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dimanche 22 mai 2011

Affaire DSK: un retour du French bashing?


Assis dans l’avion, une Américaine découvre la photo de Dominique Strauss-Kahn devant la juge. «Quel regard méchant, il a! Avec cet air de Français arrogant, il ne peut pas s’en sortir… » Devant l’immeuble de DSK, un passant sourit d’un air entendu: «En matière de sexe, les Français ont toujours eu un problème, non ? »… Sentiment de supériorité, sexualité débordante, amoralisme… Depuis une semaine, l’affaire DSK réveille les caricatures anti-françaises. Pas au point de verser du vin rouge dans les caniveaux comme à la grande époque du non-engagement de la France en Irak, mais un certain French Bashing renaît.
Editos très durs
Particulièrement dans les médias. Passons sur les unes plus anti DSK qu’anti-françaises comme « Pepe le putois » ou encore «La grenouille a pris ses jambes à son cou»... Quoi que sur cette dernière, le terme Frogs (grenouille) est plutôt péjoratif. Mais c’est dans le cœur des articles que les attaques sont les plus franches. Parfois en Français et de façon gentillette («chauds lapins», «Au revoir Rikers»), parfois en dessous la ceinture («Vermine accro à la luxure»). «Je suis fier d’habiter un pays où une femme de ménage peut faire tomber un directeur du FMI», analyse un éditorialiste du New York Post en affirmant qu’en France ce ne serait pas possible. Le philosophe «à la chemise ouverte», Bernard Henri Lévy est devenu une cible de choix depuis qu'il a défendu DSK. Plus mesurés, les journaux sérieux ne sont pas en reste. Etonné que les Français soient choqués par les images de DSK menottés, le New York Times contre-attaque. «Année après année, le réalisateur Roman Polanski a lui arpenté le tapis rouge, souriant aux caméras, jamais inquiété, alors que les autorités françaises savaient qu’il avait drogué, violé et sodomisé une jeune fille de 13 ans», écrit le quotidien qui oppose l’efficacité un peu voyeuriste de la justice américaine au laxisme bien français.
Et l'anti-américanisme
 «C’est vrai qu’avec les Français, c’est épidermiques. A chaque fois, ça prend de grandes proportions. En fait, ça me fait penser à ce qu’il se passe en France avec les Américains», analyse Linda, une compatriote expatriée à New York et croisée devant chez DSK. Car dans le même temps, les médias américains croient percevoir une montée de l’anti-américanisme en France. «Dès le troisième jour, les Français ont eu besoin de trouver un bouc émissaire à blâmer pour expliquer la perte de leur futur président et ils se sont lancés dans de prévisible spasmes anti-américains », analyse le Los Angeles Time qui revient largement sur le débat des images de DSK qui ont choqué la France. Je t'aime moi non plus...

 Matthieu Goar

lundi 28 février 2011

New York : la pub pro-vie qui dérange…



C’était spectaculaire : un énorme placard publicitaire en plein SoHo, Manhattan dénonçait depuis mardi les avortements dont est prioritairement victime la population afro-américaine aux Etats-Unis. Dès jeudi, après une campagne orchestrée par la municipalité de New York, l’affiche a été démontée. Elle avait été dénoncée comme « raciste ».
Raciste ? C’était précisément la « préférence ethnique » pour la procuration d’avortements dans des zones plus pauvres à forte population afro-américaine qui était dénoncée dans cette campagne financée par le groupe pro-vie Life Always : « L’endroit le plus dangereux pour un Africain américain est le sein maternel. » L’affiche, montrant une jolie petite fille noire, renvoyait vers le siteThatsAbortion.com. Son emplacement était stratégique : au cœur d’un quartier noir, à quelques centaines de mètres d’un des trois avortoirs du Planning familial à New York, qui, ensemble, ont réalisé environ 17.000 avortements l’an dernier.
L’affiche n’était pas choquante et encore moins obscène. Leticia James, conseillère municipale noire, l’a pourtant qualifiée d’« affront » à l’égard de la population noire et une autre a dénoncé son exploitation de la peur. « Elle frise le racisme, mais toutes les personnes de bonne conscience devraient se considérer comme offensées, a déclaré Christine Quinn. Elle minimise les émotions que doivent confronter les jeunes femmes qui se trouvent dans cette mauvaise passe. »
Et pourtant… 60 % des grossesses afro-américaines se terminent par l’avortement dans les cinq zones administratives de New York City. Le Planning familial (Planned Parenthood) qui est le plus important pourvoyeur d’avortements aux Etats-Unis a implanté 78 % de ses avortoirs au cœur des communautés noires. Tandis que les Noirs représentent 12,8 % de la population des Etats-Unis, les femmes noires y subissent 36 % des avortements. « Life always » signale que le but n’est pas seulement de dénoncer toutes ces morts d’enfants noirs, mais le grand tort fait aux femmes noires à travers l’avortement. « Notre avenir est dans la balance alors qu’un plan génocidaire est mis en œuvre à travers l’avortement », a déclaré un pasteur afro-américain, Stephen Broden, responsable de l’association.
Pour Alveda King – nièce de Martin Luther King et figure éminente du mouvement pro-vie américain qui a rejoint le mouvement catholique « Priests for Life » – l’affiche disait la stricte vérité. « Le fait que ce placard ait été démonté constitue un acte de censure insupportable. Cette affiche devrait être placardée dans toutes les villes de ce pays. Et elle devrait provoquer la colère de la communauté afro-américaine, non parce qu’elle est raciste, mais en raison de la vérité qu’elle révèle : cette vérité qu’on cache à la communauté afro-américaine. »
L’affaire s’est compliquée du fait que la mère de l’enfant montrée par l’affiche s’est insurgée contre cette utilisation de l’image de sa fille : Tricia Fraser avait proposée ses enfants pour des photos professionnelles et avait accepté que leur image puisse être utilisée pour des campagnes publicitaires, mais elle s’est déclarée « offensée » par la campagne de Life Always. Elle exige des excuses et la promesse que l’image de sa fille ne sera plus utilisée par cette association.
Jeanne Smits