mercredi 9 octobre 2019

La misère explose à Paris


Il y a une explosion de la pauvreté à Paris, jamais autant vu de monde faisant la queue devant les stands mobiles du resto du coeur, vu aussi que les points de distribution de nourriture se multiplient, puis aussi beaucoup de gens qui le soir venu essayent de se faire une petite place sur un bout de trottoir, et si vous longez le bd de l'Hôpital c'est carrément un village de bric-à-brac qui fait face au commissariat.

Là, c'est un homme qui tente de faire face au froid, s'installant sur une bouche de métro et en s'enveloppant de plastique bulle.

Cette situation de grande paupérisation n'est pas normale, dans un pays qui fait des cadeaux par dizaines de milliards aux plus nantis.

E.Z

Doha day 10 : La fin d'un spectacle inédit


L’épilogue du spectacle des mondiaux a eu lieu ce dimanche avec un public qui a apporté de nouvelles sonorités dans les tribunes pour faire un dernier baroud d’honneur. A ce jeu d’ambiance l’Afrique de l’Est a gagné. Le Kenya, l’Ethiopie, l’Ouganda ont été très bruyants dans leurs chants qui accompagnaient les efforts de leurs athlètes.


Le demi-fond et les longues distances ont sacré les derniers champions. Au 1500 m, le kenyan Timothy CHERUIYOT (3.29.26) est parti en front runner et n’a jamais pu être rattrapé par ses poursuivants, attendant sans doute qu’il craque. Avec panache, il a tenu son pari  et surtout son rôle de leader mondial de la distance. La deuxième place a été l’objet d’une belle bagarre. 



L’Algérien Taoufik MAKHLOUFI (3.31.38) s’adjuge le sprint terminal dans lequel s’insère le Polonais Marcin LEWANDOWSKI (3.31.46). On a pu constater à quel point, dans ces championnats les progrès techniques ; les courses longues se jouent au sprint, la vitesse terminale reste la clef des victoires.


Les athlètes développent de grandes aptitudes techniques de pose d’appui et d’équilibre par des bras actifs digne des sprinter court. Le 10 000 m reste toujours un moment très attendu des championnats en donnant à la lutte fratricide Kenya/Ethiopie un paroxysme dans le public durant les tours de piste. 


Les tambours ougandais répondaient aux clameurs éthiopiennes venues des quatre coins du stade. Ce match a bien eu lieu, mais c’était sans compter sur le champion de l’Ouganda Joshua CHEPTEGEI (26.48.36) qui est venu brouiller les cartes pour confirmer les progrès ougandais observés lors de ce championnat (2 médailles d’or). L’Ethiopien Yomif KEJELCHA () s’adjuge l’argent en laissant le bronze au Kenyan Rhonex KIPRUTO (26.50.32).


Les deux concours de Javelot et de saut en longueur ont gratifié de belles performances mais surtout ont sacré deux jeunes qui entrent dans la cour des grands. Au javelot hommes, le ressortissant de Grenade Anderson PETERS (86,89m) 22 ans, a confirmé les progrès des nations de la Caraïbe dans les lancers, des disciplines souvent réservées aux nations européennes.


Les Progrès déjà entrevus lors des Carifta games se confirment. L’Estonien Magnus KIRT ( 86, 21m) s’adjuge de l’argent, l’Allemand Johannes VETTER (85,37m) prend le bronze. En saut en longueur, la jeune allemande de 25 ans, Malaika MIHAMBO (7,30m) n’a laissé aucun doute à ses adversaires avec 3 sauts à plus de 7m. Elle s’affirme en véritable leader de la discipline. 


Cette athlète montre une très grande sérénité dans l’approche et la gestion du concours. Aucun aller-retour intempestif avec un coach, des gestes calmes, contrôlés avec une technique associée à une grande capacité de vitesse dans la course d’élan ; une grande maîtrise technique où la moindre erreur est fatale. L’Allemande n’a laissé aucune chance à l’Ukrainienne Maryna BEKH-ROMANCHUK (6,92m) et la Nigériane Ese BRUME (6,91m) au premier essai.


