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mercredi 30 mars 2016

Les "nègres" vous emmerdent !



Le 30 mars 2016, quelques jours après le lancement d’une campagne invitant les Français à s’unir contre le racisme, quelques jours aussi après la diffusion d’images choquantes montrant un jeune lycéen roué de coups par la police, parce que sa couleur de peau, peut-être, équivalait à une autorisation de frapper, Laurence Rossignol, une ministre de la République, comparait le port du voile par les femmes musulmanes qui font librement ce choix aux « nègres qui étaient pour l’esclavage ».

Tandis que la ministre, croyant se rattraper, évoquait par la suite une prétendue « faute de langage », certains s’empressaient de parler de «dérapage».

« Il y avait des nègres afric… Des nègres américains qui étaient pour l’esclavage ! » : tels sont les propos de Laurence Rossignol, tenus en direct sur RMC, l’une des radios les plus écoutées de France.

Si le mot «nègre» a parfois été utilisé par des Afro-descendants, c’était pour dénoncer l’esclavage et le racisme qui en fut le ciment. Mais à celui qui le traitait de nègre, Césaire répondait aussitôt : « Le nègre vous emmerde ! »

Quels sont donc ces « nègres afric…», pardon, ces « nègres américains » qui étaient « pour l’esclavage » ? Nat Turner ? Harriet Tubman ? Frederick Douglass ? Henry Bibb ? Solomon Northup ? Toussaint Louverture ? Louis Delgrès ? Solitude ? Flore Gaillard ?

À quelques semaines de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, qu’une loi votée en 2001 déclare crime contre l’humanité, la déclaration de cette ministre et l’absence de réactions officielles immédiates conduisent, hélas, à se poser des questions.

En 2012, les descendants de ces « nègres » dont certains auraient, selon la ministre, été favorables à leur propre déshumanisation, à leur propre martyre, à leur propre génocide, ont majoritairement porté François Hollande à la présidence de la République, espérant que le nouveau quinquennat permettrait de contribuer à éradiquer le racisme, à donner plus de sens au mot « fraternité », espérant que les promesses électorales - suppression immédiate du mot « race » de la constitution, création d’un centre de mémoire pour les descendants d’esclaves - seraient honorées.

Beaucoup se sont interrogés durant ce quinquennat. Et pas seulement lorsque François Hollande l’inaugurait en déposant une gerbe pour honorer Jules Ferry, l’homme qui déclarait à la chambre des députés : "Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. »

Le 10 mai 2015, Manuel Valls s’est publiquement déclaré favorable à l’ouverture d’un centre Dumas à Paris, dans les locaux vacants de l’hôtel Gaillard, place du général-Catroux (17e), là où, tous les ans, l’esclavage est dignement commémoré. Pas une cabane bambou, ni un centre commercial. Non, un lieu de culture, de mémoire et d’histoire pour combattre l’ignorance et le déni. Un endroit qui empêcherait les ministres de faire des « fautes de langage ».

Manuel Valls a prôné un dialogue avec la banque de France, propriétaire des lieux. La banque de France, institution portée sur les fonts baptismaux de l’esclavage en 1800 par une poignée de négriers.

Certains se sont étonnés que le nouveau gouverneur de la banque de France, nommé par le Président de la République, après s’être déclaré incompétent, ait déclaré que la banque de France n’avait rien à voir avec l’esclavage et que l’hôtel Gaillard, grâce à des fonds publics, serait affecté à un musée à la gloire de la finance, destiné aux élèves collèges et des lycées, dirigé par le frère de M. Strauss-Kahn.

Glorification de la finance, accusations portées contre les « nègres » d’avoir été « pour l’esclavage » : est-ce donc là le bilan de ces quatre années où, de manière rituelle, le président de la République, presque tous les 10 mai, derrière les grilles closes du jardin du Luxembourg, semblait pourtant considérer que l’esclavage fut un crime et que les victimes ne doivent pas être confondues avec les bourreaux ?

Laurence Rossignol a parlé de « faute de langage ». Plus qu’une faute, les propos qu’elle a tenus sont peut-être une erreur, une très grave erreur politique.


Claude RIBBE.

samedi 26 janvier 2013

Communiqué du comité de soutien à Nafissatou Diallo suite aux propos de Franck Tanguy et Sophie de Menthon tenus à l’antenne de RMC le 21 janvier 2013.



 
Paris le 25 janvier 2013
 
 
Le 21 janvier 2013, sur l’une des radios les plus écoutées de France, deux invités, par ailleurs collaborateurs réguliers de l’émission Les Grandes Gueules, Sophie de Menthon et Franck Tanguy, se sont exprimés de manière particulièrement ignoble sur Nafissatou Diallo, que Dominique Strauss-Kahn est accusé d‘avoir violée en mai 2011 et qui aurait reçu de son agresseur présumé, à la suite d’une transaction dans le cadre d’un procès civil, une indemnité estimée par la presse à 1,5 millions d’euros. Une partie de cette indemnité, qui n’aurait vraiment rien d’extraordinaire compte tenu du préjudice subi et des moyens dont dispose l’agresseur présumé, est destinée à payer les honoraires du cabinet Thompson Widgor qui s’est employé à défendre Nafissatou Diallo pendant un an et demi.
 
Voici  ce que l’on a pu entendre sur RMC :
 
Sophie de Menthon : « Tu veux que je sois politiquement totalement incorrecte ? [...] Je me demande, c’est horrible à dire, si c’est pas ce qui lui est arrivé de mieux. »
 
Franck Tanguy : « Je ne suis pas loin de penser la même chose Sophie, je me suis fait la réflexion hier. »
 
Sophie de Menthon : « Moi je pense que l’argent qu’elle a gagné, qui lui permet d’élever sa fille, elle ne l’aurait jamais eu dans toute son existence et j’espère qu’elle oubliera ce moment extrêmement désagréable. [...] Il y a des femmes dans la rue, je suis sûre qu’elles ont pensé ça, en disant j’aimerais moi être femme de chambre dans un hôtel et que ça m’arrive. »
 
Franck Tanguy : « C’est un horrible événement dans sa vie dont certainement elle se rétablira, mais pour elle c’est quand même… ça va quoi ! »
 
Franck Tanguy : « C’est un tromblon. Elle n’a rien pour elle, elle ne sait pas lire pas écrire, elle est moche comme un cul, et elle gagne 1,5 million, c’est quand même extraordinaire cette histoire. »
 
La situation de Nafissatou Diallo, dont on a dit qu’elle aurait récemment tenté de se suicider, est présentée par les deux invités comme un « conte de fée ».
 
