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lundi 27 octobre 2014

USA : élection de mi mandat



Elections de mi-mandat, bientôt aux USA, la Chambre des Représentants est acquise aux républicains, mais le Sénat pourrait aussi leur revenir.

Les sénateurs et les députés démocrates font appel à Bill Clinton pour les épauler et les soutenir lors des meetings électoraux, mais évitent soigneusement de solliciter OBAMA, de plus en plus perçut par son camp comme un risque, il leurs est devenu la persona non grata..


mardi 3 septembre 2013

Obama obligé de faire marche arrière.....


Face au vote du Parlement britannique et à la résistance des chefs militaires et congressistes américains à toute attaque militaire contre la Syrie, le Président Barack Obama a décidé samedi de solliciter l’autorisation du Congrès, tout en prétendant qu’il n’est pas obligé, selon son interprétation personnelle du terme « commandant-en-chef », de respecter la Constitution.

Le projet de résolution schizophrène déposé par Obama fait appel à plusieurs provisions de la Charte des Nations unies, bien qu’il ait décidé d’ignorer, comme l’avait fait George W. Bush avant lui, l’autorité du Conseil de sécurité de l’ONU comme unique responsable de la mise en application de ces résolutions. Ainsi, le projet cite la Convention sur les armes chimiques (mise à jour du Protocole de Genève de 1925) et la Résolution 1540 de l’ONU de 2004 déclarant les armes de destruction de masse une menace à la paix et la sécurité internationale, dont toute violation doit être référée au Conseil de sécurité de l’ONU.

Prétendant qu’une attaque aérienne « limitée » (comme celle des Japonais sur Pearl Harbour qui n’avait duré que quelques heures) n’est pas un acte de guerre, le projet de résolution se garde bien, effectivement, de déclarer la guerre à la Syrie.

Le député démocrate progressiste Dennis Kucinich, qui avait joué un rôle de premier plan dans la mobilisation contre la guerre de 2003 contre l’Irak, a fait remarquer dans un courriel massivement diffusé vendredi dernier qu’il « n’existe aucune preuve définitive montrant qu’Assad savait ou aurait ordonné l’attaque aux armes chimiques du 21 août ». Il a réitéré les points suivants, largement débattus parmi les élus américains :

Il existe au moins deux incidents au cours desquels l’opposition aurait fait usage d’armes chimiques. Un premier incident, qui a eu lieu en mars, a été référé au Conseil de sécurité de l’ONU par la Russie. Un autre, qui a eu lieu en avril, a été cité par l’enquêteur spécial de l’ONU Carla Del Ponte.

Certaines fusées identifiées près des sites des attaques sont de fabrication artisanale.

Un effort coordonné avait été fait par des responsables américains pour décourager la tenue d’une enquête complète de l’ONU.

Le plus grand bénéficiaire de l’attaque sur le gouvernement syrien est al-Qaïda, qui dirige l’opposition.

La Syrie ne pose pas de menace imminente à la sécurité des Etats-Unis.

En l’absence d’un menace actuelle ou imminente à l’égard des Etats-Unis, seul le Congrès a l’autorité, selon l’article 1, section 8 de la Constitution, de déclarer la guerre.

Si plusieurs commentateurs on fait remarquer qu’un vote immédiat au Congrès donnerait un résultat négatif, d’autres estiment qu’Obama pourrait, en exerçant au cours des prochaines semaines un niveau de pression suffisant, faire basculer le vote en faveur de la guerre. Quoique qu’il en soit, le fait qu’il soit obligé de consulter les élus représente une défaite tactique importante pour un président qui n’a cessé, que ce soit par rapport aux multiples assassinats « ciblés » par drone ou bien par rapport aux programmes secrets d’écoutes et de surveillance des citoyens ordonnés par lui, d’empiéter sur l’autorité du pouvoir législatif.

L’opposition des militaires à la guerre

Pour ce qui est de l’opposition des militaires américains (et autres) à la guerre, elle est massive. Au-delà du général Martin Dempsey, le chef d’état-major interarmées, qui a réitéré à maintes reprises les raisons pour lesquelles une attaque sur la Syrie, même limitée, ne permettrait en rien de résoudre la crise, plusieurs autres personnalités militaires de haut rang ont fait part de leur opposition.

« Des attaques punitives ne résoudront absolument rien », a déclaré l’ancien secrétaire-général de l’OTAN Jaap de Hoop Scheffer au Telegraph le 31 août.

Quiconque croit qu’il y a solution militaire à l’horrible guerre ayant lieu présentement en Syrie a besoin d’un examen psychiatrique.

Scheffer a ajouté que les dirigeants occidentaux qui se sont eux-mêmes discrédités en traçant leur propre ligne rouge doivent la traverser pour discuter avec la Russie et même l’Iran. Il faut pour cela une Conférence de Genève II pour discuter de l’avenir de la Syrie, a-t-il expliqué.

Le colonel américain Douglas MacGregor, qui avait commandé les opérations de l’OTAN contre le Kosovo, a déclaré à Radio Canada qu’une attaque contre la Syrie serait un « exercice d’hypocrisie » car une chute du gouvernement Assad conduirait à une « annihilation » complète des minorité chrétienne, alaouite et autres actuellement protégées par le régime syrien.

Reprenant les propos de Kucinich, qui a déclaré que l’armée américaine n’a pas vocation à « être la force aérienne d’al-Qaïda », un officier militaire de rang modeste a fait parvenir à l’animateur radio Angel Clark un message qu’il voulait faire diffuser tout en gardant l’anonymat, au nom de plusieurs collègues officiers dans la marine :
Je n’ai pas joint la marine pour me battre pour al-Quaïda dans la guerre civile syrienne.