Le match USA-Jamaïque au 100 m haies était attendu, tant les protagonistes avaient affiché des chronos de folie durant l’année. Les haies restent une course de 10 obstacles pleine de rebondissements et les arrivées sont tributaires d’une technique maîtrisée surtout lors des passages des haies, les chutes sont nombreuses. Le coureur de haies est un technicien hors pair de la course. A ce jeu, les américaines ont imposés leur hégémonie sur une discipline qu'ils affectionne particulièrement par un doublé. Nia ALI (12.34) remporte l’or, Kendra HARRISON (12.46) en argent dominent la Jamaïcaine Danielle WILLIAMS (12.41) en bronze pourtant arrivée leader de la discipline.


Les relais 4x400 m concluent comme à l’accoutumée les championnats. Ces épreuves donnent les derniers suspens de plus de dix jours de compétition. Les deux relais n’ont souffert d’aucune contestation tant les USA ont maîtrisé leur sujet et surtout tans leur réservoir de sprint est volumineux. Ils peuvent se permettre de mettre en réserve leurs meilleurs pour les finales et faire courir des jeunes dont leur mission consiste à qualifier l’équipe pour les finales en série. L’équipe de France n’est pas dans cette configuration tant les réserves sont faibles et la discipline 400 m mal abordé dans les programmes de formation athlétique. Seul le relais masculin a couru les finales comme rescapé, une illustration finale du naufrage de Doha.


Chez les hommes le podium gagnant est USA (2.56.69)- Jamaïque (2.57.90)- Belgique (2.58.68). Chez les femmes ont aurait cru voir le même podium. Les américaines s’imposent (3.18.92) avec trois filles en 49 secondes ce n’était sans compter sur le retour fulgurant des polonaises 2 ème (3.21.89). Après une contestation la Jamaïque (3.22.37) a été confortée dans sa troisième place.


Les mondiaux de Doha ont été comme on a pu le vivre d’une grande facture, en, dépit de nombreuses critiques et dans des conditions climatiques extrêmes. Des choses sont à revoir dans l’organisation, les transports, le métro, les embouteillages, le merchandising, la sonorisation du stade voire l'animation de la manifestation. Cependant les mondiaux n’ont souffert d’aucun incident de sécurité où on ne voyait pas un déploiement d’hommes en armes comme souvent lors de tels événement. Les places n'étaient pas chères. Lors de ses premières conclusions Sebastian Coe, le président de Word Athlétics , le nouveau nom de la fédération internationale, a exhorté le succès de Doha. L'athlétisme se tourne inexorablement vers le spectacle et Doha marque le début d'une nouvelle époque. Le meilleur de tous les mondiaux : 6 records des championnats ont été battus 21 records continentaux soit deux fois plus qu’en 2017 et 86 records nationaux.


A la table des médailles, les USA avec 29 médailles dont 13 or ont dominé la compétition dans le golfe persique, la première sous de telles latitudes. Le Kenya arrive en 2 éme place avec 11 médaille dont 5 or. ; la Jamaïque dans l’ère post BOLT prend la 3 eme place avec 7 médailles dont 3 or. Les nations de la Caraïbe sont bien présentes et placent des jeunes dans de nouvelles disciplines autres que le sprint. A travers ces chiffres, on ne peut que mesurer la crise, la descente aux enfers de l’athlétisme national face aux poussées internationales et surtout le rajeunissement de l’élite. 


Nos ressortissants guadeloupéens, fruit de ce système n’ont pas brillé. A 10 mois de Tokyo, le challenge semble être difficile, tant Doha a révélé les failles d’un système à bout de souffle.

Merci DOHA, Vive EUGENE 2021

Harry Méphon
Doha, 9/10/19

lundi 7 octobre 2019

Doha day 9 : L'envol des performances


Les mondiaux se terminent en trombe. 


Ce samedi dans la nuit de Doha, les athlètes ont puisés au fond d’eux-mêmes et révélés des performances inattendues. La plupart des athlètes à ce stade de la compétition ont déjà fait leur entrée, les finales pour certains concrétisent leurs attentes de nombreuses saisons de sacrifices ou révèlent leur talent jusque là endormi. 

La fonction de la compétition est le juge de paix. Elle permet de valider la pertinence des programmes de développement, la programmation des coaches et la fiabilité de l’athlète. 


La dureté de l’athlétisme est que le verdict est souvent sévère et tombe en peu de temps. Le bonheur se joue, sur un événement, des fractions de secondes, quelques centimètres, une erreur technique, un mauvais placement, une faute réglementaire.


