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jeudi 18 avril 2013

LE FILM DÉSORDRES ABSENT DANS LES SALLES DE GAUMONT ET UGC




Un communiqué de presse a été communiqué la veille par le réalisateur Etienne Faure exprimant sa consternation de ne pas avoir l'accord de Gaumont / Pathé et UGC sachant le succès qu'a rencontré jusqu'à présent son film "Désordres".

Voici le communiqué:

"Jusqu’ici tout va bien et surtout PAS de Désordres chez Gaumont/Pathé et UGC ce mercredi 17 avril.

Malgré l’acharnement de mon jeune distributeur non ! Pas une seule salle Gaumont/Pathé et UGC disponible pour la sortie de mon film Désordres le 17 avril.

Désordres

Pas de place ! Trop de films ! Pas notre priorité !

Désordres avec Sonia Rolland, Niels Schneider et Isaach de Bankolé a participé à une dizaine de festivals français et étrangers où le film a souvent fait salle comble en séances payantes.

Désordres a bénéficié de l’aide du CNC, du soutient d’un département et de toute une région enthousiaste pour un film indépendant construit à l’énergie avec un budget plus petit qu’un budget de téléfilm.

Désordres a une exposition médiatique importante pour un film indépendant. Participation des comédiens à la plupart des émissions (France2, France 5, D8, Canal+, Orange ciné, France Inter...) la presse , internet...partout nous sommes là pour présenter le film avec des partenaires qui jouent le jeu comme Dailymotion, commeaucinema.com et d’autres en nous offrant une visibilité incroyable pour un « petit » film.

Des journalistes présentent le film, diffusent la bande annonce, parlent de notre film en bien ou en mal qu’importe au moins ils font leur boulot.

Le public est présent en masse dans les avant premières de province, on débat, on échange !

Désordres ce ne sont pas les comédiens de Vincent Maraval qui sont surpayés...ce sont des comédiens, des techniciens qui font des efforts, travaillent avec passion et enthousiasme et pour certains se battent souvent contre la précarité !

Alors comment des groupes aussi puissants que Gaumont/Pathé ou UGC font ils preuve d’un tel manque d’intérêt, d’envie de diversité, en n’essayant même pas de tester le film auprès du public ou en ne prenant même pas le temps de voir le film dans le cas d’ UGC.

Il y a quelques jours le bureau du médiateur au CNC a essayé de sensibiliser ces deux groupes...une salle pour Désordres... simplement une salle en moins pour Clavier ou Chabat qui en ont des centaines...certainement prés de 1000 à eux deux...non ! Rien !

Alors que chez Gaumont ils avouent être perplexes, assez désemparés sur certains échecs qu’ils enregistrent ces dernières semaines, sur des films sur lesquels ils misaient beaucoup et croyaient énormément ils n’ont même pas la curiosité simplement commerciale de mettre une salle de Désordres en avant pour voir si ça fonctionne ! Juste une salle pour voir !

Sonia Rolland est originaire de Bourgogne. Un exploitant de Dijon (programmé par Gaumont) qui souhaite présenter Désordres et à qui le distributeur propose de faire une belle avant première ne peut pas le faire parce que le programmateur Gaumont ne veut pas mettre le film dans sa salle. Pas de place ! Alors nous allons à Beaune chez un exploitant indépendant ...et tant pis pour les spectateurs de Dijon.

Embouteillage de films qu’ils nous disent ??? 250 films français produits chaque année c’est 4 à 5 films français par semaine sur les 18/20 qui sortent. C’est nous producteurs et réalisateurs français qui créons l’embouteillage ? Les film français en matière de distribution sont les plus mal lotis...les distributeurs pour la plupart préfèrent sortir des films étrangers...! C’est beaucoup plus simple ! On prend moins de risques, et tant pis si les techniciens et comédiens galèrent...c’est pas leur problème car quand il n’y aura plus d’industrie française on pourra toujours distribuer les films étrangers...

Alors comment ne pas se poser la question ? Veulent ils notre mort ? La mort du cinéma indépendant, des artisans que nous sommes ? Que veulent ils quand ils sont signataires de la convention collective qui va conduire à la disparition des petits films... http://www.lespi.org/Petition-relative-a-la-convention
Il y a quelques années pour sauver la chanson française on a instauré un quota de représentation au niveau des radios. Aujourd’hui les chaines de télévision ont une obligation d’investissement dans le cinéma et la fiction française.

Quid de la distribution ? Faut il en arriver là ? Encore des lois, des obligations pour défendre les faibles contre les forts ?

Alors oui on peut être écœuré par leur comportement ! Leur manque de recul et d’analyse face à la situation d’un certain cinéma français ! Alors oui Désordres face à toutes ces personnes qui ne savent que dire non, sera dans des salles grâce à des petits exploitants qui se battent, nous font confiance et désolé pour le public à qui j’aimerais montrer mon film et qui ne pourra pas le voir.

Alors oui je propose encore une fois à Gaumont/Pathé et UGC de nous mettre la semaine prochaine au moins une salle ! La plus mauvaise, celle dont personne ne veut, comme la mauvaise table au restaurant...n’importe laquelle en fait pour les artisans que nous sommes...ces gens qui quoi qu’il arrive se battront jusqu’au bout pour faire continuer d’exister la diversité du cinéma français."

Etienne Faure Producteur/Réalisateur

mercredi 16 janvier 2013

Django Unchained de Tarantino : magnifique hommage aux Dumas.



Tout d’abord j’ai hésité. Parce que d’aucuns, aux USA, avaient appelé au boycott de ce film. « L’esclavage est une tragédie, pas un western spaghetti », avait lancé Spike Lee. Et j’étais d’accord avec lui. L’esclavage est une tragédie.
 
