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lundi 28 janvier 2013

Pour en finir avec l’affaire Florence Cassez



L’affaire Florence Cassez, la française jugée et condamnée à 60 ans de prison par les tribunaux mexicains pour complicité d’enlèvements, est arrivée à son épilogue. Après sept années d’emprisonnement, la béthunoise qui avait toujours clamé son innocence a été libérée, la semaine dernière, sur décision de la Cour suprême du Mexique qui a avancé comme argument des vices de forme et le non-respect de ses droits constitutionnels, notamment lors de son arrestation le 8 décembre 2005, au lendemain de laquelle la police judiciaire fédérale, l’AFI (Agencia Federal de Investigación), mit en scène une arrestation filmée sous forme de reportage diffusé en direct sur les chaînes de télévision mexicaines. L’instrumentalisation du dossier judiciaire à des fins médiatiques et politiques a largement altéré son contenu et a fini par provoquer son annulation. Une annulation qui s’inscrit dans un contexte d’alternance politique entre le PRI (Partido Revolucionario Institucional) et le PAN (Partido de Acción Nacional), au gouvernement pendant les sept années d’emprisonnement de Florence Cassez et farouchement opposé à sa libération.


Cette décision fait aussi suite à une virulente campagne française exigeant sa libération, soutenue par les gouvernements successifs, aussi bien de droite que de gauche. L’ex-recluse a donc été accueillie comme une véritable héroïne en France, Laurent Fabius l’attendant personnellement à l’aéroport Paris-Charles de Gaulle. Présentée comme une martyre courageuse de la corruption mexicaine, son innocence ne semblait faire aucun doute aux yeux de ceux qui célèbrent cet épilogue. La légion d’honneur n’est sans doute pas très loin.

L’affaire Cassez vue du côté mexicain

Pourtant, la perception est toute autre de l’autre côté de l’Atlantique où peu de mexicains doutent de sa culpabilité. Elle s’appuie sur les témoignages accablants d’ex-victimes qui n’ont jamais circulé dans les médias français sauf au travers des commentaires des avocats de la française qui les décrédibilisaient et les écartaient aussitôt d’un revers de la main. Dans une société durement frappée par l’industrie de l’enlèvement et les ravages du crime organisé, la libération de Florence Cassez est interprétée comme une impunité insupportable. La fastueuse réception à l’Elysée de celle qu’on considère ici comme une sinistre délinquante suscite de vives réactions d’indignation. Alors, coupable ou innocente ? La porte de la justice a été fermée à tout-jamais sans qu’un jugement crédible n’ait été rendu et la controverse, à ce propos, est devenue sans effet. L’important maintenant est d’en tirer les conséquences politiques : certes au Mexique, le système judiciaire a failli à sa tâche, mais l’action en France a surtout consisté à flatter le chauvinisme national, au point de cacher des informations importantes à l’opinion publique. La justice a été en définitif le moindre souci des protagonistes de cette affaire et elle en est aujourd’hui la grande perdante.

La sensibilité de l’opinion mexicaine sur la façon dont l’affaire a été conduite et sur sa conclusion est ambivalente. D’un côté, on y commente rageusement l’arrogance de l’ingérence française, le mépris avec lequel le gouvernement français a élevé une présumée délinquante au statut d’héroïne nationale, la faiblesse de la Cour suprême qui a cédé et la complicité du nouveau gouvernement qui, à peine installé, s’est débarrassé de l’affaire, d’un autre côté, on fustige les gesticulations politico-médiatiques du gouvernement précédent, les dénis de droit et les graves vices de procédure qui ont abouti à ce résultat. La corruption et l’inégalité de traitement sont des maux endémiques du système judiciaire mexicain. Ils permettent non seulement à des criminels de passer entre les gouttes, grâce à l’argent, au pouvoir d’influence mais condamnent aussi les innocents en situation de vulnérabilité sociale. Ces deux maux sont dissociés, puisque l’on considère, de façon contradictoire, que Florence Cassez a bénéficié d’un traitement préférentiel à cause de sa nationalité française, tout en étant victime de la corruption comme de nombreux mexicains, moins favorisés.