La sanction frappe l’athlète qui doit revenir 2 ans après, c’est le cas du championnat du monde ou encore 4 ans dans le cas des jeux olympiques avec en suspens une éventuelle qualification souvent non garantie. Voir les réactions des champions après une victoire est aussi comprendre le sens, le ressenti de tout ce que résume l’aboutissement d’un succès : vaincre la frustration, l’adversité au prix de lourds sacrifices, un accomplissement d’une vie. 

Les médias avides d’images sensationnelles passent sous silence cet aspect fondamental pour un sportif. Sans être dupe de l’usage politique que représente le succès d’un champion. il traduit aussi place d’une nation dans l’hégémonie à l’échelon mondial de la compétition qui se joue entre les grandes puissances de la planète. Autrement dit, le sport ne traduit que la guerre sous d’autres formes.



Revenons à la piste. 

Les dernières épreuves de qualifications ont livré leur finalistes dans les concours de longueur femmes, du javelot hommes, en course aux 100 m haies et aux relais 4x400 m hommes et femmes. Les athlètes guadeloupéennes de l’équipe de France n’ont pas pu passer le cap. En longueur, nos ressortissantes restent à 6,46 m. Eloise Lesueur et Yanis David calent en dépit d’un dernier mordu par David, qui visiblement semblait loin. 


La plasticine de la planche d’appel vous oblige son respect. 

Au 100 m haies, Fanny Quennot dans un couloir extérieur semblait être dans un jour sans . Surement déconcentrée par le coup de tonnerre de la disqualification de la championne olympique l’américaine Brianna McNeal suite à un faux départ.

La guadeloupéenne réalise une course très décousue avec des erreurs techniques. Souhaitons un avenir meilleur pour nos ressortissantes pour Tokyo, elles ont 10 mois de travail pour faire le point. 

Le javelot hommes fut tranquille pour les favoris. Les relais 4x400 m hommes et femmes ont permis aux grandes nations de quarter miler de se qualifier. La France, à son niveau, sur deux relais engagés ne qualifie que son relais hommes.


Les courses de longues distances ont donné un beau spectacle. Sifan HASSAN (3.51.95), la néerlandaise , championne du monde du 5000 m établit un nouveau record du championnat. Elle a fait le grand écart ne laissant peu d’espoir à la Kenyane Faith KIPYEGON (3.54.22) et l’Éthiopienne Gudaf TSEGAY (3.54.38). Au 5000 m femmes, le doublé du Keyna dans une fin de course ultra rapide atteste des ressources retrouvées du Kenya qui, en cette soirée place ses ressortissants sur les podiums au plus hautes places. La kenyane Hellen OBIRI (14.26.72) toute comme HASSAN établit une meilleure performance de championnat. elle devance Margaret Chelimo KIPKEMBOI (14.27.49) et la surprenante allemande Konstanze KLOSTERHALFEN (14.28.43) qui a manqué de vitesse terminale face à ses rivales.

Le triple saut féminin a eu un gout sud américain et Caribéen. C’est un concours d’une grande intensité que se sont livrée les leaders de la saison. L’immense vénézuélienne Yulimar ROJAS (15,37m) a tenu son rang en gratifiant le public de deux sauts à plus de 15 m elle devance la Jamaïcaine Shanieka RICKETTS (14.92m) et la Colombienne Caterine IBARGUEN (14.73m).


Au poids, les hommes ont écrit un scénario digne d'un western avec pour titre: "pour quelques centimètres de plus". Dans ce film, les trois protagonistes du podium marqués par un doublé américain ont tutoyé les 23 m Joe KOVACS (22,91 m) Ryan CROUSER (22,90), le Néo zélandais Tomas WALSH (22,90 m)
Les relais en athlétisme témoignent de l’état de santé de votre discipline. 


Le clou de la soirée fut les relais, le show de présentation donnait à l’événement encore plus de dramaturgie. Chez les femmes, les jamaïcaines (41.44) ont voulu affirmer leur domination sur le sprint féminin mondial en montrant qu’elles ont de la réserve. Les anglaises en gros progrès prennent l’argent (41.85) derrière des américaines (42.10) décapitées de leurs meilleurs éléments. 


