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samedi 8 juin 2013

La négrophobie à l'oeuvre en France



Nous vous informons qu'un jeune de 15 ans a été arrêté par la police, ce lundi 27 mai 2013, à la sortie de son collège dans le 19e arrondissement de Paris, avant d'être placé en garde à vue pendant 24 heures.

En amont de l'arrestation, il a d'abord été menacé par les forces de l'ordre puis maltraité dans leur véhicule. Puis, une fois arrivé au commissariat, il s'est fait passé à tabac dans la cellule de garde à vue par plusieurs policiers.

Bien évidemment, il n'est pas sorti indemne de ce mauvais traitement car il a le coude cassé et a dû être opéré mardi dernier. Contraint de porter un plâtre pendant 6 semaines, une durée de 45 jours d'incapacité totale de travail (I.T.T.) lui a été prescrite.

La Brigade/Le Collectif Anti-négrophobie soutient la famille dans cette rude épreuve, d'autant plus que ces faits d'une gravité incontestable sont passés sous silence. Par ailleurs, selon les derniers éléments que nous avons à notre disposition, cet adolescent risque d'être poursuivi pour "rébellion".
Il est donc important de réagir car ce qui est arrivé à ce jeune peut malheureusement encore se reproduire et arriver à d'autres, à nos proches, etc.

Une mobilisation de soutien, est donc prévue ce dimanche 9 juin 2013 à 15h devant la mairie du 19e arrondissement au 5 place Armand Carrel.


Ketty
Membre de la BAN

mercredi 9 novembre 2011

COULEUR DE PEAU : STIGMATES ! STÈRÈOTYPES ! CONGRÈS !


Dans le document remis pour le congrès du 7/11/2011 sur la violence et l'insécurité en Guadeloupe on peut lire en page 12 "…La seconde porte sur la dimension ethnique, ce qui est à l’opposé de la tradition républicaine mais s’avère à bien des égards éclairante : la majorité des crimes et des délits est commise par des guadeloupéens d’ascendance africaine, ce qui pose la question de la définition identitaire et communautaire de ce territoire…"

Cela ne servira à rien de s'élever ici contre ce propos, ni de porter un quelconque jugement sur ceux qui peuvent poser de telles phrases dans un document public sans avoir le moindre souci de les adosser à quelques éléments historiques, sociaux, économiques ou tout simplement de contexte …

Qu'implique une telle analyse dans un pays où la majorité de la population est d'ascendance africaine et où héritage de la société esclavagiste les dits noirs sont ceux à qui il a été et est encore allouée une identité sociale négative ? A une époque où justement les afrodescendants et plus largement les dits noirs sont encore en lutte pour réhabiliter leur image, l'image des personnes dites noires et où nombreux sont ceux qui portent encore de façon vivace "la couleur comme maléfice", ce simplisme une fois de plus est de nature à renforcer stigmatisations, stéréotypes et autostéréotypation. 

Si ce propos est validé par des élus et des intellectuels guadeloupéens d'ascendance africaine, qui pourra s'élever contre ceux qui se serviront d'eux pour discriminer et mépriser cette jeunesse et plus largement les dits noirs ? Qui pourra interdire que grâce à ces propos certains se sentent autorisés à la vue de la couleur de la peau à "tirer à vue" ou "à arrêter de façon intempestive", à suspecter immédiatement, à ne pas embaucher ? Si des élus et des intellectuels guadeloupéens d'ascendance africaine cautionnent ces propos, pourquoi un représentant de l'État "blanc" respecterait ces élus et respecterait ce peuple dont la majorité est d'ascendance africaine ?

A l'heure où l'identité sociale positive en Guadeloupe est encore associée au "blanc" ou à la couleur de peau claire ce propos est à placer dans le registre de l'utilisation une fois de plus de concepts exogènes et racistes non opératoires en Guadeloupe. Car en effet comment la composante ethnique majoritaire d'un territoire peut-elle être celle qui ferait se poser "la question de la définition identitaire et communautaire de ce territoire" sans que soient posés concomitamment la question de la répartition historique des richesses et de la place de cette composante ethnique dans l'économie et les postes de décision effectifs de ce pays ?

Et si la violence et la délinquance avaient à voir avec une répartition inéquitable des richesses, avec un taux de chômage qui en France aurait déjà imposé un couvre-feu et l'armée dans les rues depuis des années, avec une politique régionale laxiste et misérabiliste de la formation des jeunes abandonnés au RSMA la plus part du temps pour ce qui est des jeunes hommes ? C'est bien connu les jeunes, surtout ceux en échec scolaire aiment l'armée et les militaires !

Ceux qui posent et cautionnent ces analyses, qui autoriseront à ne pas manquer, ceux qui bénéficient d'une posture privilégiée dans cette société à porter des jugements contre les guadeloupéens d'ascendance africaine ne devront pas être choqués de récolter les fruits de tels écrits !

