Ferrero, l'artisan de Nutella, a accepté de rembourser la somme de 3 millions $ à des parents américains choqués d'avoir donné la tartinade à leurs enfants au petit déjeuner, croyant qu'il s'agissait d'un aliment santé. Un site web créé au sujet du recours collectif contre l'entreprise en alimentation précise que la somme représente l'équivalent d'environ 20 $ pour les consommateurs qui ont fait partie du recours, ou l'équivalent d'environ 4 $ par pot.Dans l'entente de règlement, Nutella a aussi accepté de modifier son étiquette et sa stratégie de marketing. L'entreprise produira de nouveaux messages publicitaires télévisés qui ne dépeignent pas le produit comme faisant partie d'un déjeuner santé.
Blog d'informations politiques, économiques, sociologiques et culturelles offrant une vision alternative du monde et des problèmes internationaux auxquels sont confrontés le monde.
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samedi 28 avril 2012
lundi 20 juin 2011
Guadeloupe, l'école de la malbouffe
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| Mc Donald's Guadeloupe - photo E-Z |
Alors que l'obésité atteint des proportions alarmantes dans l'île, la moitié des collèges et lycées du département accueillent des camionnettes-snacks à l'heure de la récré. Instructif.
Au collège de Pointe-Noire (Guadeloupe), la grande récré du matin sonne à 9 h 55. Aussitôt, les élèves dévalent les escaliers quatre à quatre pour se ruer vers... la roulotte d'un marchand de restauration rapide stationnée dans la cour! C'est à celui qui arrivera le premier pour s'approvisionner en sandwichs, pizzas, chips, boissons sucrées ou barres chocolatées. Une scène saisissante: alors que la file des clients s'étire sur une dizaine de mètres, une odeur de cuisson s'échappe de la camionnette et enveloppe la cour du collège. Puis les élèves réintègrent la classe tandis que le commerçant fait des maths appliquées en calculant son chiffre d'affaires.
Un snack ambulant dans l'enceinte d'une école de la République: voilà qui aurait pu faire plancher les meilleurs experts de la surcharge pondérale réunis du 25 au 28 mai dernier à Istanbul (Turquie), à l'occasion du 18e Congrès européen sur l'obésité... A l'heure où la société française prend conscience des ravages du surpoids sur la santé, la vision de certaines cours de récréation guadeloupéennes paraît surréaliste. D'autant que la roulotte du collège de Pointe-Noire n'est pas unique en son genre. Le rectorat de la Guadeloupe le déplore mais l'admet: au moins la moitié des 68 établissements du second degré (collèges et lycées) accueillent depuis plusieurs années de tels garde-manger. Or leur présence contredit totalement les préconisations du ministère de l'Education nationale, qui recommande aux établissements "d'apprendre aux élèves les règles d'un bon comportement alimentaire" et "de leur faire connaître les effets de l'alimentation sur la santé", notamment "en veillant à la régularité des repas". C'est d'ailleurs en vertu de ce principe que, depuis 2005, les distributeurs automatiques de boissons et de produits alimentaires payants sont interdits.
Dès lors, les camionnettes-snacks sont-elles illégales? Le cas n'est pas prévu par les circulaires du ministère de l'Education nationale, ni au chapitre "santé des élèves", ni à celui de "la restauration scolaire". "On nage en plein flou artistique", résume le Dr Josiane Clépier, coordinatrice du Réseau Grandir, spécialisé dans la prise en charge des enfants obèses. D'ailleurs, loin de combattre la présence de tels commerces, des chefs d'établissements guadeloupéens signent avec leurs propriétaires des conventions annuelles stipulant la liste des produits vendus, les tarifs (1,50 euro le sandwich) et les horaires d'ouverture (généralement le matin). Près de 1 Guadeloupéen sur 4 est considéré comme obèse: une proportion deux fois plus élevée qu'en métropole.
Aux yeux des professionnels de santé, en Guadeloupe et en France métropolitaine, la situation est insensée. Avec la Martinique, la Guadeloupe est en effet le département français où le problème du surpoids et de l'obésité est le plus aigu. Les raisons? Un changement de mode de vie marqué par la "culture de la bagnole", la sédentarité et la présence écrasante des hypermarchés, vecteur de "malbouffe". Selon une étude récente, plus de 1 Guadeloupéen sur 2 (55 %) a un poids supérieur à la norme. Plus grave: près de 1 Guadeloupéen sur 4 (et 1 enfant sur 10) est considéré comme obèse. Une proportion deux fois plus élevée qu'en métropole. Résultat, les maladies cardio-vasculaires, les cas de diabète et certains cancers explosent. "Si nous ne changeons pas nos habitudes alimentaires, notre société ressemblera un jour aux Etats-Unis", s'alarme le Dr André Atallah, chef du service de cardiologie du centre hospitalier de Basse-Terre et coordinateur de l'étude. Mais le chemin sera long. Car l'acculturation est en marche. Lorsqu'on les invite à citer le nom d'un fruit, les enfants guadeloupéens répondent fréquemment "la pomme". Comme on sait, celle-ci ne pousse pas dans les bananeraies.