Chez les hommes, c’est nul doute le 4x100 m le plus rapide de l'histoire (en moyenne de performance) qui a n’a jamais été couru au monde qui s’est déroulé à Doha. Le sprint était en état de grâce dans cette finale où le relais français n'a pas su profiter de l'aubaine. Il s’arrête suite à une grande faute de transmission au premier passage. Adepte de la "bonne technique", privilégiant le groupe sur la vitesse des individualités, cette option subjective n’a pas payé ce soir dans les hautes sphères de la vitesse. Vicaut parti trop vite n’a pas être rattrapé par Golitin manifestement en manque de vitesse terminale. Cette course marque une descente aux enfers et surtout un net recul du sprint français au niveau international.

Cette course folle de tous les records – 5 équipes sous les 38 seconde- est remportée par le team de choc USA emmené par les jeunes flèches Christian COLEMAN, Justin GATLIN, Michael RODGERS, Noah LYLES qui établissent un record national (37.10) après plus de 10 ans de disette au sommet mondial, la Grande Bretagne (37.36) Adam GEMILI, Zharnel HUGHES Richard KILTY Nethaneel MITCHELL-BLAKE en argent dépossède la France du record d’Europe; le Japon (37.43) Shuhei TADA Kirara SHIRAISHI ,Yoshihide KIRYU Abdul Hakim SANI BROWN en bronze frappe un grand coup avant Tokyo prend le record d’Asie; le Brésil (37.72) Rodrigo DO NASCIMENTO, Vitor Hugo DOS SANTOS, Derick SILVA, Paulo André CAMILO DE OLIVEIRA bien que 4 éme bat de record d’Amérique du Sud.

Dans les rues de DOHA très tard dans la nuit les Éthiopiens ont montré à leur rival de toujours le Kenya l'étendue de leurs réserve sur Marathon. 

Le doublé après une arrivée au sprint de Lelisa DESISA (2h10.40) et Mosinet GEREMEW (2H10.44) montrent qu’en l’absence de Kenenisa BEKELE (2H01.41 ), ce pays reste ultra compétitif. Le Kenyan Amos KIPRUTO (2.10.54) prend le bronze. 

Cinquante-cinq  concurrents ont terminé cette course ravageuse et 18 abandons nous rappelle aussi que les conditions étaient extrêmes pour les organismes.

En cette fin de compétition, dans le golfe persique, les Etat-Unis sont revenus au premier plan dans l’athlétisme international, ce qui atteste de la qualité des plans de développement, ceux produit dans les Universités.


Derrière le Kenya, presque à domicile et la Jamaïque qui fait mieux que résister dans l’ère post Bolt. Cette nation de la Caraïbe a su se diversifier dans d’autres sphère que le sprint (les sauts, les lancers). Nos ressortissants guadeloupéens bien que présent doivent être sans doute mieux accompagnés pour être plus compétitif dans un contexte de grave crise nationale enfin révélée dans la discipline et d’une élite vieillissante qui peine à se renouveler. De grandes questions se posent.


Harry Méphon
Doha, 7/10/19

Doha day 8 : Les mondiaux prennent de la hauteur


Ce vendredi, jour de week-end à Doha, il fallait venir très tôt pour ne pas se faire prendre dans les embouteillages qui vous amènent au stade. Les stations de métro du stade,- elles sont luxueuses- ne sont pas encore mises en service. La voiture, le taxi, le bus restent les seuls moyens d’accès pour ceux qui se déplacent.



La foule était là, d’un autre type, plus nombreuse, le Khalifa stadium était comble et on s’en, rendait bien compte en se rapprochant progressivement du stade.

En prenant le chemin, de manière intuitive, on savait que quelque chose d'important attendait les aficionados ce soir. C'est sur ces attentes, ces espoirs que se mobilisent les "vrais supporters" , les fans qui veulent vivre le rendez-vous, participer à la fête en tant qu'acteur.


Ce rapport à l’événement sportif est tout autre que celui qui regarde à la télévision, plus en tant que consommateur. C'est ce en quoi le sport moderne - aujourd'hui l'athlétisme - à bien compris dans les nouveaux modèles marketing mis en œuvre à Doha : la cible des consommateurs fait plus de profit. 


Hier soir, les énergies positives étaient au rendez-vous, contredisant de jour en jour dans les faits des constats alarmistes non re-contextualisés dans une société dont ils n’en n’ont rien à faire.