Depuis, Franck Tanguy, suite à la réaction d’auditeurs indignés, et très probablement à la demande de RMC, a reconnu qu’il était «allé trop loin» et qu’il avait dit « une beauferie».
 
Sophie de Menthon, pour sa part, n’a présenté aucune excuse.
 
Lorsqu’on entend parler ainsi d’une femme, du viol  présumé d’une femme - que les deux protagonistes considèrent par ailleurs comme avéré -  sans avoir besoin de prendre parti pour ou contre Nafissatou Diallo, pour ou contre Dominique Strauss-Kahn, on ne peut qu’être choqué.
 
Les propos tenus à l’antenne au sujet de Nafissatou Diallo ne sont pas seulement méprisants à l’égard des femmes victimes de viol et de harcèlement, à l’égard des travailleurs modestes, à l’égard des plus démunis, ils sont injurieux. Et ces injures sexistes ont un caractère manifestement raciste.
 
Tout le monde l’a bien compris : pour qu’un Franck Tanguy, à qui il a dû tout de même arriver de se regarder dans un miroir, ose se moquer ainsi de la prétendue laideur de Nafissatou Diallo, le vrai problème est la couleur de peau de la femme de chambre. Le thème de la prétendue laideur des Africains est aussi vieux que l’esclavage et la colonisation.
 
Au-delà du racisme, les propos diffusés constituent une apologie du viol. Et le viol est un crime.
 
Après un pareil incident, il appartient de toute évidence au CSA, autorité de régulation de l’audiovisuel, de prendre toutes dispositions appropriées à l’égard de la station RMC.
 
Et si RMC ne cautionne pas ces injures et cette apologie du viol, ce qu’on peut espérer, elle n’a pas d’autre conduite à tenir que de mettre un terme à la collaboration régulière à son antenne de Franck Tanguy et de Sophie de Menthon.
Les responsables de l’émission ont manifestement commis une faute en prenant le risque d’évoquer le cas de Nafissatou Diallo sans que toutes les opinions puissent être exprimées.
 
Le comité de soutien à Nafissatou Diallo rappelle qu’en dix-huit mois, il n’a jamais été invité à faire valoir son point de vue à l’antenne de RMC, alors que les défenseurs de Dominique Strauss-Kahn y ont eu micro ouvert.
 
Au-delà du cas de Nafissatou Diallo, contre laquelle certains journalistes français se déchaînent impunément depuis 18 mois, témoignant d’un racisme viscéral et d’un mépris inquiétant pour les femmes, pour les plus pauvres,  pour les plus faibles, la banalisation de propos ouvertement racistes ou sexistes n’est pas tolérable et il appartient en conséquence à la Justice de les sanctionner avec sévérité.  
 
Claude Ribbe

Président du comité de soutien à Nafissatou Diallo

dimanche 20 janvier 2013

Investiture : Obama Unchained, la génération Django


J’ai suivi la campagne présidentielle alors que j’étais en tournage aux États-Unis : à Washington, en Géorgie, à Harlem sur fond de cataclysme.

Ce n’est pas un hasard si la déferlante Django arrive au moment où Barack Obama prête serment pour la seconde fois.

Quand je pense à Washington, où le musée de l’histoire des Afro-Américains est en construction, je ne peux m’empêcher de comparer l’Amérique à la France. En 1913, le jeune Afro-Américain Eugène Bullard rêvait de droits de l’homme et s’embarquait pour cette terre promise. Un siècle plus tard, les jeunes Afro-Français rêvent de l’Amérique et donneraient tout pour quitter leur pays. Ils sont écœurés.

Pourquoi ? Parce qu’ils ont l’impression que la France continue de leur cracher au visage. Ils ont le sentiment d’être trahis. La preuve ?

En France, qui choisit-on pour faire respecter la « diversité » dans les médias ? Ceux qui plaignent les dépravés accusés de violer des Afro-Américaines, ceux qui accusent la justice d’outre Atlantique de traiter ces pervers comme sont traités les «malfrats de couleur».

En France, qui a le droit de parler au nom des victimes ? Les descendants de bourreaux.

En France qui occupe les tribunes de la télévision publique ? Les enfants gâtés sans talent ni cervelle qui ricanent de ceux qui ont tant souffert.

Injustice, imposture. Que se passe-t-il donc ?

Pour attendre les résultats, Obama s’était installé dans la ville de Chicago, bastion de la communauté afro-américaine, et là, songeur, il joua au basket pendant des heures.

Après l’élection, le discours que j’ai entendu à la radio, dans ma Dodge, sur l’Intersate, du côté de Columbus, résonnait étrangement. Obama insistait sur l’égalité. J’ai monté le son. Je me rappelle très bien cette voix particulière.

L’Amérique est une famille, disait-il. Quelles que soient vos origines, quelle que soit la couleur de votre peau, vous avez le droit d’occuper toutes les fonctions. Vous pouvez devenir ambassadeur. Vous avez le droit d’être élu président.

Egaré sur les terres du Ku Klux Klan, à des milliers de kilomètres d’un vieux pays où les Afro-descendants n’ont aujourd’hui aucune chance d’être président ni seulement ambassadeur, ni même d’exister, ces mots semaient le trouble dans mon esprit.

Je me suis senti très américain tout d‘un coup. Et j’avoue que j’ai cherché pendant un bon moment une seule raison de rentrer en France.

Une France dont nous espériions tant qu’elle change.

Le 6 mai 2012, lorsque François Hollande est arrivé au Bourget, de jeunes Afro-Français l’attendaient.

Jusqu’à l’autoroute, ils ont couru aux côtés de la voiture. Le chauffeur n’osait accélérer. Lui n’osait baisser la vitre.

A-t-il au moins compris ce que cela voulait dire ? Et quand il est arrivé par l’avenue de Villiers place du général-Catroux, en direction de la Bastille, les a-t-il seulement vues, ces chaînes brisées illuminées ?

Quand on est président, est-ce qu’on tourne encore la tête ?

Je filmais dans les ghettos de Columbus, du côté de Talbotton avenue, là où Eugène Bullard a vécu jusqu’à ce que les cavaliers du KKK ne viennent entourer sa maisonnette pour lyncher son père.

Sur un mur, trois portraits étaient peints : Kennedy, Martin Luther King, Obama. J’ai frissonné à l’idée que deux sur trois avaient été assassinés.

Bien sûr, en France, il y a Christiane, il y a George, il y a Victorin. Mais quelle est leur marge de manœuvre réelle ?