Bien que certains mexicains reconnaissant les failles de leur système judiciaire qui n’a pas garanti aux victimes un jugement crédible pour les crimes commis, ils considèrent néanmoins que l’épilogue de cette affaire constitue un double mépris : celui du système judiciaire mexicain qui a de nouveau favorisé les droits du plus fort, au détriment de ceux des victimes, et celui de la France (une « puissance mondiale ») vis à vis du Mexique (un « pays du Tiers-monde où la France a même perpétré une intervention impérialiste au XIXème siècle »).

Le contexte politique d’une faillite juridique

Au-delà de ces aspects structurels, propres au système judiciaire mexicain et à la réalité internationale, il faut remettre l’arrestation et l’emprisonnement de Florence Cassez dans leur contexte politique.

Elle a été arrêtée en décembre 2005, dans la dernière année du gouvernement Vicente Fox qui avait été celui du changement politique, après plus de 70 ans de présence du PRI au gouvernement fédéral. L’auteur de son arrestation et du montage télévisé qui s’en est ensuivi fut Genaro Garcia Luna, alors directeur de l’AFI. Le gouvernement Fox, dont la victoire avait représenté une espérance de changement pour le pays, accoucha d’une immense désillusion. Son parti, le PAN, semblait devoir perdre l’élection présidentielle, au bénéfice de la gauche mexicaine. Or, c’est de nouveau le candidat du PAN qui fut déclaré vainqueur dans une élection qui pour la gauche fut entachée de fraude massive, celle-ci refusant de reconnaître la victoire du PAN.

Aussitôt au pouvoir, le très contesté président Felipe Calderón compensa sa faible légitimité par une politique volontariste de guerre frontale contre le crime organisé, déployant l’armée dans tout le pays. Genaro García Luna devint alors ministre de « la sécurité publique » et bien entendu pesa de tout son poids afin que Florence Cassez soit maintenue en prison. Pour cela, il eut recours à des stratégies contraires à tous les principes de droit et de justice, comme la fabrication de preuves et la pression directement exercée sur le dossier. De la sorte, on voulait montrer que pour les criminels le temps de l’impunité était fini et que même, sous la pression de la France, le pays ne céderait pas. Au-delà du fait que ce type de pratiques n’est pas si exceptionnel dans le système judiciaire mexicain, la raison d’Etat érigea l’affaire Cassez en dossier exemplaire et, à l’instar du gouvernement français, joua sur le sentiment nationaliste mexicain, flattant son esprit revanchard : même une française n’échapperait pas à la croisade du gouvernement contre le crime.
La guerre anti-crime, mal gérée et peu soucieuse des réalités structurelles alimentant le crime organisé, a eu des conséquences fâcheuses, provoquant un déchaînement de violence sans précédent depuis la révolution mexicaine (1910-1920) avec des dizaines de milliers de victimes. C’est ce qui fait dire à certains mexicains que, maintenant que Florence Cassez a été libérée, c’est Genaro García Luna qui devrait être jugé parce qu’il n’a pas respecté les droits de la française ; et parce qu’à cause de sa tentative de récupération politico-médiatique de l’affaire, justice ne sera jamais rendue aux victimes.
Le retour du PRI au gouvernement, après l’élection présidentielle de 2012, a complètement changé la donne. Le fait que Florence Cassez soit libérée suite au changement de gouvernement ne saurait aucunement être le fruit du hasard. Le PRI n’avait que très peu d’intérêt à conserver en prison Florence Cassez, tout en se mettant à dos la diplomatie française, alors qu’il n’est pas lié aux politiques qui ont instrumentalisé son procès, ni aux montages qui l’ont discrédité. Pragmatique, il a ouvert la porte à la possible libération de la française, en laissant les juges en décider et - qui sait ? - en la recommandant peut-être.

