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dimanche 1 décembre 2019


"- Indemnisations des agriculteurs et des pêcheurs" Ce qui influe que ceux qui ont sciemment contaminé les sols, les rivières, la mer et qui sont responsables de cette flambée de cancer, c'est à dire les bananiers qui par définition sont des agriculteurs seront indemnisés.


Serge tu te fous de la gueule du monde !

samedi 22 décembre 2012

LES BEKES ONT EMPOISSONNE LA BIODIVERSITE DU PAYS MARTINIQUE Par Camille CHAUVET


Rédaction du Naïf : L’empoisonnement de la biodiversité du Pays Martinique est le résultat imprévisible qui était prévisible, d’une stratégie de développement d’une production agricole la Banane. Les grands propriétaires békés ont de manière cynique cultivée sciemment le mensonge et la désinformation pour prolonger l’utilisation d’un pesticide par dérogation avec les conséquences que nous connaissons.

Ce sont les békés planteurs de bananes avec la complicité de l’Etat qui mettent en place l’utilisation de produits dangereux dans un but économique au détriment de la santé humaine. En 2002 c’est un contrôle des patates douces à Dunkerque bourrées de chlordécone en provenance de la Martinique quatre ans plus tard c’est un article de Libération du 6 janvier 2006, intitulé “une terre gorgée de poison”, qui s’appuie à la fois sur les travaux parlementaires de 2005 et sur des observations aux Antilles.

La journaliste Eliane Patriarca ne manque pas de souligner l’opacité qui caractérise l’homologation des produits phytosanitaires, et témoignent de l’influence d’une poignée de gros planteurs qui contrôlaient alors la filière antillaise de la banane. Aussi, l’organisation de son récit passe par la construction d’un lien étroit entre le chlordécone et les représentants de la filière banane. « Les autorités américaines interdisent le Kepone en 1976. Pourtant, cinq ans plus tard, le produit va être réautorisé en France. Après le passage de deux cyclones, en 1979 et en 1980, les planteurs se disent démunis face à la prolifération du charançon. En 1981, le ministère de l’Agriculture accepte de le remettre sur le marché. C’est la société Laurent de Laguarigue qui a racheté le brevet de la molécule et la vend sous le nom de Curlone. Or, Laguarigue est un gros planteur béké martiniquais, propriétaire de maisons d’exportation de bananes…. ».

Elle indique que « les gros planteurs obtiennent deux dérogations : le produit sera utilisé jusqu’en 1993 », alors qu’il a été interdit par le ministère de l’Agriculture en 1990. La figure de l’oppresseur est donc identifiée à celle du « gros planteur » ( ndlr :gros planteur=béké) influent qui relance la production de chlordécone et obtient son utilisation la plus longue possible. Mais elle ne peut se comprendre que parce qu’une figure de victime [Boltanski, 1990] est construite en regard, celle du petit agriculteur vivrier. L’Assaupamar en 2007 porte plainte au pénal pour « crime d’empoisonnement », en mai 2007 et vise particulièrement les représentants de l’État. La cour d’appel de Martinique déclare recevable une plainte pour « empoisonnement » et à ce jour de nombreuses plaintes dans tous les sens et le profit et le chantage à l’emploi ne doit pas passer avant la santé,  il faut donc poursuivre les empoisonneurs.

La Martinique c’est l’Europe, cela se répète. Mais en vérité il y a une inégalité de traitement. Regardons pour exemple en l’Italie le 13 février 2012, le tribunal de Turin a condamné deux hauts dirigeants d’Eternit à seize ans de prison. Le tribunal a jugé que le Suisse Stephan Schmidheiny et le Belge Jean-Louis de Cartier de Marchienne étaient responsables d’une «catastrophe sanitaire et environnementale permanente» dont les effets se feront sentir encore pendant plusieurs décennies. Le mésothéliome est un cancer rare (un cas pour 100 000 habitants en moyenne). À CasaMonferrato, petite ville de 35 000 habitants, on en compte un nouveau cas par semaine, alors que l’usine d’amiante-ciment a fermé depuis un quart de siècle !Le tribunal de Turin a condamné les prévenus à indemniser non seulement les victimes, les familles et leurs organisations mais aussi l’Inail (la Sécurité sociale italienne), qui a pris en charge le coût de ces maladies, et les institutions locales qui ont financé les travaux de dépollution.