Heureusement, il y Django. Django parle de Dumas, d’un d’Artagnan à la peau noire jeté aux chiens, de chaînes brisées, celles de la place du général-Catroux.

Il nous dépeint Stephen, l’archétype du vendu et du traître, surjoué à la perfection par Samuel Jackson.

Depuis dix ans, la France raciste de la « discrimination positive » et de la « diversité » en a produit à la chaîne, si j’ose dire, des Stephen mâles et des Stephen femelles ! Tous plus bêtes, incompétents, vicieux, vaniteux et corrompus les uns que les autres. C’est sur ce terreau-là que les idées de l’extrême droite ont prospéré et que la France a vieilli.

Les choses vont-elles durer ainsi ? Le gouvernement socialiste osera -t-il miser sur les Stephen prosternés, les béni-oui-oui, les imposteurs, les colons de la mémoire, dans la continuité des régimes précédents, ou jouera-t-il enfin la carte de Django ? La dernière carte qui lui reste avant que tout n’explose pour de bon. Tant ceux qui sont discriminés et humiliés depuis si longtemps sont fatigués de tout ce mépris.

L’accueil triomphal que la France réserve en ce moment à Django, film bouleversant, la seconde investiture d’Obama, ce coup de projecteur miraculeux sur la mémoire de l’esclavage, c’est peut-être le signe que tout n’est pas perdu. Mais le compte à rebours à commencé.


mercredi 16 janvier 2013

Django Unchained de Tarantino : magnifique hommage aux Dumas.



Tout d’abord j’ai hésité. Parce que d’aucuns, aux USA, avaient appelé au boycott de ce film. « L’esclavage est une tragédie, pas un western spaghetti », avait lancé Spike Lee. Et j’étais d’accord avec lui. L’esclavage est une tragédie.
 
Seulement, voilà : Django, malgré ses apparences, n’est pas  du tout un western spaghetti. Et c’est un film dont le propos évident est de montrer toute l’ampleur de la tragédie.
 
Tarentino a voulu dévoiler la violence de l’esclavage. Et parce qu’il a ressenti toute cette férocité, il a dû la canaliser dans un genre qui lui permettait d’en rajouter.
 
Pour ce natif du Tennessee, État esclavagiste du Sud des États-Unis, le western s’imposait. L’avantage de ce qui pourrait sembler une parodie de western spaghetti, c’est que la brutalité apparente et caricaturale des images pouvait en cacher une autre, qui ne s’exprime pas seulement par l’effusion du sang.
 
Cette barbarie est celle des plantations de coton du Mississipi qui n’ont pas grand-chose à envier, vues par Tarantino, aux camps d’extermination.  Moi qui reviens de ces contrées, j’en frissonne.
 
L’action se situe vers 1858, trois ans avant le début de la guerre civile qui aboutira à l’abolition générale de l’esclavage aux USA. Laissons donc de côté les apparences du film, où le sang coule beaucoup, c’est vrai. Mais ceux qui meurent de mort violente sont pour la plupart odieux et surtout ridicules. Ah si les salauds et les imbéciles pouvaient tous disparaître de cette façon ! 
 
Au-delà de la cruauté apparente du western qui n’est jamais complaisante et toujours respectueuse de ce qu'il y a de respectable dans la nature humaine, il y a la violence du sujet traité, beaucoup plus insupportable que cette hémoglobine copieusement et presque joyeusement dispersée.
 
Bien sûr, certaines choses auraient pu être montrées autrement. Il viendra un moment où l’esclave au cinéma ne se reconnaîtra plus seulement aux marques convenues du fouet sur le dos, mais aussi à sa maigreur extrême puisque le profit des esclavagistes était fondé sur les économies de nourriture. Encore un peu trop dodus, peut-être, les esclaves de Tarentino.
 
Mais pour le reste, il n’y a rien à redire.
 
Django, c’est  Jean.  Jean l’apôtre, celui que dans l’Évangile on surnomme le  « fils du tonnerre ».  Mais il n’a rien de miséricordieux pour les méchants, Django, qui va ponctuer cette histoire par l’apocalypse qui leur convient.
 
Django c’est aussi, et Tarantino prend bien soin de nous le rappeler très explicitement, le héros Siegfried dont le destin va être de délivrer sa princesse Brunehilde, gardée par un monstrueux dragon et une impénétrable muraille de feu.
 
Django c’est surtout d’Artagnan - même si le d'Artagnan du film est livré aux chiens - et l'on peut imaginer à quel point j’ai pu être ému, au moment le plus décisif de cette histoire, lorsque Tarantino rend hommage à Dumas, comme jamais personne avant lui n’avait pu ni osé le faire.
 
Django met en valeur, d’une manière très originale, toute la dignité d’un homme - peu importe sa couleur - dont la liberté, jusque dans l’esclavage, ne peut être brisée.
 
C’est un appel très clair à la révolte. Et j’ai bien peur, pour cette raison, que certains Français n’apprécient guère. Mais comme ces Français-là ne m’aiment pas et que je le leur rends bien, j’en suis ravi.
 
Il est bien difficile de réussir un film sur l’esclavage. Force est de reconnaître que Tarantino y est parvenu. Dès le générique, celles et ceux que la question touche d’une manière particulière auront bien du mal à réfréner quelques larmes. Ils ne pourront s’empêcher de se réjouir lorsque Django brise lui-même ses chaînes et punit les méchants.
 
La réussite suprême aura été de confier au magnifique acteur Samuel Jackson le rôle vraiment exécrable du traître, du nègre de case, du scélérat absolu, de l’infâme collaborateur. Aucun de ceux qui ont joué ce rôle, en France, sous les projecteurs, au cours des cinq dernières années, ne se reconnaîtra. Ceux qui perpétuent cette tradition sous couvert de changement se reconnaîtront encore moins. Et ce fut là ma jouissance : je les ai reconnus. Vous les reconnaîtrez aussi.  Jackson les incarne tous. Et à la perfection.
 
En un mot, il faut courir voir ce film. D’abord parce que c’est un chef-d’œuvre, indépendamment du sujet et du genre.  On pleure et l’on rit sans seulement avoir le temps de se rendre compte à quel point la photographie est soignée. La musique, qui rend hommage au genre, est parfaite.
 
Et l’on sort de cet univers bouleversé, mais rasséréné, avec l‘envie d’y retourner.
Il faut aussi le voir parce que c’est le meilleur film jamais réalisé jusqu’à présent sur l’esclavage. Tarantino a placé la barre très haut.
 