Seulement, voilà : Django, malgré ses apparences, n’est pas  du tout un western spaghetti. Et c’est un film dont le propos évident est de montrer toute l’ampleur de la tragédie.
 
Tarentino a voulu dévoiler la violence de l’esclavage. Et parce qu’il a ressenti toute cette férocité, il a dû la canaliser dans un genre qui lui permettait d’en rajouter.
 
Pour ce natif du Tennessee, État esclavagiste du Sud des États-Unis, le western s’imposait. L’avantage de ce qui pourrait sembler une parodie de western spaghetti, c’est que la brutalité apparente et caricaturale des images pouvait en cacher une autre, qui ne s’exprime pas seulement par l’effusion du sang.
 
Cette barbarie est celle des plantations de coton du Mississipi qui n’ont pas grand-chose à envier, vues par Tarantino, aux camps d’extermination.  Moi qui reviens de ces contrées, j’en frissonne.
 
L’action se situe vers 1858, trois ans avant le début de la guerre civile qui aboutira à l’abolition générale de l’esclavage aux USA. Laissons donc de côté les apparences du film, où le sang coule beaucoup, c’est vrai. Mais ceux qui meurent de mort violente sont pour la plupart odieux et surtout ridicules. Ah si les salauds et les imbéciles pouvaient tous disparaître de cette façon ! 
 
Au-delà de la cruauté apparente du western qui n’est jamais complaisante et toujours respectueuse de ce qu'il y a de respectable dans la nature humaine, il y a la violence du sujet traité, beaucoup plus insupportable que cette hémoglobine copieusement et presque joyeusement dispersée.
 
Bien sûr, certaines choses auraient pu être montrées autrement. Il viendra un moment où l’esclave au cinéma ne se reconnaîtra plus seulement aux marques convenues du fouet sur le dos, mais aussi à sa maigreur extrême puisque le profit des esclavagistes était fondé sur les économies de nourriture. Encore un peu trop dodus, peut-être, les esclaves de Tarentino.
 
Mais pour le reste, il n’y a rien à redire.
 
Django, c’est  Jean.  Jean l’apôtre, celui que dans l’Évangile on surnomme le  « fils du tonnerre ».  Mais il n’a rien de miséricordieux pour les méchants, Django, qui va ponctuer cette histoire par l’apocalypse qui leur convient.
 
Django c’est aussi, et Tarantino prend bien soin de nous le rappeler très explicitement, le héros Siegfried dont le destin va être de délivrer sa princesse Brunehilde, gardée par un monstrueux dragon et une impénétrable muraille de feu.
 
Django c’est surtout d’Artagnan - même si le d'Artagnan du film est livré aux chiens - et l'on peut imaginer à quel point j’ai pu être ému, au moment le plus décisif de cette histoire, lorsque Tarantino rend hommage à Dumas, comme jamais personne avant lui n’avait pu ni osé le faire.
 
Django met en valeur, d’une manière très originale, toute la dignité d’un homme - peu importe sa couleur - dont la liberté, jusque dans l’esclavage, ne peut être brisée.
 
C’est un appel très clair à la révolte. Et j’ai bien peur, pour cette raison, que certains Français n’apprécient guère. Mais comme ces Français-là ne m’aiment pas et que je le leur rends bien, j’en suis ravi.
 
Il est bien difficile de réussir un film sur l’esclavage. Force est de reconnaître que Tarantino y est parvenu. Dès le générique, celles et ceux que la question touche d’une manière particulière auront bien du mal à réfréner quelques larmes. Ils ne pourront s’empêcher de se réjouir lorsque Django brise lui-même ses chaînes et punit les méchants.
 
La réussite suprême aura été de confier au magnifique acteur Samuel Jackson le rôle vraiment exécrable du traître, du nègre de case, du scélérat absolu, de l’infâme collaborateur. Aucun de ceux qui ont joué ce rôle, en France, sous les projecteurs, au cours des cinq dernières années, ne se reconnaîtra. Ceux qui perpétuent cette tradition sous couvert de changement se reconnaîtront encore moins. Et ce fut là ma jouissance : je les ai reconnus. Vous les reconnaîtrez aussi.  Jackson les incarne tous. Et à la perfection.
 
En un mot, il faut courir voir ce film. D’abord parce que c’est un chef-d’œuvre, indépendamment du sujet et du genre.  On pleure et l’on rit sans seulement avoir le temps de se rendre compte à quel point la photographie est soignée. La musique, qui rend hommage au genre, est parfaite.
 
Et l’on sort de cet univers bouleversé, mais rasséréné, avec l‘envie d’y retourner.
Il faut aussi le voir parce que c’est le meilleur film jamais réalisé jusqu’à présent sur l’esclavage. Tarantino a placé la barre très haut.
 
D’autres films suivront. Et ceux qui les feront devront tous quelque chose à ce réalisateur bizarre : un tiers italien, un tiers irlandais, un tiers Cherokee. Mais en réalité, il faut bien le reconnaître, nègre au plus profond de lui-même. Il n’y a pas un soupçon de racisme chez cet humaniste et c’est tellement rare. Le mot « Nigger », souvent répété, ne pose aucun problème.
 
Il faut enfin aller voir Django pour que ce soit un succès en France et que d’autres films de la même veine puissent enfin y être produits, pour qu’il n’y ait plus jamais de Case Départ ni d'imposteurs pour en dire du bien.
 
En un mot, il y a un avant et un après Django. Au nom de tous mes combats, j’en suis personnellement très reconnaissant à Quentin Tarantino.
 
 
Claude Ribbe 
 
 
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