Progrès et Solidarité

samedi 14 juillet 2012

Julian Assange, les bactéries de la liberté, Barack Obama et la CIA



Je suis certain que la plupart des Américains sont très fiers de voir que Julian Assange a si peur d’être arrêté par les autorités US qu’il s’est réfugié à l’ambassade de l’Equateur, un minuscule et pauvre pays du Tiers monde, sans la moindre idée de comment son histoire finira. Il sera peut-être obligé d’y rester pendant des années. « Ca lui apprendra de déconner avec le pays le plus puissant du monde ! Tous les terroristes et anti-américains – prenez-en de la graine ! Ca coûte cher de déconner avec le pays de Dieu ! »

C’est tellement vrai. Et ça coûte effectivement cher. Demandez donc aux peuples de Cuba, du Vietnam, du Chili, de la Yougoslavie, d’Irak, d’Iran, de Haïti, etc., etc., etc. Et demandez aux gens de Guantánamo, Diego Garcia, et une douzaine d’autres centres de torture vers lesquels le pays de Dieu vous offre un billet gratuit.

Vous pensez que puisque le monde entier les observe, les Etats-Unis n’oseraient pas ouvertement torturer Assange s’ils lui mettaient le grappin dessus ? Demandez à Bradley Manning. Au minimum, l’isolement prolongé est une forme de torture. D’ici peu, il pourrait être interdit. Ce qui n’empêchera pas le pays de Dieu et d’autres états policiers de le pratiquer.

Vous pensez que puisque le monde entier les observe, les Etats-Unis n’oseraient pas ouvertement tirer sur Assange avec un drone ? Ils l’ont déjà fait sur des citoyens américains. Assange n’est qu’un vulgaire Australien.

Et l’Equateur et son président, Rafael Correa, en payeront le prix. Vous pensez que puisque le monde entier les observe, les Etats-Unis n’interviendront pas en Equateur ? En Amérique latine, intervenir est une seconde nature pour Washington. Pendant la Guerre Froide, on disait que les Etats-Unis pouvaient renverser un pays au sud de sa frontière avec un simple froncement des sourcils. Le dissolution de l’Union Soviétique n’a rien changé parce que le problème pour les Etats-Unis n’a jamais été l’Union Soviétique en tant que telle. Le problème pour les Etats-Unis était la menace d’un bon exemple d’alternative au modèle capitaliste.


Par exemple, le 21 janvier 2000 en Equateur, où près de deux tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, un très grand nombre de paysans indiens se soulevèrent par désespoir et marchèrent sur Quito, la capitale, où ils furent rejoints par les syndicats et certains jeunes officiers de l’armée (la plupart des militaires sont d’origine indienne). Cette coalition présenta une liste de revendications économiques, s’empara des bâtiments du Congrès et de la Cour Suprême, obligeant le président à démissionner. Il fut remplacé par un junte issu des rangs de la nouvelle coalition. L’administration Clinton s’en alarma. A part le réflexe d’hostilité conditionné de l’Amérique pour tout ce qui pourrait passer pour une révolution de gauche, Washington avait aussi le projet d’installer une grande base militaire à Manta (qui fut fermé plus tard par Correa). Et la Colombie – déjà gangrenée par des mouvements de gauche – se trouvat juste à côté.

Les Etats-Unis sont rapidement intervenus pour éduquer les dirigeants de la coalition Equatorienne sur les réalités de l’impérialisme sur le continent. L’ambassade américaine à Quito... Peter Romero, Secrétait d’état adjoint aux affaires latino-américaines... Sandy Berger, conseiller à la sécurité nationale du Président Clinton... le sous-secrétaire d’Etat Thomas Pickering... ont tous passé des coups de fil aux officiels équatoriens pour menacer de couper les aides, accompagnés de cette mise en garde : « l’Equateur se retrouvera isolé ». Et ils les informèrent que les Etats-Unis ne reconnaîtraient jamais un gouvernement constitué par la coalition, qu’il n’y aurait pas de paix en Equateur tant que l’armée ne soutiendrait pas le vice-président et que le vice-président devait poursuivre les « réformes » néolibérales - le genre d’ajustement structurel du FMI qui avait justement joué un rôle majeur dans le soulèvement précédent.

En l’espace de quelques heures, les chefs de toutes les armées équatoriennes déclarèrent leur soutien au vice-président. Les dirigeants du soulèvement se réfugièrent dans la clandestinité. Et ce fut la fin de la révolution équatorienne de l’année 2000. (1)

Rafael Correa a été élu pour la première fois en 2006 avec 58% des voix, et réélu en 2009 avec 55% des voix pour son mandat actuel qui se termine en août 2013. Les grands médias américains sont de plus en plus critiques envers lui. La lettre suivante envoyée au quotidien le Washington Post en janvier par l’ambassadeur de l’Equateur aux Etats-Unis est une tentative pour clarifier certaines choses.
Nous sommes outragés par l’éditorial du 12 janvier « Le voyou de l’Equateur », qui aborde une plainte déposée par notre président, Rafael Correa, après qu’un quotidien ait affirmé qu’il était coupable d’avoir donné l’ordre à des soldats de tirer sur des citoyens innocents pendant la tentative de coup d’état avortée de 2010. Le président a demandé au journal de publier les preuves ou de se rétracter. Lorsqu’ils ont refusé, il a porté plainte, comme le ferait n’importe quel citoyen.