D’autres films suivront. Et ceux qui les feront devront tous quelque chose à ce réalisateur bizarre : un tiers italien, un tiers irlandais, un tiers Cherokee. Mais en réalité, il faut bien le reconnaître, nègre au plus profond de lui-même. Il n’y a pas un soupçon de racisme chez cet humaniste et c’est tellement rare. Le mot « Nigger », souvent répété, ne pose aucun problème.
 
Il faut enfin aller voir Django pour que ce soit un succès en France et que d’autres films de la même veine puissent enfin y être produits, pour qu’il n’y ait plus jamais de Case Départ ni d'imposteurs pour en dire du bien.
 
En un mot, il y a un avant et un après Django. Au nom de tous mes combats, j’en suis personnellement très reconnaissant à Quentin Tarantino.
 
 
Claude Ribbe 
 
 
VIDEO

 

vendredi 11 janvier 2013

Sanctionner le racisme décomplexé de Nicolas Bedos, ce serait déjà une réparation.



Nicolas Bedos, qui se dit humoriste, tient une chronique régulière hébergée sous le titreLe journal mythomane par le site Marianne.
 
À la fin de l’automne 2012, il se rend en vacances à la Guadeloupe et s’inspire de ce séjour pour écrire deux billets qui sont publiés les 9 et 18 décembre, sous le titreIndolence insulaire et Un voyage en Chirac.
 
Je ne connais pas Nicolas Bedos et ne je ne m’intéresse pas à ce qu’il fait. Tout ce que j’aurais pu dire de lui avant cette histoire, c’est qu’il était certainement le fils de Guy Bedos, dont je n’ai pu éviter, comme beaucoup de gens de ma génération, les pitreries sur les écrans noirs et blancs de l’ORTF. C’était dans les années soixante-dix. Guy Bedos et Sophie Daumier dansaient le slow et pensaient tout haut. C’était assez drôle. Bedos jouait sur son accent pied-noir. Daumier tenait le rôle d’une blondinette vulgaire.
Par la suite, me sont parvenus les échos de prises de positions plutôt courageuses et intelligentes de Guy Bedos.
Mais l’intelligence, le courage et l’humour ne sont pas des vertus héréditaires.
 
Plusieurs lecteurs m’ont signalé que deux billets de Bedos fils, présentés comme humoristiques, contenaient en réalité des propos insultants et véhiculaient les pires préjugés racistes.
 
On m’a demandé de prendre la parole, au nom de ceux qui ne pourraient le faire. Et j’avoue que, lassé d’employer mon temps à fustiger la bêtise – vaste programme !- j’ai d’abord hésité.
 
J’ai donc pris la peine de lire. Et ce qui m’a frappé, c’est la trivialité et la lourdeur des textes de ce Bedos-là, qui pourtant ont une prétention littéraire. De toute évidence, ils sont travaillés. Le problème c’est que cela se voit et que cette prose aigre, assez médiocre - il faut le dire - sent la sueur.
 
Dans le premier billet, Bedos se moque de touristes normands égarés sur une plage. Il prend comme cible «une commère aux hanches guadeloupéennes mais à la face carbonisée par un soleil anti-blanc».
 
La présence de touristes normands avec leurs enfants sur une plage de Guadeloupe est bien improbable en dehors des vacances scolaires. D’autant plus que le père est au chômage. On peut penser que les personnages de la « truie en tongs » et de son « marcassin » de fils qui porte un prénom de feuilleton américain sont inventés.
J’imagine plutôt Bedos sur la grève privée de l’hôtel de la Vieille Tour, se prélassant parmi les hôtesses d’Air France.
 
Pourquoi des «hanches guadeloupéennes» ? Le texte laisse penser que l’obésité serait l’une de caractéristiques des Guadeloupéens.
 
Apparaît ensuite le personnage de Gilles. C'est un «génie» parce qu’il manie habilement la langue française. Sur ce point, Bedos se sent qualifié et, même s’il se surveille, il a beaucoup de mal à réfréner ce qu’il faut bien appeler son paternalisme colonial. Bedos serait l’intellectuel de référence ayant accès au monde des éditeurs parisiens. Ne vient-il pas fêter un succès littéraire ?
 
Gilles, lui, est présenté comme un «guide». Nous sommes bien dans la brousse.
Et c’est à ce moment là que le mot est lâché. Gilles est le « merveilleux produit de l’indolence insulaire ».
 
On comprend dès lors l’obésité, les « hanches guadeloupéennes ». Les Guadeloupéens sont indolents, nonchalants, paresseux.
 
Gilles aussi est indolent, comme les autres, comme moi sans doute. Son habileté syntaxique, il ne veut rien en faire. Il n’écrira pas de romans. « Il tape sur les bambous et ça lui va bien. » fredonnerait Philippe Lavil, le chantre des békés.
 
Je repense à l’eau de toilette du sketch de Guy Bedos. « Drôlement incommodante ! » soupirait Sophie Daumier. L’eau de toilette du fils Bedos, tout aussi incommodante, c’est celle de Jean-Paul Guerlain. Ce dernier, lui aussi, ironisait publiquement sur l’indolence des «noirs».
 
Au moment de terminer son billet, Bedos est frustré. Comme il s’est surveillé, il n’a pas dit l’essentiel : la couleur de peau de Gilles. Car toute la page tourne autour de cela. Le soleil de la Guadeloupe est anti-blanc. Les Guadeloupéens, eux, peuvent s’exposer sans risque. Leur peau est différente. Ils sont bien à leur place sur cette île à ne rien faire.
 
« Enculé de nègre ! » explose alors Bedos.
 
L’humoriste, qui  prône pourtant le mariage pour tous, semble oublier que c’est là un terme de mépris tendant à stigmatiser les homosexuels.
 
Bedos traite-il son « guide » d’ « enculé de nègre » pour exprimer son admiration ? C’est ce qu’il dira certainement pour se défendre.
 
En réalité, la formule est gratuite. Et elle est injurieuse. Bedos méprise les « nègres » et particulièrement les nègres Guadeloupéens. Ce sont des « enculés » et des paresseux. Ils ont bien de la chance d’être des « assistés » et de vivre du tourisme.
Bedos, dans ce texte, régurgite les pires clichés esclavagistes.
 
Le mythe de l’indolence des nègres remonte au XVIIIe siècle. Il est associé à la croyance que les Africains seraient insensibles à la douleur (le sens étymologique du mot indolence).  Pour les faire travailler, il fallait les frapper d’une manière particulièrement violente. S’ils ne criaient pas sous les coups de fouet qui leur entaillaient la chair, s’ils ne suppliaient pas quand on les amputait pour avoir tenté de résister,  ce n’était pas du fait de leur courage ni de leur dignité. Non, c’était parce qu’ils ne sentaient rien. Et s’il fallait ainsi les punir, c’était parce que la nature du « nègre » est d’être réfractaire au labeur autant qu’insensible à la douleur.
 