Nombreux se sont donnés rendez-vous pour célébrer l’athlétisme mondial, pour tout dire qu’ils se sont pris au jeu progressivement, mais surtout pour encourager leurs champions, leur héros. 


Cette journée fut de loin la plus belle; la plus réussie dans la dramaturgie – nous vivons tous les soirs en direct des actes nouveaux – dans les émotions partagées entrecoupées de passions exprimées, d’angoisses, de soulagements, mais surtout de hautes performances. Les athlètes offrent au public un spectacle sans égal avec de nouveaux acteurs repoussant les limites humaines, défiant ainsi des théories fondées sur le déterminisme génétique, la fatalité et/ou le mauvais sort. Ce vendredi soir, le Qatar s’en souviendra longtemps.

Le tour de chauffe a commencé par les demi-finales du 1500 m, avec pour surprise, l’élimination d’un favori, l’Ougandais Musagala, pourtant le deuxième meilleur performer de la saison. Cet écumeur de meeting paye le prix d’une saison qui éprouve les organismes ; il arrive à Doha lessivé sans ressort incapable de reproduire ce qu'il sait faire confortablement derrière des lièvres. 

Le kenya aura du mal à s’imposer tant la concurrence s’est accrue en provenance de nouveaux contestataires, l’Europe et du Maghreb.


Les relais de qualification des 4x100 m hommes et femmes ont affichés des séries très lourdes dans le nouveau mode de qualifications de l’IAAF qui restreint les places à 16 – pour des raisons marketing et la création d'un nouvel événement mondial de relais- et ne permet pas ainsi aux nations de présenter leurs équipes comme dans le passé. 

Chez les femmes, les américaines dans une série plus facile ont dominé leur sujet, tout en faisant perdre à la France - qualifiée dernière minute- la possibilité d’exprimer leur potentialités collectives d'un sprint moribond. On a vu de grosses erreurs de transmissions pourtant répétées dans des stages notamment au Japon.

Dans l’ autre série, digne d’une finale les jamaïcaines ont marqué les esprits des anglaises. La finale aura du suspens.



Les relais masculins ont eu un verdict sévère. Les américains sont passés à deux doigts de la correctionnelle ; deux grosses cylindrées ont été sorties, le Canada de Degrasse et la Jamaïque détentrice du record du monde. Cette absence - une première depuis plus de 10 ans - confirme le net recul du sprint jamaïcain depuis le retrait d’Usain Bolt qui laisse une nation orpheline. Elle peine à se reconstruire. Le travail risque d’être long si l’on en croit les ambitions affichées des nouveaux prétendants, la Grande Bretagne, l’Afrique du sud et les deux puissances asiatiques le Japon et la Chine. La France quant à elle réalise son meilleur temps de la saison avec des sprinters pour la plupart n'ayant pas participé à une course individuelle. 


Ce choix, une option discutable - au détriment de la vitesse intrinsèque et la compétitivité des athlètes - compte sur un collectif et surtout une « bonne technique » de transmission qui à mon avis s'appuie sur des répétitions collectives plus nombreuses de collectifs alors que les modes de sélection des autres nations passent par des trials. 


Ces épreuves moins arbitraire livrent au dernier moment leurs sélectionnés d'abord sur des épreuves individuelles "Et " des relais. D'autres choix son faits en France,dans beaucoup d'opacité, les effets se font attendre espérons que Doha rendra pertinente cette option dans un contexte international rajeuni hyper-compétitif. 

Demain, le verdict. 

Force est de constater la régression du sprint français (hommes et femme) qui reste incapable de créer de larges dynamiques au profit de "groupes parisiens", d’entraîner de nouvelles générations sous les 10 et les 20 seconde, des standards minimum pour entrer dans les grandes finales.


Les cinq finales de la soirée ont données à l’athlétisme de très belles images et surtout une compétition totale de bout en bout. Au disque féminin, Cuba retourne sur la scène des victoires avec un doublé de Perez (69,17 m) en or et de Cabelero (68,44 m) en Argent, Perkovic (66,72 m)en Bronze laissant loin la française ROBERT-MICHON (59, 99 m) en manque de repères qui a vu ses ambitions à la baisse.