A chaque étape du processus, tant au moment de son arrestation que lors de sa libération, la raison politique a donc prédominé sur la recherche de la justice. C’est bien ce qui scandalise les Mexicains aujourd’hui, quand ils signalent la faillite de leur système judiciaire. Le procès de Florence Cassez a été biaisé par les intérêts politiques et les vices de procédure. Sa libération a prétendu corriger sept années d’emprisonnement consécutives au déni de ses droits et aboutit, de la sorte, à une autre injustice : ses crimes éventuels ne seront jamais jugés dans des conditions crédibles. Innocente ou coupable, le système judiciaire mexicain a failli à sa mission, en la présumant coupable et en acceptant de faire d’elle le bouc émissaire de la lutte anti-crime du gouvernement. La corruption et l’instrumentalisation du revanchardisme national ont paradoxalement créé les conditions de sa libération, au détriment des droits légitimes du Mexique à faire respecter ses lois, même contre la volonté de la France.

L’obscure campagne française

Cette injustice est donc, en premier lieu, la conséquence des dysfonctionnements du système judiciaire mexicain. Elle est aussi le résultat de la pression française qui a amèrement rappelé aux mexicains une vérité de leur propre système de justice : le pouvoir, l’argent et la couleur de la peau comptent davantage que la justice. La France a certes réagi à la violation des droits de sa citoyenne. Toutefois, son action a davantage été motivée par un autre réflexe nationaliste aux fins également politiques.
Il a consisté à vouloir arracher Florence Cassez aux griffes de la justice mexicaine, afin d’engager l’une de ces campagnes de libération qui flattent tellement le chauvinisme français. Le problème n’a jamais eu comme objectif de lui garantir un procès juste, mais bien d’obtenir sa libération à tout prix. Pour cela, on a construit le mythe de son innocence, en dépit de tous les autres éléments à charge, soigneusement censurés dans les médias nationaux. Au mépris de Genaro García Luna pour les droits de Florence Cassez a répondu le mépris de la France pour les victimes mexicaines des crimes, pour lesquels la française a été accusée de complicité. Derrière la mise en cause du système juridique mexicain, systématiquement dévalorisé, c’est le droit du Mexique à juger une citoyenne française - même possiblement criminelle - qui, en dernière instance, a été contesté. Comment une « bonne française », blanche et de surcroît issue d’une famille respectable de classe moyenne, allait-elle rester enfermée chez les « métèques » ? Les « bons français » pouvaient avoir l’assurance que leur patrie les défendrait partout dans le monde. En outre, ne fallait-il pas célébrer le merveilleux Etat de droit français, face à l’abominable corruption de la justice mexicaine ?

En cela, la colère mexicaine contre l’ingérence française est loin d’être qu’un simple revanchardisme. Le rapport de force qu’imposait la France ne visait pas à garantir le triomphe de la justice et du droit, mais bien à promouvoir l’impunité de la française, en dépit des crimes qu’elle avait pu commettre sur le territoire mexicain et en vertu de cette loi non-écrite, si souvent en œuvre dans le système juridique mexicain, mais également en France, selon laquelle un accusé d’exception doit être soustrait à la justice ordinaire.

Les mexicains en restent là, parce qu’ils ne connaissent pas forcément le contexte français et sont portés à croire qu’en France, l’Etat de droit pourrait être complètement garanti. Or, il faudrait se demander si la France est véritablement en position de pouvoir donner des leçons au Mexique. Le système juridique français ne se trouve-t-il pas en ce moment-même au banc des accusés dans différents rapports qui mettent en évidence ses profonds dysfonctionnements et surtout son iniquité structurelle ? N’institutionnalise-t-il pas la violence sociale par ce deux poids-deux mesures qui consiste à protéger des responsables politiques et des policiers qui commettent des crimes racistes et à remplir les prisons de jeunes défavorisés, surtout ceux issus de l’immigration, ne bénéficiant pas souvent de présomption d’innocence que la France a si souvent demandé pour Florence Cassez ? N’applique-t-il pas une justice d’exception, quand il conserve trente ans en prison un prisonnier politique libanais, Georges Ibrahim Abdallah condamné sans preuves de complicité d’assassinats contre des diplomates étasuniens et israéliens ? La France a-t-elle été si soucieuse de la libération de beaucoup d’autres français emprisonnés dans les geôles étrangères, très souvent de façon beaucoup plus injuste, mais considérés de moindre valeur à cause de leurs origines, de leur condition sociale et de leur religion ? Certes à Guantanamo, aux Etats-Unis et en Israël ; des pays auxquels la France n’oserait jamais dicter sa loi.