Et beaucoup d’esclaves, en effet - entre 1635 et 1794, date de la première abolition de l’esclavage, puis entre 1802, date du rétablissement, et 1848, date de l'abolition définitive - beaucoup d'esclaves ont été contraints à la sodomie par leur maître. Cela n’est jamais dit. On parle du viol des femmes, jamais de celui des hommes, stratégie d’humiliation couramment pratiquée dans les colonies, mais jamais révélée. Elle a pourtant laissé des traces dans l’inconscient collectif, au point que, de manière paradoxale, Louis-Georges Tin, président du CRAN par ailleurs autoproclamé porte-parole des homosexuels, ne manque pas une occasion de fustiger la prétendue homophobie de la «race noire» et des descendants d’esclaves qu’il prétend également représenter.
 
Le 9 janvier 2013, le tweet d’un émule de Bedos qui signe « Bibi Moldawhisky » résume bien ces fantasmes coloniaux refoulés qui réapparaissent dans le billet de l’humoriste : « Je me taperais bien Roselmack, même si  je n’aime pas les noirs.»
Bedos, plus discret, s’est borné à indiquer que sa zone érogène, quand il s’agit de beau langage, serait en forme de clitoris.
 
Au cas où l’on aurait eu le moindre doute sur ses intentions injurieuses et racistes, Nicolas Bedos a récidivé le 18 décembre. Après être revenu sur le « cul créole » et les « lourds nibards » d’une Martiniquaise qui font pendant aux « hanches guadeloupéennes » du précédent billet, il évoque à nouveau son séjour aux Antilles par la nostalgie des « plages d’autochtones oisifs » avant de se plaindre de son «odieux chauffeur de taxi chinois ». On aura reconnu le « niakoué » des films de Luc Besson.
 
Bien sûr, Guy Bedos est un humoriste. C’est du moins ce qu’il répète. Il faudrait donc accepter tout ce qu’il dit avec humour.
 
J’apprécie les humoristes quand ils me font rire. Mais quand ils me donnent envie de pleurer ou de vomir, il me semble que je ne suis pas en cause.
 
Une association a déposé plainte le 9 janvier 2013 pour injures racistes contre Nicolas Bedos. La réaction de l’intéressé est aggravante. Au lieu de s’excuser d’avoir blessé quelques millions de ses compatriotes, Bedos injurie de nouveau.
 
Les gens qui l’accusent sont forcément des « imbéciles », des demeurés qui « n’arrivent pas à comprendre » la finesse du fils de Guy Bedos. Et quand on est le fils de Guy Bedos, on est, par le droit du sang, au dessus de tout soupçon. Il serait temps au contraire de faire le procès de ces associations qui s’insurgent contre le racisme.
 
Cette réaction d’enfant gâté est consternante. Outre le fait qu’il ressemble beaucoup à son père physiquement, Nicolas Bedos a eu beaucoup de chance dans sa jeune vie. L’école bilingue, où se côtoient les fils et les « filles de » moyennant une redevance mensuelle qui  rivalise avec le salaire de beaucoup d’ « enculés de nègres », les portes des chaînes de télévision, des éditeurs et des grands théâtres parisiens ouvertes pour lui à deux battants des l’âge de dix-huit ans…
 
Les portes, quand on est un « enculé de nègre », ne s’ouvrent pas si facilement. On a juste le droit de se mettre devant, pour faire peur, avec une oreillette et un brassard.
 
Ce n’est pas un hasard si ce Nicolas est le fils d’un homme qui s’est illustré ans un film dont le titre était « Le pistonné ».
 
Mais le piston ne donne pas tous les droits.
 
La question n’est pas de savoir si notre «humoriste» est raciste ou pas. Ses deux billets le sont et ils sont indiscutablement injurieux. L’injure publique, surtout si elle et à caractère raciste, est punie par la loi.
 
Le problème n’est pas que l’association Collectifdom ait déposé une plainte, c’est que d’autres associations ne l’aient pas fait plus tôt.
 
Cette plainte est fondée et elle aboutira très certainement à la condamnation de Nicolas Bedos, qui est du reste un récidiviste de l’injure.
 
J’ai beaucoup de respect pour Guy Bedos, mais je n’aurai pas d’état d‘âme s’il faut aller témoigner à charge contre son fils.
 
On peut certainement rire de tout, et même du désespoir. Encore faut-il avoir du talent.
 
Se moquer de l’obésité des Guadeloupéennes, quand il a fallu légiférer pour que l’on cesse d’augmenter la teneur en sucre des produits laitiers destinés à l’outre mer n’est pas le propre d’un esprit pénétrant.
 
Évoquer publiquement « l’indolence et l’oisiveté » des Antillais en mettant clairement ces défauts en relation avec la couleur de peau des intéressés, ce n’est pas une opinion. C’est un délit.
 
Les circonstances sont d’autant plus graves si Nicolas Bedos revenait vraiment de la Guadeloupe. Doté d’un soupçon d’humanité, il n’aurait pas manqué de comprendre que si le taux de chômage y est beaucoup plus élevé qu’en France hexagonale, ce n’est pas du fait de l’indolence des Guadeloupéens.
 
S’il avait parlé aux jeunes de son âge, il aurait constaté que beaucoup d’entre eux, qui ont obtenu des diplômes (ce qui ne lui était pas nécessaire à lui pour réussir) ne trouvent pas d’emploi.
 
S’il  s’était efforcé de comprendre l’histoire de ces îles, il se serait aperçu que l’esclavage y a laissé des séquelles, dans les mentalités et dans la vie quotidienne.
Si Nicolas Bedos n’avait pas été raciste, il aurait eu le cœur gros et il aurait sublimé cette peine en s’en prenant non pas aux victimes, comme il a eu la lâcheté de le faire, mais aux coupables.
 
Au moment où une femme descendante d’esclaves, pour exprimer son découragement, assigne l’état français pour obtenir réparation au nom de ses ancêtres, les billets racistes de Nicolas Bedos ne sont pas les bienvenus.
La liberté d’expression est un droit sacré. Mais que vaudrait-elle si le législateur n’avait prévu des garde-fous qui donnent à réfléchir à ceux qui, pour faire les intéressants, en abusent avec une telle légèreté ?
 
Ce billet ne sera pas peut-être pas repris dans les médias où Bedos aura tout le loisir de s’exprimer et de m’insulter s’il le souhaite.
 