Les 400 m ont permis au quater miler d’offrir des courses d’anthologie. Ils ont pu se départager après une saison plein de rebondissements en se bagarrant jusqu’au bout de leur course. Chez les hommes, la forte coloration caribéenne a influencé le verdict. Le Bahaméen de 23 ans Gardiner (43.18) triomphe. Il signe un temps de référence le 6 ème temps de tous les temps et le record national. La barrière des 43 seconde risque de passer de vie à trépas l’année prochaine. Le surprenant Colombien Zambrano (44.15) suite à très grand finish remporte l’argent et le record d’Amérique du Sud, laissant le bronze au rescapé américain Kerley (44.17). Il est bon de rappeler que nos voisins de la Caraïbe ont montré – une fois de plus- la force de leur école de 400 m. Les Guadeloupéens ont beaucoup à apprendre de ses proximités sur une épreuve redoutable que nous ignorons au détriment d'adoption de modèles inappropriés (surtout inefficaces), situés très loin de nos latitudes.


Les filles, elles ont écrit au Qatar une page de l’histoire de la discipline 400 m haies en offrant au public un record du monde. Dalilah MUHAMMAD ( 52.16) déjà détentrice du record, après une course âpre sans se désunir en résistant à sa poursuivante a fait reculer la marque entraînant derrière elle une jeune de 20 ans Sydney MCLAUGHLIN (52.23) et la jamaïcaine Rushell CLAYTON (53.74). Ces trois filles signent respectivement les deux meilleures et la 5 ème performances mondiales de tous les temps.


Le 3000 m steeple a eu un dénouement qui permet au Kenya de se refaire. Kipruto (8.01.35) en emmène l’Ethiopien Girma vers l’argent et le record national, le marocain Bakkali prend le bronze (8.03.76).

Le clou de la soirée a été le magistral concours de saut en hauteur qui opposait le Qatari Mutaz Essa BARSHIM (2,37m) aux Russes Mikhail AKIMENKO (2,35m) et Ilya IVANYUK (2,35m). Plus de 7 concurrents ont effacés des barres à plus de 2,30m. Le Qatari a failli se faire éliminer à 2,33m passant à côté de sa mission du leadership mondial, mais surtout emblème d’une nation. Il a su compter sur son public qui lui a bien rendu ce moment difficile. Il triomphe dans une atmosphère de transe et d’effervescence collective au moment où le public Kényan célébrait dans la ferveur l’arrivée du 3000 m steeple. Le public et surtout l’aréopage des notables, plénipotentiaires locaux sont venus rendre un hommage et surtout les honneurs à ce héros national.



Cette soirée de vendredi, les mondiaux d’athlétisme ont pris de la hauteur à deux jours de la fin. On peut déjà dire que le Qatar a réussi ses championnats en laissant des images puissantes aux générations futures, mais surtout une trace dans le sport international.

Plus tard, dans la chaleur de la nuit dans les rues de Doha au 2O km marche le Japonais remporte au sprint l’or Tosikazu YAMANISHI (1h 26.34) devant le Russe Vasiliy MIZINOV (1H26.49) en argent et le Suédois Perseus KARLSTRÖM (1H 27.00) en bronze.


Harry Méphon
Doha, 05/10/19

samedi 5 octobre 2019

Doha day 7 : La nuit des surprises


Le public a pris place dans les tribunes trop délaissées dans ces championnats comme pour répondre aux critiques de son manque d'enthousiasme, la foule était au rendez-vous. Elle nous a gratifiée de la première ola, et de nombreuses animations ont été menées par des ambianceurs plus à leur place dans les stades de football.

La foule dans les stades d'athlétisme se caractérise par sa connaissance du sujet. Elle doit traiter de nombreuses informations en même temps, s’intéresser aux départs des courses, au lancer ou au saut qui se déroule aux quatre coins du stade. C'est un public avertit, fin connaisseur, des performances, des athlètes. Contrairement au sport collectif en particulier le football, la passion certes est présente sans fanatisme, chauvinisme, enivrée d'alcool prête à en découdre à la moindre erreur de l'arbitre ou d'un mauvais geste. La foule d'athlétisme est plus calme. 


Hier soir, on pouvait voir de nombreux drapeaux souvent inconnus dans les mondiaux, ceux de l'Ouganda, du Burundi, de Somalie, du Népal, associés à ceux des "grandes nations" de l'athlétisme, les USA, la Jamaïque, la Grande Bretagne, l'Allemagne, la Chine... pour ne citer qu'eux. 