Aucun journaliste n’a été emprisonné ou condamné à une amende au cours des cinq années de la présidence de Correa. Les critiques formulées par les médias – justes et injustes, parfois méchantes – contre le gouvernement sont quotidiennes. L’affaire qui concerne le quotidien est en appel. Lorsque le jugement sera rendu, a dit le président, il abandonnera tout ou une partie des dédommagements obtenus si le journal se rétracte. Je crois que c’est une solution couramment adoptée dans les affaires de diffamation aux Etats-Unis.
Votre auteur emploie des phrases odieuses telles que « république bannière », mais la réalité de l’Equateur d’aujourd’hui est celle-ci : pour la première fois depuis des décennies, nous sommes une démocratie très populaire, stable et progressiste.
Nathalie Cely, Washington
Pas d’abri contre les drones de la justice ou les bactéries de la liberté

Le président Afghan Hamid Karzai a récemment déclaré qu’il avait eu une dispute avec le Général John Allen, le haut commandant US en Afghanistan, sur les attaques par drones des Etats-Unis en Afghanistan, après une nouvelle frappe meurtrière aérienne qui a tué nombre de civils. Karzai a demandé à Allen une question très sensée : « Faites-vous la même chose aux Etats-Unis ? » Le président Afghan a ajouté : « La police intervient partout et tous les jours aux Etats-Unis. Elle ne fait pas appel à l’armée de l’air pour venir bombarder. » (2)

La question de Karzai à Allen était une question rhétorique, bien sûr, car peut-on imaginer que des officiels américains puissent bombarder une ville américaine sous prétexte que quelques méchants s’y trouvent ? En réalité, la chose est tout à fait imaginable parce qu’elle s’est déjà produite.

A Philadelphie, Pennsylvanie. Le 13 mai 1985, une bombe larguée par un hélicoptère de la police a incendié tout un pâté de maisons, détruisant 60 maisons, et tuant 11 personnes, dont plusieurs jeunes enfants. La police, le bureau du Maire et le FBI étaient tous impliqués dans cet effort pour déloger les militants d’une organisation appelée MOVE de la maison où ils habitaient.
Les victimes étaient toutes noires, bien sûr. Alors reformulons la question. Peut-on imaginer que des officiels américains bombardent une maison à Beverly Hills ou un quartier chic de Manhattan ? Restez à l’écoute.

Et que peut-on imaginer d’autre s’agissant d’une société hyper militarisée, qui est en guerre avec une bonne partie de la planète, qui est convaincue qu’elle a Dieu et l’Histoire à ses côtés ? Eh bien, la société de transport public de Boston, MBTA, a récemment annoncé qu’en coordination avecHomeland Security, elle prévoit de lâcher des bactéries mortes dans trois stations pendant les heures de fermeture des lignes cet été afin de tester les détecteurs d’agents biologiques, que les terroristes pourraient lâcher dans le métro. La bactérie, bacillus subtilis, n’est pas infectieuse, même vivante, selon le gouvernement. (3)
Cependant, là aussi il existe un précédent. Pendant cinq jours, en Juin 1966, l’armée a mené un test appelé « Une étude de la vulnérabilité des usagers du métro à New York City après une attaque clandestine avec des agents biologiques ». Des milliers de milliards de bacillis subtilis, variante niger, ont été lâchées dans le métro aux heures de pointe, en provoquant des nuages. Le rapport du test note que « lorsque le nuage a enveloppé les usagers, ils ont brossé leurs vêtements, puis regardé vers les grilles d’aération [situées au niveau de la rue] puis ont poursuivi leur chemin. » (4) Le vent provoqué par le passage des rames a éparpillé les bactéries le long des voies ; après le passage de deux trains seulement, les bactéries s’étaient répandues de la 15eme rue à la 58eme rue. (5) On ne sait pas combien de personnes sont tombées malades après avoir servi de cobayes involontaires parce que l’Armée des Etats-Unis, pour ce que l’on sait, ne s’est pas du tout intéressée à la question.

Pour le test prévu à Boston, le public n’a pas été prévenu des dates précises ; on ne sait pas non plus pendant combien de temps les bactéries seront présentes dans les stations ni quels sont les risques encourus pour les usagers avec un système immunitaire déficitaire.

Il faut noter que le test mené dans le métro de New York n’était pas le premier. L’Armée a reconnu qu’entre 1949 et 1969, 239 zones habitées dans tout le pays, y compris dans les territoires d’outre mer, ont été tapissées de différents organismes au cours de tests destinés à mesurer les voies de dissémination par air, les effets de la météo, les doses, le placement optimum des sources, et d’autres facteurs. Ces tests sont censés avoir été interrompus en 1969. (6)

Les officiels du gouvernement ont constamment nié que les agents biologiques pouvaient avoir un impact sur la santé malgré l’abondance d’arguments irréfutables et scientifiques qui démontrent qu’une exposition à de fortes concentrations d’organismes apparemment inoffensifs pouvait provoquer des maladies, au minimum dans les catégories les plus faibles de la population – les personnes âgées, les enfants, et les personnes atteintes de différentes maladies. « Un micro-organisme qui ne peut pas provoquer des troubles, ça n’existe pas, » a témoigné George Connell, assistant au directeur du Centre de Contrôle et de Prévention des Maladies, devant le Sénat en 1977. « Avec la bonne dose au bon endroit et au bon moment, et avec la bonne personne, il se passera forcément quelque chose. » (7)

Les Etats-Unis ont aussi utilisé des armes biologiques à l’étranger, de manière répétée, pas pour faire des test pour dans un but agressif. (8) Alors que répondra le pays de la haute (double) morale lorsque de telles armes seront employées contre lui ? Ou lorsque des drones étrangers s’abattront sur des villes américaines ? Ou lorsque de l’équipement de haute-technologie américaine sera saboté par une cyber-attaque comme les Etats-Unis avouent désormais l’avoir fait contre l’Iran ? Il y a un an, le Pentagone a déclaré que « le sabotage informatique par un pays tiers constituerait un acte de guerre... Si vous sabotez notre réseau électrique, il se pourrait qu’on vous envoie un missile par la cheminée, » a déclaré un officiel militaire américain. (9)
« Le vrai hypocrite est celui qui ne se rend plus compte qu’il est un hypocrite, celui qui ment en toute sincérité » - André Gide, 1869-1951

Barack Obama, sa mère et la CIA

Dans son autobiographie, Les Rêves de Mon Père, Barack Obama raconte comment il a pris un emploi après sa sortie de l’Université de Columbia en 1983. Il décrit son employeur comme « un cabinet de consultants auprès de sociétés multinationales » à New York, et ses fonctions comme « assistant à la recherche » et « rédacteur financier ».