Il exprime néanmoins, j’en suis sûr, l’opinion de tous les «enculés de nègres», peut-être dépourvus d’esprit et d’humour, mais dont je suis fier d’être le porte-parole.
 
Autant il est contreproductif d’intenter des procès irrecevables, de gesticuler et d’attaquer les ministères sous prétexte de mémoire de l’esclavage, autant il est nécessaire que des associations fassent, quand c’est nécessaire, respecter la volonté générale.
 
L’esclavage, bien qu’aboli,  a laissé des séquelles. Le racisme en est la plus insupportable.
 
Et sanctionner le racisme, c’est déjà une réparation.

Claude Ribbe
 

mardi 8 janvier 2013

Communiqué de l'écrivain Claude Ribbe à propos des menaces du CRAN contre l’État français


Le CRAN (Conseil représentatif des associations noires) a annoncé le mardi 8 janvier 2013 sa volonté de soutenir une plainte déposée au pénal contre l’État français pour crime contre l’humanité par une Guadeloupéenne descendante d’esclaves, Madame Rosa Destival.

La procédure judiciaire engagée par Madame Destival n’est pas la première du genre.

Légitime ou pas, elle n’a, comme les précédentes tentatives, aucune chance d’aboutir en droit français, ni sur le fond, ni sur la forme.

Le CRAN n’est pas non plus en mesure, comme il l’affirme pourtant, de soutenir cette procédure puisqu’il n’entre pas dans l’objet déclaré de cette association d’agir à propos de la question de l’esclavage.

Sans jamais rien proposer de positif, et sans jamais s’intéresser jusqu’à présent à la mémoire ni à l’histoire de l’esclavage, le CRAN s’est principalement distingué en tentant d’imposer en France des quotas et des statistiques fondés sur des distinctions raciales, en menaçant la société éditant Le Petit Robert pour sa définition de la colonisation ou en instrumentalisant en Belgique une procédure judiciaire visant à faire interdire la bande dessinée Tintin au Congo.

Toutes ces gesticulations ont abouti à des échecs retentissants.

L’objet réel du CRAN est d’attirer l’attention des médias et de se servir des préjugés comme d’un ascenseur social.

Ce groupuscule est connu pour faire - quel que soit le gouvernement en place - le siège des ministères en pratiquant de manière systématique le chantage au racisme. Dans cette stratégie, le CRAN s’est efforcé de prendre en otage la question de l’esclavage au mois d’octobre 2012, en organisant une campagne médiatique d’intimidation pour obtenir du gouvernement des «réparations». En cela, il ne faisait que s’approprier des revendications introduites depuis longtemps par certaines associations qu’il cherche depuis peu à instrumentaliser.

Cette campagne n’ayant pas eu le résultat escompté, le CRAN tente de manipuler une démarche isolée qui n’est nullement une première. Il lance en outre un appel pour multiplier de telles initiatives procédurales, de sorte que le Gouvernement soit « inondé de procès ».

Le CRAN, fondé en 2005 par deux personnes, est une organisation qui ne représente qu’une poignée d’individus ou d’associations à deux adhérents (le minimum légal). Il s’est autoproclamé porte-parole en France d’une prétendue «race noire».

Cette imposture est extrêmement dangereuse.

D'un point de vue juridique, l’association dénommée CRAN est disqualifiée par son objet même puisqu’elle vise à regrouper des personnes morales ou physiques sur le critère de la «race».

Cet objet déclaré repose sur des distinctions prohibées par l’article premier de la Constitution. L’article 3 de la loi de 1901 sur les associations dispose que toute association fondée sur un but illégal est nulle et de nul effet.

En tentant de coloniser la mémoire de l’esclavage sur le critère odieux de la «race», qui a justement servi de ciment à la servitude, et de mot d'ordre à toutes les barbaries, le CRAN, contrairement à toutes les valeurs de la République française, prend le risque de desservir les Afro-descendants, de dresser les Français les uns contre les autres et d’encourager le racisme en France.

Claude Ribbe 8 janvier 2013

dimanche 18 septembre 2011

En réponse à la scandaleuse exhibition cathodique de Strauss-Kahn : toutes et tous devant le palais de Justice de Paris samedi 24 septembre 2011 à 14 h (métro Cité)


Pas de surprise pour celles et ceux qui ont regardé l’écœurant show à la gloire du mensonge, de l’impunité et de la connivence sur TF1. Cet homme qui récite la leçon que lui ont apprise ses "communicants", cet homme qui se sert de la fortune d’une femme pour s’exhiber en politique et passer à la fois pour un vrai socialiste et un économiste sérieux, cet homme qui bafoue d’autant plus son épouse qu’elle en redemande, cet homme toujours accusé de viol et de tentative de viol et qui se dit "blanchi", cet homme qui ose venir au journal télévisé devant des millions de téléspectateurs non pas pour dire la vérité ou donner sa version des faits, mais pour jouer la comédie, abrité derrière le rapport complaisant d'un procureur de New York, cet homme enfin est l’arrogance, le mépris, la malhonnêteté, la vulgarité personnifiés.
Il aurait pu attendre au moins que le procureur de la République de Paris rende un avis sur la plainte entre ses mains déposée par Tristane Banon pour tentative de viol. Mais non. La brutalité de l’appétit qu’inspire à Strauss-Kahn une France de toute évidence non consentante est telle que rien, désormais, pas même son intérêt, ne peut lui faire entendre raison. Oui, même s’il prétend n’être candidat à rien, même s’il feint le repentir par rapport à une «faute» dont il ne nous dit rien, c’est bien à une tentative de viol des Français que nous avons assisté, en direct, médusés. Il le sait qu’une bonne majorité d’entre eux ne veut plus de lui dans la vie politique et encore moins en trouble-fête dans les primaires socialistes.
Mais peu lui chaut. Alors que la France lui dit non, non et encore non, il s’impose, il insiste, il revient, il s’acharne, tout en répétant qu’il ne veut rien. Comme si ce refus qui lui est froidement opposé l’excitait davantage.
Cette relation non consentie entre DSK et les Français, entre DSK et le parti socialiste, entre DSK et toutes les femmes, est une pièce de plus dans le dossier des accusatrices. La participation d’une journaliste-vedette - et une femme qui plus est ! - à ce nouvel épisode de la campagne de communication de cet exhibitionniste est un bien mauvais coup pour l’image des journalistes de France
Une nouvelle page est tournée dans l’histoire de notre démocratie. Quand bien même on serait non seulement un vicieux avéré, mais aussi un violeur en série (ce dont Strauss-Kahn, fût-il présumé innocent, est bel et bien accusé), peu importe, si l’on dispose de millions, d’un culot inouï et qu’on est inscrit au parti socialiste.
J’invite celles et ceux qui, comme moi, n’en peuvent plus d’assister à ce spectacle nauséabond, à descendre dans la rue pour protester contre la promotion cathodique des dévoyés, contre l’impunité dont bénéficient la plupart des violeurs, contre le mépris affiché par la caste politique française à l’égard des femmes, contre la négrophobie décomplexée, contre la fascination qu’exercent les nantis et les puissants sur la presse, je les invite à se réunir nombreuses et nombreux avec le comité de soutien à Nafissatou Diallo, je les invite à grossir les rangs des compagnes et des compagnons de Tristane Banon, elle aussi insultée, calomniée, en un mot «noircie», puisqu’elle aussi victime d’un homme qui croit encore possible aujourd’hui, avec la bénédiction de ses pairs, d’escalader les marches du pouvoir pour le seul plaisir d’aller brandir son sexe un jour sur le podium.
Celles et ceux qui ont défendu Strauss-Kahn et calomnié ses victimes présumées sont les mêmes qui défendent habituellement les négrophobes.
N’ayons pas foi en eux ! Ne le laissons pas récidiver !
Contre le viol, le mépris voué aux femmes, le racisme et la négrophobie,
Claude Ribbe