La Martinique territoire européen, des plaintes pénales ont été déposées pour que lumière soit faite sur les responsabilités de cette catastrophe sanitaire environnementale permanente, mais elle s’enlise et l’opinion publique peut penser que les parquets à Paris ou en Martinique sont aux ordres de réseaux békés. Tout est fait tout pour retarder ce procès pénal et en réduire la portée.

Il est faut s’interroger sur le fonctionnement du système judiciaire et sur l’adéquation de notre Code pénal pour juger les responsables d’une catastrophe sanitaire. Ce Code ne considère en effet comme responsables d’homicide volontaire que les assassins ordinaires, ceux qui tuent intentionnellement une victime bien identifiée. Les autres cas relèvent de l’homicide «par imprudence». Mais peut-on vraiment parler de «délit non intentionnel» lorsqu’une stratégie de développement agricole, élaborée en connaissance de cause à un empoisonnement de la biodiversité prévisible non pas d’un individu déterminé mais d’un Peuple. Il ne faut pas banaliser cette affaire et la politiser pour des raisons 2015.Les grands propriétaires békés ont commis là un crime social, qui doit être sanctionné comme tel. Non par esprit de vengeance, mais pour que les générations futures ne connaissent plus jamais de tels drames.

C’est vrai que les spécialistes de ne manquent pas souligner que : « certains produits chimiques cancérigènes se dégagent des tables, chaises, étagères, livres et cahiers, avec des risques " non négligeables " pour nos enfants, notamment dans les Écoles, selon des études scientifiques confidentielles... La majorité des pesticides ne font pas l'objet d'analyses officielles dans les aliments et les seuils limites de leur présence dans l'eau ne reposent pas sur des critères médicaux... Des sites industriels et des incinérateurs ont longtemps contaminé leur environnement avec des métaux lourds ou de la dioxine, sans que les pouvoirs publics prennent en compte la santé des riverains... La pollution atmosphérique urbaine provoque au moins 32 000 " décès prématurés " chaque année en France, dont une grande partie serait évitables, d'après les experts, qui ne sont guère écoutés... L'amiante, interdit en France en 1997, empoisonne toujours : il en reste partout, le nombre de personnes exposées est bien supérieur aux chiffres annoncés, aucune véritable prévention n'a démarré et l'hécatombe des malades s'amplifie... Pour la première fois, une enquête tente d'évaluer les Dégâts sanitaires des polluants et produits toxiques qui nous entourent, et s'interroge sur les responsabilités de tous les " empoisonneurs ", si involontaires soient-ils. Témoignages de victimes, reportages aux quatre coins de la France, découvertes récentes des chercheurs, alertes des Médecins, plongée dans les coulisses de l'industrie et du pouvoir, rapports méconnus ou enterrés : Les Empoisonneurs rassemble les données pour s'informer sur ces risques de notre vie quotidienne, expliquant comment il est encore possible d'éviter le pire, à condition de ne plus se voiler la face. »

Mais cela ne doit pas démobiliser l’opinion publique. Il faut bien mesurer ce qui se passe là actuellement, nous devons comprendre que le profit et chantage à l’emploi ne doit pas passer avant la santé,  il faut poursuivre les empoisonneurs de la biodiversité du Pays Martinique à l’heure où l’on parle de Grenelle, de Trame verte de Trame bleue .