La libération de Florence Cassez ne saurait constituer le triomphe de la justice, comme l’a déclaré un communiqué de l’Elysée. Qu’importe ! Coupable ou innocente, cela n’a jamais été le problème pour la France. Au travers de cette jeune femme, les gouvernements successifs et les médias nationaux ont de nouveau vendu aux « bons français », c’est-à-dire à une certaine catégorie de français, cette image si flatteuse qu’ils ont d’eux-mêmes et de leurs institutions, afin d’unir l’Etat, la nation et ceux-ci autour d’une cause commune, dont l’héroïne devait sembler aussi immaculée qu’ils s’imaginent être. En recevant Florence Cassez avec une telle effusion, la France n’a donc fait que suivre la seule thèse envisagée par elle comme acceptable, depuis le commencement : celle de son innocence. Cette thèse n’étant aucunement validée par la Cour suprême mexicaine qui ne juge que la forme, la réserve s’imposait et le triomphalisme français constitue incontestablement un manque de respect pour la douleur des victimes. Il ne fait que confirmer ce que les mexicains disaient au début de l’affaire : « Rendre Florence Cassez à la France, c’est l’impunité assurée. »

La supposée « barbarie » mexicaine, mille fois proclamée dans les médias français, a permis à la France de justifier son arrogance, en l’entretenant dans l’illusion de ses Lumières. Celles-ci ont bien pâli aux yeux du Mexique qui, à mille lieux de la France, poursuit son chemin, certes accidenté. Ces Lumières n’éclairent plus, en fait, que la caverne de la vieille France abreuvée, en leur nom, de fausses croisades, de faux ennemis et de faux héros. Un ami mexicain me disait à ce propos : « Avoir pour héroïne nationale une probable criminelle, pauvre France, elle est prisonnière d’elle-même. » Si le Mexique a une sévère réflexion à mener sur son système judiciaire, la réflexion qui doit prévaloir en France a des parfums plus funestes.


Malik Tahar-Chaouch, 
28 janvier 2013.
Xalapa, Mexique

dimanche 27 janvier 2013

Réflexions dissonantes sur l’affaire Florence Cassez



Le spécialiste français de l’Amérique latine Hugues Kéraly a donné de nombreux détails sur cette affaire, bien loin de la désinformation sur l’émotionnel que les médias français ont choisi d’utiliser.

Il s’avère que contrairement à ce qui est dit, à savoir que Florence Cassez serait victime d’une justice mexicaine cynique et corrompue (le Mexique, cette Russie d’Amérique du Sud ?), celle-ci aurait en réalité visiblement commis des actes plutôt graves. Elle aurait en effet rencontré, par l'intermédiaire de son frère, Sébastien Cassez, Israël Vallarta Cisneros, présenté aujourd’hui comme le kidnappeur en chef d’un gang très violent, le gang du zodiac ou Los Zodiaco. Israël Vallarta serait suspecté d’enlèvements mais aussi de meurtre et est à ce jour toujours incarcéré au Mexique. Lors de leur arrestation en 2005 dans le ranch ou ils séquestraient leurs prisonniers, la police avait découvert des armes et des munitions de guerre, réservées aux forces armées, ainsi que trois otages enfermés dans une petite dépendance de la propriété. Parmi les effets personnels de Florence Cassez, la police mexicaine avait saisi une liste de 20 noms et adresses de familles fortunées de la capitale.