Etrangement, Obama ne mentionne pas le nom de son employeur. Cependant, un article du New York Times du 30 octobre 2007 identifie la société comme étant Business International Corporation. Aussi étrange est le fait que le Times n’ait pas cru bon de rappeler à ses lecteurs ce que le quotidien lui-même avait révélé en 1977, à savoir que Business International Corporation servait de société écran aux employés de la CIA dans différents pays en 1955 et 1960. (10)
Le journal britannique, Lobster (« Homard » - NdT) – qui, malgré son nom saugrenu, est une publication internationale respectée sur le monde du renseignement – a révélé que Business International dans les années 80 faisait la promotion des candidats favoris de Washington en Australie et aux îles Fidji. (11) En 1987, la CIA renversa le gouvernement de Fidji au bout d’un mois au pouvoir parce que ce dernier avait déclaré les îles comme une zone libre du nucléaire, ce qui signifiait que les navires US à propulsion nucléaire ou transportant des matières nucléaires ne pouvaient plus faire escale. (12) Après le coup d’état, le candidat soutenu par Business International, beaucoup plus conciliant à l’égard des desiderata nucléaires de Washington, fut remis au pouvoir – R.S.K. Mara fut premier ministre ou Président des îles Fidji de 1970 à 2000, sauf pendant une période d’un mois en 1987.

Dans son livre, non seulement Obama ne mentionne pas le nom de son employeur, il ne mentionne pas non plus à quelle date il y a travaillé, ni quand il a quitté. Il se pourrait que ces omissions ne signifient rien, mais dans la mesure où Business International a une longue histoire de connivences avec le monde des services secrets, des opérations clandestines et des tentatives d’infiltration de la gauche radicale – dont Students for a Democratic Society (SDS) (13) – il est raisonnable de se demander si Obama n’aurait pas quelque chose à cacher sur ses propres liens avec ces milieux-là.
Plus étonnant encore est le fait que sa mère, Ann Dunham, a été pendant les années 70 et 80 employée, consultante, boursière ou étudiante d’au moins cinq organisations étroitement liées à la CIA au cours de la guerre froide : Ford Foundation, Agency for International Development (AID), Asia Foundation, Development Alternatives, Inc., et East-West Center of Hawaii. (14) Pendant une bonne partie de cette époque, elle a travaillé comme anthropologue en Indonésie et à Hawaï, bien placée donc pour recueillir des informations sur les communautés locales.

Comme un exemple des connexions de ces entreprises avec la CIA, prenons la révélation de John Gilligan, Directeur de AID sous le gouvernement de Carter (1977-81). « A un moment donné, de nombreuses agences locales d’AID étaient infiltrés de haut en bas par des gens de la CIA. L’idée était de placer des agents dans toutes les activités que nous avions à l’étranger, gouvernementales, volontariat, religieuses, toutes. » (15). Et Development Alternatives Inc est une organisation pour laquelle travaillait Alan Gross lorsqu’il a été arrêté à Cuba, accusé de faire partie de l’opération de déstabilisation du gouvernement cubain.

Comment les propriétaires de la société jouent avec leur bien

La Cour Suprême des Etats-Unis vient de confirmer la constitutionnalité de la loi sur l’assurance santé du Président Obama, la loi Affordable Care Act ("loi sur la santé abordable" - NdT). De nombreux progressistes sont très contents et considèrent cette décision comme une victoire pour la gauche.

Selon cette nouvelle loi, les gens peuvent en bénéficier de plusieurs manières, selon les critères suivants :
Leur age ; si leurs revenus sont inférieurs à 133% du seuil de pauvreté fédéral ; si leurs parents ont une assurance santé ; s’ils sont fumeurs ou non ; l’état de résidence ; leur état de santé ; s’ils sont habilités à acheter des assurances santé sur les nouveaux marchés appelés « bourses » ; et de nombreux autres critères... Ils peuvent obtenir une assurance de santé dans « un marché d’assurances concurrentiel » (soulignez « concurrentiel ») ; ils peuvent éventuellement postuler à différents types de crédits et réductions fiscales s’ils répondent à certains critères... Les auteurs de la loi affirment qu’elle fera économiser des centaines de milliers de dollars de médicaments aux bénéficiaires de MediCare en étendant la couverture. Ils disent que « elle oblige les sociétés d’assurance à rester honnêtes en établissant des règles claires qui limitent les principaux abus de la profession. »

Voilà à quoi ressemble une assurance santé aux Etats-Unis d’Amérique, au 21eme siècle, d’une complexité à occuper toute une armée d’avocats pendant les années à venir. A 150 km de là, dans la République de Cuba, les choses sont un peu différentes. Si vous êtes malade, vous allez voir un médecin. Vous avez automatiquement droit à tous les soins disponibles. Le médecin vous soignera du mieux qu’il pourra. Les compagnies d’assurance n’ont rien à voir là-dedans. D’ailleurs, il n’y a pas de compagnies d’assurance. Vous ne payez rien. Fin de l’histoire.

Sans aucun doute, la loi Affordable Care Act fera reculer de plusieurs années la lutte pour une couverture universelle de la santé. Sans aucun doute, c’était bien l’objectif recherché.