Camille CHAUVET

mercredi 24 octobre 2012

A propos de chlordécone


"Aujourd’hui peut-on décontaminer les sols ? Selon Yves-Marie Cabidoche, chercheur à l’Institut national de recherche agronomique, cela est techniquement irréalisable "Il faudra plusieurs décennies, voire plus d’un siècle, pour que la molécule active disparaisse des sols aux Antilles." RFI

lundi 18 juin 2012

UN TEMOIGNAGE ACCABLANT : "En Guadeloupe, le chlordécone ne semble pas avoir marqué les esprits des bureaucrates.



Nous sommes médecins et avons vécu une chose horrible cet après midi en allant nous promener sur un site de balade familiale en Guadeloupe... J’ai appelé la DAAF et l’ARS pour me plaindre, ils prennent acte mais personne ne semble vraiment pouvoir verbaliser cet épandage sauvage. L’ayant vécu, je trouve qu’il s’agit d’un véritable problème de santé publique et que nous deux, en tant que médecin et même citoyens, ne pouvons rester muets devant cette toxicité sanitaire évidente.

Nous avons été victimes d’un épandage d’un produit pesticide suffocant par un hélicoptère lors d’une balade au saut d’eau du Matouba, en plein après-midi (14h45) le 4 juin 2012. Rien n’était noté sur le panneau du début de balade quand nous avons commencé la marche à pied. Le périmètre d’épandage n’était pas balisé… et il n’y avait aucun hélicoptère en vue... Après une baignade charmante dans l’air (pur ?) de Matouba, le retour à la voiture a été par contre redoutable ! N’habitant pas St Claude, nous n’étions pas au courant de ces problèmes. Nous avons été vite sensibilisés ! J’étais en T-shirt rouge et la voiture était garée sur le parking près des bananiers au début de la promenade mais les 2 pilotes n’ont pas arrêté pour autant leur épandage !

Nous aurions été avec nos enfants ou une femme enceinte, c’était le même problème. Je n’ai jamais respiré une odeur aussi forte (j’ai pourtant des parents agriculteurs..). Je l’ai vécu comme si on me mettait dans une pièce de 10 m2 et qu’on vidait une bombe insecticide sans que je puisse en sortir. Même en courant dans le chemin, la zone couverte était si importante que nous étions obligés d’en respirer. Nous sommes à la limite de porter plainte car en tant que médecins, nous avons été choqués par le risque encouru. Céphalées et quelques nausées ont suivi une demi-heure après cette intoxication aiguë... Toute la population devrait être avertie de ce type de pratiques ! De nombreuses habitations existent entre les champs de bananiers à ce niveau, une telle façon de faire revient à ignorer la santé de cette population, je suis révoltée, vous l’aurez compris ! Après consultation du site de la préfecture, cette zone est interdite (zita) à l’épandage, due à la présence de cours d’eau permanent. Et la dérogation accordée a été faite à tout le département non pas de façon parcellaire comme l’a affirmé le 10 avril M. DEHAUMONT..

Tout se passe comme si la Guadeloupe était un état de non droit et en voici encore une bien belle illustration. J’ai ensuite passé 2 jours à analyser toutes les données que je trouvais (dont la lecture de la mission d’information du sénat du 10 avril 2012) et j’ai essayé de les compiler dans cette lettre.

En Martinique, le conseil régional aurait donné un avis défavorable concernant la dérogation pour les épandages aériens suite à une bataille menée par le conseil de l’ordre des médecins. Il n’est pas normal qu’on autorise les épandages en Guadeloupe surtout vu comment ils sont réalisés. La consultation publique se termine le 18 juin en Préfecture et la décision doit être prise le 20 juin... Ce qui veut dire que la préfecture (et la DAAF) ont 2 jours pour retranscrire les remarques faites sur la consultation publique à ses différents interlocuteurs (ministère de l’écologie, ARS etc)...

