que les martiniquais sachent que nous utiliserons toutes nos forces pour préparer la Martinique à relancer et à consommer sa production locale, en travaillant filière après filière, dans le domaine de l’artisanat, de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche, du tourisme..., Tourisme où le fondement de notre démarche sera une amélioration sans précédent de l’attractivité économique, culturelle et sociale de notre territoire, dans une dynamique ou l’esprit entrepreneurial et la volonté politique joueront une partition commune ! C’est par son rayonnement culturel et social, son inventivité économique, l’éclat de son agriculture et de sa pêche, et son rapport exemplaire aux technologies nouvelles et à son environnement que la Martinique sera aimé et sera visitée !

La Région ne doit pas fuir l’autre responsabilité majeure qui est de soutenir et d’encourager le dialogue social. A cet égard, je mettrai en place très rapidement un référent permanent dont la tâche sera d’inventorier les initiatives en cours dans ce domaine, de les fédérer, et de leur permettre d’accéder au plus vite au soutien de la puissance régionale et d’une volonté politique attentive et sans faille !

Nous ne pourrons pas non plus faire l’économie d’une réflexion sur quelques enjeux majeurs : la fiscalité locale (notamment la question de l’octroi de mer) ; l’activation d’une culture régionale du développement en recherchant la meilleure union régionale possible avec la Guyane, la Guadeloupe en associant, sur le fondement d’initiatives sectorielles des pays tiers de notre espace caribéen, et même américain. Je prendrai l’initiative d’une rencontre avec les Présidents Victorin LUREL et Rodolphe ALEXANDRE, pour définir les modalités de cette union, et le traitement de dossiers sensibles comme la question du carburant et de l’avenir de la SARA.

Enfin l’urgence qu’il y a à trouver des solutions rapides innovantes et opérationnelles exigent l’implication participative du plus grand nombre possible de citoyens. Pour cela, nous allons prendre l’initiative d’ouvrir la Région à toutes les inspirations et à toutes les contributions : directement (par des commissions ad hoc) ou par tous les modes relationnels que nous offre Internet. Je veux prendre comme exemple la question de la jeunesse qui devrait tous nous mobiliser, sans exclusive politique, vers un plan de grande ampleur. Une commission spécifique sera créée à cet effet.

Enfin, des sujets d’actualité et d’une grande importance doivent être érigés en chantier prioritaires : la question du lycée Schœlcher doit être réglée, tout comme la réhabilitation des lycées dans les communes où des travaux d’urgence doivent être mis en œuvre sans attendre.



4– Les principes et les valeurs

Dans la mise en œuvre de notre relance, comme dans notre Projet qui ira au-delà de cette mandature, il ne nous faudra pas perdre de vue l’essentiel et le fondamental. Et cette exigence demande le rappel de quelques-uns de mes principes.

Voici le premier des principes qui m’animent : c’est d’abord aux Martiniquais qu’il appartient d’imaginer et de mettre en œuvre la destinée martiniquaise !

Le docteur Aliker a eu raison de rappeler que nous sommes les meilleurs spécialistes de nous-mêmes. C’est pourquoi nous avons toujours revendiqué une responsabilité pleine, c’est à dire une capacité d’agir et d’exister sur nous-mêmes, dans notre environnement et dans le monde, sans pour autant remettre en cause notre appartenance au pacte républicain français. Entre une idée de nous-mêmes qui passe par l’assimilation pure et simple, et une autre conception de notre épanouissement qui passe par la fragilisation aventureuse, nous avons proposé une voie nouvelle.

Les Martiniquais ont rejeté la fragilisation aventureuse mais ils n’ont pas rejeté la possibilité d’agir sur leur destin !

Ils n’ont pas rejeté un renforcement de nos compétences qui ne remettrait pas en cause tous les acquis économiques et sociaux qui nous ont été assurés par la lutte héroïque de nos aînés !

