samedi 16 janvier 2010

Les sinistrés tentent de fuir Port-au-Prince, bousculade autour des secours


Haïti: Des milliers d'Haïtiens, terrifiés à l'idée d'un nouveau séisme, tentaient samedi de quitter Port-au-Prince, où la distribution de l'aide internationale, enfin engagée, suscitait de dangereux mouvements de la part d'une foule affamée.

Quatre jours après le tremblement de terre de magnitude 7 qui aurait fait plus de 50.000 morts, des rations alimentaires ont été distribuées pour la première fois dans le centre de la capitale haïtienne: un hélicoptère américain a jeté une demi-douzaine de petits cartons dans un stade où une foule a sorti les machettes pour se les arracher.

Les cartons contenaient chacun une dizaine de rations alimentaires. L'hélicoptère est reparti aussitôt, au grand dam des sinistrés du séisme du 12 janvier.

"Je pensais qu'ils viendraient vraiment nous aider. Et ils ne se sont même pas posés", se désolait un père de famille, qui dort dans le stade depuis l'énorme tremblement de terre, que l'ONU a qualifié de pire désastre de son histoire.

Dans le plus grand bidonville de Port-au-Prince, les habitants se sentaient abandonnés en dépit de la mobilisation internationale en faveur d'Haïti. "On manque de tout, d'eau, de nourriture. Les seuls camions qui passent ici sont remplis de morts", entendait-on.

A mesure que les sauveteurs parvenaient à sortir de la capitale, l'ampleur de la catastrophe commençait à se manifester plus clairement dans l'ensemble du pays. Le président René Préval a répété samedi l'estimation du bilan fourni la veille par les autorités: au moins 50.000 morts, 250.000 blessés et 1,5 million de sans-abri.

Il a précisé que, sur les 15.000 corps enterrés, 7.000 l'avaient été dans des fosses communes.

Alors que le sol était encore agité samedi matin par une secousse de magnitude 4,5, les habitants qui le pouvaient fuyaient la capitale, dont les quartiers les plus dévastés prenaient des allures de ville fantôme.

A la sortie de Port-au-Prince, une barricade formée de pneus en feu, de débris et d'au moins quatre cadavres bloquait la route de Carrefour, où des habitants manifestaient pour exiger le retrait de piles de cadavres en décomposition.

Selon l'ONU, Carrefour, une ville de 334.000 habitants proche de l'épicentre du séisme, est à moitié détruite mais ne serait pas la plus touchée. D'après l'ONU, 80 à 90% des bâtiments de Léogâne, plus à l'ouest, ont été endommagés. Dans cette ville de 134.000 habitants, entre 5.000 et 10.000 personnes auraient été tuées. Une autre ville, Jacmel, serait à moitié dévastée.

Les autorités haïtiennes sont désemparées. "Le gouvernement a perdu ses capacités de fonctionnement mais il ne s'est pas effondré", a cependant assuré à l'AFP le président René Préval, qui a transféré le siège de son gouvernement dans un commissariat proche de l'aéroport de la capitale, que les Etats-Unis ont été officiellement chargés de faire fonctionner.

Dans une interview à l'AFP, M. Préval s'est félicité de l'aide internationale mais a reconnu que "le problème, c'est la coordination", les autorités parvenant difficilement à acheminer les secours une fois qui s'entassent à l'aéroport.

Le secrétaire d'Etat français à la Coopération, Alain Joyandet, a même assuré avoir transmis "une protestation officielle" aux Etats-Unis après qu'un avion français transportant un hôpital de campagne eut été interdit d'atterrir. Mais Paris a ensuite démenti toute protestation.

Des hélicoptères décollaient en permanence du porte-avions américain Carl Vinson, qui mouille au large de Port-au-Prince. Les appareils effectuaient des rotations afin de livrer de l'eau potable dans différents quartiers de la ville.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, arrivée à Port-au-Prince pour rencontrer M. Préval, a rejeté les critiques sur la désorganisation des secours. "Ce n'est pas juste, ce n'est pas juste", a-t-elle lancé.

Les recherches pour retrouver des rescapés se poursuivront au moins jusqu'à dimanche, a affirmé samedi matin un responsable des secours américain, qui a précisé que ses compatriotes avaient sauvé "au moins 15 personnes".

L'ONU restait aussi concentrée sur la recherche des survivants, a indiqué la porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires, Elisabeth Byrs.

"Le climat favorable et les structures des bâtiments ont augmenté les chances des survivants", a-t-elle expliqué. "C'est pourquoi les opérations de recherche et de sauvetage restent la priorité. La phase de sauvetage va encore durer".

Le séisme donne lieu à "l'une des plus grandes opérations de secours" de l'histoire des Etats-Unis, a déclaré le président Barack Obama, dans une allocution solennelle à la Maison Blanche aux côtés de ses prédécesseurs George W. Bush et Bill Clinton, qu'il a chargés de rassembler des fonds pour les victimes.

Plus de 10.000 soldats américains devaient être sur zone d'ici dimanche, soit au large d'Haïti, soit sur le terrain pour assurer la sécurité des secours, dans le cadre d'une opération baptisée "Réponse Unifiée". En réaction, le président du Nicaragua, Daniel Ortega, a accusé les Etats-Unis de profiter du chaos "pour installer" ses troupes en Haïti.

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