La Préfecture, qui a autorisé en janvier 2012 ces épandages aériens, ne devrait-elle pas fournir toute la documentation lors de la consultation publique en explicitant la toxicité des produits utilisés et la fréquence des épandages ? Elle semblerait se baser sur les études de l’ANSES (agence nationale de sécurité alimentaire) et de l’AFSSA qui ne sont pas consultables à la Préfecture et certainement pas mises à jour depuis bien longtemps. Aucune étude guadeloupéenne n’a été réalisée.. Les études faites sur les épandages aériens portent sur une dizaine d’épandage par an, qu’en est-il en Guadeloupe ? On parlerait d’une douzaine de passages annuels minimums nécessaires pour lutter contre la cercosporiose noire des bananiers. La dose dite toxique (si on considère qu’il y aurait un effet seuil) risque d’être atteinte plus rapidement que prévue voire déjà atteinte.

En Préfecture, dans le bureau de M. LAROCHE, il n’y a qu’une petite liste des produits utilisés (propiconazole TILT250, difenoconazole SICO, fenpropidine GARDIAN, acibenzola-S-Methyl BION 50 WG, huile minérale paraffinique) sans aucune mention sur la toxicité éventuelle ou le risque sanitaire. D’autre part, le dosage mentionné d’huile minérale n’est apparemment pas le même que celui utilisé, 2 ou 3 fois plus concentré. En dehors du fait que les produits sont épandus de façon sauvage, qu’en est-il du risque sanitaire encouru avec ces toxiques ? La bibliographie faite par l’ANSES (représentée par Mme Pascale ROBINEAU et M. Thierry MERCIER) est-elle à jour ? Elle n’a pas été reconsultée pour ce renouvellement de dérogation alors que c’est dorénavant obligatoire depuis la mission sénatoriale d’avril 2012. J’ai trouvé en cherchant rapidement deux articles : un paru en mai 2012 sur Toxicological Sciences de Hester S, The hepatocarcinogenic conazoles: cyproconazole, epoxiconazole, and propiconazole induce a common set of toxicological and transcriptional responses. Toxicol Sci. 2012 May;127(1):54-65. Epub 2012 Feb 14. qui étudie de plus près l’hépatocarcinogénicité du propiconazole (on le savait déjà sur les souris) et semble conclure en réaffirmant la toxicité et carcinogénicité du propiconazole.

Un deuxième sur le journal plos one de mars 2012 de Snelders E, Triazole fungicides can induce cross-resistance to medical triazoles in Aspergillus fumigatus (PLoS One. 2012;7(3):e31801. Epub 2012 Mar 1..qui démontrerait que l’utilisation de propiconazole et diféconazole aux Pays-Bas peut induire des résistances des aspergillus fumigatus aux azolés utilisés en médecine. Cela signifie que certains médicaments pourraient ne pas fonctionner sur certaines souches d’aspergillose pulmonaire chez nos patients. C’est grave.

Tout est fait comme si la vie de la banane était plus importante que la vie humaine ! Si la banane, qui ne vit que de subventions ici, doit péricliter, est-ce un problème ? Il y a certainement des alternatives à cette culture. En tant que médecin, fille d’ingénieur agronome, ça ne me choquerait pas.

Voici un article que j’ai trouvé sur le net émanant du site univers nature : Si la directive européenne 2009/128 CE sur les pesticides interdit les traitements par pulvérisations aériennes, l’arrêté du 31 mai 2011 délivre un certain nombre de dérogations, notamment pour le maïs, la vigne et la culture de la banane. Fin mars 2012, Le quotidien Le Monde se procurait une liste confidentielle. Emanant du ministère de l’Agriculture, celle-ci listait 7 pesticides autorisés pour les traitements aériens et 16 autres en cours d’évaluation par l’ANSES. Le 10 avril dernier, la mission commune d’information du Sénat sur les pesticides a organisé une table ronde avec le ministère de l’Agriculture et l’ANSES, afin d’obtenir des éclaircissements sur la liste des produits phytopharmaceutiques autorisés ou en cours d’évaluation pour les traitements par aéronefs pour la campagne 2012.