Ces acquis sont un héritage qu’il nous faut protéger. Mais ce n’est pas un héritage destiné à nous immobiliser voire à nous aliéner dans des postures et des institutions qui ne correspondent plus aux évolutions de notre conscience, ni aux réalités du monde actuel ! Bien au contraire ! Nos ancêtres se sont battus pour que nous soyons plus libres ; ils se sont par là-même battus pour que le progrès demeure à notre portée, dans un champ constitutionnel capable de reconnaître nos différences, notre identité et notre personnalité collective ! Et ce qu’ils attendent de nous, c’est que nous ne soyons pas seulement des hommes libres, mais des hommes conscients, des hommes inventifs et des hommes responsables !

C’est d’ailleurs moins un héritage qu’une sommation !

Et cette future collectivité unique devra répondre à cette sommation ; plus de conscience, plus d’inventivité, plus d’audace, plus de responsabilité, et plus de démocratie ! La France ne doit plus être pour nous une simple source d’aides, de subvention ou de transferts. Elle doit devenir le partenaire de notre effort collectif vers une Martinique nouvelle, mieux installée en elle-même et mieux inscrite dans la Constitution républicaine française !

Voici le deuxième de mes principes : pas de développement ou d’épanouissement sans une bonne gouvernance !

A cet égard, la mise en cohérence de nos institutions par la mise en place d’une Collectivité unique devra s’accompagner d’une vision à la fois plus globale et plus différenciée de l’espace martiniquais. Il y aura des développements géographiques dans un épanouissement global, avec des articulations, et des modalités de démocratie participative qui feront que la responsabilité du cheminement commun sera celui de chaque commune, de chaque mairie, et de chaque Martiniquais. Nous devrons être inventifs pour une nouvelle articulation des services de l’Etat, des administrations, et des institutions locales. Pour une meilleure articulation entre les forces productives et les forces sociales. Pour une meilleure implication de la société civile aux décisions publiques. Pour un meilleur agencement des instances universitaires, culturelles et artistiques dans le monde économique et social. Enfin, pour une meilleure prise en compte des trajectoires individuelles afin que l’épanouissement de tous se fonde sur l’épanouissement de chacun !

Enfin, dernier principe : pas de développement ou d’épanouissement sans des institutions fortes.

Nous entrons dans un siècle difficile, avec des menaces sur l’équilibre même de la planète et le déploiement d’une logique économique globale dont la seule perspective est le profit maximal.

C’est un siècle qui demande la mise en place d’institutions fortes, transparentes, fondées sur la diversité et le plus haut degré possible de démocratie. Une bonne institution bien pensée bien équilibrée, inscrite dans une implication participative de tous, est plus nécessaire qu’un quelconque homme providentiel, ou que le plus vertueux des systèmes idéologiques.

Et si une telle institution est au service de valeurs comme celle de la solidarité, de la citoyenneté active sans esprit de profit. Si elle est soucieuse de principes clairs et de valeurs tutélaires qui remettent l’humain au centre de tout le déploiement économique social et culturel. Si elle sait animer un secteur privé dynamique et mobiliser sa société civile, accorder toute sa place à la jeunesse et aux personnes âgées. Si elle peut dans son fonctionnement assurer à la fois toute la stabilité utile et le renouvellement quand il est nécessaire... Alors nous pourrons tout à la fois agir sur nous-mêmes et agir sur le monde !

Ceci pour vous dire toute l’importance que j’accorderais à l’élaboration des modalités de mise en œuvre, de fonctionnement et d’action de notre future collectivité unique. Nous pouvons en faire une assemblée instituante, un outil au service de l’intérêt du pays tout entier et qui fondera les bases généreuses, inédites et solidaires, d’une Martinique nouvelle !

4 - L’appel au travail

Aux personnels du conseil régional, je sais que certains agents se sentent démotivés, ou ne comprennent plus le rôle qu’ils doivent jouer. Le personnel de cette administration doit être respecté, et c’est par le dialogue que nous pourrons ensemble permettre à la Martinique de rentrer dans une ère nouvelle. Je compte donc sur une administration loyale, homogène, structurée, qui veille à placer chacun, dans le cadre de la réorganisation que je proposerai, dans le rôle qu’il doit jouer au quotidien pour la réussite de l’action publique.