Malgré la menace des kilos en trop, les parents d'élèves sont plutôt favorables au statu quo. Leur raisonnement -qui désespère les nutritionnistes- se résume ainsi: certains élèves se réveillant à 5 heures du matin afin de rejoindre, en car et le ventre vide, leur lycée, parfois situé loin de leur domicile, à l'autre bout de l'île, il est normal de leur vendre des en-cas au milieu de la matinée. "L'ennui, objecte le Pr Serge Hercberg, responsable du Programme national nutrition santé -qui recommande de manger cinq fruits et légumes par jour-, c'est qu'à cette heure-là il est déjà trop tard pour remplacer le petit déjeuner. Et qu'en outre les aliments proposés dans de tels endroits ne répondent pas aux besoins nutritionnels." Seule solution: renouer avec le petit déjeuner, fût-ce à 5 heures du matin.
Améliorer la qualité des produits proposés
"Nous pourrions supprimer les voitures-boutiques, explique Odile Derussy, du rectorat de la Guadeloupe. Mais, en pratique, cela soulèverait un tollé auprès des parents, des élèves et, même, d'une partie du personnel." Pragmatique, le rectorat préfère mobiliser son énergie à améliorer la qualité des produits. "Ces dernières années, nous avons obtenu la suppression de la mayonnaise, des poulets grillés, des viennoiseries, des barres chocolatés, des chips et des sodas", se réjouit le médecin scolaire Michèle Guduff. En principe, seuls les sandwichs non cuits, l'eau, les fruits et les yaourts sont autorisés. En principe...
Quoi qu'il en soit, les pouvoirs publics prennent peu à peu conscience des spécificités de l'Outre-mer. La troisième phase du Programme national nutrition santé, qui s'ouvrira cette année, prêtera une attention particulière aux départements ultramarins, assure le Pr Serge Hercberg. "Il faut faire attention aux symboles et délivrer des messages cohérents, martèle-t-il. On ne peut pas exiger des ados qu'ils cessent de grignoter et, en même temps, leur proposer une offre alimentaire pendant les interclasses. Posons au moins un principe: le système éducatif ne doit pas cautionner ce qui nuit à la santé des enfants." C'est en effet la moindre des choses.
Axel Glydén
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mardi 6 avril 2010
Vie de merde, bouffe de merde, corps de pauvres

À chaque fois que je rentre dans la banlieue où j'ai grandi, dans le neuf-un, je suis frappé par plusieurs choses: (1) tout est bien propre avec des fleurs partout malgré les voitures qui brûlent, (2) les zones commerciales à l’américaine (des magasins/entrepôts construits à la va-vite autour d’un parking) remplacent les dernières forêts, (3) on voit que les gens ont de moins en moins d’argent et les supermarchés ont supprimé les produits les plus luxueux au profit des gammes premier prix, (4) la laideur commerciale et l’indigence des publicités omniprésentes sont d’une violence extrême et (5) il y a plein de gens vraiment très gros partout. Plus que gros. Carrément obèses, en fait.
Il y a quatre ans, j’avais été mixer mon premier disque à Detroit. Là-bas, la laideur structurelle de la ville et l’obésité des gens faisaient partie de l’exotisme. Mais chez moi, dans le neuf-un, la violence de cette pauvreté culturelle et visuelle mélangée à l’épidémie d’obésité m’a énormément choqué. Je ruminais ma déception quand je suis tombé sur plusieurs livres et articles sur la nourriture, l’obésité, les classes sociales et la révolution verte. Comme d’habitude, il faut savoir séparer le bon grain de l’ivraie, même si ce n’est pas facile.
Une des théories en vogue dans le Nord de l’Europe est que l’obésité est une maladie mentale. Ce serait une sorte d’anorexie à l’envers, mixée à des comportements d’addiction, de faiblesse morale et de dérèglements comportementaux. Au lieu de laisser les laboratoires nous mener en bateau et nous concocter des pilules magiques qui font maigrir sans aucun effet secondaire, les médecins et psychologues se voient en grands prêtres du contrôle de soi, à mettre en place des thérapies pour empêcher les gens de se bâfrer comme des cochons.