L’une des trois otages était Cristina Ríos Valladares, enlevée le 19 octobre 2005 avec son mari et leur fils, et séquestrée avec son fils, pendant 52 jours jusqu'au 9 décembre 2005. Dans une interview cette victime oubliée des grands médias français déclare que son fils et elle reconnaissent Florence Cassez comme leur ravisseuse grâce à sa voix et son accent et que cette dernière a extrait du sang de l'enfant pour l'envoyer au père et a menacé la mère de la tuer. Alors que les parents de Florence n’ont pas hésité pour leur part à mentir à la presse et au président de la République en affirmant qu’ils ignoraient tout, eux aussi, des activités criminelles d’Israël Vallarta Cisneros au point de ne l’avoir jamais rencontré, des photos publiées dans la presse mexicaine (puis sur des blogs français) semblent au contraire prouver les très joyeuses relations établies entre la famille Cassez et le chef du gang.
Le 27 avril 2008, Florence Cassez avait été accusée de quatre enlèvements, d’associations de malfaiteurs et de possession d’armes. Elle avait été condamnée à 96 ans de prison mais la peine effective était en réalité de 20 ans. Le 3 mars 2009, Florence Cassez récolte de sa demande d’appel 40 ans de plus et se retrouve donc condamnée à 60 ans, la peine maximale au Mexique. En mars 2011, son avocat mexicain dépose un recours pour inconstitutionnalité devant la Cour suprême du Mexique. Le 7 mars 2012, quatre juges sur cinq reconnaissent effectivement des irrégularités de procédure, mais seuls deux d’entre eux se prononcent pour libérer la criminelle dont la culpabilité a été établie. Faute de majorité, une nouvelle réunion est prévue. En janvier 2013, une proposition d’annulation de la condamnation de la Française est de nouveau transmise aux juges avec renvoi devant la cour d’appel. Mercredi 23 la Cour examine l’affaire pour la seconde fois et libère Florence Cassez, sans toutefois confirmer son innocence, puisque semblable à la Cour de cassation française, la Cour Suprême du Mexique examine la forme des affaires de justice et non le fond.

Elle s’est donc prononcée sur les vices de forme émaillant le dossier de la Française mais pas sur sa culpabilité.

La politique une nouvelle fois semble avoir été au cœur de l’affaire. Le président Français, l’un des soutiens les plus actifs de Florence Cassez, choisira de dédier l'année du Mexique en France (2011) à Florence Cassez. Cela entrainera la colère du président du Mexique Felipe Calderón qui annoncera le retrait du Mexique de ces manifestations culturelles, entrainant l’annulation de l’événement. Coté Mexicain, Hugues Kéraly affirme avoir discuté avec un jeune ancien ministre du président Felipe Calderón qui lui aurait déclaré : « Florence Cassez ? On l’aurait bien laissé partir en France avant le printemps 2011, conformément à la convention de Strasbourg que nous avons imprudemment signée. Mais Sarkozy nous insulte. Delanoë nous conspue. Alliot-Marie en rajoute des tonnes face à son Parlement. Ce sont eux et personne d’autre qui viennent de condamner la petite Française à perpétuité ! Vous devriez vous en ouvrir à notre ami commun Nicolas Sarkozy, pour raisonner sa fougue, la prochaine fois qu’il viendra prendre galamment de vos nouvelles, au téléphone, dans la cellule de votre prison. »
Mais en décembre 2012, le très conservateur et intransigeant Felipe Calderón (qui avait notamment fait campagne contre la criminalité) voit lui succéder Enrique Peña Nieto.

Florence Cassez est donc rentrée en France, avec les honneurs et en bénéficiant d’une couverture médiatique exceptionnelle. Une foule de journalistes l’attendait lors de son arrivée en France et ceux-ci ont même été conduits dans une salle de presse du pavillon d'honneur de Roissy. C'est là qu'arrivent généralement les personnalités importantes comme les chefs d'Etats. Laurent Fabius lui-même est allé l’accueillir à l’aéroport, accompagné de Frédéric Cuvillier, ministre délégué aux Transports à l'aéroport de Roissy. La mère de Florence Cassez a reçu la visite de Valérie Trierweiler pendant que l’ancienne détenue a été reçue vendredi soir (25 janvier) avec toute sa famille à l'Elysée.