William Blum

Traduction par VD pour le Grand Soir avec probablement les fautes et coquilles habituelles malgré toutes les assurance prises
(1) Washington Post, January 23, 2000, p.1 ; ’The coup in Ecuador : a grim warning’, World Socialist Web Site, February 2, 2000 ; Z Magazine (Massachusetts), February 2001, pp.36-7(2) Washington Post, June 12, 2012
(3) Beacon Hill Patch (Boston), ’MBTA to Spread Dead Bacteria on Red Line in Bio-Terror Test’, May 18, 2012
(4) Leonard Cole, Clouds of Secrecy : The Army’s Germ Warfare Tests over Populated Areas (1990), pp.65-9
(5) New York Times, September 19, 1975, p.14
(6) ’Biological Testing Involving Human Subjects by the Department of Defense’, 1977, Hearings before the Subcommittee on Health and Scientific Research of the Committee on Human Resources, US Senate, March 8 and May 23, 1977 ; see also William Blum, Rogue State, chapter 15
(7) Senate Hearings, op. cit., p.270
(8) Rogue State, op. cit., chapter 14
(9) Wall Street Journal, May 30, 2011
(10) New York Times, December 27, 1977, p.40
(11) Lobster magazine, Hull, UK, #14, November 1987
(12) Rogue State, op. cit., pp.199-200
(13) Carl Oglesby, Ravens in the Storm : A Personal History of the 1960s Antiwar Movement (2008), passim
(14) Wikipedia entry for Ann Dunham
(15) George Cotter, ’Spies, strings and missionaries’, The Christian Century (Chicago), March 25, 1981, p.321

mardi 30 août 2011

Obama et les Afro-Américains



Barack Obama devrait recueillir environ 90% des suffrages de l’électorat noir à l’occasion de l’élection présidentielle de 2012. Mais le taux de participation des Afro-Américains risque d’être inférieur à 2008, comme le souligne le journal Politico dans cet article qui fait état de la frustration d’intellectuels et politiciens noirs face à la performance du président.
Politico cite notamment la représentante de Californie Maxine Waters, qui a reproché récemment à Barack Obama sa décision de visiter uniquement des communautés blanches du Midwest pour défendre sa stratégie économique (la récession a fait plus mal aux Noirs et aux Latinos qu’aux Blancs, comme on peut le lire ici) :
«Nos gens souffrent. Le chômage est inacceptable. Nous ne savons pas quelle est la stratégie (du président). Nous ne comprenons pas pourquoi cette tournée aux États-Unis n’inclut aucune communauté noire.»
Politico cite également le maire d’Atlanta, Kasim Reed, qui défend Barack Obama :
«Si le président commençait à parler directement aux Afro-Américains à propos de ce qu’il fait pour eux, de ce qu’il a fait pour eux en tant que premier président afro-américain, cela pourrait avoir un effet très négatif durant une campagne présidentielle. Je pense que les Afro-Américains comprennent cela. (…) Une petite réduction dans la participation de l’électorat afro-américain pourrait avoir un effet dévastateur sur ses chances d’être réélu. Et je demande aux critiques de me dire quelle serait la meilleure solution de rechange pour les Noirs. Michele Bachmann? Mitt Romney? Rick Perry?»
Richard Hetu

mardi 21 juin 2011

Le pourquoi de la rage de Paris envers la Lybie

Les 30 milliards de dollars saisis par M. Obama appartiennent à la Banque centrale libyenne et étaient prévus pour la contribution libyenne à la finalisation de la fédération africaine à travers 3 projets phares : la Banque africaine d’investissement à Syrte en Libye, la création dès 2011 du Fonds monétaire africain avec un capital de 42 milliards de dollars avec Yaoundé pour siège, la Banque centrale africaine avec le siège à Abuja au Nigeria dont la première émission de la monnaie africaine signera la fin du Franc-cfa grâce auquel Paris a la mainmise sur certains pays africains depuis 50 ans.
On comprend dès lors et encore une fois la rage de Paris contre Kadhafi.
Le Fonds monétaire africain doit remplacer en tout et pour tout, les activités sur le sol africain du Fonds monétaire international qui, avec seulement 25 milliards de dollars de capital a pu mettre à genoux tout un continent avec des privatisations discutables, comme le fait d’obliger les pays africains à passer d’un monopole public vers un monopole privé.
Ce sont les mêmes pays occidentaux qui ont frappé à la porte pour être eux aussi membres du Fonds monétaire africain et c’est à l’unanimité que le 16-17 décembre 2010, à Yaoundé les Africains ont repoussé cette convoitise, instituant que seuls les pays africains seront membres de ce FMA. Il est donc évident qu’après la Libye, la coalition occidentale déclarera sa prochaine guerre à l’Algérie, parce qu’en plus des ses ressources énergétiques énormes, ce pays a une réserve monétaire de 150 milliards d’Euros. Ce qui devient la convoitise de tous les pays qui bombardent la Libye et qui ont tous quelque chose en commun.
Ils sont tous financièrement en quasi faillite, les Usa à eux seuls ont 14.000 milliards de dollars de dettes.
La France , la Grande-Bretagne et l’Italie ont chacun environ 2.000 milliards de dettes publiques alors que les 46 pays d’Afrique noire ont, au total, moins de 400 milliards de dollars de dettes publiques.
Créer de fausses guerres en Afrique dans l’espoir de trouver de l’oxygène pour continuer leur apnée économique qui ne fait que s’empirer ne fera qu’enfoncer les Occidentaux dans leur déclin qui a pris son envol en 1884, lors de la fameuse Conférence de Berlin.
Car comme l’avait prédit l’économiste américain Adams Smith en 1865, dans son soutien à Abraham Lincoln pour l’abolition de l’esclavage, « l’économie de tout pays qui pratique l’esclavage des Noirs est en train d’amorcer une descente vers l’enfer qui sera rude le jour où les autres Nations vont se réveiller ».

dimanche 19 juin 2011

Haiti-USA-Realpolitik : L’Amérique face à ses échecs humains La politique américaine de déportation des Haïtiens


Les Etats-Unis d’Amérique se sont toujours targués d’être le pays qui s’est construit lui-même à partir de rien, dans le sens où, au départ, la cohésion sociale n’était pas générée par un ensemble de traditions favorisant un sentiment d’appartenance bénéfique sur le plan des relations humaines, mais plutôt par la mise en place d’un complexe institutionnel qui a assuré la cimentation de cette population formée de citoyens d’origines diverses. Le Bill of Rights est le pivot de cette structure institutionnelle. Il garantit le droit inaliénable qu’a tout citoyen de se réaliser dans un espace communautaire qui entend sacraliser les notions de liberté et d’égalité.