Autrement dit, souvent des nations dont les habitants ont le pouvoir économique pour se déplacer dans les quatre coins du monde où se déroule les compétitions. Ce soir, ce fut comme une certaine revanche dans les tribunes, souvent me déplaçant sur différents stade du monde, ce fut la première fois que j'ai pu observer autant de nations africaines rassemblées en un même lieu pour une même cause. Ca et là, on pouvait voir un père indien avec ses deux filles, un Qatari avec son tout jeune fils dans les tribunes avec des gestes très touchants à leurs égards. 


On pouvait voir un basque venu avec son drapeau supporter les athlètes espagnols, les Suisses avec leur drapeaux faisaient retentir une grosse cloche mise au cou des vaches. Pour revenir à certaines polémiques entretenues dans des débats euro-centrés concernant le public; chaque public a ses codes, ses éthiques, ses centres d’intérêts majeurs, vouloir retrouver des ambiances standardisées dans tous les stades du globe est une entreprise dangereuse, c'est aussi négliger la force des cultures locales qui entretiennent avec les sports une relation particulière - le football en Amérique du sud au Brésil par exemple, le Basket au Etats-Unis.

Parmi le meilleur public d'athlétisme que j'ai pu côtoyer ce sont les tribunes aux Bahamas, c'est joyeux , festif durant toute la compétition, à lui seul c'est un spectacle unique qui contraste avec les foules russes. Sur le plan animation, sonorisation, les anglais sont sans doute les meilleurs en sono jamais mise dans un mondial; en 2017 il avait été fait appel à un DJ avec une foule prête à faire la fête. 

Revenons à la compétition. Elle était concentré sur la fin des épreuves combinées hommes et femmes entrecoupées de courses et de qualifications de saut et des lancers. Au poids les hommes forts se sont qualifiés, les gros bras seront bien en finale avec les trois américains. 

Le 1500 m hommes verra après ce tour de qualification quel pays d'Afrique qui prendra le leadership, une occasion pour le Kenya d'améliorer leur copie méconnaissable en référence à leur riche passé. 


Que de surprises cette soirée, ce qui atteste une fois de plus rien n'est acquis en athlétisme tant que les lignes ne sont pas franchies et qu'il n'y a pas de déterminisme. 


La plus grande vient du 400 m femme, qui au vu des séries promettait le titre à la bahamienne Miller-Uibo tant elle était facile, ses chronos prestigieux avant les championnats. Elle se fait surprendre en terminant à la deuxième position (48.37) par une jeune de 21 ans Eid Naser du Bahrain en 48.14, la 3 ème performance de tous les temps possession d'une certaine Marie José Pérec. 

Cette athlète a eu une grosse semaine, médaille de bronze aux 4X400 m mixte, elle revient de plus de 4 tours de 400 m sans donner aucun signe d’épuisement. 

En cette fin de saison, d'où prend elle autant d'énergie qui a cloué Miller au tapis elle avait du mal à le croire après une course record pour elle. La jamaïcaine Shericka JACKSON (49.47) prend la troisième place en améliorant son record personnel. 

L'autre coup de tonnerre vient des épreuves combinées qui détrônent les leaders jusque là incontestés. Chez les femmes, c'est la Britannique de 26 ans, Jonhson-Thompson (6981 pts) qui détrône la Belge Thiam (6677 pts),  la grande favorite se place 2 ème. 

L'Autrichienne Preiner (6560 pts) prend le 3 ème place. Chez les hommes, le Français Mayer recordman du monde a été lâché par son corps - ses ischios et son tendon d'achille- il termine la compétition de manière prématurée. 

L'Allemand Kaul (8691 pts) triomphe, l'Estonien Uibo (8604 pts) est en argent, le bronze revient au Canadien Warner (8529 pts). 


Les mêmes aventures sont arrivés à la Guadeloupéenne David qui ne c'est pas présentée aux qualifications des épreuves de triple-saut. 

Au moment où les nations rajeunissent leurs cadres avec une élite hyper compétitive qui risque de durer, l'athlétisme français affiche des vides et d'autres orientations à 10 mois des Jeux de Tokyo et 5 ans de Paris 2024. 


Harry Mephon
Doha, 04/10/19