vendredi 16 septembre 2011

Connivence ? DSK s'invite chez son amie Claire Chazal pour faire l'apologie de l'impunité



Strauss Kahn définitivement hors de cause dans le volet pénal de l’affaire Nafissatou Diallo ? Rien moins que sûr. Si celui dont le parti socialiste et Anne Sinclair, à coups de millions injectés dans les circuits de communication, ont fait un «brillant expert», a réussi à échapper à la justice pénale américaine, c’est bien la justice française qui pourrait être amenée à reprendre le dossier.
L’article 113-6 du code pénal français prévoit en effet que les crimes commis par un Français à l’étranger peuvent être jugés par la justice française. Cet article serait inapplicable si la justice américaine, par une décision devenue définitive, avait reconnu l’accusé français non coupable. Tel n’est pas le cas. Si le juge Obus a mis un terme aux poursuites pénales, c’est au seul motif que la crédibilité de la plaignante était à ses yeux insuffisante pour garantir une condamnation à l’unanimité des jurés, comme l’exige la procédure pénale américaine.
Cette décision ouvre bel et bien la voie à l’engagement de poursuites en France sur le fondement de l’article 113-6 du code pénal. Ainsi Nafissatou Diallo est-elle parfaitement fondée à déposer plainte auprès du procureur de la République (qui ne peut, dans le cas d’espèce, engager seul les poursuites) et rien ne permet de penser, au vu des éléments réunis par l’accusation – notamment un dossier médical accablant pour DSK – que l’affaire serait cette fois enterrée. Dès lors, on peut raisonnablement penser que les avocats de Nafissatou Diallo, indépendamment du procès civil par eux engagé devant le tribunal du Bronx, réunissent en ce moment un maximum de pièces et de témoignages pour s’engager dans la voie pénale ouverte par l’article 113-6. En clair, à tout moment, une nouvelle plainte pour viol, susceptible de renvoyer DSK devant la cour d’Assises, peut être déposée.
Dans ces conditions, quand on sait que Strauss-Kahn est par ailleurs poursuivi pour viol par Tristane Banon et que, même si, dans cette seconde affaire, le procureur décidait de classer sans suite – ce qui n’est nullement certain - Tristane Banon pourrait néanmoins engager sur le champ les poursuites par une plainte avec constitution de partie civile qui aboutirait mécaniquement à une instruction dont le résultat ne serait pas connu avant plusieurs mois, il est certainement malvenu – et en tout état de cause prématuré - de dire que l’ancien directeur général du FMI est « blanchi », comme le font néanmoins certains journalistes répétant en boucle les formules qui leur sont soufflées par les communicants d’un homme accusé de viol.
On peut aller plus loin. Est-il acceptable qu’un individu mis en cause dans deux procédures criminelles – et qui, dans les deux affaires, n’est nullement lavé de tout soupçon par un jugement définitif - soit invité en direct et, de surcroît, par une journaliste dont il est notoirement l’ami, pour faire l’apologie de l’impunité scandaleuse dont il bénéficie ?
Le 17 mai, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) avait appelé les chaînes de télévision "à la plus grande retenue dans la diffusion d'images relatives à des personnes mises en cause dans une procédure pénale". Va-t-il de même appeler aujourd’hui les chaînes, pour faire bonne mesure, à la plus grande retenue dans la glorification à l’antenne de personne toujours mises en cause dans une procédure pénale ? J’invite le conseil supérieur de l’audiovisuel à émettre un avis sur ce point préalablement à l’émission décidée par un Strauss-Kahn qui, grâce à la fortune dont dispose sa femme, s’invite où il veut quand il veut pour dire ce qu’il veut. Si le CSA ne le faisait pas, que resterait-il de crédibilité à un organisme qui pourrait être taxé, si DSK était finalement condamné, même au civil, de complaisance honteuse à l’égard des violeurs ?
Claude Ribbe

mardi 6 septembre 2011

Négrophobie française : après Gérard Depardieu en Dumas, voici Johnny Hallyday grimé en « mulâtre »