Evidemment, il suffit d’évoquer l’esclavage des Noirs et le génocide des Indiens pour que le mythe de l’origine immaculée s’effondre. Mais comme tout mythe politique, il a sa fonction psycho-sociologique qui ne manque pas d’efficacité sur une portée plus que locale. Dès la naissance de cet Etat fédéral, l’idée d’Amérique est, dans l’imaginaire des peuples du monde, associée à l’idée de liberté : celle qu’imposent les grands espaces, celle que procure presque naturellement une immense société qui ne connaît ni souverains, ni aristocrates, celle que ces hommes déterminés ont conquise sur la toute puissante Albion. En1886, à l’occasion du centenaire de la déclaration de l’indépendance de l’ancienne colonie britannique, la France admirative offre à cette super-nation la statue de “La Liberté éclairant le monde”. “Donnez-moi vos fils fatigués, vos pauvres, vos masses qui ont envie de respirer un air libre”, lit-on encore en anglais sur le socle soutenant la sculpture colossale de Frédéric-Auguste Bartholdi. Pour notamment des millions d’immigrants qui ont traversé l’Atlantique, cette dame majestueuse, qui brandit sa torche sur Liberty Island dans la baie de New York, a été pendant longtemps le symbole par excellence de l’immensité des possibilités. “Voici le pays où on peut être maître de son destin, la terre où on peut se faire, se conquérir soi-même”. Aujourd’hui encore, dans bien des esprits et des imaginaires, les USA sont le paradis du selfmade, l’homme qui est le fils de ses oeuvres, qui est l’artisan de sa fortune, qui est arrivé par lui-même, lisons-nous mot pour mot dans le dictionnaire bilingue (anglais-français) Harrap’s.

Mais chez l’Oncle Sam, les possibilités sont surtout et avant tout comprises comme étroitement économiques. C’est le pays qui sacralise la réussite économique et qui, pour cette même raison, diabolise l’échec économique. Aux Etats-Unis, la valeur d’un homme (ou d’une femme) est estimée en fonction de sa réussite matérielle. Et la pire insulte dont on peut être victime, est celle de loser (perdant, raté, minable…). Ne pas être un winner (gagnant), c’est n’être rien. Evidemment, une société qui a du mal à comprendre la valeur humaine en dehors des critères socio-économiques ne peut pas facilement comprendre que l’“échec” d’un individu peut être supérieur à la “réussite” d’un autre, dans la mesure où les jeux (dans le double sens de ce qu’on joue et la façon dont on joue) etles enjeux ne sont pas nécessairement de valeur équivalente. But, this is not the point here. Il est important de signaler que dans une telle atmosphère, le jeu (socio-économique) n’est pas un simple jeu. C’est une guerre dans le sens fort du terme. Une guerre impitoyable. Et parce que la société tient au mythe de l’american dream, le loser est diabolisé. Car la société qui est censée offrir toutes les possibilités de réussite de façon exhaustive, selon le principe politique idéaliste du meilleur des mondes possibles, ne peut pas receler en elle-même des facteurs d’échec. Celui ou celle qui échoue est nécessairement responsable de son échec. Il/elle n’avait qu’à être moins paresseux(se), moins immoral(e), moins stupide. Or, pas besoin de faire appel au rouleau compresseur conceptuel de Karl Marx pour savoir que la fabrication à la chaîne de “losers” est dans la logique intrinsèque du capitalisme dans la mesure où celui-ci repose sur un darwinisme social qui est le moteur a-moral même de la prospérité du petit nombre. Mais dans une société hypocrite qui se nourrit de l’idéologie du “no citizen left behind”, le loser est d’autant plus condamnable et méprisable qu’il est pleinement et entièrement responsable d’être un loser. Shame on him/her.

Dans un tel contexte, on ne doit pas s’étonner si nombre de ces laissés-pour-compte, humiliés au plus profond d’eux-mêmes, vivent généralement dans les marges de ce qui est autorisé par la société. Mode de vie qu’ils peuvent adopter en fonction d’une implacable nécessité de survie, mais aussi par provocation/contestation envers cet ordre social dans lequel ils ne trouvent pas leur place. Dans le mépris quotidien dont il est victime, dans son impuissance même à se faire accepter, l’exclu trouve facilement une raison éminente et légitime à ses yeux pour survivre ou s’affirmer dans le dés-ordre.

Notre objectif dans cet article n’est nullement d’innocenter ou même de réhabiliter les losers en question (dont les types sont aussi multiples que ceux des hommes vivant aux USA), mais de cerner une stratégie qui, du sommet à la base de la pyramide des appareils de l’Etat, gouverne le rapport que la nation étoilée entretient avec ses losers. Nous dirigerons particulièrement notre attention sur le mode de traitement que le gouvernement américain inflige à cette catégorie de losers particuliers qui, d’origine haïtienne, sont accusés de crimes de droit commun. Si ces cas cliniques nous préoccupent en priorité, c’est parce que notre démarche s’inscrit profondément dans l’actualité et qu’elle espère avoir la valeur d’une réaction critique par rapport à une urgence conjoncturelle qui ne peut ne pas nous interpeller. Nous voulons appréhender ce qui se cache derrière le fait qu’une semaine après la tragédie du 12 janvier 2010, l’administration Obama n’a pas hésité à déporter 27 ressortissants haïtiens accusés d’actes illégaux ; le fait qu’en avril dernier, elle a pris la même décision avec 19 autres, faisant fi de la voix de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme qui n’a cessé de mettre l’accent sur le caractère inhumain de ces actes et de demander aux Etats-Unis de les arrêter. Notre objectif dans cet article est de comprendre cette politique de déportation en la situant dans un cadre stratégique plus général, celui de la gestion par les Etats-Unis d’Amérique de leurs propres échecs humains.