Voici leurs conclusions : Il a été souligné que, désormais, la liste des produits bénéficiant de dérogations devait être revue chaque année et obligatoirement raccourcie en cas d’évaluation négative par l’ANSES et que les évaluations de l’ANSES étaient menées avec toute la sérénité souhaitable. Sur le terrain, les préfets, puis les maires, ont d’importantes responsabilités à exercer, d’abord pour l’autorisation de l’épandage ensuite pour le respect des conditions de mise en œuvre des dérogations accordées (compétence technique des épandeurs, publicités préalables, notamment auprès des syndicats apicoles, distances minimales de sécurité…).

Chaque demande de dérogation suppose une information préalable du public aussi large que possible ainsi que celle de la commission départementale compétente en matière d’environnement, de risques sanitaires et technologiques, ce qui apparaît indispensable, en premier lieu pour la protection de la santé de l’ensemble des personnes concernées.

Les membres de la mission commune d’information ont insisté sur la nécessité d’encadrer strictement l’épandage de pesticides par aéronefs (produits autorisés, publicités, contrôles) pour préserver la santé comme l’environnement quelle que soit l’étendue du territoire agricole concerné.

Parallèlement, l’association Générations Futures s’est, à son tour, procurée la liste en question. Sur les 7 produits autorisés, dont toutes les substances actives présentent un risque pour la faune et la flore, 3 sont classés comme cancérigènes possibles (les 3 utilisés en Guadeloupe) (Fenpropidine, Difénoconazole et Propiconazole) par l’Agence de protection de l’environnement américaine. Le Propiconazole est même classé comme « toxique du développement » aux USA.

Début avril 2012, un rapport réalisé par Générations Futures et PAN Europe a dénoncé les subterfuges employés par les firmes phytopharmaceutiques pour déjouer la réglementation européenne et commercialiser des produits interdits. Une procédure spéciale, dite de « re-soumission » accorde, en effet, une seconde chance d’homologation à des produits présentant des dangers avérés ou des évaluations lacunaires. Pendant cette « re-soumission » d’un dossier d’homologation, les firmes doivent retirer leur pesticide du marché. Mais bien qu’officiellement retirées, ces substances bénéficient d’une « période d’élimination progressive étendue », octroyant plusieurs années de libre accès au marché.

La perspective de nombreux procès avec l’industrie décourage les pouvoirs politiques des Etats membres à remettre en cause ces procédés. L’industrie l’a bien compris puisqu’elle a présenté quelque 87 dossiers de demande d’autorisation par ce biais, paralysant le système d’évaluation de la DG SANCO (Direction Générale de la santé et des COnsommateurs) et de l’EFSA (Agence européenne de sécurité des aliments) pendant plus de 3 ans. Selon Générations Futures, sur les 87 pesticides présentés, 64 ont été homologués. Au regard de quoi, le nombre de pesticides présents sur le marché est passé de 250 en 2008 à 350 aujourd’hui.

J’aimerai ne jamais revivre ce que j’ai vécu hier sur ce chemin de randonnée à St Claude autour des habitations de Matouba, surtout avec mes enfants en bas âge. Et je ne le souhaite à personne. Malheureusement, nous avons peu de temps car la consultation publique se termine le 18 juin et la décision se prendra le 20 juin 2012.

La loi est faite pour satisfaire les despotes aux détriments de l'intérêt général, disait J.J. Rousseau au XVIIIième siècle. Il semblerait qu’on en soit peut-être resté là en Guadeloupe"

Remi BALAGUIER

vendredi 2 décembre 2011

Chlordécone, le poison autorisé


Scandale. Les planteurs ont obtenu des dérogations pour utiliser ce pesticide interdit.