Un truc de paresseux
C’est vrai que je me sens mal à l’aise quand je vois à Amsterdam ces touristes américaines obèses qui se remplissent de mégamenus XL de frites, de hamburgers et de wraps (contenant au moins une demi-feuille de laitue) mais qui font une crise d’asthme si la serveuse leur sert un coca normal au lieu du coca light qu’elles ont demandé.
Voir des obèses manger trop, c’est presque aussi insoutenable que ces publicités pour les fondations de protection des animaux où ils vous montrent des chiots malheureux dans des cages. Il y a quelque chose d’obscène dans ce gavage d’obèses.
Cependant, même si on a envie de crier que ces Américains sont obèses parce qu’ils sont paresseux et gourmands, je me demande s’il y a là une explication valable. Car qui connaît les États-Unis sait que plus on est pauvre, plus on est soit super maigre, soit super gros. Les corps des Américains signent leur appartenance à une classe sociale, bien avant leur accent ou leurs vêtements. Les riches ont des corps athlétiques et des dents parfaites, les pauvres n’ont ni l’un ni l'autre, et la classe moyenne essaye de limiter les dégâts pour ne pas trop ressembler aux pauvres.
Quand on sait à quel point la méritocratie américaine est un mythe, et que la richesse comme la pauvreté sont avant tout hérités, on se dit qu’il doit y avoir autre chose que la volonté personnelle qui fait que les riches sont beaux et les pauvres sont moches. Donc l’idée que les gros le sont parce qu’ils sont paresseux, aussi évident que cela paraisse, ça me paraît quand même très douteux.
Les psy ont beau essayer de nous vendre leur thérapie anti-morfales, je n’y crois pas.
Un truc de classe
Un des bouquins essentiels de la décennie dont j’ai déjà parlé dans la Revue n°10 de Minorités est The Spirit Level, Why More Equal Societies Almost Always Do Better de Richard Wilkinson et Kate Picket. On y découvre un lien statistique direct entre les maladies et les inégalités. Pour résumer rapidement, plus une société est inégale, plus les gens sont gros, dépressifs et violents. Plus une société est égalitaire, plus ses membres contrôlent leur propre vie : moins de criminalité, moins de violences, moins d’adolescentes enceintes, moins de viols, moins d’obésité, moins de maladies, moins d’extrême-droite...
Notre couple de sociologues anglais avoue cependant ne pas pouvoir vraiment expliquer dans les détails comment cela est possible: tout montre que les inégalités sont un facteur de stress individuel et collectif qui a des conséquences dramatiques, mais ils ne parviennent pas vraiment à mettre la main sur des articles scientifiques qui expliqueraient pourquoi vivre dans une société inégalitaire produit de l’obésité.
Finalement, je suis tombé sur un article de chercheurs, repris ensuite dans Slate, qui ont réussi à démontrer quelque chose de vraiment intéressant: l’obésité n’a pas de lien direct prouvable avec la quantité de nourriture ingérée, et elle n’est pas la cause de toutes les maladies en général associées à un important surpoids. L’obésité est en fait un symptôme d’empoisonnement alimentaire.
Pour résumer, le corps humain se protège de la nourriture de merde en stockant les éléments qu’il ne sait pas dégrader ou transformer à l’extérieur du corps, dans la couche de gras externe. Plus on mange de la merde, plus on se retrouve à dégouliner de gras sur le ventre, les seins et les fesses. Et puis, au bout d’un dizaine d’années, quand le corps n’arrive plus à se défendre et n’arrive plus à stocker toutes ces horreurs dans le gras externe, les organes internes sont touchés, et les maladies associées à l’obésité se font sentir.
Nation malbouffe
Dans Fast Food Nation, un livre très bien fait que j’avais dévoré en une traite, Eric Schlosser explique comment l’industrialisation de l’alimentation américaine est allée de pair avec une économie de bas salaires, d’un prolétariat ultra mobile et corvéable à merci, et la construction d’une Amérique inégalitaire où les infrastructures payées par tous sont au service des intérêts de quelques industriels.
Il raconte l’exploitation des adolescents par les chaînes d’alimentation rapide, l’indigence des contrôles d’hygiène, la très très mauvaise qualité des ingrédients utilisés par l’industrie alimentaire, la cruauté envers les animaux et les travailleurs sans papiers (dont les restes peuvent se mélanger dans votre hamburger), mais aussi le mensonge généralisé.
Le premier mensonge est celui de la composition des produits vendus: gras de très mauvaise qualité, graisses trans (désormais interdites dans certains États ou villes), bas morceaux, additifs en tous genre. Le plus frappant est celui de l’odeur et du goût: pour cacher que nous bouffons littéralement de la merde, la viande est dotée d’un parfum « viande bien saisie sur le barbeque», les frites pré-cuites sont parfumées aux bonnes-frites-qui-n’existent-plus, la mayonnaise est parfumée au fromage et la bouillie de restes de poulets passés à la centrifugeuse pour augmenter la quantité d’eau est, elle aussi, parfumée au poulet.