L’une des victimes de ce mode de gestion, dont le cas a soulevé l’indignation de beaucoup d’observateurs, s’appelait Wildrick Guerrier. Il était encore adolescent quand il est arrivé aux Etats-Unis en 1993. Il avait mené une vie sans histoire jusqu’au mois de janvier dernier où son destin a fatalement chaviré. Reconnu coupable d’avoir eu en sa possession une arme à feu alors qu’il était sur son lieu de travail, cet Haïtien de 34 ans, qui travaillait comme agent de sécurité privé, fut déporté dans son pays d’origine. Emprisonné à son arrivée en Haïti, il mourut très vite, victime de l’épidémie de choléra. C’est alors que la déportation elle-même est devenue un sujet politique brûlant aux Etats-Unis. En réaction à cette situation révoltante dont le cas Guerrier n’est qu’une banale illustration, le Center for Constitutional Rights a lancé une campagne de protestation au moyen d’une vidéo que le public pouvait visionner au centre même de Manhattan, à Times Square, cette fameuse place-symbole-de-la-liberté-d’acheter-et-de vendre de l’homme américain : “Des milliers d’êtres humains meurent de l’épidémie de choléra. Pourquoi les USA continuent-ils à déporter des personnes en Haïti”, disait le slogan qui résumait l’esprit de cette campagne. Mais très rapidement, cette vidéo, que l’on peut encore visionner sur Internet, a été enlevée de Times Square par CBS Outdoor, responsable de la diffusion. Les censeurs de la chaîne ont trouvé l’entreprise “trop sujette à controverse” (too controversial). Raison d’Etat ? Pas très loin de la 42e rue, sur Hudson River, la grande dame tient altière sa torche : “D’ici, la liberté éclaire le monde”.

Non, vous ne rêvez pas. Tout cela se passe en 2011 et c’est l’administration Obama qui est aux commandes. Quand le jeune et brillant métis fut élu, l’auteur de cet article a éprouvé une grande joie dont la flamme fut attisée par sa satisfaction de voir se réaliser la prophétie qu’Anténor Firmin a énoncée plus d’un siècle plus tôt à travers les pages de De l’Egalité des races humaines. L’auteur de cet article était satisfait mais il ne partageait pas pour autant cet optimisme euphorique dans lequel baignait la communauté haïtienne de New York. Car il savait qu’un président des Etats-Unis est (quelle que soit sa couleur de peau) un président des Etats-Unis et qu’il ne faut surtout pas se mettre à danser avant d’entendre la musique du bal. L’auteur de cet article fut ravi de voir le nouvel homme fort de la maison blanche divorcer d’avec la langue de bois de ses prédécesseurs en ce qui a trait au conflit israëlo-palestinien ; il fut admiratif envers l’ancien élève de Harvard quand ce dernier a eu le courage de proposer et de défendre la loi sur la couverture médicale universelle dans un pays où, le plus naturellement du monde, la santé n’est pas considérée comme un droit humain. Mais la politique de déportation des Haïtiens est, parmi d’autres, un élément-memento qui nous ramène à la tautologie implacable du départ : “ Un président américain est et reste avant et malgré tout un président américain”. Nous entendons par là que, dans le fond, il n’y a pas et il n’y a jamais eu de différence essentielle et majeure entre la conception de la politique des républicains et celle des démocrates. Les Etats-Unis sont un pays de doctrine unique où deux partis aussi semblables que “ 50 kòb et 2 gouden” “s’affrontent” en faisant des variations sur des opinions qui leur sont communes à tous les deux. Si, lorsqu’Obama a proposé la loi sur la couverture médicale, on l’a violemment traité de “gauchiste”, c’est parce que, justement, ce mot représente l’insulte politique suprême aux Etats-Unis de la même façon que qualifier quelqu’un d’hérétique constituait l’accusation suprême au temps de l’Inquisition. Nous devons comprendre que mener une politique “de gauche” aux Etats-Unis est aussi impensable que le fait pour un aigle des Appalaches de cesser d’être un aigle des Appalaches. Oui, le gauchisme (dont le souci, comme nous le savons, est avant tout l’équité sociale) est exclu de la politique américaine de la même façon que le concept d’angle aigu est exclu de celui du carré. Il n’est pas seulement inorthodoxe, il est en lui-même une impossibilité logique.

Une fois qu’on est d’accord qu’il y a une vision et une orientation de la politique américaine qui transcendent la volonté individuelle de n’importe quel chef d’Etat américain, on peut comprendre que la politique de déportation des Haïtiens puisse relever d’exigences qui dépassent la simple conjoncture Obama. Elle est ancrée dans une gestion de la société dont Obama n’a fait qu’hériter et appliquer les principes comme le plus sage des enfants sages. La politique de déportation des Haïtiens s’inscrit dans celle plus grande de la gestion de ses échecs humains par l’Etat américain.

Les Etats-Unis d’Amérique encouragent la fuite des cerveaux internationale parce qu’ils en sont les premiers bénéficiaires, mais sans le moindre scrupule, dans le refus délibéré d’assumer leurs échecs, ils renvoient chez les autres le “négatif” humain que leur société a fabriqué de toutes pièces. Tout se passe comme si, en fonction d’un essentialisme chimérique, le citoyen “déloyal” et de surcroît démuni n’appartient pas et ne peut pas appartenir à l’Amérique lors même que la société américaine en serait pleinement productrice. Mais, disons-nous, cette pratique de rejet de son propre produit hors du territoire relève d’une logique plus globale qui est celle de la gestion de ses échecs humains en général. Ce que nous pouvons mieux comprendre si, variant les paramètres, nous nous intéressons à ces Américains si américains que, voulant les châtier, on ne peut les déporter nulle part.