Les Guadeloupéens n'en finissent pas de découvrir l'ampleur des dégâts : de l'eau de source jusqu'à la patate douce, des crustacés aux bovins, le chlordécone s'est introduit dans leurs assiettes et leurs organismes. En juin 2011, le groupe régional d'études sur les produits sanitaires révélait que de nouvelles espèces de poissons, du gibier et 8 % des carcasses de bovins étaient contaminés par le pesticide. Un polluant organique persistant, extrêmement rémanent dans l'environnement et très toxique. "Nous sommes les victimes de l'incurie des pouvoirs publics, s'emporte Harry Durimel, avocat et conseiller général des Verts. On nous empoisonne depuis longtemps."
Depuis 1972 ! Les États-Unis ont interdit le chlordécone dès 1976. L'OMS avait déclaré le pesticide " possiblement cancérogène pour l'homme et perturbateur endocrinien " en 1979. Mais voilà : après les cyclones Allen et David qui sont passés sur les bananeraies des Antilles, les planteurs ont réclamé du chlordécone pour lutter contre le charançon. En 1981, le ministère de l'Agriculture acceptait de le remettre sur le marché et la société Laurent de Laguarigue, grosse plantation béké martiniquaise, rachetait le brevet aux États-Unis. Finalement, à la suite de nouvelles études alarmantes, la France interdisait le pesticide en 1990. Les planteurs obtiendront pourtant encore deux dérogations pour pouvoir écouler leurs stocks.

"L'opacité est totale"

Résultat ? Si Grande-Terre semble épargnée, Basse-Terre est fortement contaminée. Et le restera plusieurs siècles. Les rivières sont polluées, certains des points de captage d'eau aussi. Fruits et légumes, viandes et poissons sont devenus des "aliments à risque". Tous ? "L'opacité est totale, car il n'existe aucune cartographie des zones contaminées", dénonce Philippe Verdol, maître de conférences en économie à l'université Antilles-Guyane et président d'Agriculture, société, santé, environnement. Les autorités publiques ont pour l'instant géré cette catastrophe sanitaire et environnementale au gré des révélations scientifiques, allongeant progressivement la liste des "aliments vecteurs", indiquant ceux qu'il faut éviter de manger plus de deux fois par semaine... Et diminuant de 200 à 50, puis à 20 microgrammes par kilo de matière fraîche les limites maximales de résidus (LMR) tolérables en matière de chlordécone. "Mais comment vérifier sans laboratoire ni système de traçabilité ?" s'interroge l'universitaire.
"Limiter plutôt qu'interdire, c'est nous dire : vous pouvez manger de ce poison, mais pas trop !" s'indigne Harry Durimel. Mais comme fixer des limites, c'est par là même reconnaître la toxicité du chlordécone, l'avocat vient de demander la mise en examen pour empoisonnement de Roselyne Bachelot. "En venant en Guadeloupe l'an dernier et en préconisant des LMR de 20 microgrammes, l'ancienne ministre de la Santé a donc incité les Guadeloupéens à consommer du chlordécone."

Étude inquiétante

Car, depuis la publication en 2010 des résultats de l'étude Karuprostate, menée par deux chercheurs de l'Inserm, Luc Multigner et Pascal Blanchet (chef du service d'urologie au CHU de Pointe-à-Pitre), le doute n'est plus permis. "Nous avons comparé des personnes atteintes d'un cancer de la prostate avec des personnes indemnes, explique ce dernier. Ceux qui avaient un cancer avaient un taux de chlordécone supérieur aux autres. Nous avons montré que 1 microgramme de chlordécone par litre de sang était le seuil au-delà duquel le risque de cancer de la prostate était multiplié par deux." Les travaux se poursuivent pour vérifier si l'ingurgitation pendant plusieurs années - même à petites doses - du pesticide n'aurait pas d'incidence sur les grossesses, le comportement neurologique des nouveau-nés, le cancer du sein ou la maladie d'Alzheimer.
"Nous finirons par faire reconnaître que l'intoxication au chlordécone est une cause nationale, espère Harry Durimel. Ce n'est pas facile de dénoncer ce scandale, surtout lorsque des intérêts économiques sont en jeu. Mais que faut-il sauver : la Guadeloupe ou les Guadeloupéens ?"
 CHRISTINE RIGOLLET