Quand à l’umami, ce cinquième goût découvert par les Japonais, celui qui nous fait adorer le poulet frit ou la viande bien saisie, il ne doit rien aux ingrédients ou à la cuisson: il vient d’additifs chimiques destinés à tromper votre palais.
Non seulement on nous vend de la merde dans des jolis emballages, mais on trompe notre instinct et notre odorat.
Une histoire qui traîne beaucoup sur le net et dans les journaux est celle de cette américaine qui a laissé traîner dehors un Happy Meal™, ce menu concocté avec amour par McDonald pour les enfants, juste pour voir. Ignoré par les champignons, les bactéries et les insectes, il n’avait pas bougé un an après. Si même les bactéries et les champignons n’en viennent pas à bout, et que les mouches (qui ne sont pas connues pour être de fines bouches) s’en désintéressent, comment peut-on imaginer que notre corps puisse le dégrader pour y trouver les éléments dont il a besoin? Je sais que ça a refroidi beaucoup de parents autour de moi qui ont lu cette histoire.
Empoisonnement collectif planifié
Il suffit de se promener dans n’importe quel supermarché américain, néerlandais ou britannique pour réaliser à quel point la bouffe industrielle domine: il est presque impossible de se concocter un repas avec des produits non transformés exempts d’additifs destinés à tromper vos sens. Manger sainement demande des ressources pécuniaires et organisationnelles que les pauvres ne peuvent pas se permettre.
Cette évolution, on la retrouve désormais dans ma banlieue d’origine: les magasins de primeurs ont fermé depuis longtemps, remplacés par des boutiques télécom, les supermarchés font de plus en plus de place pour les plats préparés par l’industrie alimentaire (avec des marges très intéressantes) au détriment des produits frais non transformés (dont la marge est bien moindre). Vendre un poireau à quelques dizaines de centimes pour faire une soupe rapporte énormément moins que vendre un litre de soupe à plusieurs euros, surtout quand elle consiste surtout en de l’amidon, des exhausteurs de goût, des gras de mauvaise qualité et du sel.
Tout à coup, les statistiques des sociologues commencent à faire sens: les sociétés inégalitaires (États-Unis et Royaume-Uni en tête) sont celles où la pauvreté est la plus violente, mais aussi où l’industrie alimentaire a le plus développé d’alimentation à bas prix pour satisfaire les besoins caloriques des plus pauvres. Car leur revenu disponible y est aussi bien moindre que dans les société plus égalitaires.
Les pays européens qui suivent cette pente facile de l’inégalité sont aussi ceux qui sont les plus touchés par l’industrialisation de l’alimentation, réponse économique à la baisse des salaires réels et la violence organisationnelle qui est exercée sur les familles. Dans une société où les gens n’ont plus beaucoup l’occasion de manger ensemble parce qu’on leur demande d’être flexibles tout en les payant moins, la malbouffe industrielle est une réponse normale.
Manger bouger point FR
Alors quand je vois ces campagnes gouvernementales « manger bouger » après des publicités pour de la malbouffe à la télé, je commence à voir rouge. On laisse les classes moyennes se paupériser, on transforme leurs villes en centres commerciaux vulgaires uniquement accessibles en voiture où la seule nourriture possible est de la merde parfumée, et on nous dit qu’il faut bouger sinon on va tous être gros.
Maintenant qu’on sait que nos corps deviennent obèses parce qu’on nous fait ingérer des produits toxiques, et qu’on mange de la merde car c’est l’organisation optimale si on veut maximiser les profits de quelques uns tout en maintenant les salaires des autres aussi bas que possible sans que les gens aient faim, ça ne vous fait pas tout drôle d’entendre dire partout que si vous bougiez un peu votre cul vous seriez moins gros?
Ce qui m’énerve encore plus, c’est qu’on sait désormais que le modèle américain de développement est une catastrophe: une nature à bout de souffle, des villes laides où l’on vit mal, des classes moyennes paupérisées qui sont obligées de vivre à crédit parce que travailler ne nourrit plus son homme, et un quasi-monopole de l’alimentation industrielle qui a conduit à une obésité pandémique et une morbidité inconnue jusque là, même chez les enfants.
Donc on sait. Mais rien n’est fait, on continue comme ça.
Tout va bien, le pays se modernise. Vous reprendrez bien un peu notre merde parfumée?
Mais n'oubliez pas de vous bouger le cul, bande de gros paresseux.
Laurent Chambon
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