Nulle part ? Les prisons sont ces espaces “étrangers” qui, enclavés dans le territoire américain, permettent au gouvernement de gérer ses échecs humains en les confinant dans des territoires parallèles qui représentent le négatif (dans le sens photographique du terme) du “meilleur des mondes possibles” que la société américaine vante dans son discours idéologique. Est-ce un hasard si les Etats-Unis d’Amérique sont largement en tête des pays avancés en ce qui concerne le taux d’incarcération par habitants ? Selon Loïc Waquant, professeur à l’Université de Californie (Berkeley), le gouvernement américain a toujours pratiqué ce qu’il appelle “la criminalisation de la misère”. Il préfère construire pour les pauvres des centres d’incarcération plutôt que des écoles ou des centres de soin. D’ailleurs, selon le sociologue, à la fin du siècle dernier, sur Bill Clinton, “ l’augmentation des budgets et celle des personnels consacrés à l’emprisonnement n’ont été possibles qu’en amputant les sommes vouées aux aides sociales, à la santé et à l’éducation”. La prison n’est que le moyen optimal permettant de contrôler et de punir les catégories de la population jugées insoumises à la logique économique injuste. “ Car partout où elle parvient à devenir réalité, l’utopie néo-libérale apporte dans son sillage, pour les plus démunis mais aussi pour ceux qui sont appelés à tomber hors du secteur du salariat encore protégé, non pas un surcroît de liberté, mais sa réduction, voire sa suppression.”(Cf. Manière de voir 53/ Le Monde diplomatique, p.25, oct. 2000)

Le citoyen non-rentable et anti-productif est non seulement culpabilisé et diabolisé, mais aussi il est ainsi mis hors jeu sans que l’opinion publique puisse se rendre compte qu’à travers ce dispositif, le système se protège lui-même en protégeant le mythe de son succès tout en protégeant la minorité qui en profite. Les conséquences sont évidentes. La couleur de peau et l’origine (et les conditions) sociale(s) rendant plus difficile la sortie du ghetto, des pratiques de survie et de transgression incluant les actes les plus répréhensibles pénalement deviennent le mode de vie typique de l’homme ou de la femme du ghetto. Car comme Sartre l’a lui-même reconnu à travers sa philosophie de la liberté radicale de l’homme, il arrive parfois que les possibilités de choix se rétrécissent à un point tel que la liberté de choix elle-même n’est rien d’autre qu’une alternative entre la vie et la mort. Dans le contexte qui nous concerne ici, l’alternative est souvent entre l’illégalité et… la mort. Ainsi la reproduction sociale prend l’allure d’un cercle vicieux dans lequel se perpétuent le système d’inégalité ainsi que la carte géographico-ethnico-sociale de la criminalité qui englobe très peu les milieux favorisés.

Les Haïtiens que l’on déporte, quand ils ne sont pas tout simplement innocents, appartiennent souvent à cette race d’hommes là. Et cette politique de déportation, disons-nous, s’inscrit dans celle plus globale de la gestion de ses propres échecs par le système américain. Pour cet aspect de la problématique, la “solution” apportée est même plus commode que l’incarcération. Car ce pays champion du pragmatisme que sont les Etats-Unis ne pourrait pas ignorer qu’un homme déporté est un prisonnier en moins à entretenir.

Evidemment, c’est la société haïtienne elle-même qui est concrètement affectée à travers la sanction infligée à ces déportés. Ces Haïtiens rejetés par l’administration américaine sont souvent des hommes et des femmes qui, émigrés très tôt, ont perdu tout lien affectif voire culturel avec le pays d’origine et qui, pour certains d’entre eux, ayant attrapé le virus du petit ou grand banditisme sur le sol américain, viennent augmenter le taux de criminalité en Haïti. Mais ce que nous avons montré plus haut nous interdit de céder au discours paranoïaque de rigueur, de corroborer cette théorie du complot selon laquelle ces déportations relèveraient d’une politique menée délibérément en vue du boycott de l’entreprise de reconstruction nationale. Il s’agit tout simplement d’une politique froidement cynique, un cas de realpolitik résultant du fait que le gouvernement américain juge plus rentable et plus commode de jeter hors du système social américain les éléments qui ne sont pas au diapason avec ce système. Les autorités américaines confortent ainsi le principe manichéen du bon immigrant (qui doit être nécessairement américain) et du mauvais immigrant (qui ne peut pas être américain) dans “le meilleur des mondes possibles” qui ignore le dysfonctionnement systémique.

Wildrick Guerrier était probablement un paisible citoyen qui a fait l’erreur d’apporter une arme à feu sur son lieu de travail dans un pays où le port d’armes est, rappelons-le, monnaie courante. Ce faux pas lui a coûté la vie. Mais avant tout, c’est un système qui l’a tué. De la même façon que ce mêmesystème, dans une certaine mesure, contribue à handicaper la stabilisation sociale d’Haïti à travers ces femmes et ces hommes dont les erreurs sont moins bénignes mais qu’il renvoie dans la société haïtienne comme des produits avariés. Cet article est une façon de crier sur les toits du monde que la petite république caraïbe ne peut pas, dans son propre calvaire, grimper le mât suiffé humain que la puissance étoilée y ajoute à travers ces échecs humains qui sont bel et bien les siens. Cet article est pour le droit des perdants à vivre et à se refaire un destin là où ils ont appris à “perdre”.

* Professeur à Pace University, New York. Auteur de Vitalité et Spiritualité : Apologie du rapport-au-monde afro-haïtien. Paris : Editions L’Harmattan, 2009.