Si les médias français s’emballent, les médias Mexicains euxdéchantent en rappelant que Florence Cassez est libre mais vraisemblablement… Coupable !
On peut évidemment disserter des heures sur le cas Cassez et sa culpabilité éventuelle ou non. Nous avons le droit de penser que sa peine est suffisante ou pas. Mais on peut se poser la question suivante : qu’est ce qui peut justifier de tels honneurs pour une jeune femme dont la culpabilité semble plus que probable ? Est-ce une maladresse politique française pour froisser volontairement les mexicains ? Je frissonne en imaginant l’accueil médiatique guignolesque que pourrait recevoir les Pussy Riot si celles-ci, libérées, étaient faites citoyennes d’honneur de Paris voir naturalisées françaises comme le souhaitentcertains responsables politiques de la majorité actuelle. Je profite de cette tribune pour rappeler à nos élus que leur travail est en priorité de s’occuper de leur concitoyens et non pas de faire du Buzz médiatique. Ceux-ci feraient donc bien de s’occuper en priorité des 2 216 français détenus à l’étranger, dont 7 sont du reste condamnés à la peine de mort.
Enfin il faut dire je crois à nos amis Mexicains la honte qui frappe les Français. 

La honte qui frappe la France après l’annulation de l’année croisée entre les deux pays bien sûr mais pas seulement. Au moment où Florence Cassez était reçue comme une star du Show-business, le corps de Yann Desjeux, l’otage français tué sur le site gazier en Algérie, est arrivé lui aussi à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. La dépouille a été accueillie par la famille du défunt lors d’une cérémonie intime. Ce dernier, selon les témoignages d’autres prisonniers, s’est comporté en véritable héros, notamment en rassurant les otages, en détournant d'eux l'agressivité des ravisseurs, et en parvenant même à désamorcer le détonateur de la charge explosive de la ceinture avec laquelle les terroristes l’avait attaché. Pourtant seule la ministre déléguée des Français de l’étranger (SIC) avait fait le déplacement. Yann Desjeux n’a lui pas eu droit ni au pavillon d’honneur, ni à une couverture médiatique nationale que pourtant, il aurait sans doute bien plus mérité.

Alexandre Latsa

samedi 26 janvier 2013

Florence par-ci, Cassez par-là… Caramba ! Vivement que cela cesse !