On a peine à y croire et c’est pourtant vrai. Au XXIe siècle le théâtre français renoue avec la tradition raciste des « minstrel shows », très en vogue dans le Sud des USA après la guerre de sécession, à l’époque du Ku-Klux-Klan et des lynchages, dans lesquels les Africains ou les personnes d’ascendance africaine étaient, au théâtre, joués par des acteurs à la peau blanche grimés et maquillés.
En 2010, déjà, un film ouvertement raciste, destiné à vilipender Alexandre Dumas nous avait montré Gérard Depardieu maquillé et affublé d’une perruque frisée pour représenter le prolifique écrivain et voici qu'un an plus tard, pour incarner le rôle de Chicken dans Le paradis sur terre, une pièce rarement jouée (et pour cause…) de Tennessee Williams, à compter du 6 septembre 2011, au théâtre Edouard VII, le directeur-metteur en scène, Bernard Murat, choisit… Johnny Hallyday.
Voici donc l’ex-chanteur « yé-yé », qui est devenu, apparemment, l’une des références de la culture française, lui aussi grimé et affublé d’une perruque pour incarner un « mulâtre ». La question n’est pas de mettre en doute les qualités d’acteur de Jean-Philippe Smet. La n’est d’ailleurs pas le problème puisque l’une des lois de la minstrelsy, c’est que l’acteur grimé doit être ridicule puisque le nègre, et plus encore le "mulâtre", est ridicule.
Ce qui est sûr en tout cas, c’est qu’au pays de Tennessee Williams on ne pourrait imaginer une pareille provocation. Mais en France, aucun problème. Avec les organisations antiracistes et la presse que nous avons, peu probable qu’une seule voix audible s’élève. Audible ou non, la mienne s’élèvera néanmoins.
Les comédiens talentueux susceptibles d’incarner Chicken, sans qu’on ait besoin de les grimer, ne manquent pas en France. Mais ils ne sont pas engagés. Bernard Murat ne le sait que trop.
Si, pour jouer n’importe quel rôle du répertoire, par exemple dans Le prénom, qui lui a valu un Molière, le metteur en scène avait choisi ses acteurs sans tenir compte de leur couleur de peau, il n’y aurait rien à dire. Au lieu de Patrick Bruel dans le rôle principal, il aurait pu penser par exemple à Alex Descas, salué par Le Monde comme le meilleur comédien français. Mais tel n’est pas le cas. Pour une des rares pièces qui permette à un comédien « de couleur » de jouer un premier rôle, Murat choisit un acteur au phénotype « aryen », cheveux teints et grimés. Cela ne peut être un hasard. D’autant que l’expérience de Depardieu en Dumas a valu une polémique et un échec.
La campagne de presse mise en œuvre est censée pallier tout risque et Johnny Hallyday, éminent négrologue puisqu’ayant interprété « Noir c’est noir » explique lui-même sans complexe qu’il joue le rôle d’un « demi-noir… qui n’est pas vraiment noir ». Il a été invité par toutes les télévisions à commencer par la chaîne TF1 qui lui a fait les honneurs du journal avec 6’18’’ de publicité. Les médias français ont salué cette mascarade ouvertement raciste comme une «performance» montrant une « facette différente » de son travail d’artiste.
Nous prenons acte de cette minstrelsy, comme nous avons pris acte du fait que Johnny Hallyday, naguère lui-même accusé de viol (mais ayant bénéficié d’un non-lieu) fut l’un des plus ardents défenseurs de Strauss-Kahn, qui plastronne du fait de son impunité malgré les accusations de viol portées contre lui notamment par une immigrée africaine de New York.
Nul doute que pour sa première sortie public, DSK aura eu l’idée assister à la première de cette pièce et que Bernard Murat n’aura pas manqué de l’inviter, comme il l’aura fait pour les autres grands négrophiles français que nous connaissons bien et qui se seront pressés aux premières loges.
L’ironie terrifiante de cette histoire c’est que sur le site de ce théâtre, on apprend qu’ « aujourd’hui, sous la houlette de Bernard Murat, il continue d’être le théâtre de la diversité ».
Claude Ribbe

dimanche 4 septembre 2011

DSK le retour triomphal du pervers ?


Le comité de soutien à Nafissatou Diallo tient à exprimer sa stupéfaction de voir la presse française donner un écho triomphal et spectaculaire au retour en France d’un Dominique Strauss-Kahn dont beaucoup de journalistes affirment qu’il serait « blanchi » et lavé de tout soupçon. Cette manière de présenter un homme qui est toujours sous le coup de deux accusations de viol et qui tire gloire, avec le soutien de sa propre épouse, de son immoralité, est une mauvaise nouvelle pour toutes les femmes et particulièrement pour toutes les Françaises.
Le comité de soutien à Nafissatou Diallo tient à rappeler que, contrairement à ce qu’affirment certains commentateurs, le refus des magistrats américains, MM. Vance et Obus, de poursuivre M. Strauss-Kahn, ne signifie nullement que l’accusé ait été déclaré non coupable des graves accusations portées contre lui par Mme Diallo, mais seulement qu’un homme riche et puissant, qui bénéficiait de soutiens jusque dans l’entourage du procureur, a obtenu à New York un traitement de faveur, c'est-à-dire un déni de justice.
Le comité de soutien à Nafissatou Diallo rappelle que le volet judiciaire américain n’est pas clos pour autant puisque M. Strauss-Kahn est sous le coup d’une accusation de viol devant une juridiction civile et qu’il peut parfaitement, tôt ou tard, être reconnu coupable par la justice américaine. Si tel état le cas, le fait qu’il ait pu échapper à toute sanction pénale apparaîtrait comme un grave dysfonctionnement du système judiciaire américain.
Le comité de soutien à Nafissatou Diallo rappelle également que M. Strauss-Kahn est sous le coup d’une accusation de viol portée par Mlle Tristane Banon devant la justice française. Il forme des vœux pour que cette plainte ne soit pas traitée à Paris comme elle a été traitée à New York et tient à apporter tout son soutien à la victime présumée, Mlle Tristane Banon, et à sa mère, Madame Anne Mansouret, dont la voix est l’une des rares qui soient audibles en France pour dénoncer l’attitude odieuse et arrogante de M. Strauss-Kahn.
Le comité de soutien à Nafissatou Diallo rappelle de même qu’une plainte contre X a été déposée en France par Mme Diallo pour subornation de témoin et qu’il n’est pas exclu que M. Strauss-Kahn soit entendu dans le cadre de cette troisième affaire.
Le comité de soutien à Nafissatou Diallo tient à faire savoir aux politiques, et en particulier aux membres du parti socialiste, qui ont apporté un soutien honteux à un homme qui n’était pas lavé de graves accusations de viol et de crimes sexuels, que cette attitude, opportuniste, scandaleuse, peut être même dans certains cas raciste, laissera des traces et que, le moment venu, il appellera les électeurs à s’en souvenir et à en tirer les conséquences appropriées.
Le comité de soutien à Nafissatou Diallo regrette que la presse française ait généralement fait mine d’ignorer qu’un comité de soutien à la victime présumée, fort de plus de 2500 membres, existe depuis le mois de mai 2011 et qu’elle ait au contraire donné systématiquement la parole à un prétendu comité de soutien à l’accusé, encadré par des militants du PS et des responsables d’associations subventionnées par la mairie de Sarcelles, un prétendu comité dont plus de la moitié des membres au moins refusent qu’on publie leur nom. Cette attitude qui, fort heureusement, n’est pas le fait de tous les journalistes, démontre le malaise qui règne aujourd’hui en France, un pays où l’information honnête et objective cède trop souvent le pas à la propagande des puissants.
Pour le comité de soutien, Claude Ribbe le 4 septembre 2011