Aux Martiniquais qui nous écoutent, je dis que la Martinique est un grand pays ! Un pays capable d’affronter et de relever tous les défis, à condition que nous ayons confiance en elle et confiance en nous-mêmes !

Je dis que la Martinique sera ce que nous en ferons, par notre participation à la vie publique, à la vie économique, à la créativité culturelle. Elle sera ce que les femmes, les hommes, les jeunes, les grandes personnes de ce pays en feront !

Le monde qui vient est imprévisible et incertain, nous ne pourrons jamais le soumettre à des plans ou à des programmes mécaniques et rigides ; mais nous pourrons l’affronter avec notre sens des responsabilités, notre ardeur au travail, notre capacité à imaginer du nouveau et à le mettre en œuvre !

Cette mandature ne sera pas celle d’un simple Conseil Régional. Elle sera celle d’une assemblée de travail ! Une assemblée de fondation et de prospectives ! Une assemblée soucieuse de l’épanouissement de toute la Martinique, et elle se sentira responsable de tous les domaines qui concerneront l’avenir, le bien être et l’élévation de tous les Martiniquais !

Je vous remercie tous, infiniment !



Fort de France le 26 mars 2010

Serge LETCHIMY

vendredi 19 mars 2010

Profession de foi du second tour



Martiniquaises, Martiniquais,

Le 14 mars dernier, vous avez placé notre liste “Ensemble pour une Martinique Nouvelle” largement en tête du scrutin régional. Je vous remercie.
C’est un premier pas franchi, qui en appelle un autre. Aujourd’hui, il s’agit de confirmer votre choix d’une Martinique plus moderne et plus tolérante.

Vous connaissez mon engagement sans faille, et mes capacités de travail au service du pays. Je me suis engagé auprès de vous à enclencher une nouvelle dynamique pour notre pays. Je le ferai sans tarder.
J’y associerai mes colistiers, qui viennent du Sud, du Nord, de la ville et des mornes. Mais j’inviterai aussi tous ceux qui siégeront au Conseil Régional de la Martinique, à apporter leur pierre à l’édifice. La situation de la Martinique exige que soient écartés toute violence et tout sectarisme, et que nous travaillions ensemble aux priorités que sont le développement et l’emploi.
Le premier temps de notre action verra la mise en œuvre d’un plan d’urgence destiné à remettre au travail 5000 martiniquais, en particulier parmi les plus jeunes, frappés de plein fouet par l’inactivité et ses dangers : déblocage des projets économiques suspendus, travaux d’entretien et de sécurisation des lycées, appui urgent aux travaux de rénovation des hôtels, appui aux démarches fiscales et sociales des entreprises et artisans…les axes de ce plan d’urgence que nous avons déjà identifiés seront validés dès avril 2010 en concertation avec les professionnels, et mis en route dans les trois mois qui suivront.

L’autre enjeu important est celui de la gouvernance. Il est temps d’en finir avec les pratiques autoritaires, et de faire de la Région un espace respectueux de toutes les opinions. Cette collectivité, qui dispose en son sein de véritables ressources humaines et techniques, doit avant tout devenir un outil performant et réactif, au service du développement économique.
La pêche, l’agriculture, le tourisme, le numérique, les prix et la fiscalité, etc…rien n’a été négligé, et nous avons décliné dans notre programme nos propositions pour une Martinique moderne, performante, confiante et solidaire.
Le 14 mars dernier, vous avez lancé un signal fort en nous plaçant clairement en tête du 1er tour de ces élections régionales avec 51 793 voix.
La Martinique a ainsi manifesté sa volonté d’un changement d’époque, d’un changement des mentalités, d’un changement des pratiques politiques.
Ce dimanche 21 mars 2010, je compte sur vous pour convaincre ceux qui ne sont pas allés voter.
Ce changement d’époque est à notre portée.
Je compte sur votre mobilisation citoyenne, pour confirmer cet élan, et donner à la Martinique toutes ses chances de trouver enfin les voies d’un développement économique réel, et de l’emploi pour le plus grand nombre.

Serge Letchimy