Ce fut le show médiatique de la semaine. Il fallait bien en trouver un de remplacement, puisque les journalistes sont interdits de fouinage au Mali où nos soldats sont engagés, aux côtés des comiques-troupiers de l’armée nationale, contre les djihadistes, heureux bénéficiaires des armes récupérés dans les entrepôts de feu le colonel Khadafi ou directement reçues de notre pays pour leurs convenances personnelles.
Ce fut donc du « Florence » par-ci, du « Cassez » par là, elle-même en « live » ou par papa et maman interposés, ou encore par son avocat ou par l’actuel ministre des Affaires Étrangères Laurent Fabius en attentant qu’entrent en scène – ce qui ne fut pas long – Madame Trierweiler et son président de compagnon…
De leurs côtés, quelques ténors de l’opposition UMP essayèrent tant bien que mal de rappeler que Nicolas Sarkozy s’était engagé, lui aussi, en son temps, pour la Française… Mademoiselle Cassez ne manqua pas de le rappeler sitôt sa libération confirmée.
Quoi qu’on puisse lui reprocher, on lui reconnaîtra qu’elle n’est pas une ingrate… et qu’elle ne lésine pas ses remerciements, passionnés, émus et répétitifs, larges sourires et yeux brillants de gourmandise, à l’intention de tous ceux qui ont été à ses côtés durant toutes ces années.
Dont acte.
Dont acte également que le matraquage médiatique pour convaincre l’opinion française de son innocence a été de force 8, ce qui sur l’échelle de Beaufort indique « Ouragan ou bombe météorologique » dont les « effets à terre » sont des « dégâts très importants de l’ordre de la catastrophe naturelle. »
Catastrophe naturelle, n’exagérons pas ; tout juste une bouffonne indécence politico-médiatique. Une de plus !
Que Florence Cassez ait été victime d’une mascarade judiciaire sur fond de manipulation politique, policière ou maffieuse, voire des trois, on peut le concevoir si on se fit à ses déclarations, aux aveux récusés de certains témoins l’ayant accusée, aux intérêts électoraux de quelques dirigeants locaux voulant ainsi prouver leur détermination dans la lutte contre la criminalité – et plus particulièrement contre celle liée aux enlèvements de personnes, véritable fléau national – aux présomptions de corruption touchant autant la police que la justice ou la classe politique et, in fine, aux responsabilités de certains protagonistes à commencer par le frère de Florence Cassez, à la tête d’une entreprise d’équipement médical au Mexique, associé à « un certain Edouardo Margoulis, un Mexicain d’origine judéo-libanaise, représentant de nombreuses sociétés israéliennes au Mexique dont des entreprises d’armement et d’équipement pour les forces militaires et policières. Il est également propriétaire de sociétés de protection et de surveillance à Mexico. »(1)
Ne faisons pas abstraction de tout cela… mais pas non plus que mademoiselle Cassez a été la maîtresse avouée d’Israel Vallarta Cisneros, kidnappeur en chef de la bande des « Zodiaque » (« Los Zodiaco »)… Un brave gars qui a reconnu après son arrestation dix enlèvements et un meurtre ; elle vivait toujours en sa compagnie ou tout au moins à sa proximité lors de son arrestation.
Aventure sentimentale et plus pour cause d’affinité certaine qui ne fut pas sans importance puisque fifille présenta son exotique et atypique amant à ses parents lors d’une de leur visite au Mexique.
Alors, de deux choses l’une : soit l’incontestablement séduisante Florence peut postuler à un premier prix de « gourdasserie » pour ne pas avoir deviné, des mois durant, à quelles activités se livrait son chevalier-baisant, soit elle était au mieux complice passive, au pire complice tout court.
La Justice mexicaine a tranché en abandonnant toutes charges contre elle et en la laissant rentrer en France immédiatement. Sans doute davantage pour en finir avec un dossier sali par ceux qui l’avaient instruit que pour véritablement blanchir l’intéressée. Rien ne les empêchait d’énoncer clairement son innocence dans leur verdict… ou de réclamer un nouveau procès. Ils ne l’ont pas fait.
Dont acte également. Cela aurait sans doute rajouté de la polémique à la polémique, ce dont plus personne ne semble vouloir désormais.
Mais de là à accueillir Florence Cassez comme une héroïne, une star oscarisée digne d’une méga-production hollywoodienne, à la faire accompagner par le ministre des Affaires Étrangères en exercice et à la recevoir à l’Élysée… au nom de quoi, tout de même ?
Florence Cassez, que l’on sache, n’est pas allé au Mexique pour servir les intérêts supérieurs de la Nation… Ses déboires ne sont pas dûs à la France… Son seul fait d’armes aura été de s’envoyer en l’air avec un criminel et de la plus méprisable catégorie encore. En parfaite idiote ou en femelle machiavélique. Au choix.
Le chroniqueur Nicolas Gauthier, ancien directeur de Flash infos magazine, a justement remarqué : «Florence Cassez : ce n’est pas Jeanne d’Arc non plus ! »(3)
C’est le moins qu’on puisse observer, alors que l’Élysée et le quai d’Orsay actuel et en l’occurrence, « cela a été Grands Guignol’s parade. »
Ne serait-ce que pour la mémoire des victimes de la bande des « Zodiaque », voire pour les deux milliers de soldats engagés aux mêmes heures contre les « Fous d’Allah », ce n’était peut-être guère approprié !
Pour le moins…
Enfin, les pires choses, comme les meilleures, ont une fin…
Caramba ! Ne plus entendre parler de Florence Cassez sous peu – un show médiatique en chasse un autre – ne sera pas le moindre de nos soulagements.

Notes
(1) http://fr.wikipedia.org… Citons également le site http://www.francetvinfo.fr : « Le business tourne bien mais il a un associé douteux dans sa boîte vendant des produits parapharmaceutiques : Eduardo Margolis. “On le dit à la fois proche du pouvoir et lié aux cartels de la drogue”, dit-elle. L’homme s’est diversifié dans un tas de branches différentes, mais notamment dans la sécurité. Les deux associés finissent par se séparer et ça ne se passe pas bien. Dans un entretien au site internet destiné aux Français de l’étranger Le Petit Journal, Sébastien Cassez affirme avoir “reçu des menaces de mort et de kidnapping sur nos enfants, par téléphone”. »
(2) www.bvoltaire.fr, 24 janvier 2013.