Faire un constat oral est une chose. L'écrire dans un document officiel sur la violence et y accoler l'identité du territoire en est une autre. Ces élus et ces intellectuels ne seront certainement pas surpris que les représentants de l'État ou autre les traitent "par-dessus la jambe" et avec le mépris qu'autorise ces écrits. Ils ne seront pas surpris que ceux-ci se sentent encore plus en terrain conquis et encore plus autorisés à mettre en place des formes variées et diverses d'actes discriminants et méprisants à l'égard des guadeloupéens d'ascendance africaine dont font partie ces élus et ces intellectuels. Petit rappel au cas où ayant finalement réussi la mutation de leur psychique ils auraient oublié la couleur de leur peau. Couleur de peau tout le monde le sait, qui quand elle n'est pas "blanche" est "noire".

Patricia Braflan-Trobo

mardi 6 septembre 2011

Négrophobie française : après Gérard Depardieu en Dumas, voici Johnny Hallyday grimé en « mulâtre »


On a peine à y croire et c’est pourtant vrai. Au XXIe siècle le théâtre français renoue avec la tradition raciste des « minstrel shows », très en vogue dans le Sud des USA après la guerre de sécession, à l’époque du Ku-Klux-Klan et des lynchages, dans lesquels les Africains ou les personnes d’ascendance africaine étaient, au théâtre, joués par des acteurs à la peau blanche grimés et maquillés.
En 2010, déjà, un film ouvertement raciste, destiné à vilipender Alexandre Dumas nous avait montré Gérard Depardieu maquillé et affublé d’une perruque frisée pour représenter le prolifique écrivain et voici qu'un an plus tard, pour incarner le rôle de Chicken dans Le paradis sur terre, une pièce rarement jouée (et pour cause…) de Tennessee Williams, à compter du 6 septembre 2011, au théâtre Edouard VII, le directeur-metteur en scène, Bernard Murat, choisit… Johnny Hallyday.
Voici donc l’ex-chanteur « yé-yé », qui est devenu, apparemment, l’une des références de la culture française, lui aussi grimé et affublé d’une perruque pour incarner un « mulâtre ». La question n’est pas de mettre en doute les qualités d’acteur de Jean-Philippe Smet. La n’est d’ailleurs pas le problème puisque l’une des lois de la minstrelsy, c’est que l’acteur grimé doit être ridicule puisque le nègre, et plus encore le "mulâtre", est ridicule.
Ce qui est sûr en tout cas, c’est qu’au pays de Tennessee Williams on ne pourrait imaginer une pareille provocation. Mais en France, aucun problème. Avec les organisations antiracistes et la presse que nous avons, peu probable qu’une seule voix audible s’élève. Audible ou non, la mienne s’élèvera néanmoins.
Les comédiens talentueux susceptibles d’incarner Chicken, sans qu’on ait besoin de les grimer, ne manquent pas en France. Mais ils ne sont pas engagés. Bernard Murat ne le sait que trop.
Si, pour jouer n’importe quel rôle du répertoire, par exemple dans Le prénom, qui lui a valu un Molière, le metteur en scène avait choisi ses acteurs sans tenir compte de leur couleur de peau, il n’y aurait rien à dire. Au lieu de Patrick Bruel dans le rôle principal, il aurait pu penser par exemple à Alex Descas, salué par Le Monde comme le meilleur comédien français. Mais tel n’est pas le cas. Pour une des rares pièces qui permette à un comédien « de couleur » de jouer un premier rôle, Murat choisit un acteur au phénotype « aryen », cheveux teints et grimés. Cela ne peut être un hasard. D’autant que l’expérience de Depardieu en Dumas a valu une polémique et un échec.
La campagne de presse mise en œuvre est censée pallier tout risque et Johnny Hallyday, éminent négrologue puisqu’ayant interprété « Noir c’est noir » explique lui-même sans complexe qu’il joue le rôle d’un « demi-noir… qui n’est pas vraiment noir ». Il a été invité par toutes les télévisions à commencer par la chaîne TF1 qui lui a fait les honneurs du journal avec 6’18’’ de publicité. Les médias français ont salué cette mascarade ouvertement raciste comme une «performance» montrant une « facette différente » de son travail d’artiste.
Nous prenons acte de cette minstrelsy, comme nous avons pris acte du fait que Johnny Hallyday, naguère lui-même accusé de viol (mais ayant bénéficié d’un non-lieu) fut l’un des plus ardents défenseurs de Strauss-Kahn, qui plastronne du fait de son impunité malgré les accusations de viol portées contre lui notamment par une immigrée africaine de New York.
Nul doute que pour sa première sortie public, DSK aura eu l’idée assister à la première de cette pièce et que Bernard Murat n’aura pas manqué de l’inviter, comme il l’aura fait pour les autres grands négrophiles français que nous connaissons bien et qui se seront pressés aux premières loges.
L’ironie terrifiante de cette histoire c’est que sur le site de ce théâtre, on apprend qu’ « aujourd’hui, sous la houlette de Bernard Murat, il continue d’être le théâtre de la diversité ».
Claude Ribbe