lundi 18 janvier 2010

Pillages et affrontements en Haïti


Après le séisme dévastateur de mardi, pillages et braquages s’ajoutent au désespoir des survivants. La police a tiré sur des pillards.

Alors que les troupes américaines ont commencé à distribuer des tonnes d’aide à la population, qui réclame de la nourriture et de l’eau, l’insécurité monte à Port-au-Prince, la capitale. Samedi, un hélicoptère de l'armée américaine a largué dans un stade une demi-douzaine de cartons sur lesquels des Haïtiens affamés se sont jetés dans une cohue indescriptible, certains allant jusqu'à défendre la nourriture tombée du ciel à la machette.

Si la puanteur et les problèmes d’hygiène sont déjà très importants, des scènes de violence ont été constatées, en raison du dénuement des Haïtiens. Un risque qui devrait compliquer la tâche soldats américains, chargés de la distribution des vivres, et du fonctionnement de l’aéroport, dans lequel 74 avions se sont posés en une journée. "Tant que les gens auront faim et soif, tant que nous n'aurons pas réglé le problème des sans-abri, nous courrons le risque d'émeutes", a déclaré le ministre brésilien de la Défense, Nelson Jobim, après une visite à Port-au-Prince.

Pillages et affrontements en plein jour. Un millier de rescapés du tremblement de terre, armés de couteaux et de marteaux, se sont affrontés samedi après-midi autour des maisons et des magasins abandonnés qu'ils étaient en train de piller dans une rue du centre-ville. Les émeutiers, qui se sont affrontés à coups de pierres, ont emporté des T-shirts, des sacs, des jouets et toutes les marchandises qu'ils pouvaient trouver.

Des survivants du séisme de mardi ont commencé à s'installer dans le jardin du Champ-de-Mars de Port-au-Prince, aux portes du palais présidentiel, créant un bidonville improvisé au milieu des gravats. "La vie est vraiment dure. On n'a plus rien", dit Jean Osée, 40 ans, qui campe ici avec toute sa famille.

Dimanche, la police haïtienne a fait feu sur des pillards, tuant au moins une personne, dans un marché de Port-au-Prince. L'affrontement musclé entre la police et les pillards a nécessité l'arrivée de renforts de police sur place, armés de fusils à pompe et de fusils d'assaut. Des scènes de lynchage ont été observées dans la capitale, la population battant à mort certaines personnes accusées de pillage.

Samedi, des habitants de Port-au-Prince avaient manifesté pour exiger le retrait de piles de cadavres en décomposition. Les manifestants avaient bloqué l'une des routes d'accès à la capitale avec une barricades formée de pneus en feu et d'au moins quatre cadavres.

Si la distribution s’organise peu à peu, la population se plaint de la lenteur de l’aide, et craint de plus en plus la multiplication des gangs armés. "Des hommes armés de machettes font éruption pour voler de l’argent", témoigne Evelyne Buino, une jeune esthéticienne. "Les gens sont affamés, assoiffés. Ils sont livrés à eux-mêmes. C'est de plus en plus dangereux. Il n'y a plus de police, les gens font ce qu'ils veulent", constate de son côté Léon Melesté, un religieux.

Par ailleurs, 6.000 détenus se sont évadés des prisons haïtiennes, qui ont été partiellement détruites et laissées sans surveillance après le séisme. Les autorités haïtiennes sont désemparées, et ne peuvent assurer la sécurité. "Le gouvernement a perdu ses capacités de fonctionnement mais il ne s'est pas effondré", a pourtant assuré René Préval, le président, qui a transféré le siège de son gouvernement dans un commissariat proche de l’aéroport. Il ajoute que la coordination de la distribution des vivres est très compliquée : "Nous ne sommes pas assez coordonnés pour les livrer", a indiqué le président Préval.

source

Aucun commentaire: